Mercredi 2 décembre

Le test

Une fausse alerte à la bombe met à l’épreuve les services de sécurité bulgares

Un minibus blanc, immatriculé en Belgique et garé sur le parking payant du terminal 1 de l’aéroport de Sofia, a semé hier la panique dans la capitale. Un signalement envoyé à la police à 12h50 faisait état d’un bagage suspect trouvé dans le véhicule.

La police a immédiatement délimité un périmètre de sécurité et les passagers ont été réorientés vers le terminal 2. Les mesures de sécurité ont été renforcées mais aucun vol n’a été annulé.

Pendant plus de cinq heures, les équipes spécialisées des forces d’intervention (SOBT, unité spécialisée de lutte contre le terrorisme) ont examiné le véhicule suspect sans pour autant découvrir des explosifs. Pour finir, un robot a retiré le bagage du minibus et les policiers ont fait exploser de façon contrôlée un sac.

La nouvelle d’une bombe trouvée à l’aéroport a vite alerté les médias. Une experte du service des relations publiques de l’aéroport a parlé d’un « engin explosif » trouvé dans le minibus blanc suspect.

Le chef de la police aux frontières, Antonio Anguelov, a informé qu’un chien détecteur d’explosifs avait été amené sur le terrain et que l’animal avait réagi. Sa réaction avait été contrôlée par un instrument spécial de détection d’explosifs qui avait à son tour « réagi ». En résultat de quoi, la PAF avait immédiatement lancé la procédure prévue en cas de détection d’explosifs.

Bien que la zone du terminal 1 soit restée délimitée par la police jusqu’à minuit, aucun engin explosif n’a pu être découvert. Parlant d’une fausse alerte et visant les autorités aéroportuaires et les agents de la police, le premier ministre Borissov a demandé que les coupables soient punis : « Annuler des vols, débiter des inepties devant les médias, mettre sur le qui-vive tout l’Etat n’est pas simplement une erreur, mais de l’irresponsabilité et les coupables doivent en assumer la responsabilité (sic) », a-t-il clamé.

A la recherche des fautifs, le secrétaire général du ministère de l’intérieur Gueorgui Kostov a souligné ce matin devant les médias que les déclarations d’explosifs trouvés n’avaient pas émané des autorités de l’aéroport, mais étaient venues de la part d’un simple agent qui n’avait pas consulté le directeur.

La ministre de l’intérieur Roumiana Batchvarova a également relevé que la police n’y était pour rien et qu’il fallait chercher la cause du chaos et de la panique provoqués à l’aéroport de Sofia dans le fait que le directeur n’avait pas été mis au courant des informations acheminées par ses agents vers les médias. « Je pense que la police a très bien fait son travail. De nouvelles procédures de réaction seront mises au point, notamment en ce qui concerne les relations avec les médias en cas de menaces terroristes », a-t-elle ajoutée.

Selon des sources de la radio nationale (BNR), l’experte du service de relations publiques de l’aéroport, qui avait parlé aux médias d’un « minibus blanc suspect » avant que les forces spéciales aient terminé leur enquête, a été licenciée. Une enquête a été engagée contre elle au titre de l’art. 326 du Code pénal (« quiconque transmet sur la radio, par téléphone ou par tout autre moyen des appels faux ou des signes trompeurs sollicitant de l’aide, signalant un accident ou tout autre danger, sera puni d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans »).

Selon M. Kostov, la police avait agi suivant les procédures prévues. Une patrouille contrôlant toutes les douze heures les infrastructures sensibles, dont l’aéroport de Sofia, avait signalé, sur la base des réactions d’un chien et d’un dispositif de détection d’explosifs, la présence d’un minibus blanc répondant à un certain profil à risque. Il se peut que l’erreur de réaction ait été due à la présence de produits cosmétiques dans le véhicule. L’identité des conducteurs, au nombre de deux (des Arméniens selon la BNR), a été établie mais ils ont déjà quitté la Bulgarie par air. Tous les deux répondent au profil à risque mis au point au lendemain des attentats de Paris, ce qui ne signifie pas qu’ils sont forcément « méchants », a expliqué M. Kostov. (mediapool.bg, tous journaux)

La justice

L’acquittement d’un homme politique de premier plan amène la presse à enquêter sur la procureure chargée de l’affaire

Arrêté en 2013 et mis en cause pour blanchiment d’argent, fraude fiscale et infractions financières, Khristo Bisserov, ancien vice-président (MDL) de l’Assemblée nationale, a été acquitté hier par le TGI de Sofia. L’acte d’accusation, dressé en avril dernier par la procureure Boriana Betsova, se limitait à trois chefs d’accusation, à savoir la fraude fiscale (s’élevant à 25 678 leva), la dissimulation de transactions en devises étrangères (700 960 leva) et l’omission d’une partie de son patrimoine (des comptes bancaires en Suisse) déclaré auprès de la Cour des comptes. Il ne portait notamment pas sur une fortune inexpliquée s’élevant à près de deux millions de leva, dont la confiscation a été demandée au tribunal par la Commission de confiscations de biens acquis illicitement. La juge Snejina Koleva, après la lecture du jugement, a juste précisé que « la thèse du parquet n’a pas été prouvée de manière indiscutable comme le requiert la loi ».

Pour rappel, en avril dernier, le TGI de Sofia, avait renvoyé au parquet l’acte d’accusation une semaine après son introduction au motif que « les circonstances exposées dans l’acte d’accusation ne sont pas suffisants pour délimiter de manière approfondie le cadre de l’accusation ». Ainsi, le TGI de la ville de Sofia a pu traiter en un seul jour l’affaire en première instance. Après l’acquittement de M. Bisserov, le parquet s’est justifié par le refus de la Suisse d’exécuter la commission rogatoire portant sur les comptes de M. Bisserov dans les banques suisses au motif que « l’ancien député bulgare n’avait pas commis d’infraction conformément à la législation suisse ». Selon mediapool.bg, qui publie dans sa rubrique « affiche de la journée » un photomontage de Khristo Bisserov qui dit « Je vous remercie procureur Betsova ! J’en sais trop pour moisir en prison », l’accusation publique n’a pas su une fois de plus défendre l’intérêt public.

Selon la dernière fiche d’évaluation datant de 2013 et adoptée par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) en 2014, Mme Betsova avait bénéficié de 93 points correspondant à la mention « Très bien » pour « avoir donné une satisfaction exceptionnelle dans l’accomplissement de ses obligations professionnelles ». Une étude plus attentive de la fiche d’évaluation permet de voir ce que le CSM entend par une « satisfaction exceptionnelle » aux tâches de procureur. Sur les 174 enquêtes confiées à la procureure pendant la période 2009-2013, 156 ont abouti à un classement sans suite ou à un non-lieu, « soit 90% de toutes les affaires confiées à Mme Betsova », précise mediapool.bg. En quatre ans, 14 enquêtes seulement ont donné lieu à un déferrement devant le tribunal ayant abouti à deux jugements d’acquittement et à six renvois par les juridictions pour vices de procédure. Dans trois cas, elle avait proposé des règlements amiables. Sur les 61 actes émis par la procureure Betsova que la commission d’évaluation avait vérifié de manière aléatoire, 41 ont été confirmés par les parquets supérieurs, alors que 20 ont été entièrement annulés, soit un acte sur trois a été annulé, précise mediapool.bg.

Avant même que l’acquittement de M. Bisserov ne soit prononcé, le procureur général, Sotir Tsatsarov, au CSM, a pris la défense de Boriana Betsova, contre qui le ministre de la justice proposait qu’on ouvre une enquête disciplinaire (pour avoir contribué à la prescription de l’action publique contre un ancien ministre). M. Tsatsarov a justifié son émotion par le fait que « Mme Betsova étaient en ce moment en train de défendre l’intérêt public dans le cadre de l’affaire Bisserov ». (Tous journaux, mediapool.bg)

L’interview

Ivelina Vassileva : l’impact des objectifs climatiques sur les économies de chaque pays doit être soumis à une sérieuse analyse

Dans le cadre de la 21e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 21), 24 tchassa publie une interview avec Ivelina Vassileva, ministre de l’environnement et des eaux. Elle souligne l’importance de conclure un accord pour contribuer à maintenir l’augmentation des températures mondiales en deçà de 2 degrés Celsius.

D’après la ministre, la Bulgarie a joué un rôle très actif dans l’élaboration des objectifs de l’Union européenne qu’elle va défendre lors de la conférence : la réduction de 40% des émissions de CO2 d’ici 2030 ; une réduction de 50% d’ici à 2050 (par rapport aux niveaux de 1990) ; l’objectif de la « neutralité », soit le niveau zéro d’ici la fin du siècle.

Dans le processus d’élaboration des textes normatifs et des directives, les engagements de chaque Etat membre seront définis. Selon Mme Vassileva, les objectifs pour 2030 doivent être soumis à une analyse sérieuse dans le cadre de leur impact sur les économies de chaque pays. Des facteurs comme la pollution transfrontalière doivent également être pris en considération.

La Bulgarie compte parmi les 13 pays de l’UE ayant rempli les objectifs fixés pour l’UE par le paquet énergie-climat, rappelle Mme Vassileva [en 2008 le Parlement européen a adopté l’objectif suivant : 20% d’amélioration de l’efficacité énergétique, 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre (par rapport à 1990) et 20% d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique d’ici à 2020]. Ce fait a été également souligné par le président de la République Rossen Plevneliev dans son discours lors de l’inauguration officielle de la COP21 (voir notre revue de presse d’hier).

En 2016 la Bulgarie va investir 15 millions de leva dans des projets climatiques (soit 2 millions de plus par rapport à l’année précédente). La majeure partie de cette somme, soit 14 millions de leva, sera affectée à des mesures d’efficacité énergétique. Le reste est prévu pour stimuler la mobilité écologique. Dans le cadre du programme opérationnel Environnement, 120 millions de leva sont prévus pour le maintien de la propreté de l’air (dans le cadre financier 2014-2020). (24 tchassa)

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Dernière modification : 03/12/2015

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