Mercredi 18 juin

LE DUEL

DELIAN PEEVSKI EN PASSE DE PRENDRE LE DESSUS SUR TSVETAN VASSILEV

Le conflit qui a publiquement éclaté entre Delian Peevski et le propriétaire majoritaire de la banque KTB Tsvetan Vassilev évolue vers une redistribution des actifs, jusqu’à présent contrôlés conjointement par les deux hommes.
Après Bulgartabac (voir notre revue d’hier), c’est maintenant le tour de la société « Centre technologique – Institut de microélectronique » (CT-IME) qui détient à la fin du premier trimestre 2014 des biens à hauteur de 870 millions de leva et dont tous les actifs consolidés s’élèvent à 1,45 milliard de leva, écrit Capital Daily. Les filiales du CT-IME détiennent des participations dans l’industrie du verre (à Pleven, ainsi qu’en Serbie), les constructions navales fluviales à Roussé, des clubs de football, la Compagnie bulgare de télécommunications (BTK), les compagnies représentant les marques automobiles Kia et Subaru, des compagnies de crédit-bail, l’entreprise militaire Dounarit à Roussé, etc.
Par une ordonnance du 17 juin, le Tribunal de grande instance de Sofia a examiné une demande (introduite par la société Sibolé) en insolvabilité du CT-IME et de l’un de ses principaux actionnaires, la société offshore EFV International Financial Ventures, et a autorisé à titre conservatoire la nomination d’un syndic provisoire de ces deux sociétés. En outre, le tribunal a autorisé la saisie de leurs comptes bancaires, ouverts à la banque KTB.
Il faut signaler, écrit le journal, que le tribunal bulgare a considéré qu’il est compétent à se prononcer sur une société enregistrée à l’étranger (les Iles Vierges britanniques) et qu’il a autorisé des mesures conservatoires en l’absence de toute « expertise établissant de façon objective la mauvaise situation financière des débiteurs ».
Selon Capital Daily, il y a plusieurs indications que ces actes de la justice ont été dictés par Delian Peevski : d’abord, il contrôle la société demanderesse Sibolé à travers sa compagnie Technoexportstroï et, ensuite, la juge qui a imposé les mesures conservatoires, Roumiana Tchenalova, examine régulièrement tous les litiges relevant des intérêts du député. La semaine dernière, le système de répartition aléatoire des affaires entre les juges a affecté à trois reprises à la juge Tchenalova (parmi une vingtaine d’autres juges) des dossiers concernant le conflit Peevski-Vassilev : deux dossiers au sujet de Bulgartabac et celui du CT-IME. En outre, c’est elle qui avait examiné au début de l’année le litige entre Transcart et Petrol Holding qui s’inscrivait dans la tentative du tandem Peevski-Vassilev de s’approprier les actifs de Petrol Holding. Le journal en conclut que si Delian Peevski arrive à mettre la main sur le CT-IME, il peut causer d’importants préjudices à la banque KTB et à Tsvetan Vassilev. A ce stade, tout semble lui réussir. (Capital Daily)

LE REFERENDUM

L’ASSEMBLEE NATIONALE ENTERRE LE PROJET DE REFERENDUM SUR LE MODE DE SCRUTIN

L’Assemblée nationale a finalement rejeté, hier, à l’issue d’une session extraordinaire, la proposition d’un referendum national afin de rétablir l’élection au scrutin uninominal majoritaire d’une partie des députés, d’introduire le vote en ligne dans le droit bulgare et de rendre obligatoire le scrutin. Cette proposition, faite le 30 janvier dernier par le Président de la République et relayée par la suite par un Comité d’initiative créé en vue de la collecte des signatures nécessaires, n’a été approuvée que par quatre-vingt-huit députés de GERB et un député du PSB. Soixante-onze députés ont voté « contre » dont tous les députés du MDL et vingt-six se sont abstenus. Ataka n’a pas participé au vote.
Ce vote a été précédé de débats concernant la façon de voter les trois volets du référendum. Le PSB, n’étant favorable qu’au scrutin obligatoire, s’est déclaré pour le vote séparé de chacun des trois volets. La vice-présidente de l’Assemblée nationale, Maya Manolova, a souligné au nom de ce parti que les élections européennes ont fait preuve d’un très haut niveau de vote contrôlé et d’achat de voix. « C’est pourquoi plusieurs Bulgares considèrent que le scrutin obligatoire diminuerait l’ampleur du vote contrôlé », a-t-elle déclaré lors des débats. En revanche, elle s’est montrée réticente à l’égard du vote en ligne qui pouvait donner lieu à des pratiques d’abus de données personnelles. Les amendements aux dispositions relatives au vote majoritaire risqueraient de changer son sens, a-t-elle assené. Les députés de GERB et du MDL, réunis autour de l’idée de voter les trois volets ensemble, ont rejeté la proposition du PSB.
Le président du MDL, Lioutvi Mestan, a déclaré que la demande de référendum, dont l’objectif consiste à restructurer l’espace politique par la diminution du poids de certains partis, n’aboutirait pas. Il a également précisé que les libéraux du MDL ne soutiendraient pas cette demande, tout en admettant que, si le référendum se tenaient, la plupart des citoyens répondraient affirmativement à cause de leur fascination pour l’idée romantique selon laquelle « la réforme du système électoral entraînerait comme d’un coup de baguette magique la réforme de tout le système politique ».
Le site mediapool.bg informe qu’avant même le début de cette session le président du GERB, Boïko Borissov, avait plaidé pour que la décision de l’Assemblée nationale soit reportée jusqu’à ce que la date des élections législatives anticipées soit fixée. Il avait rappelé la règle selon laquelle le président de la République était tenu de fixer la date du referendum au plus trois mois après la décision de l’Assemblée nationale de le tenir. Un vote favorable au referendum le 17 juin conduirait à organiser le referendum avant les élections législatives anticipées, qui devront avoir lieu entre le 28 septembre et le 12 octobre. « La prise de cette décision aujourd’hui impliquerait une dépense de trente millions en deux ou trois semaines. Ce n’est pas par hasard si on nous convoque aujourd’hui …j’espère que Monsieur Mikov fera preuve de bon sens et qu’il initiera des consultations à ce sujet », avait conclu le président du GERB. (tous journaux)

L’ANALYSE

LA BULGARIE : DES QUASI-INSTITUTIONS DANS UNE QUASI-DEMOCRATIE

Le professeur Klaus Roth de l’Université Louis-et-Maximilien à Munich, Allemagne, spécialiste en ethnologie européenne, partage dans les pages de Pressa ses vues sur les mœurs politiques dans les pays des Balkans et, plus particulièrement, en Bulgarie, fruit de ses recherches depuis plus de cinquante ans.
Partant de la pensée de l’ethnologue suisse Christian Giordano, spécialiste des Balkans, selon laquelle la transition en Europe du Sud-Est ne s’est pas achevée parce qu’elle n’a jamais commencé, le professeur Roth estime que la transition a transformé les institutions, le système politique, économique et juridique, sans jamais faire évoluer les mentalités et les comportements des gens.
Dans le Sud-Est de l’Europe, dit-il, la forme extérieure n’a presque rien à voir avec les perceptions intérieures. Nous avons un parlement, forme extérieure de la démocratie, mais ce qui se passe à l’intérieur, c’est autre chose. « On dirait qu’il existe des institutions qui semblent pareilles à celles de tout autre pays européen, mais en fait elles ne fonctionnent pas de la même manière. Et on se dit que ce sont des quasi-institutions dans une quasi-démocratie : elles fonctionnent sur d’autres principes ».
Et quels sont ces principes ? Ils ont leurs racines dans la culture politique de ces pays. Une culture très fortement ancrée sur les structures du quotidien et de la famille, dominée par les contacts personnels. En Albanie et au Kosovo, la catégorie la plus importante pour un homme politique, c’est son clan. En Grèce, tout le système politique repose sur la famille : pour être élu, un politicien doit promettre des postes à un large cercle de ses proches. En Bulgarie, les hommes politiques et les hommes d’affaires occupant des positions d’importance travaillent avant tout pour leur cercle. Les gens qui orientent les processus sont complètement différents de ceux en bas.
« La Bulgarie a l’air un peu paradoxal. D’un côté, un grand nombre d’hommes de génie […]. De l’autre, elle continue à être le pays le plus pauvre en Europe. On n’utilise pas le potentiel des talents. Et un grand nombre de talents s’en vont à l’Occident […]. Beaucoup de ceux qui restent investissent leur talent au profit d’objectifs malhonnêtes, nuisibles – la Bulgarie par exemple est première en cybercriminalité », estime le savant.
Selon lui, les bons diplômes sont rarement appréciés, il est beaucoup plus important d’avoir de bonnes connexions. C’est une erreur de ne pas tenir en estime la réussite et la performance, observe M. Roth. Dans les démocraties occidentales, aussi, il y a des faits de népotisme. Mais il reste à savoir si ce facteur est dominant, comme c’est le cas en Europe du Sud-Est.
En ce qui concerne la classe politique, il existe une très grande proximité, des rapports informels entre les politiciens. Certaines études démontrent l’énorme degré d’informalité dans le comportement de l’élite politique en Europe du Sud-Est, au Caucase, en Russie et en Ukraine. Il n’y a pas de distance entre les gens au pouvoir.
« Mais la société paie au prix fort ce confort des politiciens. A mon avis, ce facteur sous-tend tous les problèmes bulgares », déclare le professeur.
Un autre facteur : le manque de confiance publique. Le manque de confiance dans les institutions fait que les gens cherchent des appuis dans la famille, parmi les amis, les proches. Au lieu de chercher une solution institutionnelle, on adopte une approche individuelle pour résoudre le problème qui s’est posé. Cela entrave sérieusement le développement global.
Une autre entrave majeure au développement des pays de l’Europe du Sud-Est, c’est l’absence d’un sens de responsabilité chez les hommes politiques à l’égard de la société civile. Dans les pays occidentaux, où le sens de l’intérêt public est beaucoup plus élevé, un politicien qui se permet d’ignorer cet intérêt en ressentira très vite les conséquences à ses dépens.
Plus loin, le Prof. Roth observe que les partis politiques dans ces pays ne se construisent pas autour d’une idée, mais autour d’un leader. En Bulgarie, le mot « consensus » est chargé de connotations négatives. D’où l’hostilité entre les partis. Lorsque l’accès au pouvoir te garantit l’accès aux ressources publiques, tu es hostile vis-à-vis de la concurrence. Qui répartit les fonds européens ? Celui qui est au pouvoir. La qualité des projets ne compte pas et c’est une tragédie pour la Bulgarie, conclut le savant. (Pressa)

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Dernière modification : 18/06/2014

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