Mercredi 25 février

LA DETTE
LE PARLEMENT APPROUVE LA CONVENTION DE COURTAGE CONCLUE AVEC QUATRE BANQUES ETRANGERES

Aujourd’hui, l’Assemblée nationale a approuvé, en première et deuxième lecture, le projet de ratification d’une convention de courtage entre la Bulgarie, en la qualité d’émetteur, et quatre banques (Citigroup Global Markets, HSBC, Société générale et Unicredit), en la qualité d’organisateurs et courtiers pour le Programme global de moyen terme de la République de Bulgarie relatif à l’émission d’obligations à hauteur de 8 milliards d’euros, signée le 6 février 2015.
Ce programme, élaboré par le ministère des finances et visant à assurer la stabilité financière du pays d’ici 2017, avait suscité de multiples frictions au sein de la coalition au pouvoir, mais aussi entre adversaires politiques et parmi les experts (voir nos revues des 13 et 19 février).
Hier encore, au parlement, les adversaires de l’extension de la dette restaient nombreux. ABC continuait à refuser son soutien en dépit des efforts faits par le ministre de finances pour convaincre ce partenaire au pouvoir. Le MDL, après être resté muet la semaine dernière, avait finalement annoncé son intention de voter contre un projet de ratification susceptible de « générer une crise de la dette et [qui] est une reconnaissance de l’absence de réformes ».
Ainsi, à la veille du vote, les seuls députés sur qui le GERB semblait pouvoir compter étaient les siens, ceux du Bloc réformateur et, éventuellement, ceux du Front patriotique et du Centre démocratique bulgare, le PSB et Ataka étant résolument opposés à la ratification.
Or, le vote d’aujourd’hui a montré une fois de plus l’élasticité des liens entre les partis représentés au parlement et la cohésion de la coalition hétéroclite.
« On est tous tenus de rembourser les 12 milliards de leva qu’on a dépensés ensemble, que ce soit en tant que témoins dans l’opposition, instigateurs au sein d’une coalition ou auteurs au pouvoir », a déclaré le ministre des finances Vladislav Goranov dans sa longue introduction.
« Ce n’est pas d’un emprunt qu’on débat. On examine une convention signée avec des intermédiaires. Il ne s’ensuit pas une dette. La souscription d’une dette se décide dans cette salle, par vous. La dette de 7 milliards de leva, que la Bulgarie aura à rembourser en 2015, a été votée par vous. Le déficit de 2,5% a été voté par vous dans la loi de finances. Cela fait 9,5 milliards de leva pour cette année, votés par vous », a souligné le vice-premier ministre et ministre du travail et de la politique sociale Ivaïlo Kalfine, représentant d’ABC au sein du gouvernement.
Après avoir rejeté la proposition du MDL de reporter la ratification, les députés ont procédé au vote.
En première lecture, le projet s’est trouvé soutenu par 161 députés, dont tous les députés présents du GERB, du MDL et d’ABC.
Les groupes parlementaires du PSB et d’Ataka ont voté « contre », ainsi qu’un député BR (Radan Kanev), un du FP et un non inscrit. Douze députés du FP se sont abstenus. Plus tard, Radan Kanev a expliqué de la tribune qu’il soutenait la convention signée avec les quatre banques, mais qu’il avait voulu souligner l’importance de la cohésion au sein de la coalition : quatre partis avec un mandat de quatre ans.
En deuxième lecture, la répartition des voix a été identique, à l’exception de Radan Kanev qui, cette fois, a soutenu le projet. (mediapool.bg, dnevnik.bg)

LA DEMISSION
VLADIMIRA YANEVA DEMISSIONNE A LA SUITE DE L’AFFAIRE « LES VERS »

Vladimira Yaneva, chef administratif du Tribunal de grande instance de Sofia, a annoncé sa décision de démissionner de son poste. La semaine dernière, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) l’avait déjà suspendue dans l’exercice de ses fonctions (voir notre revue du 20 février). Selon Mediapool, il est très probable que le CSM accepte dès demain la démission de Mme Yaneva et qu’il ouvre la procédure de nomination d’un nouveau président de cette juridiction. Le CSM aura également à se prononcer sur la demande d’ouverture d’une procédure disciplinaire à l’encontre de Mme Yaneva et de son adjointe Bogdana Jeliavska, déposée vendredi dernier par le ministre de la justice Khristo Ivanov et le président de la Cour suprême de cassation Lozan Panov.
Mme Yaneva est impliquée dans l’affaire « les Vers » : en tant que chef administratif du TGI de Sofia, elle avait signé les autorisations d’application de moyens techniques de renseignement. Un rapport du Bureau national pour le contrôle de ces moyens a constaté plus tard de nombreuses infractions à la loi. Toutefois, vendredi dernier, le procureur général Sotir Tsatsarov avait estimé que Mme Yaneva n’était pas la seule responsable dans l’affaire « les Vers ».
L’année dernière, cent magistrats de Sofia avaient déjà demandé la démission de Mme Yaneva et de ses adjoints, leur reprochant, entre autres, le caractère truqué de la répartition aléatoire des affaires et la mauvaise gestion du TGI de Sofia. (tous journaux, mediapool.bg)

L’ODYSSEE
LES CINQ RUSES DE LA GRECE FACE A L’HUISSIER DE JUSTICE EUROPEEN

Dans les colonnes de 24 Tchassa, Valeri Naïdenov se livre à une analyse ironique de la joute opposant la Grèce à l’UE. Partant du commentaire paru récemment dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, selon lequel la fête est finie pour les Grecs, M. Naïdenov estime que ce « triomphalisme allemand, visiblement partagé par certains Bulgares anti-grecs, trahit l’impatience de voir les Grecs plus miséreux que les Bulgares ». Mais pendant que l’opinion publique bulgare et allemande goûte à l’avance la déconfiture grecque, le premier ministre Tzipras, tel Ulysse, est en passe de sortir son pays des pièges tendus grâce à une série de tours.
La première ruse – « demande le ciel avec les étoiles pour obtenir ce qu’il te faut » – a permis à Syriza de déjouer un premier piège. Venu au pouvoir avec l’impossible revendication de voir la dette réduite de 50%, soit de 330 milliards d’euros, le parti s’est vu opposer un « non » tonitruant de la part des financiers européens, pourtant assorti de quelques petites concessions. Mais celles-ci ont permis à Syriza d’éviter le piège tendu sur le plan politique intérieur. A l’époque, l’ancien premier ministre Samaras avait refusé la proposition des pays de la zone euro de proroger le financement du budget grec de six mois. A la veille des élections, M. Samaras s’était satisfait d’une extension de deux mois, visiblement dans l’objectif de voir Syriza s’enferrer dans ses propres promesses électorales ou renoncer complètement à celles-ci. Mais, après avoir obtenu une extension de quatre mois du financement européen, le gouvernement Tzipras peut continuer à travailler sur le plan A (réduction de la dette) et préparer un plan B, voire un plan C (retour à la drachme) en cas de besoin.
La deuxième ruse – « mater l’adversaire national » – a conduit M. Tzipras à proposer à la présidence de la République la candidature d’un membre du parti adverse, Nouvelle démocratie. Le flirt avec le nouveau président Prokopis Pavlopoulos, lui-même très proche du leader de ce parti et père spirituel de la droite, Kostas Karamanlis, prive la troïka de son allié principal.
La troisième ruse – « diviser pour régner » – a permis à la Grèce d’enfoncer un coin dans l’Eurogroupe qui n’est plus aussi soudé autour de l’Allemagne comme il l’était dans le passé. Le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble s’était résolument opposé à toute extension du délai de financement de la Grèce, mais l’Eurogroupe l’a prorogé. M. Schäuble avait rejeté toute modification des conditions du mémorandum, mais l’Eurogroupe a accepté que le budget grec soit désormais équilibré (au lieu de générer un excédent de 4,5% en vue du remboursement de la dette).
Il reste maintenant à voir si la Grèce réussira à reporter la vente d’actifs publics, notamment du port de Thessalonique et des chemins de fer. Mais là, le gouvernement grec a sorti sa quatrième ruse – « contre un adversaire puissant, cherche un allié encore plus puissant ». A la veille des élections, le pays était sur le point de vendre le port de Thessalonique à une société chinoise, la Chine étant particulièrement intéressée à avoir une tête de pont pour pénétrer le marché européen. Et voilà que la semaine dernière, le ministre grec de la défense Kammenos a demandé aux Etats-Unis un prêt de 15 milliards de dollars à taux zéro pour 50 ans, au motif qu’il faut empêcher l’invasion de la Grèce par les Chinois. Si les Etats-Unis ont une hésitation, elle ne porte que sur un point : à quel moment allouer le prêt – avant ou après la sortie de la Grèce de la zone euro. Plusieurs financiers et économistes américains qui font autorité – Krugman, Stiglitz, Roubini, Soros – estiment déjà que la Grèce aurait une vie meilleure si elle réintroduisait la drachme.
Cinquième et dernière ruse : « brandir des épouvantails ». La Chine, la Russie de Poutine.
La Grèce montre aux Bulgares comment se tirer du piège dans lequel ils sont en train de tomber, conclut l’auteur. Qu’attendent-ils pour s’en inspirer ? (24 Tchassa)

Word - 190.2 ko
(Word - 190.2 ko)

Dernière modification : 25/02/2015

Haut de page