Mercredi 29 janvier

Politique

Le procureur général entre en guerre contre le chef de l’Etat

Mardi, 28 janvier, dans un communiqué adressé aux media, le Parquet a publié trois enregistrements audio d’entretiens du commandant des forces aériennes Tsanko Stoïkov, recueillis en avril 2019, avec des techniques spéciales d’enquête. Les entretiens portent sur une procédure de conflit d’intérêt initiée par la Commission de lutte anti-corruption contre le président de la République, en lien avec son épouse. Le communiqué du Parquet laisse entendre que l’une des voix des interlocuteurs est celle du président Roumen Radev, et qu’il existe des éléments permettant de suspecter des actes de dissimulation de documents commis par celui-ci.

Ces enregistrements, recueillis dans le cadre de la procédure d’enquête, ont conduit le procureur général Ivan Guechev à saisir la Cour constitutionnelle sur plusieurs points (dont l’immunité du chef de l’Etat et l’interprétation de l’art. 103 de la Constitution traitant de la haute trahison). Avec ce communiqué, le Parquet joint le texte d’une ordonnance de suspension de l’enquête citée, en attente de l’interprétation demandée.

Les médias et les analystes s’interrogent : pourquoi publier maintenant ces entretiens d’avril dernier, d’autant plus qu’il s’agit d’une enquête ouverte et menée par le Parquet spécialisé, dirigé par Ivan Guechev avant sa candidature au poste de procureur général. Il n’y a pas non plus d’information précisant pourquoi le chef des armées de l’air a été mis sur la table d’écoute.

C’est la première fois, dans l’histoire récente de la Bulgarie, que le Parquet exprime officiellement des suspicions portant sur une infraction pénale commise par le chef de l’Etat, observe Dnevnik. Sous réserve qu’elles soient prouvées et recevables, elles pourraient mener à l’ouverture d’une procédure de destitution du président Radev, dont le mandat expire dans deux ans. Pour mémoire, fin 2019, le président avait refusé de signer le décret de nomination d’Ivan Guechev au poste de procureur général et avait renvoyé la procédure à la case départ.

Dans les entretiens d’avril 2019, le général Tsanko Stoïkov et les différents interlocuteurs évoquent des documents, exigés par la Commission de lutte contre la corruption au titre de son enquête dirigée contre le président de la République. Suite à un signalement, la commission estimait que l’épouse du président avait occupé à tort, il y a quelques années, deux postes dans les forces aériennes (commandées à l’époque par M. Radev). Or l’un de ces postes était réservé à des militaires, et en outre, elle avait vécu dans un logement de fonction, sans en avoir le droit. En août 2019, la Commission avait conclu sur l’absence de conflit d’intérêt et avait classé l’affaire. Au cours de ces entretiens, les interlocuteurs débattent sur le bien-fondé d’une telle enquête de conflit d’intérêts, parce qu’à cette époque, Mme Radeva n’était pas encore marié au commandant des forces armées.

Suite à la publication des enregistrements, le Parquet a, dans un nouveau communiqué de presse, précisé qu’eu égard au strict respect de la séparation des pouvoirs, le procureur général Ivan Guechev suspendra tout échange avec la présidence de la République jusqu’à ce que ce que la Cour constitutionnelle se prononce sur les questions posées.

Le chef de l’Etat a, pour sa part, indiqué que le Parquet, en voulant faire sensation en invoquant « la haute trahison » et « l’infraction à la Constitution », a de fait dévalué ces deux notions d’importance majeure pour la protection de la puissance publique. « Les propos enregistrés ont démenti toutes les insinuations. Les attaques dirigées contre moi et ma famille ont pris des dimensions hideuses, et montrent à quel point il est nécessaire de modifier la Constitution dans sa partie concernant la justice et l’indépendance du Parquet », a-t-il indiqué.

« Nous sommes témoins d’un démantèlement de la puissance publique. Il s’agit d’écoutes d’un président de la République en exercice. Aux multiples questions soulevées, il n’y a aucune réponse », a relevé Kaloyan Metodiev, directeur du cabinet du président de la République, dans une interview sur bTV.

Ce matin, au début du Conseil des ministres, le premier ministre Boïko Borissov a prévenu les ministres de ne pas intervenir dans « le conflit entre d’autres institutions » : « Si l’on vous pose des questions, vous devez répondre que cela ne nous concerne pas. Ce n’est pas notre affaire. Il ne faut réagir que si le mensonge nous concerne, nous ».

Au parlement, la présidente du groupe parlementaire du PSB Kornelia Ninova, entourée à la tribune par ses députés, a protesté haut et fort contre une démarche visant à « intimider et à faire taire le président de la République ». « C’est un acte juridique camouflant un acte politique dirigé vers l’élimination d’un adversaire de taille, sans penser aux conséquences, qui sont la destruction des institutions », a souligné Mme Ninova dans sa déclaration. Les députés GERB et le MDL ont refusé tout commentaire. (Dnevnik, Troud, 24 Heures)

Le parlement rejette la motion de censure contre le gouvernement

L’Assemblée nationale a rejeté par 124 voix contre, et 102 voix pour, la motion de censure déposée par le PSB en raison de la politique du gouvernement dans les domaines de l’environnement et des eaux. La motion a été soutenue par les députés du PSB et du MDL, tandis que le GERB, les Patriotes unis et Ataka ont voté contre, et neuf députés de Volonté se sont abstenus. La présidente du groupe parlementaire du GERB, Daniéla Daritkova a déclaré : « Votre objectif principal, c’était d’obtenir des avantages politiques de la crise à Pernik ». À son tour, l’opposition a critiqué l’absence du premier ministre, Boïko Borissov, après quoi la présidente du parlement, Tsvéta Karayantchéva, a expliqué que sa présence n’était pas requise. La presse rappelle que pour réussir, cette quatrième motion de censure contre le gouvernement actuel avait besoin d’obtenir 121 voix pour. (tous médias)

Le conseil municipal de Sofia approuve le plan du gouvernement pour faire face à la crise de l’eau à Pernik

Le conseil municipal de Sofia a approuvé, presque à l’unanimité, le plan du gouvernement pour faire face à la crise de l’eau à Pernik. 56 conseillers ont voté pour, et seul le président d’Ataka, Volen Sidérov, s’est abstenu. Le plan du gouvernement prévoit de faire venir de l’eau à Pernik, en utilisant les ressources de l’un des barrages qui alimentent Sofia et les conduites de la capitale. Malgré leur vote en soutien à ce plan, des conseillers de l’opposition ont mis en garde contre d’éventuels problèmes liés à l’alimentation de Sofia en eau et à des incidents le long des conduites. (tous médias)

Energie

La visite de la ministre de l’énergie aux États-Unis

Dans le cadre d’une visite officielle aux Etats-Unis, la ministre de l’énergie, Temenuzhka Petkova a déclaré que d’ici la fin de l’année 2020, l’importation de 50 % du gaz naturel consommé en Bulgarie sera assurée par d’autres sources que la Russie. La moitié de l’ensemble du gaz naturel, exploité dans le pays, soit 1.5 milliards m3 , sera importé d’Azerbaïdjan. La ministre s’est entretenue avec différents représentants américains, dont le vice-secrétaire d’Etat en charge des questions énergétiques. Lors de sa visite, les possibilités d’un approfondissement des relations bilatérales ont été discutées, en particulier une coopération renforcée dans le domaine de l’importation du gaz liquéfié. La ministre a réaffirmé la volonté de la Bulgarie de continuer à œuvrer en vue d’une augmentation de la diversification de l’énergie et de ses routes. « C’est un pas important en direction de la création d’un marché de gaz transparent, liquide et fiable non seulement en Bulgarie mais aussi dans la région » a-t-elle annoncé. (BNR)

Dernière modification : 29/01/2020

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