Mercredi 21 janvier

LE DISCOURS
ROSSEN PLEVNELIEV : « J’ŒUVRERAI POUR QUE 2015 SOIT L’ANNEE DES REFORMES »

Lors d’une longue conférence de presse, donnée aujourd’hui, le président de la République Rossen Plevneliev a présenté son bilan à l’issue de la troisième année de son entrée en fonction. En voici quelques extraits.
« Les trois premières années de mon mandat se sont déroulées sous le signe d’importants défis, rencontrés pour la première fois dans notre histoire démocratique : la plus grave crise économique et financière mondiale depuis quatre-vingts ans, la crise la plus grave au sein de l’UE depuis sa création – des pays et des banques ont fait faillite, la démagogie et le nationalisme en Europe ont pris de l’ampleur, des valeurs fondamentales de l’UE ont été mises en cause. En Bulgarie, nous traversons une combinaison de crises – politique, démographique, économique et sociale. Nous avons vu une vague de protestations […], un acte terroriste sur notre sol natal, une pression migratoire d’ampleur inconnue, le taux de confiance le plus bas des citoyens dans les institutions, l’opposition et le revanchisme les plus forts entre les leaders politiques. 2014 était une année d’instabilité politique, d’élections législatives anticipées, de déficits énormes, de faillite d’une banque, de gel des fonds européens, de sanctions et de dégradation nette des relations entre l’UE et la Russie, une année d’importantes inondations, accidents industriels et naturels […].
La combinaison de multiples et différentes crises, extérieures et intérieures, a généré de l’instabilité dans le pays. Les citoyens, les investisseurs et les marchés sont inquiets. Les secteurs non réformés dévorent le peu de ressources publiques…
Durant les derniers mois de 2014, nous avons vu une nouvelle approche de la part des forces politiques : le dialogue […]. Il est temps de démontrer que la démocratie bulgare est mûre pour des coalitions efficaces reposant sur des principes. […]
Je veux encourager le gouvernement à entreprendre sans plus tarder les réformes indispensables… 2013 était l’année de l’énergie citoyenne, 2014 l’année de l’instabilité extrême. J’œuvrerai pour que 2015 soit l’année des réformes.
Le président a une voix forte, il peut montrer la direction. […] En tant que président, je cherche la concorde et la continuité sur les objectifs nationaux… Un bon exemple en est l’accord absolu atteint en février dernier sur les priorités du programme national de développement « Bulgarie 2020 » […].
Je travaille en dialogue avec la société civile. Je sers les citoyens et non les élites politiques. […] Je défends une position de principe sur les questions sensibles d’ordre politique intérieur ou extérieur – la crise ukrainienne, South Stream, le jugement porté sur le régime communiste en Bulgarie, les agents des services secrets communistes, etc. Nous nous sommes dressés contre l’oligarchie en mettant en place des critères nets de gestion des deniers publics et en prenant une position de principe contre la tentative de nommer un oligarque médiatique à la tête de la DANS. Je ne suis pas le président d’un parti ou autre, mais des citoyens. J’ai soutenu les revendications justes de la société civile et je me suis rangée de son côté. Lorsque la société a posé la question « Qui ? », j’ai retiré ma confiance dans les gouvernants et j’ai désigné par leurs noms les responsables de cet acte par excellence de la politique en trompe-l’œil. Le chef de l’Etat est censé unir la nation, mais cela ne veut pas dire qu’il doit rester passif ou fermer diplomatiquement les yeux sur les problèmes, les turpitudes et les crises dans l’Etat. En tant que président, j’ai une position, j’indique les problèmes qui ne sauraient être résolus si l’on ne les nomme pas. J’agis sans émotions et de façon pragmatique, malgré les attaques dirigées contre moi. Je m’intéresse non aux batailles gagnées, mais au maximum de résultats sensés au profit de l’Etat. Je ne veux pas être un président fort, mais un président utile à la société.
J’ai initié un referendum sur le changement des règles de scrutin en vue de promouvoir la démocratie directe. Je veux que la voix du peuple soit entendue et non achetée. Plus de 570 mille citoyens ont soutenu cette pétition en quelques semaines… Malheureusement, la majorité à la 42e Assemblée nationale a fait fi de ce referendum et de ces citoyens. Je continuerai à travailler pour que cette initiative aboutisse.
La démocratie est un processus et non un objectif. Nous devons être actifs pour défendre nos valeurs. […] Pour en finir une fois pour toutes avec la transition manipulée, mais aussi avec la véritable transition entamée il y a 25 ans, il faut que le communisme et ses services secrets entrent de façon objective dans les livres scolaires et les musées. Il faut nous unir sur la vérité sur le communisme, sur le bien et le mal, pour nous soulager et marcher de l’avant. […] Voilà pourquoi j’ai lancé l’idée d’un musée consacré au « XXe siècle de la Bulgarie » et j’ai mis en œuvre l’initiative « 25 ans de Bulgarie libre ». […]
Pour moi, le véritable héros de l’année dernière est la société civile bulgare. Elle s’est montrée de loin plus mûre que la classe politique, d’une sensibilité impeccable à l’égard de tout acte malhonnête et de toute manipulation politique. La société civile en Bulgarie est le vrai garant du développement démocratique européen du pays et je ne cesserai pas de la soutenir par tous les moyens. […] »

L’ANALYSE
CENSURE PAR LA COMMISSION DE CONTROLE FINANCIER : UN USAGE INDU DU DROIT EUROPEEN

Dernièrement, on observe des tentatives d’utiliser des lois régissant la concurrence, les établissements de crédit et le contrôle financier pour exercer une pression sur des médias se permettant la critique, constate Nelly Ognianova (experte en matière de médias et professeur de droit européen des médias à l’Université de Sofia) dans son blog où elle explique comment la Commission de contrôle financier (CCF) exerce un contrôle sur les publications dans les médias et leur inflige des sanctions pécuniaires importantes (voir nos revues des 15 et 20 janvier). Indignée par cette pratique qui vise à faire taire les médias sur d’importants sujets financiers par la peur des sanctions pécuniaires, Mme Ognianova se lance dans une analyse juridique de la directive relative aux abus de marché que la Bulgarie a transposée dans son droit interne.
Le législateur européen a clairement indiqué dans l’un des considérants de cette directive que celle-ci respecte les droits fondamentaux et observe les principes reconnus par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, notamment dans son article 11 (visant le respect de la liberté d’expression et d’information) ainsi que par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. Par conséquent, aucune disposition de la directive ne vise à restreindre la liberté de la presse ou la liberté d’expression dans les médias et n’empêche les Etats d’appliquer leurs dispositions constitutionnelles dans le domaine de ces libertés. La directive ne constitue donc pas une base juridique permettant une intervention avant de chercher si un juste équilibre a été respecté entre le droit fondamental d’un individu à la liberté d’expression et le droit de protéger l’intégrité des marchés financiers.
Ensuite, Mme Ognianova cite ce que la directive entend par un comportement de « manipulation de marché » et précise que lorsqu’il s’agit de journalistes, la diffusion d’informations doit être évaluée à la lumière du respect des dispositions relatives à leur profession sauf s’ils ne tirent pas, pour eux-mêmes ou pour autrui, un avantage ou un profit de la diffusion des informations. Cela implique que la CCF ne s’attribue pas le rôle d’une commission de déontologie. Si elle s’en remettait à des experts, aucun ne recommanderait l’obligation de divulguer les sources d’informations.
En outre, la CCF assure, dans un communiqué sur son site, se conformer dans l’exercice de sa politique de contrôle aux orientations du Comité européen des régulateurs des marchés de valeurs mobilières (composé de représentants des autorités de régulations nationales). L’une de ces orientations stipule que la manipulation du marché implique que la personne diffusant les informations sache que celles-ci sont fausses, trompeuses et les diffuse afin d’induire en erreur. Par conséquent, il incombe à la CCF de le prouver en l’espèce.
Enfin, la loi régissant le contrôle financier prévoit que la CCF rende publique la politique qu’elle met en œuvre et la pratique relative à l’application des textes. Il reste à voir si une telle politique a jamais été rendue publique et si celle-ci tient compte des principes à respecter à l’égard des journalistes.
(https://nellyo.wordpress.com)

LE COMMENTAIRE
L’ISLAMISME : CHOC DES CIVILISATIONS OU CONFLIT AU SEIN DE L’ISLAM ?

Le journaliste bulgare d’origine irakienne Mohamed Khalaf livre dans les colonnes de 24 Tchassa ses réflexions générées par l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo à Paris et la remise en circulation dans l’espace public de la notion de « choc des civilisations », développée en 1993 par Samuel Hungtington dans une étude de l’American Enterprise Institute et popularisée plus tard dans son livre du même nom (1996).
A la différence du théoricien américain qui estime que l’évolution sociale nous pousse inévitablement vers un choc entre l’Islam et l’Occident, M. Khalaf relève que l’islam, dont on parle aujourd’hui, est moins une religion qu’une interprétation politique, salafiste et fondamentaliste, de la doctrine religieuse. Une interprétation, vouée à disparaître parce que ne répondant pas aux évolutions de la société et à la modernité. Mais de nos jours elle est inculquée aux musulmans dès leur naissance – dans la famille, à l’école, dans la société – et finit par formater leur vision du monde. L’Etat en est responsable dans une large mesure parce qu’il a abdiqué ses fonctions éducatrices, les laissant à des institutions religieuses soumises au dogme et aux superstitions.
Le conflit entre ces idées et courants de l’islam, en décalage par rapport à la vie moderne, et les exigences de la modernité s’approfondit avec le développement de la mondialisation et les énormes avancées du monde occidental dans le domaine des sciences et des techniques, de la médecine, de l’économie et des sciences sociales.
Le sentiment de décalage, d’inaptitude, renforce le sentiment de marginalisation chez les musulmans dont les sociétés sont réduites au rang de simples consommateurs de la civilisation chrétienne occidentale. Bien qu’héritiers d’un passé historique glorieux, symbolisé par le califat, la plupart des musulmans se rendent bien compte de l’absurdité de vouloir faire vivre les gens d’aujourd’hui selon les normes des temps anciens. Ils rejettent l’« Etat islamique » proclamé par le « calife » autoproclamé Abou Bakr al Baghdadi et sont prêts à s’opposer aux terroristes. Mais les musulmans doivent rejeter aussi la lecture salafiste de la religion et se rendre compte de l’état catastrophique de la société islamique, résultat des orientations extrémistes de leurs dirigeants.
Par conséquent, on assiste, d’une part, à un conflit au sein de l’islam et, d’une autre, à un conflit entre l’islam et le reste du monde. Autrement dit, il n’y a pas de conflit religieux entre l’islam et l’Occident.
D’après le dogme salafiste, Daech et les autres formations de ce type sont les véritables successeurs de la religion que les sociétés arabes sont tenues d’adopter. Ces organisations islamistes sont le fruit d’un enseignement religieux rempli de haine envers les non-musulmans, dispensé depuis les écoles maternelles jusque dans les facultés. Rien qu’au Pakistan, plus de 20 000 écoles religieuses enseignent la haine et la violence contre les autres religions ou minorités, ainsi que les rudiments du terrorisme.
L’idéologie de la terreur s’est également imposée dans le monde de l’islam grâce à un ouvrage, paru il y a une dizaine d’années – « Gestion de la barbarie » d’Abou Bakr Naji. Ce livre a joué un rôle clé pour la formation des adeptes du terrorisme. Marquant une crise de la pensée islamiste, cette idéologie est liée à l’interprétation littérale des textes appelant à la violence (au détriment de leur lecture éclairée prônée par l’islam pluraliste) et a mené à la naissance de nombreux courants fondamentalistes, salafistes ou djihadistes. C’est cet islam fondamentaliste qui représente une menace pour l’humanité parce qu’il ne fait pas de différence entre religion et politique. (24 Tchassa)

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Dernière modification : 21/01/2015

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