Mercredi 29 octobre

LE TRAVAIL

LES FORCES PARLEMENTAIRES ACCOUCHERONT-ELLES D’UNE SOURIS ?

A l’issue de la rencontre des chefs des groupes parlementaires (à l’exception d’Ataka qui boycotte l’invitation), tenue lundi à l’initiative du GERB, Boïko Borissov avait annoncé comme seule formule probable de gouvernement la formation d’une coalition minoritaire entre son parti et le Bloc réformateur (BR) avec le « soutien flottant » de la part des autres forces politiques en fonction des thèmes à débattre. L’adhésion des réformateurs paraissait acquise jusqu’à ce que, deux heures plus tard, le BR rejette l’offre en insistant sur la formation d’un cabinet à trois, avec la participation du Front patriotique. La décision du groupe parlementaire des réformateurs a été communiquée aux médias par ses coprésidents Meglena Kouneva et Radan Kanev. Un gouvernement minoritaire ne serait pas capable de mener à bon port les réformes indispensables au pays, ont-ils souligné. « La position du BR est claire. Nous devons faire partie de la majorité et cette majorité aura pour tâche de mettre en œuvre une grande partie des réformes. Le changement est venu des deux autres formations », a déclaré Mme Kouneva en laissant entendre que les positions du GERB et du Front se sont éloignées l’une de l’autre.
Reformulant son offre, M. Borissov a alors parlé d’un mandat complet de quatre ans avec lui comme premier ministre et a octroyé un délai de réflexion jusqu’au vendredi aux réformateurs. Entre-temps, la direction du GERB a chargé Menda Stoyanova, Roumiana Batchvarova et Tomislav Dontchev de l’élaboration d’ici vendredi d’un projet de programme, de structure et de composition d’un cabinet GERB-BR.
Le Front patriotique, pour sa part, a réaffirmé sa disponibilité à proposer des experts au futur gouvernement, à l’exclusion de figures politiques. En outre, il est prêt à soutenir tout gouvernement du GERB, qu’il soit monopartite ou de coalition, à condition que celui-ci mette en œuvre un programme partagé. « Nous avons toujours parlé de programme à soutenir. Et il est logique qu’un tel programme intègre également nos priorités », a indiqué le leader du Front Valeri Simeonov.
Selon Sega, la cause du virage du GERB et son repli sur un gouvernement à deux plutôt qu’à trois serait la déclaration aux relents ouvertement nationalistes et antiturcs lue avant-hier par M. Simeonov de la tribune de l’Assemblée nationale.
Actuellement, le GERB et le BR disposent ensemble de 107 sièges (84 + 23), c’est-à-dire de 14 de moins que la majorité. Ainsi la coalition entre ces deux formations aura à solliciter à tout moment l’aide d’un groupe parlementaire ayant au moins 15 députés, à savoir le PSB, le MDL ou le Front patriotique, calcule Capital Daily.
Le leader du MDL, Lioutvi Mestan, avait déjà proposé à plusieurs reprises son soutien à un gouvernement sans les « nationalistes ». Hier, il a explicité sa vision de ce que c’est une « opposition moderne ». Selon lui, il n’est pas possible que le MDL désavoue sa propre plateforme. « Si le programme de gouvernement contient des thèmes qui figurent également dans notre plateforme, nous ne pourrons pas nier celle-ci et le soutien que nous accorderons à telle ou telle entité politique sera en fait un soutien à l’accord que nous avons passé avec nos électeurs », a-t-il précisé.
A gauche, si le PSB campe toujours sur ses positions d’« opposition constructive », ABC fait preuve d’un peu plus de souplesse. Selon Ivaïlo Kalfine, qualifier a priori le futur cabinet comme « de droite » et nier tout est un comportement destructif. « Si le programme de gouvernement inclut des idées de la gauche, nous et les autres députés de gauche devront les soutenir », a-t-il relevé.
Commentant sur TV7 les marchandages entre les partis, le médiateur de la République, Konstantin Pentchev, déclare : « Le moment est venu pour un gouvernement-kamikaze. Tous les hommes politiques se rendent compte qu’ils brûleront s’ils y participent, et du coup, se rebiffent. La Bulgarie se trouve devant une catastrophe et il faut qu’il y ait quelqu’un pour l’en sortir, au risque de sauter. Autrement, c’est l’Etat qui saute ».
Par ailleurs, le service de presse du président de la République a annoncé que ce vendredi, 31 octobre, M. Plevneliev entamera des consultations avec les partis et les coalitions représentés au parlement sur la constitution d’un gouvernement. Les entretiens commenceront à partir de la formation la moins nombreuse, ABC, et se termineront le 5 novembre avec le groupe parlementaire du GERB. Conformément à la Constitution, après ces consultations, le chef de l’Etat devra remettre au groupe parlementaire le plus nombreux un mandat pour former un gouvernement. (tous journaux)

LA POLEMIQUE

LE PROJET DE LOI SUR LA KTB DU MDL : UNE TENATIVE DE SE REFAIRE UNE VIRGINITE ?

Le projet d’amendement de la Loi sur les établissements de crédit, déposé dès l’ouverture de la nouvelle législature et présenté comme la solution à l’affaire KTB par ses auteurs, les députés MDL Delian Peevski, Yordan Tsonev et Lioutvi Mestan, fait des vagues dans la presse d’aujourd’hui (voir notre revue d’hier).
« Loi sur la KTB ou opération de blanchiment du MDL » ?, se demande Capital Daily. Celui qui était, il y a à peine six mois, parmi les plus proches partenaires du propriétaire majoritaire de la banque Tsvetan Vassilev et dont le groupe médiatique s’était particulièrement appliqué à créer la panique parmi les déposants de la banque, provoquant ainsi ses problèmes de liquidité et sa fermeture, demande aujourd’hui que toute la lumière soit faite sur cet établissement, écrit le journal qui ne voit dans ce projet de loi qu’un « subterfuge ».
En fait, le projet de loi propose deux modifications majeures : permettre aux administrateurs provisoires de la banque de conclure un accord avec une société capable de retracer des flux financiers et divulguer les noms de ceux, parmi les épargnants et les emprunteurs, qui occupent des postes publics élevés. Selon des juristes, la législation en vigueur confère déjà de tels pouvoirs aux administrateurs provisoires d’un établissement de crédit et, en outre, crée une obligation pour les hauts fonctionnaires de déclarer tous leurs comptes en banque (dépôts et emprunts) devant la Cour des comptes. Ces comptes devraient être ensuite contrôlés par l’Agence nationale des recettes (NAP) et le parquet. La possession de comptes non déclarés figure d’ailleurs en bonne place parmi les accusations visant l’ancien député MDL et vice-président de l’Assemblée nationale Khristo Bisserov, actuellement mis en examen, rappelle Capital Daily. Mais d’autres figures emblématiques du MDL, dont le président d’honneur Ahmed Dogan et l’ancienne ministre de la lutte contre les catastrophes naturelles et les accidents industriels majeurs, Emel Etem, ne sont visiblement pas jaugées à cette aune. Comme par hasard, tous deux ont oublié de déclarer leurs cartes de crédit délivrées par la KTB.
Pour Sega, la loi MDL sur la KTB n’est qu’une « farce » et « beaucoup de bruit pour rien ». Dans un long commentaire sur ce thème, le journal fait un rapprochement entre les propos de l’un des auteurs du projet de loi, M. Lioutvi Mestan, selon lesquels le MDL serait résolu à initier un débat sur les sujets les plus sensibles, dont, en premier chef, sur la « puanteur » se dégageant de l’affaire KTB, et la formule d’un homme d’affaires des années 1990, Ilia Pavlov, connu pour ses proches contacts avec le MDL, qui voulait blanchir l’image de son empire bâti à partir de liens ténébreux (« le lézard se coupe la queue ») et fut assassiné.
En face, on trouve les commentaires de Monitor (dont les liens avec M. Peevski sont notoires) qui souligne le « rôle constructif » que jouera le MDL dans le règlement de l’affaire KTB. Pressa et 24 Tchassa, à leur tour, informent en détail et sur un ton très positif des amendements proposés et des « garanties qui seront créées, en plus du contrôle interne, pour connaître la véritable situation dans une banque à problèmes » (24 Tchassa) (tous journaux)

L’ENTRETIEN

LIDIA CHOULEVA : « QUAND LES POLITICIENS SE MELENT DE L’ECONOMIE, ILS SE TROMPENT TOUJOURS »

Dans un entretien accordé à Pressa, Lidia Chouleva, ancienne vice-premier ministre (2001-2005), ministre du travail et de la politique sociale (2001-2003) et ministre de l’économie (2003-2005), se penche sur les problèmes causés au budget national par l’énorme déficit de la sécurité sociale.
En 2000, lorsque le nouveau modèle des retraites prenait corps, relève Mme Chouleva, on prévoyait que le déficit existant dans le budget de la sécurité sociale serait progressivement ramené à zéro. Autrement dit, le système devait devenir autonome et financièrement viable. « A l’époque de mon mandat de ministre du travail, ce déficit s’élevait à près de 8%, soit près de 200 millions de leva. Aujourd’hui, il a atteint 4 milliards de leva ou près de 60% », précise Mme Chouleva. Selon elle, ce qui a été commis dans le système des retraites est irréversible. Il serait extrêmement difficile de revenir au modèle initial qui, d’ailleurs, n’était pas mauvais. Au contraire, si l’on avait poursuivi sa mise en œuvre, la situation aujourd’hui aurait été toute autre.
Exposé à une forte pression, l’Etat a « consenti » à devenir contributeur aux fonds de la sécurité sociale au même titre que les employeurs et les salariés. Tout le monde revendique la baisse de la charge fiscale et sociale et le déficit à combler reste uniquement à la charge du budget national. La proposition du Conseil consultatif pour la réforme des retraites (voir notre revue du 22 octobre) de rehausser les cotisations sociales risque d’échouer parce qu’elle favoriserait encore davantage l’évasion sociale. D’après les statistiques de l’Institut national de la sécurité sociale, dit Mme Chouleva, les cotisations sociales non recouvrées par les services des impôts s’élèvent à environ 1,2 milliards de leva. La hausse du taux de cotisation n’apportera pas l’effet souhaité vu la très faible motivation des cotisants. En effet, les revenus très modestes et les pensions de retraites très basses découragent les gens de payer leurs cotisations. Pour y remédier, il faudrait augmenter la part des fonds de retraite privés à caractère obligatoire qui sont organisés suivant le principe de la capitalisation, souligne Mme Chouleva. Le modèle solidaire restera, conclut-elle, mais il sera plutôt de type fiscal et sera majoritairement financé par le budget national. (Pressa)

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Dernière modification : 29/10/2014

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