Mercredi 25 novembre

L’incident

L’avion russe abattu par la Turquie divise les forces parlementaires

Le chasseur russe Su-24 abattu hier près de la frontière syrienne par la défense antiaérienne turque après avoir violé l’espace aérien d’Ankara déchaîne les passions en Bulgarie.

« Ce n’est pas bon et cela ne mène pas à des résultats positifs », a commenté le premier ministre Borissov, en visite en Chine à la tête d’une importante délégation officielle. Il a rappelé que cet incident intervient à un moment particulièrement difficile, juste à la veille de la rencontre EU-Turquie sur la crise des réfugiés prévue pour dimanche prochain. Revenant en arrière, M. Borissov a évoqué sa propre « expérience » avec les violations de l’espace aérien bulgare par des avions russes : « Nous avons fait beaucoup d’efforts, avec le ministre des affaires étrangères, avec le ministre de la défense pour agir avec diplomatie afin d’éviter les provocations de notre espace aérien. Vous connaissez le cas dont je parle, voilà pourquoi j’ai demandé à la partie russe de respecter la façon dont cela est réglementé : une semaine de préavis et de l’information sur ce qui est [transporté] à bord. Pour éviter les conflits. A notre grande joie, cela a été fait ».

La réaction du ministre des affaires étrangères Daniel Mitov était qu’il faut attendre d’avoir toute l’information avant de tirer des conclusions hâtives. Parlant de la réunion extraordinaire de l’OTAN, demandée par la Turquie, M. Mitov a précisé que la convocation n’avait pas été envoyée au titre de l’art. 4 du traité de l’OTAN (menace de l’intégrité territoriale, de l’indépendance politique ou de la sécurité d’un pays membre) et que la Turquie avait seulement informé ses partenaires de l’incident.

Nadejda Neïnski, ambassadrice bulgare à Ankara, a appelé au dialogue et à une solution diplomatique en mettant en garde contre une escalade du conflit susceptible d’altérer durablement les relations entre la Turquie et la Russie, d’entraver le développement des relations économiques dans la région et, sur le plan intérieur, d’exacerber la division en russophiles et russophobes au sein de la société bulgare. Rappelant que la Turquie avait à plusieurs reprises protesté contre des actes de violation de son espace aérien par des chasseurs russes, Mme Neïnski a indiqué que, dans la zone où l’avion avait été abattu, il n’y a pas d’unités de Daech et que 75% des frappes russes sont dirigées contre les forces de l’opposition syrienne.

Le thème du chasseur russe abattu a gagné également l’Assemblée nationale. Dans une déclaration spéciale le MDL, faisant entièrement sien le point de vue turc sur l’événement, a repris l’appel de l’OTAN à une désescalade du conflit et au dialogue politique entre la Russie et la Turquie. « La participation d’un pays aux actions militaires contre Daech ne peut pas poursuivre en même temps l’objectif de défendre le régime de Bachar al Assad », a indiqué M. Lioutvi Mestan.

Le PSB demande qu’une enquête internationale permette de connaître toute la vérité. « En ce moment, la grande question qui se pose est de savoir si une coalition antiterroriste internationale pourra se former avec la participation de l’EU, des Etats-Unis, de la Russie et d’autres acteurs majeurs. […] J’appelle à une prise de position nationale soutenue par le parlement, par le gouvernement et par le président de la République puisque les appels à une solidarité euro-atlantique ne peuvent pas à eux seuls résoudre le problème auquel sont aujourd’hui confrontés le monde et l’Europe », a déclaré Yanaki Stoïlov.

Entretemps, Ataka a déposé un projet de résolution condamnant « l’agression militaire turque » contre la Russie. « Au moment où de plus en plus d’Etats européens soutiennent la coalition antiterroriste guidée par la Russie contre Daech, la Turquie a perpétré une provocation militaire barbare en détruisant le bombardier Su-24 dans l’espace aérien de la Syrie. En abattant cet avion de la coalition antiterroriste, la Turquie a déclaré son soutien à Daech », souligne cette déclaration.

Sans intervenir dans le débat, le chef du groupe parlementaire du GERB a demandé aux parlementaires de faire preuve de « sagesse, précaution et mesure » dans leurs interventions. « Nous devons être particulièrement attentifs et précis dans nos propos sans prendre tel ou tel côté », a-t-il souligné tout en indiquant que la Bulgarie doit attendre la déclaration officielle de l’OTAN avant de prendre position. (dnevnik.bg, mediapool.bg, tous journaux)

Le reportage

Le quartier d’Iztok à Pazardjik, une enclave de l’islamisme radical en Bulgarie

« L’islamisation du quartier rom Iztok à Pazardjik mérite une attention particulière », avertissent beaucoup d’analystes dans le contexte de la nouvelle donne après les attentats du 13 novembre. Le quotidien 24 tchassa analyse cette problématique dans un article signé par le journaliste Lioubo Ilkov et intitulé « En dix ans les Roms musulmans à Pazardjik sont devenus plus de quinze mille ».

La mosquée d’Abou Bekir dans le quartier d’Iztok, lieu de culte privé illégal, est devenue leur point d’attache. Selon le Parquet, on y prêche l’islam radical. Cette islamisation de masse des Roms à Pazardjik électrise les habitants de la ville qui, sidérés par les attaques à Paris, craignent que de tels actes ne se reproduisent dans leur ville. Rencontrer des hommes à la barbe longue et des femmes complètement voilées dans la ville devient de plus en plus fréquent, alors que ce n’est pas l’habitude dans des villes bulgares traditionnellement habitées par des musulmans.

Il y a tout juste un an, Ahmed Moussa Ahmed, imam de Pazardjik, et treize autres acolytes étaient arrêtés à la suite d’une opération de l’Agence d’Etat de Sécurité nationale (DANS), réalisée conjointement avec le Parquet. L’acte d’accusation leur reprochant de prêcher l’islam radical et de faire l’éloge du djihad et de Daech, introduit au TGI de Pazardjik par le procureur Nedialka Popova, a été renvoyé à deux reprises pour des vices de procédure par le juge rapporteur Kristina Pounteva. La magistrate du Parquet a fait appel de cette décision du TGI. Elle a déclaré devant 24 tchassa « ne pas être en mesure de dire quand la Cour d’appel de Plovdiv connaîtra de l’affaire ». Aucun des 14 accusés, dont 12 sont en détention provisoire depuis un an, n’a reconnu être coupable dans le cadre de l’enquête préliminaire. Cependant, ils sont considérés comme étant des héros par les autres membres de leurs communautés, surtout Ahmed Moussa dont les adeptes deviennent de plus en plus nombreux depuis sa première condamnation en 2005 (pour propagation de l’idéologie de l’islam radical). En 2014, après la lecture de sa deuxième condamnation à deux ans de prison pour avoir appelé à la guerre sainte et à l’éradication des infidèles dans ses sermons, il a été accueilli par quelques centaines d’adeptes exaltés.

Quel sera leur nombre et qu’en sera-t-il dans 10-15 ans quand les enfants des Roms musulmans, âgés actuellement de cinq à dix ans, voilées ou coiffés d’écharpes affichant les symboles de Daech, auront grandi ? Ahmed Moussa Ahmed reconnaît, lui aussi, que sa fille mineure porte la burqa, a abandonné l’école et s’est adonnée à l’islam. Les enseignants de Pazardjik alertent que les enfants des Roms musulmans mettent des casques en classe pour écouter les sermons. A cause de l’interdiction de porter le voile à l’école, beaucoup de filles ont abandonné leurs études. Qui sera en mesure d’arrêter ce processus d’éducation dès le plus jeune âge à la haine à l’égard des infidèles ?

En été 2013, 24 tchassa informait de la visite à Pazardjik des émissaires de Daech. Ahmed Moussa Ahmed les aurait aidés à rejoindre la Turquie. La DANS n’avait ni confirmé, ni démenti cette information, indirectement confirmée par l’imam même ayant affirmé accueillir « toutes sortes d’invités – frères musulmans ».

Actuellement, il semble que personne ne s’intéresse à l’origine de l’argent garantissant le bien-être de certains leaders spirituels musulmans du quartier rom et de leurs adeptes dans le pays ainsi que la possibilité de voyager dans le pays et à l’étranger. C’est en vain que des éléments de preuve collectés dans le cadre de « l’affaire des imams » (ayant abouti à la condamnation d’Ahmed Moussa en 2014) avaient établi que les imams bénéficient de financements en espèces en provenance de fondations islamiques. Un seul procureur dans le pays, Nedialka Popova, assume actuellement la lourde tâche d’enquêter sur les manifestations de l’islam radical en Bulgarie. Accusateur public dans le cadre de « l’affaire des imams », elle a aussi initié il y a un an (le 25 novembre 2014) l’opération conjointe de la DANS et du parquet et a dressé l’acte d’accusation contre Ahmed Moussa et ses 13 acolytes. (24 tchassa)

Le rapport

Les réfugiés : une réponse à la crise démographique bulgare ?

L’Institut de recherches économiques auprès de l’Académie bulgare des sciences a présenté les résultats d’une étude effectuée au titre de la stratégie nationale pour l’évolution démographique de la Bulgarie (2012-2030) et ses recommandations pour son application. Cette étude avait été commandée par le ministère du travail et de la politique sociale. Selon le professeur Mitko Dimitrov, meilleur résultat que la Bulgarie pourrait espérer accomplir est une croissance démographique zéro. Les principaux moyens pour affronter la crise démographique selon l’Institut sont : une sérieuse reprise économique, le retour d’une partie des émigrés économiques, une baisse de la mortalité et l’intégration des réfugiés.

La natalité est en baisse à cause de la crise économique et il manque les ressources pour changer cette tendance de manière visible. Le pays pourrait en revanche agir sur la baisse de la mortalité. Sur ce dernier point la Bulgarie se range en première position parmi les pays de l’Europe centrale et orientale avec une mortalité de 15 pour 1 000 (niveau moyen pour la région : 12 par 1 000 et pour l’UE : 10 par 1 000). Selon les experts de l’Institut, le pays devrait travailler pour atteindre le niveau moyen pour la région.

Quatre mesures principales pour attirer des personnes de l’étranger afin de remédier à la faible natalité sont proposées : retour d’émigrés économiques bulgares ; attirer des Bulgares ethniques ; attirer des migrants économiques de pays qui ont l’ambition d’adhérer l’UE ; intégrer les réfugiés.

La presse met l’accent sur la quatrième mesure proposée par l’Institut. « Les réfugiés font partie de la solution de la crise démographique », titre Capital Daily. « Recommandations de l’Académie bulgare des sciences : on installe 7 000 réfugiés pour pallier la crise démographique », ajoute Troud. M. Dimitrov recommande au gouvernement de ne pas refuser d’accueillir le quota de réfugiés (1 302 personnes) désigné par l’accord européen du 22 septembre. Selon l’Institut, le quota raisonnable et profitable pour le pays serait 0,8 à 1 par mille personnes, soit 7 200 réfugiés. Mais le rapport ne répond pas à la question principale : comment ces personnes pourraient être intégrées dans le pays. En pratique, pour l’instant la grande partie des réfugiés préfèrent uniquement traverser le pays et s’installer dans les pays de l’Europe occidentale, commente Troud.

Pour attirer les émigrés économiques bulgares, le pays doit atteindre une hausse du PIB annuelle de 3 à 4% pour une période de 15 ans et un PIB national égal à 2/3 de la moyenne de l’UE, selon l’Institut. Capital Daily définit cette condition comme « irréaliste ». (tous journaux)

PDF - 235.8 ko
(PDF - 235.8 ko)

Dernière modification : 25/11/2015

Haut de page