Mercredi 24 juin

LA DEFENSE

LA BULGARIE DEMANDERA A DES MEMBRES DE L’OTAN DE SE JOINDRE A LA PROTECTION DE SON ESPACE AERIEN NATIONAL ; LES ETATS-UNIS DEPLOIERONT DU MATERIEL DE COMBAT DANS SIX PAYS D’EUROPE DE L’EST

La situation critique dans l’aviation de combat bulgare et l’absence de ressources pour remédier aux problèmes de maintenance des avions russes actuellement en opération dans l’armée bulgare ou d’achat de nouveaux chasseurs ont engendré une solution peu commune : demander l’aide d’autres pays membres de l’OTAN en vue de déployer une protection conjointe de l’espace aérien bulgare, a informé hier Mediapool.
Selon des sources du ministère de la défense, citées par cette agence en ligne, la porte serait désormais définitivement fermée aux négociations avec la Russie sur la rénovation des chasseurs bulgares de fabrication russe. Comme ceux-ci ne seraient plus exploitables à partir de l’été prochain et que le pays ne pourrait pas acquérir entretemps de nouveaux avions, la seule solution serait de solliciter l’aide des pays membres de l’OTAN.
D’après Mediapool, la direction politique du ministère de la défense aurait déjà pris la décision de ne pas engager de pourparlers avec la Turquie. La Grèce serait envisagée comme la meilleure option, mais des demandes d’assistance seraient envoyées à d’autres pays membres également.
Pour l’instant, aucune estimation financière n’a été avancée quant au prix du service demandé. Si le ministère bulgare n’arrive pas à trouver de prestataire, le pays devrait compter sur l’OTAN pour la protection de son espace aérien.
Selon Mediapool, le gouvernement devrait voter aujourd’hui, à huis clos, un mandat au ministre de la défense Nikolaï Nentchev et au ministre des affaires étrangères Daniel Mitov en vue de l’ouverture de négociations sur l’achat par la Bulgarie de nouveaux chasseurs. Dans le cadre de ce mandat, le ministre de la défense aurait à recueillir des offres pour les analyser et soumettre, dans un deuxième temps, un projet aux paramètres bien définis au gouvernement. Les deux ministres seront chargés également de mener des pourparlers avec des membres de l’OTAN sur la protection conjointe de l’espace aérien bulgare.
Parmi les options d’acquisition : l’achat d’avions d’occasion, le don de la part des Etats-Unis d’anciens F-16 que la Bulgarie aurait à moderniser pour son propre compte ou, dans le meilleur des cas, l’achat de chasseurs suédois Gripen.
Par ailleurs, les médias évoquent aujourd’hui une confusion dans les déclarations officielles faites à la suite des propos du secrétaire américain à la défense Ashton Carter, tenus lors de sa visite en Estonie, selon lesquels six pays, dont la Bulgarie, ont approuvés des accords bilatéraux à conclure avec les Etats-Unis dans le domaine militaire. A en juger par un communiqué officiel publié sur le site du ministère, la Bulgarie n’aurait pas reçu de proposition officielle de déploiement de matériel de combat et seule l’ambassadrice américaine à Sofia aurait seulement informé succinctement le ministre de la défense que les Etats-Unis projetaient de faire une déclaration officielle sur la question.
D’après des diplomates bulgares auxquels fait référence Capital Daily, les détails d’un tel accord bilatéral auraient été déjà examinés par la partie bulgare ces derniers mois. La déclaration du ministre Nentchev montre que, soit la Bulgarie n’est pas prête à accueillir les Américains sur son sol, soit le ministre lui-même n’est pas au courant des négociations en cours, estime Capital Daily.
Il ne faut pas que les plans de l’OTAN d’une présence renforcée en Europe de l’Est après l’annexion de la Crimée par la Russie suscitent une nouvelle hystérie, a souligné devant des journalistes le chef de la diplomatie bulgare Daniel Mitov après la réunion du Conseil des ministres. Le déploiement d’un matériel lourd américain en Bulgarie s’impose dans le cadre des exercices conjoints convenus l’automne dernier lors du sommet de l’OTAN au Pays de Galle. « Nous savons très bien ce qui se passe et ce qui se passera. Tout est fait en coordination avec nous », a-t-il ajouté. (mediapool.bg, tous journaux)

L’HEGEMONIE

MUNICIPALES : LA BATAILLE DE SOFIA N’AURA PAS LIEU

Remporter la bataille pour la mairie de la capitale est une épreuve cruciale pour gagner la grande guerre politique pour le gouvernement du pays. Deux mouvances ont ainsi commencé leur marche vers le sommet de l’Etat, l’Union des forces démocratiques (UDF) en 1995 et le GERB en 2005 lorsque Boïko Borissov a pris la mairie de Sofia avant de diriger le pays quatre ans plus tard. Depuis, le GERB est devenu le maître indétrônable de la ville de Sofia. Yordanka Fandakova est au bout d’un deuxième mandat et en brigue un troisième, qu’elle remportera certainement dès le premier tour des prochaines élections locales en octobre. Le GERB bénéficie également d’une majorité au conseil municipal qu’il conservera certainement en automne prochain.
Les élections législatives en octobre dernier ont donné lieu à un modèle politique quasi monopartite : un parti largement dominant et deux partenaires aspirant à la deuxième place. Les autres petites formations dans la majorité ou dans l’opposition, essaient de trouver leur place dans l’orbite du GERB qui a toutes les chances de renforcer sa présence dans les collectivités territoriales. Une double victoire à Sofia (le poste de maire dès le premier tour et une forte présence au conseil municipal) est d’une importance cruciale pour ce parti. Ce n’est pas par hasard que le GERB avait entrepris des négociations avec les réformateurs dans l’espoir que le Bloc renonce à désigner un candidat au poste de la mairie.
Pour rappel, un tiers des suffrages du Bloc aux dernières législatives (environ 100 000) provenait de Sofia. Une partie importante de ces 100 000 électeurs sofiotes risquent de soutenir la candidature de l’actuelle maire, très populaire et sans rival. En outre, s’attaquer au bastion de la mairie détenu depuis plus de dix ans par le GERB impliquerait un bouleversement dans les relations entre les deux partenaires les plus importants au sein de la coalition au pouvoir.
Devenir la deuxième force politique au sein du conseil municipal reste alors un choix raisonnable. Y parvenir serait un succès important pour le Bloc. Selon Daniel Smilov, politologue, même si ce parti refusait à s’engager dans la bataille pour la ville de Sofia, il aurait besoin d’un candidat à la mairie qui puisse consolider le vote pour les conseillers municipaux. « Les réformateurs pourraient ainsi invoquer les faiblesses évidentes dans la gestion de la capitale et les démarches opportunistes suivies dans la planification de la ville, à commencer par l’infrastructure tragique et à en finir par l’aspect pour le moins éclectique du milieu public. Pourvu que le Bloc soit en mesure de choisir les bons orateurs », relève M.Smilov.
Par ailleurs, indépendamment des raisons pour lesquelles le Bloc refusera de briguer la mairie de Sofia, la façon chaotique et discordante dont on procède à la désignation de ses candidats aux mairies d’autres grandes villes régionales est inquiétante et révèle de très graves désaccords internes ainsi qu’une une pénurie de ressources humaines, constate avec regret M. Smilov. (Capital.bg, life.bg)

LE RAPPORT

LE CONSEIL DE L’EUROPE CRITIQUE LA VIOLATION DE LA LIBERTE DES MEDIAS ET DES DROITS DES MIGRANTS ET DES PERSONNES PLACEES EN INSTITUTION FERMEE EN BULGARIE

« La Bulgarie a fait quelques progrès en matière de protection des droits de l’homme, mais ces progrès restent lents et fragiles », a déclaré le 22 juin Nils Muižnieks, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, en rendant public un rapport sur la visite qu’il a effectuée en Bulgarie du 9 au 11 février 2015. Ces critiques visent prioritairement trois domaines : les droits des personnes placées en institution, les droits de l’homme des migrants et la liberté des médias.
Les journaux mettent l’accent sur les critiques concernant la situation des médias passablement inquiétante. Les points faibles énumérés sont le manque de pluralisme, l’opacité entourant la propriété et le financement des médias, le contrôle éditorial exercé par des responsables politiques au moyen de contrats relatifs à la publicité et à l’information.
Le rapport note que même si le paysage médiatique laisse croire à un large pluralisme (354 journaux, dont 57 quotidiens ; 87 radios et 114 prestataires de services télévisés, selon l’Institut national de statistique), en réalité le pluralisme des médias est limité. La raison principale est le manque de transparence de la propriété des médias. « Les autorités devraient faire en sorte que la propriété et le financement des médias soient soumis à un suivi indépendant, établir des règles destinées à limiter la concentration excessive de la propriété des médias et favoriser le pluralisme des médias », recommande à ce propos M. Muižnieks. L’adoption de règles limitera l’influence qu’une seule personne, entreprise ou groupe pourrait exercer sur différents médias.
L’utilisation de subventions directes et indirectes afin d’exercer une pression sur les médias critiques et à récompenser ceux qui sont fidèles est aussi soulignée. « Les autorités bulgares devraient renforcer l’indépendance des médias, notamment en répartissant de manière transparente et non discriminatoire entre les médias privés les revenus issus de contrats publics relatifs à la publicité et à l’information », dit le rapport. Cette pratique qui fausse le paysage médiatique en soutenant certains médias, souvent dociles du régime, a été également critiquée dans un rapport de l’Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d’information (WAN-IFRA) sur la liberté de la presse. L’organisation avait qualifiée ce phénomène de « censure douce » (revue de presse du 6 mai).
Figure également dans le rapport une recommandation de réduire le risque de censure et d’autocensure en veillant à ce que la Commission de surveillance financière n’inflige pas d’amende en raison d’activité journalistique, en dépénalisant totalement la diffamation et en garantissant l’efficacité des organismes chargés des questions de régulation et de déontologie des médias, tels que le Conseil pour les médias électroniques et la Commission nationale de déontologie du journalisme. Elle vise en particulier la pénalité que cette commission avait imposé (la plus grande dans son histoire) pour « manipulation du marché » au groupe Economedia, éditeur de Capital et de Dnevnik. L’amende s’élevait à 150 000 leva pour le groupe et à 10 000 leva au total pour ses deux représentants légaux (revue de presse du 15 janvier). Le rapport juge une telle sanction « disproportionnée ».
Le deuxième grand sujet, les droits des migrants : selon le rapport, les conditions d’accueil des demandeurs d’asile se sont améliorées à certains égards, mais les progrès accomplis restent fragiles. Le commissaire appelle les autorités bulgares à remédier aux insuffisances actuelles du système censé permettre l’identification précoce des demandeurs d’asile vulnérables (y compris les mineurs isolés), au manque de dispositif de soutien et aux lacunes en matière d’accès à l’assistance juridique gratuite dans le cadre des procédures d’asile. Des critiques similaires ont été adressées par le Comité Helsinki de Bulgarie dans son dernier rapport sur la procédure d’octroi de la protection internationale en 2014 (revue de presse du 18 juin).
Le rapport recommande également à Sofia de cesser de recourir illégalement à la détention de demandeurs d’asile et de remédier les conditions de vie matérielles inadéquates dans les centres de détention. Les autorités bulgares sont appelées à s’assurer que les migrants arrivant aux frontières du pays ne soient pas refoulés ni expulsés collectivement. L’intégration est l’autre problème montré de doigt par M. Muižnieks.
Sur le troisième sujet, les droits des personnes placées en institution fermée, le commissaire recommande à la Bulgarie de réformer la justice des mineurs et de fermer les centres éducatifs-internats. « Sans avoir dûment évalué leurs besoins, on place des enfants dans ces institutions, établies en vertu d’une législation obsolète, où se produisent régulièrement des violences physiques et psychologiques. Les enfants placés sont privés de la protection dont ils ont besoin, ainsi que d’une éducation de qualité, ce qui réduit leurs chances de réinsertion sociale. », commente le rapport. La recommandation principale porte sur l’accélération de la désinstitutionalisation des enfants. (coe.int, Sega, Capital Daily)

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Dernière modification : 24/06/2015

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