Mercredi 28 janvier

L’AFFAIRE
LES DEUX REGULATEURS DU SECTEUR FINANCIER CENSURENT LA PRESSE A DEFAUT D’EXERCER LEUR RESPONSABILITES EN MATIERE DE CONTROLE

Une semaine après que la Commission de contrôle financier (CCF) a infligé des sanctions financières record à la société éditeur du journal Capital à cause des publications qui « auraient porté atteinte à l’intégrité du marché financier », il s’avère qu’une information judiciaire est ouverte à l’encontre de ce média par la police à la demande du parquet sur la base d’un signalement, introduit par la division du contrôle prudentiel de la Banque nationale de Bulgarie (BNB).
Nelly Kordovska, responsable de cette division, avait signalé, en septembre 2014, au procureur de la ville de Sofia, Christo Dinev, des publications qui « auraient dévoilé » les conclusions des auditeurs indépendants, nommés par les administrateurs provisoires de la banque KTB, mise sous surveillance à l’époque des faits. En effet, la BNB avait décidé de garder secrets les rapports des auditeurs auxquels les journalistes du groupe Economedia ont pu accéder. La publication de ces conclusions et la révélation de données individuelles relatives à des déposants et des emprunteurs constitueraient des infractions en vertu des articles 284 et 360 du Code pénal, passibles d’un à deux ans d’emprisonnement. En conclusion de sa lettre de signalement, Mme Kordovska évoque le fait que « la société civile est sensible à toute information diffusée de manière irrégulière au sujet de la situation de la banque KTB (mise sous surveillance) ainsi que concernant d’autres banques qui est susceptible de donner lieu à des conclusions relatives à l’instabilité financière. » Selon la thèse défendue par la BNB et intégralement reprise par le parquet la responsabilité pénale est à imputer non pas à ceux qui ont manqué à leur obligation de protéger le secret de l’information mais aux journalistes l’ayant diffusée dans le cadre de l’exercice de leur fonction d’informer.
Lundi, dans une longue interview accordée à Capital Daily, l’ancien vice-président de la CCF, Borislav Bogoev (révoqué par l’actuel président Mavrodiev) avait accusé ces deux autorités de contrôle financier (CCF) et prudentiel (BNB) d’avoir fait preuve d’inaction à l’égard de la KTB. « La BNB n’avait pas vérifié l’origine des sources des fonds utilisés pour augmenter le capital de la KTB avant l’inscription du nouveau capital au registre du commerce. Il est donc indiscutable que la structure pyramidale la BNB a poussé pour ainsi dire « dans la cour » de la BNB. Pour autant, les informations relatives aux instruments financiers achetés par les investisseurs institutionnels gérant des sociétés privées de fonds de retraite et des compagnies d’assurance parvenaient à la CCF et les irrégularités auraient dû l’interpeller. Celle-ci aurait dû communiquer ces informations à la BNB dans le cadre du Conseil de consultation (art. 31 de la loi sur le contrôle financier) réunissant le président de la CCF, le gouverneur de la BNB et le ministre des finances. [ ….] La crise de la KTB a démontré que le système de contrôle des établissements de crédit et des autres établissements financiers est inefficace du fait de l’absence de coordination et de concertation entre ces deux autorités de contrôle. »
« A qui a-t-on ainsi porté atteinte : à l’image de la KTB, mise sous surveillance, privée de sa licence et pratiquement insolvable, qui est au plus bas niveau, au-dessous même du zéro, conclut l’avocat du groupe de presse Alexander Kachamov. Peut-on saisir le parquet à chaque fois que des publications ne plaisent pas aux autorités ? (Capital Daily, 24 Tchassa)

L’APPEL
UN CHEF DE PARTI RECONNAIT AVOIR PROFITE DE LA FRAUDE ELECTORALE : LA JUSTICE BULGARE INTERPELLEE

Nikolaï Barekov, eurodéputé et leader du parti Bulgarie sans censure, reconnaît, dans une lettre ouverte adressée de Bruxelles à son parti, que les voix en son soutien d’électeurs contraints par leur employeur Khristo Kovatchki (fondateur du parti Lider qui s’est présenté aux dernières élections législatives en coalition avec M. Barekov), lui avaient permis d’obtenir 14 sièges à l’Assemblée nationale. M. Barekov regrette amèrement son erreur (« j’étais induit en erreur et j’ai manqué de perspicacité politique en acceptant, malgré mon expérience, une coalition avec une formation affairiste comme Lider ») et en demande pardon aux électeurs.
Ce mea culpa de M. Barekov, on ne peut plus surprenant parce qu’il dévoile des faits poursuivis par la loi, intervient un mois après l’éclatement de la coalition avec Lider (voir nos revues du 23 décembre et du 13 janvier derniers). L’aveu de l’eurodéputé, cherchant à désigner Lider à la vindicte publique, a été immédiatement repris par des membres du parti Bulgarie sans censure, d’ailleurs en pleine débandade. Réunis à Plovdiv, ceux-ci ont confirmé dans un communiqué de presse les révélations de leur chef en s’apitoyant sur le sort des « mineurs qui n’arrivent pas à toucher leurs misérables salaires, sans cesse retardés parce qu’il y a toujours de plus grandes urgences [pour l’employeur M. Kovatchki] – payer un média pour cracher sur les gêneurs ».
Voilà la bonne occasion pour le Parquet de s’autosaisir !, s’exclame Sega. N’y a-t-il pas suffisamment de preuves d’un délit consommé ? Il pleut de toute part des aveux, des témoignages par écrit. Il ne reste qu’à suivre le fil… Dans une interview pour le site Offnews, M. Barekov entre dans les moindres détails : l’apport de M. Kovatchki à la victoire électorale de la coalition équivaut à entre 3 à 5% du résultat aux dernières élections législatives, soit 10 000 sur les 190 000 votes recueillis. Autrement dit, Lider à lui seul a acheté 10 000 voix. A bon entendeur, salut. (Sega)

LE COMMENTAIRE
SYRIZA : TOMBEUR DE L’OLIGARCHIE OU SAUVEUR DE L’EUROPE ?

Dans les colonnes de 24 Tchassa, Valeri Naïdenov analyse la victoire en Grèce du parti radical de gauche Syriza et expose les quatre raisons qui, selon lui, expliquent ce phénomène pour l’Europe.
Première raison, la politique d’austérité budgétaire, ce « gros mensonge macroéconomique » préconisé à la Grèce en 2010 par la troïka. S’appuyant sur un article de l’économiste américain et prix Nobel Paul Krugman, paru dans New York Times, M. Naïdenov relève que malgré toutes les coupes claires ou sombres opérées dans les dépenses budgétaires grecques, les conseils des fonctionnaires du Fonds monétaire international n’ont pas donné les résultats escomptés. Au lieu de grimper, le PIB grec s’est effondré. Au lieu de guérir, la troïka a administré le poison. N’oublions pas, souligne l’analyste, que la Bulgarie, à son tour, a fait et fait encore l’expérience de ce type de « conseils ».
Deuxième raison, l’échec du socialisme traditionnel européen, rallié à l’utopie néolibérale. En Grèce, c’est l’échec du grand parti PASOK, le partenaire du PSB bulgare. En fait, les dirigeants de ces deux partis – Georgios Papandréou et Sergueï Stanichev – ne le sont plus après avoir essuyé de cuisants revers électoraux, tout en restant respectivement à la tête de l’Internationale socialiste et du Parti des socialistes européens. A vrai dire, l’effondrement électoral du PASOK a été dix fois plus humiliant que celui des camarades bulgares. Après avoir obtenu, en 2009, 44% des voix et 160 des 300 sièges au parlement, le PASOK a dû avaler la honte de n’avoir réuni que 4,68% des voix et 13 sièges aux dernières législatives.
Troisième raison, l’absence d’équité. Le grand coupable, ce ne sont pas les Grecs, mais l’oligarchie grecque. Le Grec de la rue ne contracte pas des dettes publiques. Les décisions sont prises par un comité restreint auquel ne participent que trois ou quatre multimillionnaires qui suivent de près les conseils des banquiers européens. La Grèce s’est vue trahie et vendue par une petite élite devenue la cinquième colonne de l’oligarchie financière européenne. En 2011, face aux exigences draconiennes posées par la troïka, M. Papandréou avait demandé qu’un referendum national en décide. Mais des gens de son propre parti s’étaient dressés contre lui, avec M. Venizélos en tête, poussant le PASOK vers sa tombe. Les assassins, bien sûr, ont survécu. Loukas Papadimos, ancien gouverneur de la banque centrale et principal responsable des statistiques budgétaires truquées qui avaient permis à la Grèce d’adhérer à la zone euro, est devenu premier ministre. Au lieu de demander qu’il soit traduit en justice, la troïka l’a mis, sans élections, au gouvernail de l’Etat.
Quatrième raison, l’alternative. Pour les Grecs, mais aussi pour l’Europe, elle est : soit de gauche, soit d’extrême droite. Syriza peut être un parti neuf et de gauche, mais il n’est nullement radical. Son programme rappelle celui des sociaux-démocrates européens d’il y a vingt ou trente ans. La situation actuelle en Europe rappelle celle d’il y a une trentaine d’années – austérité, chômage énorme, déflation. Et des dettes, non-remboursables et absurdes. Ne faut-il pas voir en Syriza non pas le tombeur, mais le sauveur de l’Union européenne ? Tous les partis d’extrême droite qui prennent d’essor en Occident sont contre l’UE : s’ils arrivent demain au pouvoir, celle-ci peut bel et bien éclater. Pour l’instant, il n’y a que M. Tsipras qui propose l’inverse, à savoir rétablir la démocratie et la logique économique normale. Le gauche doit être de gauche et ne plus jamais signifier une main de gauche dans une poche de droite, comme l’entendait le PASOK. Mais comme l’entend également son confrère bulgare, le PSB, conclut M. Naïdenov. (24 Tchassa)

Word - 212.8 ko
(Word - 212.8 ko)

Dernière modification : 28/01/2015

Haut de page