Mercredi 23 mars

La réaction

Déclarations et exercices antiterroristes après les attentats de Bruxelles

Les attentats sanglants à l’aéroport de Zaventem et dans le métro de Bruxelles font la une de tous les quotidiens bulgares. La Bulgarie condamne sévèrement ces actes de violence contre la capitale de l’Union européenne unie dont l’objectif est de semer la peur au cœur même de l’Europe. Cependant les Européens ne cèderont pas à la peur et unis l’emporteront sur le terrorisme. L’Europe trouvera la meilleure façon pour défendre sa civilisation et sa culture. Bruxelles, qui est notre capitale et symbolise notre liberté et nos valeurs communes, sera défendue. C’est ainsi qu’on peut résumer les premières réactions des officiels bulgares dont la presse rend compte.

Dans un commentaire plus détaillé, le premier ministre Borissov a ajouté : « C’est injuste. L’Europe est le seul continent qui dépense des milliards pour intégrer ces gens-là. Des mesures sont prises pour qu’ils se portent de mieux en mieux, tous les Etats membres ont donné leur argent et leur territoire et c’est donc injuste qu’ils nous frappent ainsi au cœur de l’Europe. Il est clair qu’on ne peut pas intégrer des terroristes, que ce qui se passe dans le monde arabe a indigné beaucoup de monde et c’est justifié lorsqu’on voit les destructions en Syrie et la situation en Libye et en Irak. Cela met en colère les gens et les rend méchants. » Selon M. Borissov, ces attentats sont la preuve de l’échec de la politique extérieure de beaucoup de pays européens. Il a également informé de la tenue dans le métro de Sofia d’un entraînement antiterroriste impliquant l’armée, le ministère de l’intérieur et des forces étrangères, préparé depuis deux mois. Cet entraînement vise à améliorer les réactions de toutes les institutions concernées par un éventuel attentat, à mieux les coordonner en cas de force majeure.

Dans une conférence de presse, Roumiana Batchavarova, ministre de l’intérieur, a informé des mesures entreprises par son ministère à la suite des attentats à Bruxelles : 100% de contrôle aux frontières, renforcement de la sécurité aux aéroports, aux gares ferroviaires, dans le métro. « La situation est très inquiétante et le danger est élevé pour tous les Etats européens. Des cibles à proximité des institutions européennes ont été visées. C’est donc une provocation à la sécurité européenne », a déclaré la vice-première ministre et ministre de l’intérieur. Elle a assuré que les services de sécurité ne disposent pas de données relatives à une menace terroriste en Bulgarie. Une réunion de la cellule nationale de sécurité à laquelle ont assisté les ministres du transport, de la défense, de la santé, des affaires étrangères et de l’intérieur, s’est tenu tard dans la journée.

Tsvetan Tsvetanov, président de la commission parlementaire de la sécurité intérieure et de l’ordre public, a considéré que l’échange d’informations en temps réel entre les différents services de sécurité peut contribuer au renforcement de l’efficacité des mesures de lutte contre le terrorisme. Il a également annoncé la tenue d’une réunion conjointe des commissions de la sécurité intérieure et de l’ordre public et du contrôle des services de sécurité lors de laquelle seront entendus tous les chefs de services spéciaux.

Dans une interview, Andreï Kovatchev, député européen, a soutenu la thèse de la nécessité urgente de créer un service européen des renseignements. Il a invité les Etats membres à tourner le dos à l’égoïsme national et à partager les informations dont ils disposent avec les services partenaires. « Il est scandaleux qu’il y a quelques mois, seuls cinq ou six services européens échangeaient des renseignements », s’est-il indigné en espérant que ces événements terribles contribueront à ce que l’Europe, dont la population ne représente que 7,5% de la population mondiale mais qui se partage 25% des biens et du commerce mondiaux, soit plus unie pour faire face aux difficultés. Les idées relatives à la création d’un service de renseignements commun, à une armée commune et à un dispositif commun de protection des frontières doivent par conséquent vite évoluer, selon M. Kovatchev. (tous journaux)

L’entretien

Kirtcho Kirov : la principale menace pour la Bulgarie viendrait d’une déstabilisation de son voisin immédiat, la Turquie

Dans une interview pour Douma, le général Kirtcho Kirov, ancien chef du service national du renseignement, analyse les tenants et les aboutissants de la situation complexe issue des conflits dans le Proche-Orient, à l’origine des nombreux attentats qui continuent d’ensanglanter l’Europe.

Des éléments réels montrent que l’activité terroriste sur le territoire européen ne s’arrêtera pas de sitôt, voire gagnera le continent américain, comme Daech en avait menacé, déclare M. Kirov. Pour de multiples raisons objectives : d’abord, la guerre réelle menée par deux coalitions dans le Proche-Orient contre Daech, le mal qu’il faut éradiquer parce qu’il est à l’origine de l’activité terroriste. Il faut y ajouter les risques créés par l’existence d’autres groupes terroristes, notamment Al Qaida et ses antennes dans les pays proche-orientaux. C’est le facteur extérieur qui mène la guerre contre le « monde civilisé ».

En deuxième lieu, il faut citer les préalables sociaux existant dans les pays qui sont devenus la cible des attaques terroristes, notamment la Belgique et la France où habite une partie importante de la communauté musulmane en Europe. Après la Russie, la France est le deuxième pays du monde de par l’importance de sa minorité musulmane. Du point de vue de son intégration, on constate que cette minorité engendre elle-même de la tension en son sein et forme des personnes se laissant facilement manipuler et commettre des actes terroristes.

En troisième lieu, le bilan peu satisfaisant des services spéciaux en matière de prévention sur ce type de population fait penser que les attaques terroristes ne s’arrêteront pas là. Il est impératif que les services disposent de suffisamment d’information pour pouvoir anticiper.

A ces trois éléments s’ajoute un quatrième : le flux migratoire qui facilite la pénétration en Europe de personnes liées à des structures terroristes ou gravitant autour d’elles.

Ces constats posés, à qui la faute ? D’abord, il faut reconnaître que l’Europe n’est pas une entité politique unique ni homogène. L’Europe d’aujourd’hui manque de véritables leaders capables d’anticiper l’évolution politique des Etats, de pressentir les tendances géopolitiques ou géostratégiques. D’autre part, il y a eu des événements dans le Proche-Orient qui ont abouti à la mise en place de Daech. Sans les guerres en Irak, en Libye et en Syrie, Daech n’aurait pas existé, n’aurait pas eu la puissance, le territoire, les matières premières, les ressources financières dont il dispose maintenant. Sans oublier que la première crise, celle d’Irak, était déclenchée par les Etats-Unis. L’action américaine en Irak a permis le recrutement d’anciens soldats, officiers, agents des services spéciaux irakiens qui sont devenus le socle des unités de combat de Daech.

Par ailleurs, la Turquie est également devenue la cible d’attaques terroristes. Le pays est en proie à de sérieuses tendances à la désintégration. La toute première cause en est la lutte des indépendantistes kurdes et la politique de répression brutale menée par le gouvernement actuel contre la minorité kurde. Mais il faut également souligner le rôle ambigu joué par la Turquie à l’égard du conflit en Syrie, son ambition de s’imposer comme leader dans la région et comme puissance mondiale. D’un côté, la Turquie souffre de Daech parce que les attentats à Istanbul ont été analysés comme commis par cette organisation terroriste. D’un autre, le pays profite de Daech en rachetant son pétrole et facilite le transfert à travers son territoire d’armes et de combattants vers Daech et les zones de combat en Syrie.

L’accord UE-Turquie est une bonne chose, mais il est difficile de croire que la Turquie arrivera à limiter de façon conséquente le déplacement de migrants à travers son territoire. Pour la Bulgarie, la véritable menace viendra de la déstabilisation de son voisin immédiat. D’autre part, les services spéciaux bulgares doivent être prêts à prévenir les risques véhiculés par les flux de migrants et coopérer avec leurs collègues des autres pays balkaniques. Une partie des combattants de Daech, originaires de ces pays, y retournent. Cela crée un risque potentiel d’actes terroristes pour la Bulgarie. Il faut veiller à ce que ce risque potentiel ne devienne pas réel, conclut M. Kirov. (Douma)

Le vizir

Le retour de Tsvetan Tsvetanov

Tsvetan Tsvetanov, homme fort du GERB dans le passé et ancien ministre de l’intérieur, est en train de reprendre sa place auprès du leader de ce parti, Boïko Borissov, écrit l’hebdomadaire Capital dans une longue analyse consacrée à ce « retour » qui anime l’opinion depuis quelque temps.

La quarantaine a duré, d’après Capital, deux ans. Pendant ce temps M. Borissov a essayé de tenir dans l’ombre son homme « le plus fidèle ». Une tactique que le journal explique, d’une part, par le besoin de convaincre les éléments hésitants au sein du parti que celui-ci en avait fini avec l’image arrogante de ses débuts (2009-2013) et, de l’autre, par le souci de dissiper les réticences du Bloc réformateur et d’entrer en coalition avec lui.

Il est évident que les impératifs d’hier ne sont plus à l’ordre du jour et que M. Tsvetanov peut regagner sa place de numéro deux du parti. Toutefois, son retour en force a étrangement coïncidé avec son acquittement sur trois dossiers.

Son dernier acquittement a, en outre, coïncidé avec le départ dans l’opposition de Radan Kanev et d’autres députés du BR, dont le chef de la commission parlementaire de la sécurité intérieure et de l’ordre public. Le siège vacant a été tout de suite attribué à M. Tsvetanov, dévoilant ainsi ses ambitions de reprendre sa place auprès de M. Borissov. Les intentions mal cachées de l’ancien ministre de l’intérieur de faire la pluie et le beau temps en matière d’affaires intérieures ont mené à la suppression, sur son insistance, d’une disposition clé de la loi sur l’identification électronique. De surcroît, il aura son mot à dire sur les amendements à la loi sur le ministère de l’intérieur, socle de la réforme de cette institution.

Interrogé sur le nouveau « statut » au sein du parti de M. Tsvetanov, M. Borissov a à plusieurs reprises publiquement exprimé sa confiance en lui. A Khaskovo, lors d’une rencontre avec des sympathisants, il a déclaré qu’il soutenait en tout le chef de son groupe parlementaire, qu’il n’y avait pas de guerre entre eux et qu’au GERB, il y avait de la place pour « un numéro un et un numéro deux, mais pas pour un numéro trois » - une pique qui visait apparemment l’actuelle vice-première ministre et ministre de l’intérieur Roumiana Batchvarova.

De fait, les attaques ouvertes de M. Tsvetanov à l’égard de Mme Batchavarova constitue l’élément le plus obscur de son retour. M. Tsvetanov a été l’opposant le plus important aux amendements à la loi sur le ministère de l’intérieur proposés par la ministre en novembre dernier. Il s’est attaqué non seulement aux textes proposés mais également à la ministre elle-même. La semaine dernière, M. Tsvetanov a réuni les députés de la commission de la politique intérieure et les syndicats professionnels qui, une fois de plus, ont exprimé leur réticence aux amendements proposés par Mme Batchvarova. Selon des députés, M. Tsvetanov chercherait ainsi à ce que les critiques de la réforme du ministère de l’intérieur ne viennent pas directement de lui mais des professionnels. La promesse qu’un tel examen du projet de loi d’amendements se tienne entre la première et la deuxième lecture annonce la poursuite de la lutte contre la réforme.

L’une des explications de cette friction entre l’ancien ministre de l’intérieur et l’actuelle ministre serait la jalousie, estime Capital. Il n’est pas non plus exclu que le premier ministre soit à l’origine de cette opposition afin que M. Tsvetanov puisse assumer la responsabilité de certaines décisions à la place de M. Borissov. Telle a été par exemple la décision de reporter les amendements à la loi sur le ministère de l’intérieur, lorsque Borissov a défendu Mme Batchavarova et la réforme qu’elle portait. Tsvetanov a déjà eu l’occasion de jouer ce rôle de bouc émissaire lors du premier gouvernement Borissov lorsqu’il s’opposait ouvertement au ministre des finances Simeon Diankov et se servait de sa mainmise sur les députés du GERB au Parlement pour faire échouer les propositions de M. Diankov.

Manifestement conclut Capital, il s’avère qu’au sein du GERB les rôles du « bon », de la « brute » et du « truand » ne peuvent être interprétés que par deux comédiens, les deux derniers rôles étant réservés à Tsvetanov afin que le brio du « bon » puisse être mis en valeur. (Capital)

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Dernière modification : 24/11/2016

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