Mercredi 25 mars

L’AFFAIRE

LA SOCIETE LUXEMBOURGEOISE LIC33 ANNONCE AVOIR ACQUIS POUR UN EURO SIX GRANDES ENTREPRISES BULGARES ; LE GOUVERNEMENT AFFICHE SA PREOCCUPATION

Peu d’informations précises, beaucoup de d’engagements verbaux et des réponses pas très convaincantes à des questions claires : c’est ainsi que les médias résument la conférence de presse donnée hier par la société de droit luxembourgeois LIC33 qui se dit acquéreur de six entreprises relevant du portefeuille du banquier Tsvetan Vassilev, à savoir la part majoritaire de Vassilev dans le réseau de télécommunications BTK (alias Vivacom), les deux entreprises militaires Dunarit et Avionams, les deux opérateurs de télévision numérique terrestre NURTS et First Digital et l’agence d’audimétrie GARB (voir aussi notre revue du 20 mars).
Pierre Michel Louvrier, détenteur de la société LIC33, a expliqué aux médias bulgares qu’il avait racheté directement toutes ces sociétés à Tsvetan Vassilev pour un euro symbolique et qu’il s’était engagé à payer leurs dettes estimées à près de 900 millions d’euros.
Selon ses propres dires, M. Louvrier n’a pas cet argent et cherchera à se le procurer sur les marchés financiers internationaux. A titre de preuve de ses compétences en la matière, il a cité des projets montés avec succès par son équipe et financés avec l’aide de grandes banques mondiales comme CNPP, Crédit suisse, Unicredit, Société générale, Citi Group, Morgan Stanley, etc.
L’acquisition des entreprises de M. Vassilev par LIC33 est un projet particulièrement avantageux pour l’Etat bulgare, a expliqué M. Louvrier : des emplois préservés, des fonds remboursés à la KTB, des bénéfices réinvestis et un engagement sur le long terme en Bulgarie.
Les médias mettent l’accent sur les liens de M. Louvrier avec la Russie et avec M. Poutine. Aucune réponse n’ayant été fournie sur ce point lors de la conférence de presse, les journaux évoquent les relations d’affaires de l’homme d’affaires belge avec l’oligarque russe Konstantin Malofeev (Ndr : inscrit sur la liste noire des Etats-Unis et de l’UE établie après la crise en Ukraine), des citations prises sur son site Facebook et illustrant ses passions politiques pro-poutiniennes (« Après Sébastopol, Kiev »).
Pressa croit reconnaître dans cette « affaire louche », annoncée comme conclue, mais mal ficelée du point de vue juridique, une répétition de l’affaire Kremikovtsi (Ndr : l’entreprise sidérurgique publique près de Sofia rachetée en 1999 par Pramod Mittal pour 1$ et fermée quelques années plus tard avec des dettes énormes jamais remboursées).
Capital Daily doute que Tsvetan Vassilev ait renoncé à jamais à ces quelques joyaux de sa couronne et estime qu’il y a beaucoup de non-dits dans le marché conclu avec LIC33.
Le site en ligne Bivol parle ouvertement de LIC33 comme d’un « paravent temporaire de l’invasion économique poutinienne » en Bulgarie.
Dans un communiqué officiel diffusé hier, le gouvernement bulgare assure qu’il suit de près les grandes transactions concernant des biens pour lesquels on soupçonne des liens avec la KTB et Tsvetan Vassilev. Il appelle, en outre, les « investisseurs du groupe LIC33 à [lui] communiquer des informations officielles sur l’origine des fonds investis dans l’acquisition de parts dans des personnes morales effectuant leur activité sur le territoire bulgare ».
Ce matin, sur BNT, le vice-premier ministre en charge des fonds européens et de la politique économique, Tomislav Dontchev, a souligné que c’est une « affaire non pour un euro, mais pour un milliard d’euros » et que la Commission européenne aura à se prononcer sur elle. « De prime abord, on dirait qu’il s’agit d’un marché conclu entre des personnes privées et que l’Etat n’a pas à s’y immiscer. En réalité, ces investisseurs vont acquérir des entreprises relevant de la sécurité nationale. Il est question aussi des milliards de la KTB que nous devons recouvrer pour qu’ils ne pèsent pas sur les contribuables bulgares. […] Plusieurs institutions auront à se prononcer sur cette affaire. Y compris, je pense, la Commission européenne », a-t-il souligné. (tous journaux, bivol.bg)

LE COMMENTAIRE
LES ACQUISITIONS DE LIC33 POSENT UN PROBLEME DE SECURITE NATIONALE
Ce matin, dans le bloc matinal de Nova, Traïtcho Traïkov, ancien ministre de l’économie sous le premier gouvernement GERB, Ivan Bakalov, journaliste, et Koliou Paramov, spécialiste en fiances et en économie, ont commenté la conférence de presse donnée hier par le nouvel investisseur LIC33 (voir la rubrique précédente).
L’ancien ministre de l’économie a exprimé ses doutes au sujet de la réalité de ladite transaction. « Je ne suis pas sûr qu’il y ait une transaction. Un euro, c’est infime. N’importe qui peut changer la propriété des différents maillons d’une chaîne de sociétés offshores et l’expliquer par une opération d’acquisition… Le lien entre Tsvetan Vassilev et Pierre Louvrier (le propriétaire de LIC33) est plus qu’évident. Le premier est discrédité et a besoin d’hommes de paille. On reste avec l’impression que Tsvetan Vassilev a négocié avec lui-même. ».
Selon M. Traïkov, les acheteurs de Vivacom ne fournissent aucune preuve concernant leur capacité d’assumer les dettes du réseau de télécommunications bulgare. « L’Etat bulgare est tenu de faire preuve d’extrême vigilance. De telles transactions ne peuvent pas se faire à l’insu des créanciers. Or, en l’occurrence, c’est la KTB qui est le créancier et par conséquent indirectement c’est l’Etat bulgare qui est le créancier final », a-t-il expliqué. La dimension stratégique des actifs acquis ainsi que les liens des investisseurs avec le Kremlin devraient donner lieu à l’intervention de l’Etat. D’autant plus que l’établissement de liens avec des sociétés frappées par les sanctions de l’UE pourrait avoir un impact sur l’opération d’acquisition annoncée hier.
Le journaliste Ivan Bakalov a rappelé que c’est le premier gouvernement GERB qui avait déposé deux tiers des fonds publics à la KTB. « Cette banque a été une banque d’Etat qui a servi précédemment d’intermédiaire pour la réalisation d’autres transactions importantes comme la privatisation de Bulgartabac et de BTK. Ce sont des affaires au noir et l’Etat y a participé. Tsvetan Vassilev a été élu trois fois banquier de l’année et c’est le vice-premier ministre Tsvetan Tsvetanov, sous le premier gouvernement GERB, qui lui a remis le prix « Monsieur Economie »… on ne voit pas bien non plus qui a acquis les quotidiens Troud et 24 tchassa mais derrière tout cela transparaissent les intérêts du MDL et de Dogan par l’intermédiaire de Peevski ainsi que ceux de Borissov. M. Borissov a d’ailleurs été le premier à être au courant de ces transactions. », a expliqué le journaliste.
Selon M. Koliou Paramov, on assiste actuellement au « troisième acte de l’opéra KTB lors duquel on voit sur scène les interprètes des principaux rôles dont le plus important est attribué à Tsvetan Vassilev ». M. Paramov a accusé les administrateurs provisoires de la KTB d’avoir induit en erreur toute la Bulgarie en dévaluant tous les actifs de la KTB à la demande du gouverneur de la Banque nationale de Bulgarie, Ivan Iskrov ».
Dans un éditorial, 24 tchassa observe que la vente de BTK, de NURTS, de First Digital et de deux usines militaires n’est pas qu’une transaction mais constitue une question de sécurité nationale. Car l’un de ces deux opérateurs TNT assure la diffusion de la télévision nationale (BNT) et de la radio nationale (BNR) bulgares et il est inutile d’évoquer l’importance stratégique que revêt une compagnie nationale de télécommunications (BTK).(ClubZ, mediapool.bg, 24 tchassa)

L’AUDITION
LA COMMISSION PARLEMENTAIRE D’ENQUETE SUR LA KTB TIENT SA PREMIERE SEANCE

La Commission parlementaire ad hoc, récemment créée en vue d’enquêter sur les actions entreprises par les institutions publiques vis-à-vis de l’affaire KTB, a tenu hier sa première séance. Elle a auditionné le gouverneur de la Banque nationale de Bulgarie (BNB) et les administrateurs provisoires de la KTB.
Au lieu de donner sa démission comme le lui avait demandé à son tour, il y a quelques jours, la présidente de cette commission, Dessislava Atanassova (GERB), le gouverneur de la BNB Ivan Iskrov a demandé aux députés d’ouvrir une procédure de nomination de son remplaçant. « Je vous attends depuis plusieurs mois déjà, nommez un gouverneur. Faites-mois ce cadeau pour mon anniversaire, le 26 mars », les a-t-il sommé.
Malgré les multiples appels de toutes parts à sa démission en raison de ses réactions jugées inadéquates lors de la crise KTB, depuis neuf mois M. Iskrov fait la sourde oreille. Il a expliqué aux députés que son « trop grand amour pour la BNB et le pays [l]’empêche de démissionner pour ne pas susciter un chaos supplémentaire ». Conformément à la loi, le parlement nomme le gouverneur de la banque centrale, mais il ne peut pas le révoquer avant la fin de son mandat, rappelle Mediapool. Une nouvelle procédure de nomination ne pourrait pas être lancée avant le terme de son mandat, en juillet prochain.
A la question de savoir qui est censé assurer le contrôle prudentiel sur les banques, M. Iskrov a de nouveau répété sa thèse selon laquelle ce contrôle ne relève pas directement du gouverneur ni du conseil d’administration de la ВNB. Le seul contact du gouverneur et du CA avec la surveillance de l’activité des banques, a-t-il indiqué, se passe lors de l’adoption des rapports annuels sur l’état du secteur bancaire. Dans une économie de marché, y compris en Bulgarie, c’est la direction et les actionnaires de la banque qui sont les principaux responsables et l’activité prudentielle, qui est un contrôle ex-post, ne peut pas se substituer à eux.
M. Iskrov a déclaré ne pas être en mesure de remettre aux députés les rapports des trois audits de la KTB parce que ceux-ci contenaient des informations confidentielles relevant soit du secret bancaire, soit du secret de l’enquête pénale ouverte par le Parquet.
Interrogé sur les créances de la KTB sur certaines entreprises qui défraient la chronique ces derniers jours, l’administrateur provisoire Stanislav Lioutov a indiqué que la BTK n’a pas de dettes vis-à-vis de la banque. Par contre, une procédure d’exigibilité anticipée des créances a été engagée à l’égard de l’entreprise Avionams. Quant à Dunarit, sa dette envers la KTB s’était réduite après les opérations de compensation effectuées entre déposants et emprunteurs de la KTB à la suite de la mise sous tutelle de celle-ci.
Selon Mediapool, d’ici la fin de la semaine, le juge devrait nommer deux syndics provisoires de la KTB, proposés par le Fonds pour la garantie des dépôts bancaires. Ceux-ci remplaceront, aux termes des amendements à la loi sur l’insolvabilité bancaire entrés en vigueur depuis hier, les administrateurs provisoires actuels nommés par la BNB. Ils auront compétence pour attaquer en justice les opérations de compensation et de cession effectuées entre prêts et dépôts au sein de la KTB, introduire des recours à l’encontre de personnes tierces financées indirectement avec des fonds de la KTB, louer les services d’une société internationale capable d’enquêter sur la disparition des fonds de la KTB et les recouvrer ne fût-ce que partiellement. (tous journaux, mediapool.bg)

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Dernière modification : 25/03/2015

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