Mercredi 30 novembre

La confusion

Le président de la République a décidé de donner mandat aux groupes parlementaires pour former un nouveau gouvernement politique

« L’Etat se trouve dans une situation complexe dont nous devons trouver l’issue la meilleure pour le peuple. Le Conseil consultatif de sécurité nationale a constitué une énième tentative de parvenir à une décision commune à la suite de la démission de M. Borissov ». C’est ainsi que le président sortant de la République, Rossen Plevneliev, a introduit ses propos à l’issue de la réunion de cette instance, à laquelle ont participé le premier ministre, les ministres régaliens démissionnaires, les présidents des groupes parlementaires, le chef d’état-major des armées et les chefs de services de sécurité.

La seule annonce concrète faite après cette réunion est que le chef de l’Etat s’adressera vendredi au premier ministre démissionnaire pour lui demander de constituer un gouvernement, actionnant ainsi la procédure prévue par l’article 99 de la constitution (cf. notre revue du 14 novembre).

Dans son discours, M. Plevneliev a précisé que deux types de positions ont été exprimés : la capacité de l’Assemblée nationale d’investir un nouveau gouvernement politique ou, au contraire, l’imminence des élections législatives anticipées. « Il existe un accord de principe pour que des élections législatives se tiennent à la fin du mois de mars ou au début d’avril, mais comme la fixation de la date relève de la compétence exclusive du nouveau chef de l’Etat, Roumen Radev, absent aujourd’hui, cela n’a pas été possible [de trouver un accord en ce sens]. Dans ce contexte, je dois donner mandat aux différents groupes parlementaires de tenter de former un nouveau gouvernement indépendamment des déclarations de refus de la part du GERB et du PSB qui sont les deux premières forces parlementaires. D’autant plus que je reste convaincu du potentiel de l’actuelle législature, la plus représentative [du spectre politique bulgare], de contribuer encore au bon fonctionnement de l’Etat et de poursuivre les réformes indispensables pour la société bulgare. Trouver la bonne formule pour constituer un gouvernement sans dissoudre l’Assemblée nationale permettrait d’éviter l’échec de la présidence bulgare de l’Union européenne », a déclaré le chef de l’Etat.

Rossen Plevneliev à appeler les députés à ne pas oublier les réformes demandées par le peuple bulgare lors du dernier référendum mais leur a demandé de prendre leur temps afin de ne pas admettre que des décisions non réfléchies « plongent l’Etat dans l’instabilité durable ».

« Je ne puis être premier ministre que d’un gouvernement constitué par le GERB à la suite d’élections que ce parti aurait remportées », a précisé Boïko Borissov. Il a fait allusion à sa disposition à « renvoyer l’ascenseur aux patriotes » qui l’avaient soutenu sans demander de participer au pouvoir exécutif (Ndr. : le Front patriotique est à l’heure actuelle le seul parti qui se soit dit prêt à tenter de constituer un gouvernement dans le cadre de l’actuelle législature). Néanmoins, aujourd’hui, Tsvetan Tsvetanov a affirmé que le GERB ne soutiendrait aucun parti pour la formation d’un nouveau gouvernement avec l’actuelle législature.

Naïden Zelenogorski, coprésident du Bloc réformateur, a fait savoir à l’Agence Focus que la direction du Bloc se réunira en Conseil exécutif pour étudier la situation. « Laisser durer un une situation d’interrègne pendant sept ou huit mois serait désastreux pour le pays », a-t-il précisé.

« Si une troisième force politique parvenait à constituer un gouvernement, le PSB resterait dans l’opposition, dès lors que nous considérons que cette législature ne bénéficie plus de la confiance et qu’il est urgent que des élections législatives se tiennent le 26 mars », a souligné Kornelia Ninova, qui a ainsi introduit pour la première fois dans le débat politique une date ferme pour ce scrutin encore hypothétique.

Se joignant à la position de Mme Ninova, Moustafa Karadaïa, président du MDL, a accusé lors d’un point de presse M. Plevneliev d’« avoir utilisé le Conseil consultatif d’hier et les possibilités constitutionnelles en faveur de son intérêt personnel, consistant à ce que son gouvernement intérimaire le désigne pour devenir commissaire européen ». Le gouvernement démissionnaire peut très bien continuer à assumer ses responsabilités jusqu’à l’investiture du nouveau président de la République, a-t-il précisé en avertissant que « tout acte, comportement ou insinuation irresponsable peut donner lieu à l’instabilité et à la crise politiques ». (tous journaux, dnevnik.bg, cross.bg)

La colère

L’absence des mesures d’intégration les plus élémentaires, source du malaise des migrants

Dans un entretien pour le site d’information pour la jeunesse Glasat na mladite hora (« la voix des jeunes ») , Victor Lilov, arabisant, bénévole dans le domaine des droits de l’homme, ancien membre du quota civil du Bloc réformateur et ancien candidat à la mairie de Sofia, revient sur les émeutes à Harmanli et la situation des migrants en Bulgarie (voir notre revue du 25 novembre).

Concernant le facteur déclencheur des émeutes, il explique que les migrants n’ont pas été informés que le centre sera fermé pour un certain temps, ni des raisons de cette décision Ndr : Une mesure d’interdiction des sorties avait été prise en réponse à la manifestation des habitants de Harmanli qui avaient exprimé leur préoccupation devant la situation sanitaire du centre, v[oir notre revue du 21 novembre]. Les raisons de la colère des migrants se sont accumulées, explique M. Lilov : manque d’eau chaude dans le centre et, ces derniers jours, manque d’eau tout court, manque de matériel hygiénique, draps et couvertures sales, nourriture de mauvaise qualité et en quantité insuffisante. M. Lilov déplore le niveau du dialogue entre l’Agence pour les réfugiés et le secteur non-gouvernemental. Des bénévoles avertissaient de l’aggravation de la situation à Harmanli dès le mois de septembre, mais aucune réaction n’a suivi. La manière dont les autorités gèrent la crise migratoire manque de transparence et cela crée un fort potentiel de corruption, ajoute-t-il.

Les mesures prises après les émeutes comme l’interdiction de sorties, la construction d’une clôture autour du centre, l’extradition de ceux qui ont participé aux émeutes, constituent des violations des directives européennes. « Il faudrait que quelqu’un rappelle à ce gouvernement démissionnaire que le fait qu’une personne a demandé asile dans un pays n’est pas une condition suffisante pour qu’elle soit privée de sa liberté de circulation et enfermée dans un centre de type fermé », tranche M. Lilov.

Il critique également le manque « de mesures d’intégration les plus élémentaires comme des cours de langue et la possibilité d’avoir un emploi ». Les prochaines mesures que le gouvernement prévoit d’adopter vont détériorer encore davantage la possibilité de s’intégrer des personnes en procédure d’examen de leur demande, car elles envisagent la restriction du droit de circulation. Céder à la pression sociale en interdisant à ces gens de sortir des centres d’accueil, de travailler et ainsi d’avoir la possibilité de gagner leur vie signifierait une hausse de la corruption et de la criminalité. Le manque de mesures d’intégration est un fort facteur de criminalité, lié principalement au trafic de migrants, mais également à bon nombre d’autres crimes, conclut M. Lilov. (glasutnamladitehora.wordpress.com)

L’étude

Les jeunes et la politique en Bulgarie : un rejet mutuel

Dans son dernier numéro, le magazine Club Z fait place à une étude sur les orientations de valeur et les comportements dominants des jeunes Bulgares, réalisée sous la direction du sociologue Peter-Emil Mitev. Le parallèle établi avec d’autres études similaires, réalisées périodiquement après 1990, permet aux auteurs de conclure que « les jeunes forment un groupe social spécifique qui renferme et génère, telle une coque de noix, les tendances d’avenir de la société bulgare ».

Les études comparatives sur les valeurs européennes et mondiales réalisées au niveau international placent la Bulgarie dans le groupe des pays à vision laïque et rationnelle et aux valeurs matérialistes. Les sociétés à valeurs rationalistes accordent une moindre importance à la religion et aux valeurs familiales et misent sur l’autonomie, le rationalisme et la laïcité. Les valeurs matérialistes, quant à elles, étant des valeurs de survie, mettent l’accent sur la sécurité économique et matérielle et tournent le dos à l’implication dans la vie sociale et à la tolérance envers ceux qui sont différents. Ces conclusions sont largement confirmées par l’étude sur les valeurs des jeunes Bulgares.

Parmi les accomplissements personnels que les jeunes considèrent comme valables et rémunérateurs, figurent : « être indépendant » (80%), « avoir une bonne apparence » (85%), « avoir une carrière » (75%) et « être responsable » (72%). Il est à noter, relèvent les auteurs de l’étude, que l’aspiration à l’indépendance ne va pas de pair avec une implication réelle des jeunes dans la vie politique et sociale en Bulgarie. Seuls 27% d’entre eux se disent prêts à participer à des initiatives civiles et 24% à peine considèrent la politique comme attrayante.

L’intégrité, en tant que valeur morale traditionnelle, reste loin en arrière dans les préférences des jeunes. Alors qu’en 2002 déjà, 34% seulement des jeunes estimaient que la réussite dans la vie, même au prix de compromissions, primait sur l’intégrité et la probité, aujourd’hui ils sont désormais 42% à le penser. Beaucoup sont ceux également qui estiment qu’« avoir du piston » est l’unique chance de réussir. Toutefois, l’étude relève l’existence parmi les jeunes Bulgares de comportements libéraux, caractéristiques pour les pays à l’économie de marché affirmée, qui considèrent la responsabilité et les efforts personnels comme des facteurs décisifs pour la réussite professionnelle et sociale.

L’étude constate également le très faible taux de confiance des jeunes dans les institutions. L’époque de transition a abouti à une « aliénation post-transition des jeunes, sous forme d’une défiance vis-à-vis des institutions démocratiques ». Plus de la moitié des jeunes ne s’intéressent pas à la vie politique nationale et plus de deux tiers sont indifférents à la politique européenne. Seulement un tiers des jeunes ayant atteint la majorité électorale déclarent avoir participé à des scrutins nationaux ou locaux. L’absence de confiance des jeunes se cristallise dans leur comportement vis-à-vis des partis politiques. Leur potentiel d’activité sociale, démontrée pendant les périodes de manifestations civiques, reste inutilisé par les partis politiques qui négligent systématiquement les héros des barricades et des grèves estudiantines. D’où un jugement négatif de la part des jeunes à l’égard de la classe politique. La vie politique est souvent considérée comme immorale. Et il n’est pas rare qu’elle soit perçue par certains jeunes comme de la « magouille » et de « l’argent facile à gagner ». La « sélection antinaturelle », que les sociologues ont souvent constatée pendant les années de transition, continue à opérer et à refouler du domaine politique les porteurs d’une morale politique. Ainsi le cercle vicieux se referme : le refoulement des jeunes intègres ouvre la porte aux politiciens magouilleurs. (Club Z)

Rubrique France

Capital Daily et Standart rapportent que le prix de manager de l’année 2016 a été attribué hier à Xavier Marsenac, président de TELUS International Europe, lors d’une cérémonie sous les auspices du président de la République Rossen Plevneliev.

Dernière modification : 30/11/2016

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