Mercredi 21 mai

LA PREVISION

A QUELQUES JOURS DES ELECTIONS, UN NOUVEAU SONDAGE MET A EGALITE LE GERB ET LES SOCIALISTES

Une étude d’opinion, réalisée par Gallup International du 8 au 15 mai auprès de 1011 citoyens adultes, montre qu’un taux égal d’électeurs, 18,3%, seraient prêts à voter GERB et PSB ce 25 mai.
Parmi les autres forces politiques, la coalition menée par Nikolaï Barekov, « Bulgarie sans censure », dépasse de peu le MDL en recueillant 7,2% des intentions de vote. Le MDL se range 4e avec ses 7,1%. Toutefois, les auteurs du sondage estiment que le MDL conserve encore toutes ses chances de garder sa traditionnelle troisième position. Viennent ensuite le Bloc réformateur (3,8%) et ABC (3,5%) qui ont des chances réelles d’envoyer des représentants au Parlement européen, selon les sociologues. La réorientation russophile d’Ataka ces derniers mois n’a nullement modifié le soutien électoral dont ce parti jouit (2,5%). Mais Ataka, tout comme le Front national pour le salut de la Bulgarie (2,4%), devrait faire preuve d’une très grande mobilisation s’il veut dépasser le seuil électoral.
Par ailleurs, 44% des personnes interrogées déclarent leur intention de voter et 20% se disent prêts à utiliser le vote préférentiel. (tous journaux)

LA QUESTION

LE SYSTEME JUDICIAIRE, OUTIL DANS LA COMPETITION POLITIQUE ?

Plus la date des élections européennes approche, plus le parquet semble sollicité.
Ainsi par exemple, Capital Daily informe que le Réseau de protestation (un groupe issu des manifestations antigouvernementales de l’été dernier) a envoyé un signalement au parquet selon lequel il existerait des données probantes selon lesquelles le parti politique « Bulgarie sans censure » et l’association enregistrée sous le même nom auraient été financés de façon illégale. Le Réseau de protestation demande que des mesures soient prises en vue de la dissolution de ces deux formations.
Un premier signalement, envoyé par le même groupe fin février, demandait au parquet d’enquêter sur des infractions fiscales et financements occultes de partis politiques et visait notamment le président du Conseil de supervision de la banque KTB, Tsvetan Vassilev, le député MDL Delian Peevski et l’ancien journaliste et actuel leader de « Bulgarie sans censure », Nikolaï Barekov. Trois mois n’ont manifestement pas suffi aux procureurs pour recueillir l’information nécessaire, s’amuse Sega. Hier, le procureur général a expliqué pour se justifier que le parquet a dû envoyer à trois reprises ses questions à la banque centrale pour requérir les informations pertinentes.
Par ailleurs, Pressa annonce que le parquet a mis fin à la vérification, engagée une semaine avant les élections, contre un des personnages les plus actifs de la formation ABC, Roumen Petkov, ancien ministre de l’intérieur. Dimanche dernier, celui-ci était convoqué pour une audition dans le cadre d’un dossier classifié et, comme par hasard, quelqu’un avait invité aussi des journalistes. Plus tard, il s’est avéré que la vérification était effectuée sur un signalement d’achat de voix. En l’absence du moindre élément de preuve, le parquet a déclaré un non-lieu.
En marge de cette activité « électorale » du ministère public, un événement attire tout particulièrement l’attention. Il y a quelques jours, des informations avaient filtré dans la presse selon lesquelles un procureur du parquet de la ville de Sofia, dont le nom n’avait pas été révélé, avait ouvert, sur un signalement de la part de Nikolaï Barekov, une vérification préliminaire contre le chef de l’Etat. Le dossier portait sur la rencontre de M. Plevneliev à Vienne, lors d’une visite officielle, avec Stefan Szyszkowitz, directeur exécutif du groupe EVN. La vérification était confiée à l’Agence d’Etat de la sécurité nationale (DANS), relève Capital Daily, dont ce n’est nullement le mandat. Vendredi dernier, le procureur général, ayant appris l’existence d’une telle procédure, y avait mis fin au motif que la Constitution interdit explicitement toute enquête à l’encontre du président de la République. L’immunité dont jouit le chef de l’Etat ne peut être levée que pour haute trahison et à condition qu’une demande en soit adressée à la Cour constitutionnelle par 60 et soutenue par 180 députés au moins. (tous journaux)

L’ANALYSE

LES PRATIQUES D’ACHAT DE VOIX ET AUTRES PRESSIONS SUR LES CATEGORIES VULNERABLES DU CORPS ELECTORAL

Dans un entretien, accordé à Pressa, le politologue et enseignant Stoïtcho Stoïtchev, de l’Université de Sofia, partage ses observations sur le phénomène de l’achat de voix en Bulgarie. Ses travaux sur ce problème figurent dans une récente une étude consacrée aux nouvelles menaces devant la sécurité humaine dans les Balkans, financée par la Commission européenne et réalisée sous la direction de la London School of Economics and Political Science, à laquelle ont participé des équipes de chercheurs de Bulgarie, Turquie, Serbie, Monténégro et Kosovo.
Selon M. Stoïtchev, il existe plusieurs moyens de contrôler le vote des électeurs, dont un des plus faciles est de falsifier les procès-verbaux du scrutin ou, plus précisément, de les remplir d’une certaine façon. Mais ce n’est possible que dans les localités les plus éloignés où il n’y a pas d’observateurs.
D’autres « modes opératoires » sont beaucoup plus répandus, tels les achats de voix pratiqués dans les ghettos roms et les villes. Selon l’expert, ils représentent un phénomène particulièrement sérieux qu’on pourrait qualifier de nouvelles formes d’asservissement.
Les ghettos roms, par exemple, ne peuvent pas être considérés comme des communautés modernes au sens sociologique du terme. Les gens y vivent dans une organisation pré-moderne où l’autorité du chef du groupe est très importante. Dans chaque ghetto, il y a normalement deux ou trois leaders. Quand les gens ont un problème, ils ne s’adressent pas aux institutions, mais à leur leader qui résout non seulement les problèmes interpersonnels, mais paye aussi les factures ou prête de l’argent. S’instaure alors une relation de dépendance spécifique à ces gens : avec le temps, un grand nombre d’entre eux commencent à devoir de l’argent aux usuriers. Mais le rôle de ces derniers est beaucoup plus global et dépasse le cadre étroit de l’usure. Ce sont eux qui contrôlent l’abattage illégal de bois en forêt, la contrebande de marchandises, l’achat de voix.
Dans l’achat de voix, le débiteur rom ne reçoit rien en contrepartie de son vote en faveur d’un parti donné. Le leader encaisse tout. Il peut consentir une petite remise, mais il n’est pas obligé de le faire. En plus, le débiteur n’a aucune idée du montant de la créance, il croit sur parole son leader.
Pour chaque voix rom, les leaders sont récompensés par les partis politiques, soit en liquide, soit en nature, le plus souvent une couverture est assurée sur les affaires illégales du leader rom. Un réseau se forme entre, d’un côté, les leaders et, de l’autre, des politiciens et des représentants de la police, de la justice, des institutions.
Mais il n’y a pas que les Roms qui se voient dans l’obligation de vendre leurs voix. Dans les villages, mais aussi dans les petits chefs-lieux régionaux, où le niveau du chômage est élevé, les gens sont très souvent dépendants de leur employeur. Presque partout les employeurs contraignent ou encouragent leurs salariés à voter pour tel ou tel parti politique, en leur disant que si ce parti gagne, l’entreprise prospérerait, garderait son personnel, augmenterait les salaires. Si le salarié ne votait pas comme on lui demande de le faire, il serait le premier à partir en cas de licenciement. Même en l’absence de mécanisme susceptible de démontrer comment ce salarié et les membres de sa famille ont voté, ce schéma marche impeccablement parce que les gens vivent dans l’insécurité, observe M. Stoïtchev.
Des données empiriques montrent que tous les partis politiques représentés au parlement pratiquent l’achat de voix.
Le recours généralisé à cette pratique illégale en neutralise l’effet dans les élections européennes, législatives et présidentielles. Mais pour un parti, y renoncer unilatéralement serait prendre un gros risque, estime l’expert.
Dans les élections municipales, en revanche, l’achat de voix peut changer l’issue du scrutin. Là où la répartition des forces au niveau municipal diffère sensiblement de celle au niveau parlementaire national, il subsiste de forts soupçons de vote contrôlé. Tel est le cas, par exemple, des communes sur le territoire desquelles se trouvent des stations balnéaires ou de montagne ou qui gèrent des concessions de ressources naturelles : cela gonfle leurs budgets et l’enjeu est important, souligne M. Stoïtchev. (Pressa)

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Dernière modification : 21/05/2014

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