Mercredi 28 septembre

Le soutien

Élection du secrétaire général des Nations unies : le gouvernement bulgare change officiellement de candidat au prix d’un vif débat de politique intérieure

Le Conseil des ministres a décidé de retirer son soutien de la candidature d’Irina Bokova, directrice générale de l’ONU, et de l’attribuer à Kristalina Gueorguieva, commissaire européenne bulgare. « Nous estimons que ce sera une candidature plus à même de réussir », a expliqué Boïko Borissov à des journalistes à Sofia. « Irina Bokova a déployé beaucoup d’efforts », mais « nous sommes devancés par un certain nombre de pays, y compris par des candidates femmes », a justifié M. Borissov en faisant allusion au cinquième tour indicatif de scrutin en vue de la succession de Ban Ki-moon lors duquel Mme Bokova s’était classée sixième seulement.

« Désigner un nouveau candidat n’est pas un précédent dans la politique internationale. C’est l’incapacité de nous réunir autour des décisions importantes pour la Bulgarie et pour l’Europe qui nuirait le plus à notre pays. Après la décision du Conseil des ministres, toutes les institutions doivent, dans le cadre de leurs compétences respectives, œuvrer pour la réussite du candidat bulgare. La responsabilité de la Bulgarie est immense lorsqu’elle a la chance de désigner le prochain secrétaire général de l’ONU. C’est également une responsabilité à l’égard de la région et de l’Europe centrale et orientale », a déclaré le président de la République dans un communiqué en précisant partager les arguments et l’analyse du Conseil des ministres qui est le seul responsable de la désignation du candidat bulgare à ce haut poste. A l’instar du premier ministre, le président de la République a souhaité beaucoup de chance tant à Mme Gueorguieva qu’à Mme Bokova.

« Kristalina Gueorguieva alimentera en force la candidature de l’Europe de l’Est. Le principe de rotation est très important et nous compterons sur un soutien aussi large que possible du groupe de l’Europe de l’Est pour notre candidature », a expliqué Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères.

Cette décision qui a vite fait le tour du monde a suscité la vive réaction des partis politiques bulgares. « Le groupe parlementaire du GERB n’est pas surpris par cette décision du gouvernement surtout au regard des résultats du vote indicatif du 26 septembre. Une telle décision ne repose pas sur des émotions mais sur la base de garanties de soutien. Désigner Kristalina Gueorguieva comme candidate signifie que la chance pour la Bulgarie est très importante », a déclaré Djema Grozdanova du GERB.

Les Démocrates pour une Bulgarie forte, composante du Bloc réformateur, ont approuvé la décision du gouvernement dans la mesure où Kristalina Gueorguieva est une candidate qui a le potentiel de réunir les pays de l’Europe de l’Est et de toute l’UE. Radan Kanev, leur président, a toutefois souligné son espoir que ce changement ne vienne pas trop tard « après une année de comportement incohérent et hésitant de la part du gouvernement bulgare et du premier ministre ». « Kristalina Gueorguieva en tant que candidat de droite et membre de la Commission européenne est une bonne candidature pour le poste de Secrétaire général de l’ONU », a observé le député Dimitar Deltchev au nom du Bloc réformateur.

Kornelia Ninova, présidente du PSB, a qualifié la décision du gouvernement de « trahison nationale » et de « soumission à des intérêts étrangers ». Elle a demandé que le premier ministre et le ministre des affaires étrangères présentent leurs arguments devant le Parlement. « Une fois de plus, Borissov s’est avéré incapable de défendre l’intérêt national », a relevé Mme Ninova en faisant part de son intention d’inviter les autres groupes parlementaires à déposer une motion de censure contre le gouvernement à cause de sa politique extérieure.

« C’est un précédent qu’un Etat désigne deux candidats à ce poste. C’est au premier ministre Borissov, qui a admis que la candidature d’Irina Bokova soit sabotée, d’assumer toute la responsabilité pour l’image de la Bulgarie. C’est à cause de sa maladresse que la Bulgarie est à la risée de toute l’ONU », a regretté Kristian Viguenine, ancien ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Orecharski qui avait adopté la décision de la désignation d’Irina Bokova comme candidate.

ABC, le parti de l’ancien président de la République Gueorgui Parvanov, sous la pression de qui le premier ministre Borissov a transmis à l’ONU la décision du précédent gouvernement en février dernier, s’est attaqué qu’à Daniel Mitov et a demandé sa démission arguant de la mise en cause de la souveraineté de la Bulgarie et du gouvernement bulgare. « C’est ridicule et dorénavant aucune candidature bulgare ne sera plus pris au sérieux à l’international. La Bulgarie est ainsi devenue l’otage des jeux occultes du PPE et du PSE qui sont en train de négocier la répartition de postes », a déclaré Gueorgui Parvanov en considérant que les chances de Kristalina Gueorguieva sont nulles. Selon Mariana Todorova, porte-parole d’ABC, la Bulgarie rend ainsi service à une troisième candidature qui a intérêt à écarter le candidat le plus fort.

« La décision du gouvernement est un acte qui nuit à l’image de la Bulgarie et ne contribue aucunement à la réussite de la candidature bulgare. On aurait au moins pu préserver l’image, le prestige et la dignité de la Bulgarie », a déclaré Moustafa Karadaïa, président du MDL.

Kristalina Gueorguieva, autorisé par Jean-Claude Juncker à partir en congé, a d’ores et déjà changé sa photo dans les réseaux sociaux de manière à ce qu’elle s’inscrive dans le contexte de sa candidature au poste de secrétariat général de l’ONU. Un lien publié sur sa page Facebook permet d’accéder à sa page officielle de candidat au secrétariat général de l’ONU. Une vidéo y publiée permet d’entendre sa première déclaration de candidate : « C’est un immense honneur que d’avoir été désignée par le gouvernement bulgare comme candidate au poste de secrétaire général de l’ONU. J’accepte cette nomination parfaitement consciente de la responsabilité qu’implique ce poste et de l’importance qu’il a pour que le monde soit plus sûr, plus fort, plus juste et plus riche pour les générations actuelles et futures. »

Selon le site Politico, Mme Gueorguieva aurait posé deux conditions pour qu’elle accepte de se joindre à la compétition : être la candidate de la région et qu’aucun veto ne soit apposé à sa candidature.

Pour sa part Mme Bokova, a twitté : « Je remercie tous ceux qui me soutiennent et je reste engagée à poursuivre ma participation à la compétition pour le prochain secrétaire de l’ONU ».Mardi, à l’issue du cinquième vote indicatif, elle avait déjà annoncé dans une interview accordée à 24 tchassa « ne pas voir de raison sérieuse » de se retirer, tout en dénonçant une « campagne hystérique de dénigrement et de calomnie », notamment en Bulgarie.

A l’issue des cinq tours de scrutin indicatifs, tous remportés par l’ancien premier ministre portugais António Guterres, la sélection entrera dans une nouvelle phase le 5 octobre : les membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine) pourront éliminer des candidats en leur apposant leur veto. (mediapool. bg,

Le dialogue

Le premier ministre Borissov au président Poutine : la Bulgarie veut effacer les problèmes et jeter des bases stables pour de futurs projets énergétiques conjoints

Hier, le premier ministre bulgare s’est entretenu au téléphone, à son initiative, avec le président russe Vladimir Poutine. Selon le communiqué officiel du gouvernement bulgare, dont la presse rend compte en détail, les deux interlocuteurs ont abordé plusieurs sujets relevant des relations bilatérales et, plus particulièrement, de l’énergie.

M. Borissov a informé le président russe que le gouvernement bulgare avait entrepris des démarches formelles en vue du remboursement de la dette bulgare envers le constructeur nucléaire russe Atomstroïexport, accumulée dans le cadre du projet avorté de centrale nucléaire à Belene. Le montant de cette dette s’élevait à 628 millions d’euros au 19 septembre dernier, principal, intérêts et frais et dépens inclus. Un projet de loi ad hoc était en voie de passation à l’Assemblée nationale, a indiqué M. Borissov (Ndr : aujourd’hui, les députés l’ont adopté en seconde lecture). Toutefois, la Bulgarie demande un réexamen des conditions posées par Atomstroïexport au sujet des intérêts. « Nous voulons effacer les problèmes entre les deux entreprises et jeter des bases stables pour de futures projets énergétiques conjoints », a-t-il souligné en insistant pour que la partie russe prenne en considération les prétentions bulgares au sujet des intérêts.

Les deux interlocuteurs ont exprimé leur satisfaction des résultats atteints par les groupes de travail sur les projets énergétiques, dont ils avaient décidé la création lors de leur entretien téléphonique en août dernier. Un accent a été mis sur le projet de construction d’un hub gazier sur le territoire de la Bulgarie et les préparatifs d’une rencontre tripartite Bulgarie-Russie-UE qui devrait aboutir à une mise au point nette de tous les éléments techniques, économiques et juridiques concernant ce projet. Il a été convenu que des experts de Bulgartransgaz, maître d’œuvre du projet, présenteront à la partie russe le modèle économique retenu pour le hub gazier, dénommé Balkan.

Le dirigeant russe, de son côté, a salué le dialogue ouvert et la position honnête du premier ministre bulgare selon laquelle la plate-forme de gaz ne pourrait être réalisée qu’avec la garantie écrite de la Commission européenne et selon des modalités mutuellement satisfaisantes pour l’ensemble des pays participant au projet.

MM. Borissov et Poutine ont commenté également avec satisfaction la croissance du nombre des estivants russes en Bulgarie (+ 40% par rapport à l’été dernier). Le président russe a hautement apprécié les mesures de sécurité prises en vue de garantir la tranquillité des citoyens russes sur la côte bulgare. (tous journaux)

Le sondage

Deux sondages d’opinion prédisent la victoire au GERB

Deux récents sondages effectués par les instituts Exacta Research et Alfa Research précisent le climat de l’opinion à moins de quarante jours du premier tour des élections présidentielles.

Selon celui d’Exacta Research, dont la presse rendait compte hier, réalisé du 5 au 12 septembre auprès de 1 000 citoyens majeurs résidant dans 89 localités, plus de la moitié des Bulgares (51%) estiment que le candidat non révélé du GERB va gagner l’élection présidentielle. Cette conviction prévaut surtout dans la tranche d’âge de 30 à 60 ans et dans les groupes des électeurs éduqués et aisés, indiquent les experts.

Selon Exacta, les deux tiers des personnes interrogées orientent leur choix en fonction de leurs sympathies partisanes. Un peu plus de la moitié des citoyens ayant le droit de voter déclarent leur intention ferme de se rendre aux urnes. Parmi les candidats de gauche, Ivaïlo Kalfine (soutenu par ABC et une ribambelle de petites formations) recueille le plus grand soutien (35%, alors que le sondage a été réalisé avant le dépôt officiel de sa candidature), suivi par Tatiana Dontcheva (Mouvement 21 – Mouvement national pour la liberté et le progrès : 27%). Le candidat du PSB, Roumen Radev, ne vient qu’en troisième position (25%). Selon les sociologues, à gauche, la bataille sera âpre : alors que M. Kalfine et Mme Dontcheva ratissent large, le général Radev reste presque inconnu pour la moitié des Bulgares. Par ailleurs, le candidat commun du Front patriotique et d’Ataka, Krassimir Karakatchanov, jouit de la confiance de 33% des Bulgares. Et Traïtcho Traïkov, candidat investi par le Bloc réformateur, ne recueille que 16% des intentions de vote.
Exacta a également mesuré le poids électoral des forces politiques. Si des élections législatives avaient eu lieu en septembre, la composition de l’Assemblée nationale aurait été aussi bigarrée que celle d’aujourd’hui : GERB (25,4%), PSB (15,3%), Bloc réformateur (6%), MDL et Front patriotique ex aequo (4,5%), ABC (3%).

Ces observations confirment dans l’ensemble les résultats d’un sondage d’Alfa Research de la semaine dernière. Toutefois, à la lumière des résultats de cette enquête, Guenoveva Petrova d’Alfa Research prévoit que le futur président de la Bulgarie sera élu au deuxième tour entre le candidat du GERB et celui du PSB. Le succès reviendra à qui aura réussi à mobiliser dans une compétition allant au-delà des convictions partisanes. Par conséquent, la personnalité du candidat du GERB, pour l’instant encore non connu, sera cruciale pour qu’il puisse l’emporter au second tour, précise Boriana Dimitrova, directrice d’Alfa Research. En ce sens, le report de l’annonce du candidat, qui jusqu’à début septembre était encore bénéfique au parti au pouvoir, ne lui profite plus et commence même à lui nuire. Sidérés, les Bulgares se demandent si le GERB est à même de présenter une candidature forte.

Selon les sociologues de cette agence, le taux élevé de confiance dont bénéficie Tatiana Dontcheva (presque 22%) ne signifie pas nécessairement qu’il se traduira en suffrages à l’élection présidentielle. Selon Guenoveva Petrova, il sera intéressant de voir si le taux de confiance élevé dont bénéficie Krassimir Karakatchanov ne sera pas neutralisé par le taux négatif de Volen Siderov dont le parti fournit à M. Karakatchanov son candidat à la vice-présidence. Les positions différentes de MM. Karakatchanov et Notev en matière de politique extérieure pourraient provoquer une baisse de confiance à l’égard de leur candidature commune, selon Boriana Dimitrova.

Concernant la question du rôle du MDL dans l’issue de cette élection, Guenoveva Petrova considère qu’il ne pourra être déterminant que si la différence entre les résultats des deux candidats au ballottage est petite. Pour sa part, Boriana Dimitrova minimise ce rôle de « faiseur de roi » en soulignant qu’ « en dépit des mythes et des craintes, le président bulgare ne remporte pas toujours la victoire grâce aux suffrages des électeurs du MDL ». La nomination d’un candidat du MDL ou de DOST radicaliserait la campagne.

Mme Dimitrova s’attend à ce que le taux de participation au référendum soit moins important que l’intérêt déclaré (actuellement par 51,4% des personnes enquêtées). L’élection suscitera plus d’intérêt que le referendum, bien que très peu des sondés savent que le vote est obligatoire, conclut Boriana Dimitrova (tous journaux, mediapool.bg)

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Dernière modification : 29/09/2016

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