Mercredi 20 avril

Le lancement

Par le lancement des forages en mer Noire la Bulgarie s’oriente vers l’indépendance énergétique de la Russie

« La découverte de gisements de gaz et de pétrole en Mer Noire changerait les prochaines générations en Bulgarie et permettrait de réaliser des économies de l’ordre de 5 milliards de dollars par an », a déclaré Boïko Borissov lors de la présentation de la plate-forme flottante de forage Noble Globetrotter II, loué en septembre dernier par Total (France), OMV (Autriche) et Repsol (Espagne) qui se partagent le permis d’exploration du site Khan Asparouh, situé à 128 km de Varna au large des côtes de la mer Noire.

Ce consortium dirigé par Total E&P Bulgaria BV effectuera pendant les cinq prochains mois un premier sondage de prospection (POL-1) dont le prix s’élèverait selon Capital Daily à 150 millions d’euros. Un deuxième forage deux fois moins cher est prévu pour 2017. Le commencement de l’extraction des éventuelles réserves de gaz naturel mais surtout de pétrole, selon des sources renseignées, est attendu d’ici cinq à dix ans. Le lieu précis du forage a été localisé à l’issue des études sismiques, réalisées en 2012 sur 7 740 km carrés (en 3D) et 3000 km (en 2D).

L’investissement total auquel le consortium s’est engagé en 2012 devrait s’élever à un milliard d’euros. En outre, un forfait record, selon Capital Daily, de 40 millions d’euros a déjà été payé au titre du permis de forage. Une taxe annuelle de 1,138 millions de leva sera également versée à l’Etat.

« La haute mer n’est pas encore explorée et c’est un grand défi pour nous. L’industrie pétrolière maritime n’est pas bien développée et le risque que nous ne trouvions pas de gaz, ni de pétrole est important. En revanche, la découverte d’hydrocarbures ouvrirait la voie vers l’indépendance énergétique de la Bulgarie », a déclaré Xavier Faugeras, directeur de Total E&P Bulgaria BV. Selon M. Faugeras, en cas de résultats positifs, environ 10 ans seraient nécessaires pour réaliser les études relatives à la quantité et à la qualité des gisements d’hydrocarbures.

« L’exploration et l’exploitation des gisements permettraient à la Bulgarie de mettre en œuvre l’une des principales priorités du gouvernement bulgare – la sécurité énergétique, l’indépendance, la diversification des sources de livraison de gaz naturel. La possibilité d’accès à trois différentes sources de gaz naturel à la suite de la mise en place des interconnexions gazières et de l’exploitation de gisements nationaux contribuerait à accomplir l’un des principaux objectifs de l’Union européenne de l’énergie », a déclaré Temenoujka Petkova, ministre de l’énergie.

Pour Simeon Diankov, ancien vice-premier ministre et ministre des finances du premier gouvernement GERB, « le lancement de l’exploration par le Noble Globetrotter II constitue le projet le plus important des 5 dernières années. Indépendamment de leur nature, les résultats auront un impact positif pour le développement de toute l’économie bulgare. Tous les Etats dans la région suivront attentivement l’évolution du projet. Celui–ci constitue un succès indiscutable tant pour Temenoujka Petkova, ministre de l’énergie, que pour Delian Dobrev, ancien ministre de l’énergie du premier gouvernement GERB, actuellement président de la commission parlementaire de l’énergie. Selon ce dernier le gaz bulgare sera de 30% moins cher que le gaz en provenance de n’importe quelle source alternative.

Capital Daily, en revanche, reproche au premier ministre d’exagérer les profits pour la Bulgarie de ce projet de grande envergure et précise que « même si d’importantes quantités d’hydrocarbures étaient découvertes et exportées, la Bulgarie ne toucherait que la taxe de concession, alors que les recettes les plus importantes seraient encaissées par le consortium engagé dans l’exploration du gisement. (tous journaux)

L’analyse

Election présidentielle et le « retardement désespéré » de la procédure de désignation des candidats

Dans une analyse pour Standart, Youlii Pavlov revient sur la prochaine élection présidentielle qui aura lieu octobre prochain. Le sociologue met l’accent sur le « retardement désespéré » de la procédure de désignation des candidats. Même si certains noms sont déjà connus, il s’agit de « joueurs solo » ou de représentants de partis marginaux qui, tous ensemble, n’obtiendront pas plus de 10% des voix. Mais il n’est absolument pas sérieux qu’à moins de six mois de l’élection, les principaux partis n’ont toujours pas dévoilé leur choix.

Selon le sociologue, cette situation convient au parti GERB : plus la campagne est courte, moins les candidats auront de temps pour réellement se présenter devant le grand public. De cette manière les qualités personnelles n’auront presqu’aucun impact sur le choix des citoyens qui voteront plutôt pour un parti que pour une personne, ce qui profite au statu quo. Selon tous les sondages, à cet instant le rapport de forces est 2 :1 pour le GERB contre le PSB. Ceci explique pourquoi le parti du premier ministre n’a aucun intérêt de se presser. Mais, souligne M. Pavlov, il y a quand même un élément gênant dans cette stratégie. Il n’est pas acceptable que six mois avant l’élection, on ne sache pas si le président de la République actuel se présentera pour un deuxième mandat [Rossen Plevneliev a été soutenu par le GERB lors de l’élection précédente ; il a été également ministre dans le premier gouvernement Borissov]. Mais, selon le sociologue, toute cette logique importe peu car, quoi qu’il en soit, au vu des résultats des sondages, le candidat de GERB sera élu.

La question qui se pose est pourquoi le PSB suit la même stratégie qui, pour ce parti, est catastrophique. Pour avoir les moindres chances, les socialistes doivent trouver une figure charismatique, qui incarne l’idée d’intégrité, et ensuite travailler de manière très intense pour l’imposer au public. Le PSB attend que son congrès national passe (prévu pour les 7 et 8 mai) et qu’un nouveau président soit élu, pour penser à l’élection présidentielle, mais en fait ces deux processus doivent avancer simultanément. En plus, compte tenu du déficit de confiance dont le parti souffre, il devrait penser à soutenir une figure non-politique. Plus l’élection approche, plus la gauche perd toutes ses chances, son candidat ira sans doute au ballotage, mais ce sera tout, point sur lequel Youlii Pavlov est catégorique.

Il est également intéressant de voir si le MDL décidera de se présenter au premier tour. Jusqu’à présent le parti attendait toujours le deuxième tour pour annoncer son soutien pour l’un des deux candidats. Mais il n’est pas impossible que, dans le but de prendre l’ascendant sur son nouveau concurrent, le DOST, le parti décidera de changer de stratégie. C’est probablement également cette tactique que le nouveau projet politique de Lioutvi Mestan (voir la revue du 11 avril) choisira pour se démarquer du MDL et montrer ses ambitions de devenir son principal concurrent. Aucun des deux partis ne sera présent au second tour, mais le comportement du MDL et du DOST sera très intéressant à observer car il montrera comment le soutien de l’électorat turc va se répartir, conclut M. Pavlov. (Standart)

L’entretien

Boïko Noev : Les plans gouvernementaux de réarmement tueront l’armée

Dans ses colonnes, Troud publie un entretien avec Boïko Noev, ancien ambassadeur et deux fois ministre de la défense (dans le gouvernement intérimaire de Reneta Indjova, octobre 1994 – janvier 1995, et dans celui d’Ivan Kostov, 1999-2001).

Les importants plans de réarmement des forces armées, adoptés fin mars en conseil des ministres et soumis pour validation à l’Assemblée nationale (Ndr : près de 2,5 milliards de leva prévus pour l’achat d’un nouveau type de chasseur et de bateaux patrouilleurs polyvalents, ainsi que pour la modernisation des MiG-29) suscitent un profond scepticisme chez M. Noev. « A l’inverse du bon sens, c’est un réarmement qui ne présage rien de bon et qui risque de nouveau à tourner en un gaspillage énorme de fonds publics. […] Bref, la modernisation des forces armées finira par tuer l’armée à en juger par la manière vicieuse dont tout a été préparé », juge M. Noev.

Quels sont les vices que M. Noev reproche aux plans gouvernementaux ? En tout premier lieu, estime-t-il, c’est la démarche qui est viciée. On affecte des dépenses auxquelles le budget de l’Etat ne pourra pas faire face selon beaucoup d’économistes. Le risque est réel de voir ces projets compromis avant d’être lancés vu les recettes attendues au budget pour les prochaines années. Malheureusement, au lieu d’élaborer son propre programme en matière de défense, le gouvernement Borissov a fait l’erreur de reprendre sans examen le Programme 2020 du gouvernement intérimaire, qui était irréalisable dès le début parce que trop ambitieux, souligne M. Noev.

Un autre problème, c’est le déséquilibre des investissements programmés. « On promet au ministre de la défense 2,5 milliards de leva pour des chasseurs et des navires patrouilleurs. Cependant, les effectifs de l’armée bulgare sont actuellement au-dessous du minimum légal, des milliers de postes sont vacants, dont 1 200 postes d’officiers », indique l’expert. Selon lui, les alliés au sein de l’OTAN n’ignorent rien sur les motifs de corruption qui percent derrière le projet d’acquisition de « patrouilleurs polyvalents » et sur le gonflement subit de l’enveloppe prévue pour le nouveau chasseur : de 700 millions à 1,5 milliards de leva.

Il existe une ignorance et une indifférence totales à l’égard des forces armées, constate M. Noev. Pour plusieurs gouvernements déjà, les besoins de l’armée se mesurent en pourcentages abstraits du PIB et non en capacités réelles. En absence de tout débat professionnel, les décisions sont prises par le premier ministre Borissov non seulement en matière de défense, mais sur toute question qui concerne l’Etat. « C’est lui le maître de l’argent, celui qui distribue les stades, les autoroutes, les navires de guerre, les moteurs pour les MiG… Je ne doute nullement de ses bonnes intentions, mais M. Borissov s’est chargé de trop de responsabilités insoutenables, d’où le risque de déraper ou tomber dans le volontarisme. Il y a des fautes qu’on peut corriger, mais les roues de l’armée sont trop lourdes pour s’arrêter. »

La Bulgarie éprouve un besoin urgent d’un réexamen stratégique de la défense. La décision du parlement d’envoyer l’armée à la frontière n’est qu’un premier pas. La clé est dans la redéfinition profonde du rôle et des missions des structures de sécurité en temps de paix et en temps de guerre, dans la meilleure intégration entre forces du ministère de l’intérieur et forces armées, conclut M. Noev. (Troud)

Dernière modification : 20/04/2016

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