Mercredi 3 février

L’élection

Imposée par le PM, Meglena Kouneva devient ministre de l’éducation au prix d’un approfondissement des fractures dans le camp des réformateurs et dans la majorité

Meglena Kouneva, vice-première ministre, a été élue ministre de l’éducation. La candidature controversée de Mme Kouneva a été soutenue par 104 parlementaires (80 du GERB, 13 du BR, 8 du CDB et trois non-inscrits). 66 (dont 35 du PSB, 21 du MDL, 1 du BR, 2 du FP, 5 d’Ataka et 2 non-inscrits) s’y sont opposées et 33 (dont 15 du FP, 3 du CDB et 9 d’ABC) se sont abstenus.
Ce résultat vient après une réticence générale à cette candidature, soumise à l’Assemblée nationale sans qu’un consensus préalable ait été obtenu non seulement au niveau du Parlement mais au sein même du groupe parlementaire de Mme Kouneva, le Bloc réformateur. Les Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF) avaient ouvertement refusé de soutenir sa candidature alors que le Conseil civil du BR avait décidé de s’abstenir sur une candidature « imposée » par le parti de Mme Kouneva (le Mouvement Bulgarie aux citoyens) aux autres partis du Bloc.
Ainsi, la candidature de Mme Kouneva a révélé la division au sein du Bloc et l’absence d’autorités légitimes de décision, selon Capital Daily. Un éventuel vote au sein du conseil exécutif du Bloc, probablement négatif, aurait accordé de la légitimité à la décision : une décision définitive et unie à laquelle avait appelé le premier ministre mais qu’il n’a pas voulu attendre, lui non plus : M. Borissov s’étant pressé d’annoncer la nomination de Mme Kouneva quelques heures avant la réunion du Conseil civil.
Les autres partis ont eux aussi plaidé l’absence de concertation au sujet de la candidature de Meglena Kouneva. ABC et le Front patriotique ont appelé au retrait de sa candidature. Selon Gueorgui Parvanov, leader d’ABC, « il serait plus raisonnable de retirer la candidature de Mme Kouneva et de procéder à des consultations plus sérieuses. Notre éducation fait face à une épreuve difficile et a besoin d’une réforme de fond qui implique des efforts exceptionnels, de la volonté et du caractère. En outre, je ne pense pas que l’intelligence et le talent de la nation soient concentrées dans quatre ministres susceptibles d’occuper tous les postes ».
Volen Sidérov, président d’Ataka, a renchéri de façon sarcastique : « si vous le lui proposez, elle est prête à devenir secrétaire générale de l’ONU, de l’UNESCO, […] ou même grand mufti ».
Valeri Simeonov, co-président du Front patriotique, avait averti que « dans un contexte de tension liée aux programmes scolaires, il faut agir avec beaucoup de précaution ». Selon lui, la candidature de Mme Kouneva, même si elle était retenue « laisserait beaucoup d’amertume dans nos relations de partenaires au sein de la coalition car il n’est pas sain d’imposer par la force des décisions aux partenaires ».
Tchetin Kazak, co-président du MDL, s’était également opposé à cette démarche de « tordre le bras des partenaires, ce qui ne pourra conduire qu’à des élections anticipées ». Il avait expliqué que le MDL voterait contre Mme Kouneva car « nous n’acceptons pas l’approche de l’éducation suivie par les gouvernants ».

A l’issue de son élection, Mme Kouneva s’est engagé à travailler en faveur d’un objectif national commun. « Nous participons à une compétition avec le temps, la qualité et l’Europe. La question qui se pose n’est pas de savoir si une université ou une école est meilleure qu’une autre à l’échelle nationale mais à l’échelle internationale. L’éduction bulgare ne doit pas se borner à émettre des signaux de stabilité mais avoir une vision à long terme. », a-t-elle déclaré. Elle a promis de travailler de manière transparente avec toute les parties prenantes pour résoudre les problèmes auxquels fait face le système de l’éducation. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg, moreto.net, 24chasa.bg)

L’analyse

Selon l’institut Ivan Hadjiiski, l’année 2016 pourrait mettre un terme à l’accalmie politique

L’institut de sociologie Ivan Hadjiiski a publié hier son analyse mensuelle sur la situation politique intérieure et internationale au mois de janvier, ce qui incite les médias à reprendre le texte et à revenir sur l’analyse de cet institut portant sur l’ensemble de l’année politique 2015. Standart résume : « Fin de l’accalmie » et 24 tchassa parle de montée de la tension.

La stabilité politique n’est pas suffisante et, en dépit du fait que les élections municipales ont été favorables aux partis de la coalition au pouvoir, il n’est pas garanti que la formule pourra être gardée et qu’il n’y aura pas d’élections anticipées. Le pendule est allé encore plus à droite par rapport à 2014 et la recherche du compromis est effectuée dans une atmosphère de chantage et de ruses politiques. La plus grande flexibilité du premier ministre par rapport à son premier mandat synthétise les leçons que son parti a su tirer de l’isolement dans lequel il s’était retrouvé à la fin de celui-ci. Grâce aux majorités fluctuantes dans lesquels ABC et le MDL sont inclus, Boïko Borissov a réussi de limiter les ambitions de ses « proches amis » du Bloc réformateur. Le processus de concentration de pouvoir dans les mains du GERB a continué. Le confort médiatique du gouvernement a été restauré grâce à l’aide des médias, contrôlés par #Qui ? [allusion des médias qui sont la propriété ou sont proches du député MDL Delian Peevski], ajoutent les sociologues.

Mais ce mois de janvier montre que l’accalmie politique de 2015 va vers sa fin. On assiste à une montée de la tension et l’hypothèse d’éventuelles élections anticipées est de plus en plus évoquée. Le nouveau projet de droite de Radan Kanev, le leader des Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF), qui a retiré le soutien de son parti au gouvernement après la démission du ministre de la justice Hristo Ivanov (voir notre revue du 14 janvier) n’est pas présenté comme une unification des forces de droite mais plutôt comme un rassemblement des citoyens contre l’oligarchie. L’Institut voit dans cette stratégie une tentative de ressusciter les messages protestataires de l’été 2013.

Le leader du PSB Mihaïl Mikov a adopté un discours très critique envers le gouvernement et sarcastique envers le président de la République. Sa stratégie oriente son parti de plus en plus vers l’extrémité gauche du spectre politique. ABC de son côté a choisi une stratégie d’attente pour saisir le bon moment et renverser le rapport de force à gauche. Quant au MDL, après les premières secousses qui ont suivi les changements à la tête du parti, l’électorat dur et les structures réaffirment leur soutien aux nouveaux dirigeants du parti. Mais ce parti fragilisé aura besoin de temps pour se ressaisir et redevenir à nouveau un facteur politique incontournable.

L’Institut Ivan Hadjiiski résume ainsi 2015 : une année d’une intemporalité politique. Des deux lignes politiques principales : la stabilité et les réformes, l’impératif de la première prend de plus en plus de poids, même au prix d’un constant endettement financier du pays. L’apathie politique s’est à nouveau manifestée lors des élections municipales et des messages populistes continuent de fertiliser l’opinion publique. Un cocktail propice à l’apparition en 2016 d’une nouvelle figure politique aux accents prophétiques. (inso.bg, Standart, 24 tchassa)

La tchalga

Détruire les dossiers des services secrets communistes ou s’en servir : les luttes des forces politiques pour contrôler le passé

Dans les pages de Troud, le journaliste Gueorgui Anguelov réfléchit sur les polémiques qui naissent régulièrement à l’occasion des commémorations des victimes du communisme (voir notre revue d’hier) et sur les tentatives des partis politiques en vue de contrôler le passé.

La « tchalga » de la transition : c’est ainsi qu’un ancien ministre intérimaire, Marin Raïkov, avait qualifié il y a trois ans le thème des dossiers de la sûreté d’Etat (SE) du régime communiste. Si l’on reprend cette métaphore faisant référence au style musical né au début des années de démantèlement du système totalitaire mais se portant toujours à merveille, on peut dire que la « tchalga SE » reste pleine d’impétuosité et continue de déclencher des orages au sein de la société.

La semaine dernière, un projet de loi a été déposé par des députés du PSB, visant la dissolution de la commission indépendante chargée de la divulgation des dossiers des anciens services secrets du communisme (SE et renseignements militaires). Les auteurs de ce projet controversé dénoncent, entre autres, l’acharnement épurateur de cette commission [Ndr : créée par une loi fin 2006, elle est présidée depuis par un ancien député PSB) et proposent que celle-ci soit remplacée par un Institut de la mémoire nationale dont le président sera élu par le parlement pour une durée de cinq ans. Ils demandent également que l’appartenance aux anciens services ne soit plus attestée sur la seule présence d’une fiche [Ndr : dans de nombreux cas où les dossiers ont été détruits, il n’en reste trace que dans le fichier centralisé de la SE).

Un des auteurs du projet, Tasko Ermenkov, est en conflit d’intérêts flagrant puisqu’il a été lui-même agent des renseignements militaires pendant la période 1984-1992. Par ailleurs, ce député socialiste rechigne à déclarer ces faits, violant ainsi la loi.

Les tentatives du PSB de contrôler le passé ne se limitent pas aux archives de la SE. Il est étrange qu’un parti membre du Parti des socialistes européens continue de réagir violemment à toute idée de commémoration des victimes du communisme. « Nous ne devons pas oublier l’histoire, mais nous ne pouvons pas vivre en parlant uniquement d’histoire ! Les tentatives d’expliquer tous les problèmes actuels par ce qui s’est passé il y a des décennies sonnent comme une autojustification », s’est exclamé hier Yanaki Stoïlov (PSB) de la tribune parlementaire. Oui, il y a eu des victimes, mais ces victimes n’étaient pas toutes innocentes, a-t-il ajouté.

Ainsi, 77 ans après le mouvement des partisans (1941-1944, mouvement contre la monarchie et le fascisme) et 27 ans après la fin du totalitarisme et du processus de changement forcé des noms musulmans, les victimes de la terreur restent séparées. Davantage, elles ont été compartimentées par les forces politiques : les anciens combattants contre le fascisme « appartiennent » au PSB, les condamnés par le tribunal populaire et les déportés des camps communistes sont sous l’aile du GERB et du BR. Les victimes de la minorité turque sont la chasse gardée du MDL. Et chacun de ces partis fait de son mieux pour tirer profit des souffrances des victimes de la terreur dans l’histoire bulgare du XXe siècle. Les événements dont il s’agit ont été étudiés et analysés par des spécialistes bulgares et étrangers. Leur place est dans les manuels d’histoire et non à la tribune parlementaire, ni dans les campagnes électorales.

Quant au thème de l’ancienne sûreté d’Etat et de ses dossiers, qu’il soit ou non une rengaine, c’est un fait avéré que d’anciens agents de la SE figurent parmi les plus grandes fortunes en Bulgarie et restent particulièrement influents dans la politique bulgare. De surcroît, ils ont activement contribué à la faillite de l’Etat pendant les années 1990. Sur les 300 « millionnaires à crédit » (bénéficiaires des importants prêts sans couverture, jamais remboursés, ayant entraîné l’effondrement d’une dizaine de banques en 1996), dont l’appartenance à la SE a été vérifiée par la commission des dossiers jusqu’à présent, 35 ont bien été affiliés à la SE : après la liquidation des services secrets de l’ancien régime, ils s’étaient retrouvés à la tête des organes d’administration ou de surveillance des banques et, à ce jour, sont débiteurs de quelque 20 milliards de leva au total. Donc, les dossiers peuvent donc nous apprendre encore beaucoup sur notre présent. (Troud)

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Dernière modification : 24/11/2016

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