Mercredi 17 décembre

LE TOLLÉ

NATIONALISATION DES FONDS DE RETRAITE PRIVES : FACE AUX CRITIQUES, LE GERB PERSISTE ET SIGNE

L’entente passée dimanche dernier entre gouvernements et syndicats (voir notre revue du 15 décembre) sur certaines modalités de la réforme des retraites fait bouillonner la presse d’aujourd’hui. L’examen et l’approbation hier par la commission parlementaire du budget de la proposition visant à permettre à une large majorité des cotisants de choisir où s’affilier (fonds public ou fonds privé de retraite complémentaire) suscitent des craintes selon lesquels l’Etat s’apprêterait à mettre la main sur les fonds déjà accumulés dans les organismes privés de retraite, estimés à quelque 5,5 milliards de leva.
« Les changements scandaleux [proposés] au dispositif des retraites ont fait naître une coalition extrêmement bizarre entre des ennemis qu’on croyait irréconciliables. Hier, le GERB a réussi l’exploit de faire passer en commission parlementaire la proposition de permettre aux Bulgares de choisir pour leur retraite complémentaire entre l’institut de sécurité sociale et un fonds privé grâce aux voix du MDL et du Front patriotique (FP) », écrit Sega qui précise que tous les autres groupes parlementaires, sauf ABC, absent, s’étaient abstenus.
« Ce matin je me demandais si l’on n’essaie pas de copier la situation en Hongrie où l’on a nationalisé les fonds de retraite, puis je suis arrivé à la conclusion que ce serait bien si les gens peuvent choisir », a expliqué l’ancien ministre des finances Peter Tchobanov (MDL) à l’issue de la réunion de la commission, cité par Sega.
Tout autre était la position de son collègue MDL Hassan Ademov, ancien ministre du travail et de la politique sociale, qui, critiquant la proposition, a rappelé qu’en 2011, la Cour constitutionnelle avait déjà condamné une décision semblable du ministre des finances d’alors de transférer 106 millions de leva des fonds privés de retraite professionnelle vers la sécurité sociale.
Les plus vives réactions sont venues de la part du Bloc réformateur. « Il est inquiétant pour nous de voir des documents concernant l’avenir du dispositif des retraites être adoptés sans débat public, sans consulter les organisations patronales, sans évaluer l’impact, sans idée précise de la mise en œuvre et sans position commune entre le GERB et le BR sur ces documents », lit-on dans une déclaration diffusée par la Bulgarie aux citoyens, composante du BR.
Les Démocrates pour une Bulgarie forte, une autre composante du BR, ont demandé un débat national approfondi et la formation d’un groupe de travail GERB-BR chargé de proposer un dispositif de consensus des retraites à partir de 2015. Selon Radan Kanev, l’idée dangereuse concernant les fonds de retraite privés, n’étant en fait qu’une nationalisation, devrait être rejetée. M. Kanev rappelle également qu’une telle idée qui en cas d’adoption, représenterait la réforme la plus importante en politique intérieure depuis l’an 2000, ne figure ni dans la déclaration de programme du GERB, ni dans l’accord de coalition. En outre, elle n’a été examiné ni par le conseil des ministres, ni par le conseil d’administration de l’Institut national de sécurité sociale, ni avec les partenaires sociaux dans le cadre du dialogue tripartite, ce qui rend ses effets sur l’économie imprévisibles.
Aujourd’hui, une rencontre GERB-BR-ABC tenue au parlement sur la réforme des retraites et les engagements pris par le GERB aux termes du mémorandum signé avec les syndicats, au lieu d’aboutir à un rapprochement des positions, a accentué les différences. D’après des sources informelles de Mediapool, il aurait été même question de rompre la coalition entre le GERB et le Bloc.
« Je pense qu’il nous reste encore de la marge pour chercher un compromis », a déclaré Radan Kanev (BR) à l’issue de la rencontre. « Si ce compromis n’est pas trouvé d’ici vendredi, le BR votera contre sur les questions relevant des retraites, mais soutiendra le projet de loi de finances 2015 ».
Toujours selon Mediapool, le GERB n’entendrait pas renoncer à son idée, sûr de pouvoir compter sur le soutien du MDL, du FP, voire d’Ataka, lors du vote en salle plénière.
La position d’ABC sera élaborée demain, à une réunion du Conseil national du parti, a déclaré la députée Rossitsa Yanakieva. C’est un sujet trop sérieux pour être expédié en vingt minutes, sans analyse de l’état des fonds et des risques liés aux changements proposés. Rien n’impose la hâte qu’on voit en ce moment, a-t-elle estimé. (tous journaux, mediappol.bg, dnevnik.bg)

L’APPEL

POUR LE PRESIDENT PLEVNELIEV, RENONCER AUX REFORMES EST LA VOIE LA PLUS SURE VERS L’INSTABILITE

« Je veux croire que l’année 2015 sera marquée par plus d’une réforme. Réformes signifie stabilité. La voie la plus sûre vers l’instabilité pour la Bulgarie serait de renoncer aux réformes », a déclaré hier le président de la République Rossen Plevneliev devant des journalistes.
Qualifiant la réforme de la justice comme la plus importante pour le pays, il s’est dit satisfait du fait que les magistrats sont conscients de la nécessité de revoir en profondeur le système et que le procureur général, le Conseil supérieur de la magistrature, le ministre de la justice et beaucoup de leaders politiques participent aux débats sur ce sujet de la plus haute importance. Le chef de l’Etat a appelé le Conseil des ministres à soutenir la Stratégie de poursuite de la réforme judiciaire, élaborée par le gouvernement intérimaire (voir notre revue du 15 octobre dernier). « Je serai content si l’Assemblée nationale adopte cette Stratégie dans les prochaines semaines pour donner ainsi un signal clair qu’elle est consciente des réformes pressantes et sensées dont la Bulgarie a besoin », a-t-il ajouté.
Le président de la République a cité comme autres réformes indispensables celles concernant l’énergie, l’éducation nationale, l’administration électronique, la fonction publique.
« Si nous ne réformons pas le secteur de l’énergie, il va faire exploser l’économie nationale », a-t-il souligné.
M. Plevneliev a regretté le gel de la réforme des retraites (voir notre revue du 15 décembre) et a exprimé son espoir que ce gel ne sera que temporaire et qu’il débouchera sur un vaste accord au sein des forces politiques et de la société au sujet de cette réforme. (president.bg, mediapool.bg)

LE PRONOSTIC

POUR ILIAN VASSILEV, L’ABANDON DE SOUTH STREAM PREFIGURE LA CHUTE DE POUTINE

Le premier ministre Borissov a été bien inspiré de faire appel à l’aide allemande pour maîtriser les conséquences négatives de l’objectif visé par le Kremlin dans l’annonce de l’abandon du projet South Stream, estime l’expert Ilian Vassilev dans les pages de Pressa. L’idée du président russe Poutine de semer la zizanie parmi les Etats membres de l’Union européenne a échoué. La position de l’Allemagne et l’appui total déclaré à la Bulgarie (bien qu’il s’agisse pour l’instant d’une démarche politique et non d’un programme finalisé) auront une grande importance pour tout pays européen qui se sentirait attaqué par Moscou, estime M. Vassilev.
L’assurance de M. Poutine qu’il arriverait toujours, à travers l’Allemagne, à imposer sa ligne vis-à-vis de l’UE et de l’OTAN l’a conduit à l’échec. « Après Brisbane, Mme Merkel a tourné la page Poutine. On n’attend plus que de connaître les détails d’une fin annoncée : un rouble en chute libre et des changements politiques. D’abord Medvedev, puis Poutine. Il n’est question que de temps », souligne l’expert.
En ce qui concerne l’idée de « hub gazier », présentée par M. Borissov à la chancelière allemande, elle n’est pas fonction de déclarations politiques, mais du marché et de ses acteurs. On ne peut pas avoir un « hub gazier » à côté de Varna, parce que la condition sine qua non est de disposer d’un stock suffisant de gaz naturel. Les livraisons de gaz russe ne suffisent pas pour faire fonctionner un hub régional, considère M. Vassilev. Mais si la Bulgarie fait des efforts pour réaliser les interconnexions gazières avec ses voisins, si elle améliore ses capacités de stockage de gaz et, avant toute autre chose, si elle réalise les changements nécessaires au niveau de sa législation, de son cadre réglementaire et de ses institutions, elle pourra en tirer les meilleurs profits. Et dans ce cas, la question de savoir si la Bulgarie est un « hub » ou non n’aura plus d’importance. « Je ne pense pas que l’UE va soutenir cette idée parce qu’elle repose de nouveau sur l’option d’un seul fournisseur de gaz, en l’occurrence Gazprom, alors que la priorité de la Commission européenne est actuellement d’atteindre des objectifs réalisables en matière de diversification », conclut l’expert. (Pressa)

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Dernière modification : 17/12/2014

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