Mercredi 27 avril

La remontrance

Le premier ministre réunit les groupes parlementaires de la majorité pour revoir les amendements électoraux en cours d’adoption ou même définitivement adoptés.

Le premier ministre a remis au pas les partis politiques au pouvoir. Deux heures avant la séance extraordinaire du Parlement hier, il a convoqué les directions des quatre groupes parlementaires soutenant le gouvernement. L’objectif était de pallier le scandale suscité par l’adoption des trois premiers amendements (voir nos rubriques des 21 et 25 avril) et de remettre de l’ordre dans les rangs des partis à la perspective de l’examen du reste des amendements.

A l’issue de deux heures de négociations, les leaders du GERB, du Bloc réformateur, du Front patriotique et d’ABC, ont déclaré être parvenus à un accord. Les différents quotidiens ne font pas la même lecture du procès-verbal diffusé et qui rend compte des résultats des discussions.

Sur demande du premier ministre, la campagne électorale ne sera plus diminuée de 30 à 21 jours, comme décidé en première lecture, et les sondages pourront être rendus publics pendant toute la durée de celle-ci. La proposition d’ABC consistant à ne pas faire décompter dans les résultats les bulletins indiquant que le votant ne soutient aucun des candidats a été acceptée. Le droit de former des coalitions locales aux élections municipales a été maintenu, à condition que seuls les noms des partis formant la coalition figurent sur le bulletin et non pas un nom qui leur soit propre (par ex. « Un nouvel avenir pour Nessebar ») et ce en dépit de la demande instante du Front patriotique de les interdire.

Le GERB et le Front patriotique ont renoncé à l’amendement déjà adopté et interdisant que les référendums se tiennent en même temps qu’un autre scrutin. Ainsi, il a été décidé que le Président de la République se prononcera sur la date de la tenue des référendums. Cependant la façon avec laquelle ce pouvoir discrétionnaire attribué au Président sera formalisée reste floue et fait l’objet de lectures contradictoires dans la presse.

La disposition relative à l’obligation de voter (voir notre revue du 21 avril), définitivement adoptée la semaine dernière, sera maintenue, mais légèrement ajustée concernant la sanction relative à la suppression des listes : celle-ci n’interviendra qu’après une abstention à deux échéances consécutives de même nature. Ainsi, la suppression des listes n’interviendrait pour celui qui n’aurait voté à deux élections présidentielles, qu’en 2021. D’ici là, le Code électoral aura été maintes fois modifié, ironise Sega.

Enfin la décision restreignant l’exercice du droit de vote des Bulgares de l’étranger, qui ne pourraient voter que dans les missions diplomatiques, amendement déjà adopté, reste un point controversé. Le Bloc réformateur propose en guise de compromis l’ouverture à l’étranger d’un maximum de 50 bureaux de vote. Le Front patriotique hésite. Valeri Simeonov a même proposé d’interdire le vote à l’étranger car cette partie de la Nation « ne paie pas un centime d’impôts chez nous », tout en précisant que ses propos ne devaient pas être communiqués aux médias.

En réponse, le premier ministre a déclaré « que messieurs Simeonov et Karakatchanov s’expriment comme ils l’entendent, moi je me dois, lorsque le ministre des affaires étrangères turc vient, de pouvoir lui fournir une réponse argumentée afin de le convaincre que cela [cette disposition] n’est pas dirigé contre nos voisins ».

« Nous nous réservons le droit de ne nous prononcer qu’après avoir réfléchi. Le contrôle de l’ouverture des bureaux de vote en dehors des missions diplomatiques n’a pas pour objectif de limiter les droits de qui que ce soit mais de garantir la sécurité nationale de la Bulgarie. Il y a des facteurs [des citoyens] qui par le vote à l’étranger influencent la vie politique en Bulgarie. Et il ne s’agit pas de la Nouvelle Zélande et de la Guinée », a expliqué Tsvetan Tsvetanov. Standart précise que selon le procès-verbal de ces négociations M. Tsvetanov a clairement évoqué la crainte de « l’ingérence de la Turquie dans nos affaires intérieures ».

La séance plénière extraordinaire ouverte à l’issue de ces « négociations » matinales a donné lieu à l’adoption des amendements prévoyant la prolongation de la journée électorale d’une heure (jusqu’à 21 heures), l’attribution d’un seul numéro aux bulletins des partis participant aux élections municipales dans chaque commune (tiré au sort par la Commission électorale centrale comme aux élections législatives et à la présidentielle et non pas par les commissions électorales municipales) et l’augmentation du nombre des membres des commission électorales municipales dans les grandes villes. La proposition du Bloc réformateur relative à la mise en place d’une commission électorale spéciale chargée du vote électronique et comprenant des représentants d’organisations non gouvernementales a été rejetée. La proposition que les recours contre les décisions des commissions électorales de circonscription soient introduits auprès des tribunaux administratifs régionaux compétents et non pas, comme c’est le cas actuellement, auprès de la Cour administrative suprême, a également été rejetée. (tous journaux)

L’étude

Exacta : le plus haut niveau de corruption est dans le système de santé

Les journaux publient les résultats de l’étude de l’agence sociologique Exacta sur la perception de la corruption par les Bulgares. L’étude a été effectuée auprès de 1 000 Bulgares répartis dans tout le pays, dans le période entre le 28 mars et le 5 avril. Les résultats principaux : la tolérance des Bulgares envers la corruption est faible, mais peu sont ceux qui ont confiance dans la loi pour sanctionner véritablement les corrompus ; le système de la santé arrive en première position en terme de corruption.

Seulement 2% des sondés sont enclins à justifier ceux qui perçoivent des dessous de table et 6% comprennent ceux qui en versent. En même temps, 20% reconnaissent avoir commis au moins un acte de corruption en 2015. L’agence souligne qu’étant donné que le fait d’avouer une telle pratique est considéré comme nuisible pour le prestige des sondés, il est fort probable que ce résultat sous–évalue la réalité.

Le système de santé s’avère comme le secteur le plus corrompu : 10% des sondés reconnaissent avoir dû verser un dessous de table pour obtenir des soins médicaux. Suivent la police (5% ont payé pour éviter une amende, principalement par la police routière) et l’administration centrale ou locale (3% ont versé un dessous de table pour un service administratif, comme par exemple obtenir un certificat d’autorisation). 1,5% ont acheté un service douanier et 1,3% un service fiscal.

77% des personnes interrogées sont sceptiques par rapport à la possibilité que quelqu’un puisse faire l’objet d’une condamnation pour corruption en Bulgarie. Uniquement 10% se montrent optimistes à l’égard de la possibilité d’une sanction réelle des actes de corruption. Les jeunes en dessous de 30 ans et ceux qui ont plus de 60 ans croient le plus dans l’efficacité et l’application de la loi dans la lutte contre la corruption. Les électeurs du Bloc réformateur et du GERB sont également les plus enclins à croire à l’efficacité de la lutte contre la corruption.

43% des personnes interrogées sont catégoriques sur le fait qu’une loi spéciale sur la lutte contre la corruption pourrait limiter ce fléau. 65% d’entre eux approuvent le « modèle roumain » et le trouvent applicable en Bulgarie, contre 5% seulement qui le rejettent de manière catégorique et le considèrent comme « une répression politique ». Ce modèle roumain recueille le soutien principalement des personnes ayant un meilleur niveau d’éducation et habitant les grandes villes.

Exacta souligne que la même question a été posée lors d’un sondage réalisé en avril 2015 et le soutien au modèle roumain avait alors été inférieur de 10% (s’élevant à 55%). Les nouvelles données montrent une augmentation du nombre de personnes qui ont pris connaissance de ce modèle et des modalités de la lutte contre la corruption en Roumanie, ce qui confirme la grande sensibilité des citoyens à l’égard de ce sujet, commente l’agence. (exacta.bg, tous journaux)

Les prévisions

Sombres perspectives démographiques pour la Bulgarie

Si les tendances démographiques récentes se maintiennent, la Bulgarie comptera 5,1 millions d’habitants d’ici 2070 ; la proportion de personnes âgées de 60 ans ou plus progressera fortement tandis que le taux de natalité sera en baisse. « La Bulgarie a un problème. En fait, elle a beaucoup de problèmes, mais l’un d’eux est le plus sérieux et il se nomme démographie » : avec cette phrase l’hebdomadaire Capital ouvre son dossier dans lequel il présente la dernière étude de l’Institut national de statistiques ainsi que les analyses des économistes.

Cette image désastreuse de la démographie est due à trois principaux facteurs : baisse de la natalité, hausse de la mortalité et émigration des jeunes Bulgares. En 2015 le taux de natalité était de 9,2 ‰ (soit une baisse de 0,2‰ par rapport à l’année dernière). Cet indice est en dessous de la moyenne de l’Union européenne qui est de 10,1‰. La mortalité de son côté est en hausse et marque un coefficient record de 15,3‰ (le plus haut niveau depuis 1965 et beaucoup plus haut que la moyenne européenne qui est de 9,7‰). Enfin, 29 500 personnes ont émigré, parmi lesquelles une importante partie de jeunes femmes entre 15 et 29 ans.

Ces tendances auront un impact fortement négatif sur la croissance économique du pays, qui sera ramenée à une moyenne de 1,3% dans la période entre 2016 et 2050. C’est un chiffre absolument insuffisant si le pays souhaite rattraper les économies européennes développées, commente le journal.

Capital appelle également l’attention sur la hausse des ressources publiques qui sera nécessaire pour couvrir les retraites et les besoins sociaux des personnes âgées : à présent elles représentent 15% du PIB du pays, mais, au vu des tendances, elles pourraient atteindre 22%. « La détérioration de la démographie est le principal risque pour le système des retraites », prévient Dessislava Nikolova de l’Institut pour l’économie de marché. Selon elle, à présent ce système est presque en faillite, il est passé au-delà du point d’équilibre et doit être réformé d’urgence. Latchezar Bogdanov d’Industry Watch identifie un autre problème grave : le manque de main d’œuvre qualifiée. Les employeurs ont également de plus en plus de problèmes à trouver de jeunes travailleurs.

Il est indispensable de prendre des mesures urgentes ; le ministre des affaires sociales a déclaré il y a un mois vouloir entamer des consultations parlementaires sur la crise démographique, mais il n’a toujours pas évoqué de mesures concrètes, commente le journal. L’une des solutions envisagées serait une hausse considérable de l’investissement dans l’éducation. Reste aussi la question sensible de la minorité Rom : un segment de plus en plus important de la main d’oeuvre mais qui reste à l’écart du système éducatif, prévient Mme Nikolova. Une autre solution pourrait être d’importer de la main d’œuvre, mais les procédures d’autorisation d’accès au marché de travail pour les ressortissants de pays tiers restent lourdes et lentes. L’intégration de réfugiés et de migrants économiques serait également une option, mais pour cela l’Etat devrait se doter d’une vraie stratégie d’intégration, estime Capital. (Capital)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 28/04/2016

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