Mercredi 4 novembre

Le grincement

Les élections municipales à Pleven, pomme de discorde entre le Bloc réformateur et le GERB

La victoire du Bloc réformateur à Pleven, 7e ville du pays, un des deux chefs-lieux de région avec Dobritch (trois, si l’on compte Montana) où cette force politique aura un maire pour les quatre années à venir, a provoqué un échange tendu entre des leaders du Bloc et le premier ministre Borissov.

Un billet publié par le ministre Peter Moskov (BR) sur sa page Facebook, intitulé « Pleven est tombé ! », par allusion à un épisode mémorable de l’histoire bulgare (la bataille de Pleven et la libération de cette ville au moment de la guerre russo-turque de 1877-1878), a été vite repris par le nouveau maire et des députés du BR.

Or, cette phrase, censée exprimée la joie, a vite provoqué le « courroux » du leader du GERB qui a affirmé devant les caméras braquées sur lui, lors de la conférence de presse immédiatement après la fermeture des bureaux de vote, que son parti avait « volontairement perdu Pleven au nom de la tolérance » et que, lui-même, il avait contribué à cette victoire des réformateurs. « Pleven est tombé, dit-on. Serait-il tombé si je m’y étais rendu ? Essayons de voir aux prochaines élections si Pleven va tomber ! […] J’ai fait le maximum d’efforts pour tenir en bride mon parti afin qu’il ne gagne pas [à Pleven] ! », a grogné M. Borissov, qui depuis est revenu a plusieurs fois sur ce sujet.

Le premier ministre a appelé en outre le chef du QG électoral du Bloc réformateur, Naïden Zelenogorski, à lui présenter des excuses pour les affirmations de ce dernier selon lesquelles le GERB aurait acheté des voix à Pleven contre le candidat du Bloc.

Refusant de s’excuser, M. Zelenogorski, ancien maire de Pleven, s’est expliqué hier sur la bTV : « 12 000 voix ont été achetées à Pleven, soit 25% du scrutin. Et ces voix ont été achetées au profit du candidat perdant du GERB. C’est évident puisque le maire élu, M. Spartanski, n’a recueilli que 0,5% dans les bureaux de vote roms ». Selon M. Zelenogorski, il n’y a pas de scandale entre lui et M. Borissov, pas plus qu’entre le BR et le GERB. « La tension est entre le BR et la clique [locale] du GERB qui sévit à Pleven au grand dam de son propre parti ».

« J’affirme catégoriquement qu’on ne peut parler ni de fossé, ni de fissure, ni de faille entre le GERB et les réformateurs au sujet de Pleven », déclare aujourd’hui dans les colonnes de Troud Peter Moskov, l’auteur des propos malencontreux sur la « chute » de Pleven. « Le grand vainqueur de ces élections, c’est le GERB. Les réformateurs ont conservé leurs positions et, dans certaines communes, ont élargi le soutien dont ils jouissent. J’ai été toujours partisan d’une coalition stable, de long terme et d’un long horizon entre le GERB et le BR parce que c’est la route de la stabilité pour la Bulgarie », souligne-t-il. (mediapool.bg, dnevnik.bg, Sega, Troud)

La faveur

Quatre milliards de leva des entreprises publiques du secteur de l’énergie ont été engloutis sous les débris de l’effondrement de la KTB

Le Fonds pour la garantie des dépôts bancaires a publié hier les listes des déposants privilégiés de la KTB, une banque connue à l’époque pour ses taux d’intérêts élevés (allant souvent jusqu’à 9,8% sur les dépôts) et les faveurs accordées à des clients triés sur le volet.

Un des slogans publicitaires de la KTB des années de son épanouissement – « Nos clients [nous] sont chers » – a pris de nouveau toute son ampleur. Les dépôts « privilégiés » totalisent quelque 7,6 milliards de leva, dépassant ainsi le montant des actifs de la banque au moment de sa fermeture en juin 2014. Parmi les clients chouchoutés par le banquier Tsvetan Vassilev figurent d’anciens politiciens, des hommes d’affaires, des magistrats, ainsi que de très grandes entreprises publiques ou privées comme la BTK, la BEH (Holding bulgare de l’énergie), la Compagnie nationale d’électricité, Bulgargas, Bulgartabac, la centrale nucléaire de Kozlodouï, la centrale thermique Maritsa 2, les mines Maritsa, etc. Ils ont tous bénéficié de clauses individuelles leur garantissant des privilèges importants en matière de taux d’intérêt sur leurs dépôts bancaires.

L’une des listes renferme les noms des déposants qui ont réussi à sauver leur épargne par des opérations de cessions ou de compensations (Ndr : seulement les dépôts standard jusqu’à 195 000 leva étaient garantis par l’Etat ; les dépôts bénéficiant d’un taux d’intérêt privilégié n’étaient pas garantis). Malheureusement, la liste n’indique pas combien de ces opérations ont été validées par les liquidateurs judiciaires et combien seront attaquées en justice comme étant effectuées après la date de la fermeture de la banque.

La presse met dans son collimateur différents noms de personnages influents : Roman Vassilev, ancien procureur près le tribunal de grande instance de Sofia (286 000 euros récupérés en partie par une cession) ; Ivan Kostov, ancien premier ministre et député (156 000 leva) et sa famille (540 000 leva répartis entre ses deux filles et son feu père), Edoardo Miroglio, homme d’affaires italien (64 millions de leva récupérés via des cessions par sa société et 920 000 euros personnellement).

Parmi les plus gros déposants VIP figurent le jeune homme d’affaires Alexandre Staliïski (13 millions d’euros) et sa petite amie (14 millions d’euros).

Malgré les mesures prises par l’Etat en vue de réduire la concentration et d’empêcher les entreprises publiques de tenir tous leurs fonds dans une seule banque, force est de constater que de très grandes entreprises ont continué à figurer parmi les clients privilégiés de la banque. Certaines d’entre elles sont arrivées à récupérer partiellement leurs fonds via des opérations de cessions. Au cours des deux dernières années, la BEH avait déposé au total 665 millions de leva, Bulgargas 1,656 milliards de leva, Bulgartransgas 1,191 milliards de leva. On ignore quelle partie de ces montants est restée bloquée au moment de la fermeture de la KTB. Standard calcule que les entreprises publiques du secteur de l’énergie ont été délestées de 3,9 milliards de leva au total du fait de la faillite de la quatrième banque bulgare.

Parmi les partis politiques, les Démocrates pour une Bulgarie forte (parti fondé par Ivan Kostov, composante du Bloc réformateur) et le Mouvement national pour la stabilité et le progrès (ancien parti Siméon II) subissent les plus grosses pertes : 1,065 de millions et 1 million de leva respectivement.

L’obligation de rendre publics les noms des déposants et des emprunteurs a été introduite au printemps dernier à la suite d’un amendement à la loi sur les établissements de crédit. Les liquidateurs judiciaires devront bientôt publier les listes des emprunteurs privilégiés, des personnes liées financées par la KTB, des prêts non garantis consentis par l’établissement, etc. qui doivent dévoiler comment les capitaux de la banque avaient été drainés. (tous journaux)

L’analyse

La Turquie a préféré la sécurité à la démocratie

Correspondante de plusieurs médias bulgares à Istanbul, Nihal Yozergan revient dans une analyse pour Troud sur les élections législatives anticipées en Turquie. Selon elle le « 4e triomphe électoral des pro-islamistes a été la grande surprise » de ces élections et même les vainqueurs eux-mêmes ne s’attendaient à une « victoire si écrasante ». Le Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdoğan a gagné presque 50% des voix, contre à peine 40% à l’issue des élections du 7 juin dernier. Les 316 députés qu’il a obtenus sont beaucoup plus que les 276 nécessaires pour former une majorité mais il lui faudra 367 voix pour modifier la Constitution et 330 pour soumettre une telle réforme aux électeurs par référendum. Ce résultat démontre la direction (et l’orientation civilisationnelle) que la « nouvelle Turquie » va suivre, selon Mme Yozergan.

Le Parti d’action nationaliste (MHP) est désigné comme le grand perdant. Son leader Devlet Bahçeli, nommé par les médias turcs « M. Non » est jugé responsable de l’incapacité de former un gouvernement de coalition après les élections du 7 juin.

Le parti de gauche pro-kurde (Parti démocratique des peuples, HDP) avait fait une entrée remarquée au Parlement en remportant 13% des suffrages et 80 sièges en juin ; désormais, il dépasse à peine le seuil électoral, avec 10,7 % des voix et 59 députés siégeant au Parlement. La raison : les Kurdes bien intégrés dans la société et « turcisés » ayant voté en juin selon le principe ethnique ont cette fois-ci décidé de retourner au sein de l’AKP. Selahattin Demirtaş, leader du HDP, a perdu les voix qui lui ont été offertes par le vote de protestation à cause de son incapacité de s’opposer ouvertement au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Il n’a pas su prouver que le HDP est le nouveau parti de gauche turc commun aux deux peuples.

La grande question qui se pose maintenant est : qu’est ce qui a changé en cinq mois pour que l’AKP puisse obtenir presque 10% de plus malgré les 13 ans au pouvoir, la fatigue, la « gourmandise de pouvoir », la corruption, l’étouffement de la liberté de la presse ? Comment les attaques terroristes qui ont bouleversé le pays ont-elles augmenté les résultats du parti ? L’une des réponses possibles est que les Turcs, fatigués de quatre élections organisées en un an et demi, ont fini par mettre fin à la saga qui de toute façon aurait été prolongée jusqu’à la victoire de l’AKP. L’autre explication possible est que les électeurs, acculés, ont préféré la sécurité et la stabilité à la démocratie, aux libertés et à l’Etat de droit.

Ces élections peuvent être vues comme un référendum sur le l’avenir du pays. Le facteur idéologique a été battu par le climat psychologique de peur et d’insécurité. Mais il ne faut pas oublier les autres 50% des électeurs, laïcs et d’orientation pro-occidentale, qui continuent à soutenir l’image de la « vieille Turquie ». Le pays reste profondément divisé et le seul chemin possible passe par le consensus politique, les vraies réformes démocratiques, l’adoption d’une constitution plus démocratique. Le premier pas dans ce sens serait l’abolition du seuil de 10% nécessaires pour entrer au Parlement qui permet à un seul parti d’occuper tout le pays et de s’emparer des institutions, conclut Mme Yozergan. (Troud)

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Dernière modification : 04/11/2015

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