Mercredi 20 janvier

La politique

Interventions de haut niveau lors de la rencontre annuelle du gouvernement avec les entreprises : pas d’élections législatives anticipées

La rencontre annuelle des entreprises avec le gouvernement, traditionnellement organisée depuis dix ans par le groupe de presse Capital, s’est déroulée hier sous l’intitulé « La Bulgarie dans l’insécurité globale. Les risques et les opportunités pour l’économie ». Le président de la République et le premier ministre, ainsi que nombre de ministres sont notamment intervenus à la tribune.

Le pays a atteint des succès économiques significatifs, a affirmé le président de la République. En dix ans, les échanges avec la Roumanie ont décuplé, ceux avec la Turquie ont sextuplé et ceux avec la Serbie ont triplé. Rien qu’en 2015, le taux de croissance économique a atteint 2,8%, les exportations ont progressé de 12%, les investissements étrangers de 40%, les recettes publiques ont augmenté de 2,8 milliards de leva, le déficit budgétaire a chuté à 2,6% du PIB et le chômage a enregistré ses niveaux les plus bas depuis 2009. La dette publique reste cantonnée au-dessous de 30%, plaçant ainsi la Bulgarie à la troisième place dans l’EU. Toutefois, l’économie bulgare reste un terrain de collision entre l’authentique esprit d’entreprise et le modèle oligarchique, entre des entreprises responsables, soucieuses des besoins des prochaines générations, et des structures de l’ombre créées à force de machinations et reposant sur des allégeances occultes. La réforme judiciaire reste à faire. « Sans un système de justice fonctionnant et garantissant la primauté de la loi, le niveau de vie des Bulgares ne s’améliorera pas et le pays n’attirera pas d’investissements étrangers. Seule une réforme globale, y compris, pourquoi pas, une nouvelle réforme de la Constitution, pourra rétablir la confiance des citoyens », a souligné M. Plevneliev.

Pour le premier ministre, les vraies réussites de son gouvernement concernent les projets d’infrastructure « sauvés » (autoroutes, le pont sur le Danube), les 96% d’absorption des fonds européens (« jusqu’à 99% sur certains programmes opérationnels »), la lutte contre la contrebande (« près de 3 milliards de leva supplémentaires recouvrés par l’Etat), le hub gazier Balkan (« j’espère voir prochainement des quantités suffisantes de gaz de différentes sources assurées pour notre centre de répartition »). En ce qui concerne la réforme de la justice, M. Borissov a promis d’envoyer prochainement cinq projets de loi au parlement : le projet d’amendement à la loi sur le système judiciaire (« qui nous permettra de faire ce que nous n’avons pas pu faire avec les amendements à la Constitution »), le projet de loi sur la lutte contre la corruption (rejeté l’automne dernier par les députés et remanié), des amendements à deux codes (dont les noms n’ont pas été précisés) et le projet de loi de lutte contre le terrorisme.

Sur la migration, M. Borissov a rappelé qu’il avait lui-même plusieurs fois insisté à ce que l’Europe ferme ses frontières à l’immigration clandestine, en ne laissant entrer, à la manière des Etats-Unis, que des migrants « vérifiés par nos services et dotés de cartes vertes ». Il s’est dit toutefois confiant dans l’UE, qui saura trouver une solution au lieu de les renvoyer dans les pays, dont la Bulgarie, par lesquels ils sont entrés.

Sur les problèmes de politique intérieure, M. Borissov a ouvertement menacé ceux qui osent brandir le spectre des élections anticipées d’en être pour leurs frais. Le gouvernement actuel est sans alternative et son renversement fera entrer la Bulgarie dans la spirale de vains marchandages politiques. Les tentatives de former un gouvernement n’aboutiront à rien si ce n’est, d’ici un an, la guerre. Jurant de défendre jusqu’au bout son gouvernement au pouvoir et la stabilité dans le pays, M. Borissov a conclu : « Celui qui tire le couteau, périra par le couteau ».

Tomislav Dontchev, vice-premier ministre chargé des fonds européens, a indiqué qu’il existe dans le pays une opposition « organisée, silencieuse et consensuelle » aux réformes clés. A cette résistance au renouveau du pays s’ajoutent la pression grandissante sur les dépenses publiques, la crise démographique et la corruption. Cette dernière « n’est pas un malfaiteur inconnu, comme on la présente trop souvent, mais un sport collectif, un sport d’équipe qui nuit à l’économie. L’administration et les politiciens sont loin d’en être les seuls responsables », a souligné M. Dontchev devant le parterre d’hommes d’affaires.

Pour le ministre des finances Vladislav Goranov, la Bulgarie est entrée dans un cycle économique positif et il faut éviter toute secousse politique susceptible d’infléchir cette tendance. Concernant la charge de la dette publique, il a réitéré son engagement de suivre une politique de faible déficit, proche du zéro. Mais si l’Etat s’écarte de ce chemin pour une raison ou une autre, il n’aura qu’à augmenter les impôts. « La fiscalité actuelle est en mesure de faire face aux défis à condition d’éviter les décisions démagogiques et de ne pas transférer sur le trésor public des déficits qui n’ont rien à voir avec le fisc ». Selon lui, des déficits comme ceux créés dans le secteur de l’énergie doivent être résolus sur le principe de marché, sans passer par le budget de l’Etat. Il faut arrêter de regarder à l’énergie comme à un élément de la politique sociale, a-t-il conclu. (tous journaux)

La géopolitique

Pour Ivan Krastev, les entreprises bulgares doivent s’efforcer de peser sur les évolutions de l’UE

Le politologue Ivan Krastev est également intervenu lors de la 10e rencontre annuelle des entreprises avec le gouvernement organisée par le groupe de presse Capital. En 2006, nous considérions les frontières ouvertes et l’interdépendance comme acquises. Mais cette situation n’a plus cours et pour cette raison les entreprises bulgares doivent adopter une vision plus globale en commençant par s’intéresser aux développements au sein de l’UE. Dans cinq ans, l’Union ne ressemblera plus à ce qu’elle était en 2007. Sofia doit jouer un rôle actif dans les débats sur l’avenir de l’Union, car en pareille situation situations il n’y a que deux choix : siéger à la table des négociations ou figurer au menu, a prévenu M. Krastev.

2016 sera une année difficile pour l’UE et pour la Bulgarie et le rôle des dirigeants économiques devrait être différent. Il ne suffit plus de jouer le rôle du citoyen qui s’indigne, sinon les entreprises devront se contenter d’être des observateurs extérieurs. Il faut porter attention à ce qui arrive à l’UE et à se demander où est la frontière extérieure de l’Union. Il est difficile de dire aujourd’hui si Sofia devrait davantage redouter que la Russie lui coupe son approvisionnement en gaz ou que l’ARYM réoriente le flux migratoire de son territoire vers la Bulgarie, a imaginé M. Krastev.

Quant à la crise entre la Russie et la Turquie et ses effets sur le pays, « je suis plus inquiet de la politique de partis d’orientation pro-russe et pro-turque que de la politique de Moscou ou d’Ankara », dit M. Krastev. Une des choses les plus graves qui pourraient arriver à la Bulgarie serait qu’elle admette de devenir un théâtre d’affrontement des intérêts de ces deux pays. Si la Bulgarie permet à certains groupes, quelle que soit leur affiliation, de dessiner la politique du pays, la société aura à payer le prix d’une telle situation pendant des années. Chaque flirt avec la politique pro- ou anti-russe ou turque posera problème pour un pays tel que la Bulgarie qui ne peut pas se permettre de se refermer économiquement ou politiquement.

La difficulté pour la Bulgarie ne tient pas uniquement au fait qu’elle est un pays pauvre, mais qu’elle est également entourée de voisins pauvres. Les pays à la périphérie de l’UE comme la Bulgarie auraient beaucoup à perdre d’une éventuelle restructuration de l’Union, conclut M. Krastev. (Capital Daily, dnevnik.bg.)

La finance

Le rapport du cabinet d’expertise sur la faillite de la KTB restera confidentiel, mais des pans entiers de ses secrets sont désormais accessibles

« C’est du cynisme absolu à l’égard des gens qui ont payé les 4 milliards ! Qui voulez-vous cacher par votre décision de ne pas rendre public le rapport d’AlixPartners Services UK LLP (le plus grand cabinet de conseil spécialisé dans le domaine des finances et des faillites bancaires, recruté en juin 2015 pour enquêter sur la fuite de capitaux de la banque KTB) ? », s’est exclamé Grozdan Karadjov, député non inscrit, en s’adressant au ministre des finances Vladislav Goranov. Lors de la rencontre entre le gouvernement bulgare et les représentants des milieux d’affaires (voir supra), M. Goranov a annoncé que ce rapport restera entièrement confidentiel.
Selon lui, « l’objectif principal du rapport consiste à aider les syndics [de la banque KTB] à défendre la justice et l’égalité des créanciers de la banque. L’indicateur de mesure de leur travail serait le rétablissement d’un maximum d’actifs dans la masse de l’insolvabilité ». M. Goranov a regretté que beaucoup trop d’informations relatives à la KTB aient d’ores et déjà été révélées comme par exemple « la liste des emprunteurs privilégiés, de ceux qui ont procédé à la cession de leur créance et ont ensuite requis la comptabilisation des compensations ».

Certes, la publication, le 6 janvier 2016, sur le site du Fonds pour la garantie des dépôts (FGD), de la liste des personnes physiques et morales qui ont procédé à des opérations de cession et de compensation, a révélé que même après sa mise sous tutelle, la KTB a donné la possibilité à des personnes (pour la plupart propriétaires de dépôts non garantis) bénéficiant de « protections » et d’informations intérieures de réaliser de grands profits au détriment d’autres créanciers et des contribuables.

La logique de cette opération est simple : un projet d’affaires (un investissement) est financé par un emprunt à la KTB. La mise sous tutelle de celle-ci permet à l’emprunteur de réduire sa dette en achetant des dépôts non garantis à un prix inférieur à leur valeur nominale pour ensuite compenser par ces dépôts achetés (donc cédés par le déposant non garanti) ses dettes initiales. Ainsi un tel emprunteur-investisseur obtient la valeur totale de son investissement à un prix inférieur au prix du marché, la différence restant à la charge de ces grands déposants qui n’ont pas pu trouver à qui céder leurs créances, ainsi que des contribuables. La perte est importante car en pratique ce sont des débiteurs possédant des liquidités et par conséquent à même de rembourser la totalité de leurs dettes à la KTB qui ont pu procéder aux compensations. Ainsi leurs dettes sont retirées du bilan de la banque où ne persistent que les mauvaises créances.
Les opérations de cessions/compensations ont diminué les actifs de la KTB d’environ 850 millions de leva ; les dépôts garantis s’élevant à 3,6 milliards de leva seront à la charge des banques commerciales et des contribuables ; des dépôts s’élevant à 1,5 milliards de leva seront perdus par leurs propriétaires, sauf restitution improbable des actifs de la masse de l’insolvabilité.

Bien que ces listes rendues publiques sur le site du FGD ne démontrent pas de manière nette les liens entre les débiteurs et les déposants, la coïncidence des chiffres permet de supposer qu’une créance cédée a été faite au profit d’une société donnée, laquelle a demandé ensuite une compensation de sa dette. Les recoupements permettent de déchiffrer certaines opérations et de personnaliser les rôles du créancier, du débiteur, de l’intermédiaire et de l’investisseur. Des sociétés considérées comme bénéficiant de la protection du MDL et de l’oligarque Delian Peevski ont presque invisiblement migré de la KTB vers la First Investment Bank (intermédiaire), laquelle a acheté par exemple la créance de 97,5 millions de leva de la société Air Property Development pour la revendre après l’avoir morcelée à plusieurs sociétés dont Tabac Market (propriétaire de Lafka), Sibole Services (ayant acquis lors de la privatisation la grande entreprise publique Techoexportstroy). Le rôle d’investisseur revient à Alexander Staliïski (homme d’affaire) et à sa femme Violeta Sechkova (mannequin) qui par une opération de cession/compensation ont acquis la fabrique de verre Roubin (propriété de Tsvetan Vassilev). Le rôle du débiteur par excellence reviendrait à l’homme d’affaires Gricha Gantchev dont plusieurs sociétés ont acheté plus de 180 différentes créances à la KTB pour compenser l’argent qu’elles lui devaient. Enfin, le rôle du déposant est partagé entre plusieurs hommes politiques et sportifs de haut niveau qui ont surtout cherché à sauver leur argent.
2% des cessions ont été effectuées par des entreprises publiques qui ont, certes, ainsi défendu leur intérêt de personnes morales. Cependant, il est inquiétant que des entreprises qui constituent des outils pour la mise en œuvre d’une politique publique par le gouvernement comme Bulgargaz et le Holding énergétique bulgare (BEH) contribuent à la diminution des actifs de la masse de l’insolvabilité d’une banque. D’autant plus que certaines entreprises publiques (le Holding des Chemins de fers bulgares et les mines Maritza Iztok) ont saisi cette opportunité pour réaliser des profits spéculatifs en dévaluant leurs dettes à l’égard de la KTB.
Ainsi, ces listes rendues publiques par le FGD affirment la thèse de la culpabilité globale de l’Etat pour la faillite de la KTB. Celui-ci a non seulement failli à son obligation de superviser le secteur bancaire (par la Banque nationale de Bulgarie), mais a concentré l’argent de ses entreprises publiques dans cette même banque et a négligé de protéger les actifs de la masse de l’insolvabilité en interdisant les cessions immédiatement après la mise sous tutelle de la KTB. (dnevnik.bg, iconomist.bg)

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Dernière modification : 24/11/2016

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