Mercredi 5 octobre

Les dossards

Vingt-trois candidats à la présidence de la République dans les starting-blocks

Vingt-trois tandems se sont officiellement lancés dans la compétition de la présidentielle, a déclaré hier la Commission centrale électorale après l’arrivée à échéance du dernier délai pour l’enregistrement des candidats. Un record, précise la presse, qui rappelle que le nombre de candidats enregistrés lors de la dernière élection présidentielle en 2011 était de 18.

Aujourd’hui, les partis ont tiré au sort les numéros de leurs bulletins de vote et ont fait les premiers commentaires au sujet des augures dont ils pouvaient être porteurs. Le 17 échu au GERB signifie l’audace, l’ambition, la chance et la sagesse. L’addition de 1 et 7 donne 8, le chiffre de la mère que pourrait devenir Mme Tsatcheva selon les propos du premier ministre. Ensuite, le 13 porterait bonheur à Roumen Radev et à Iliana Yotova, soutenus par le PSB. Ce chiffre serait « fatal aux gouvernants actuels ». Le 7 est un nombre saint et signifie les jours ouvrés hebdomadaires du président de la République, a observé Traïtcho Traïkov. Le 15 constitue une gradation pour l’ABC qui a eu 13 aux élections européennes et 14 aux élections législatives, selon Roumen Petkov, vice-président de ce parti. Les numéros 4, 12 et 19 sont revenus respectivement à Plamen Orecharski, à Tatiana Dontcheva et à Krassimir Karakatchanov. Le numéro 1 est revenu à Svetoslav Vitkov, chanteur de rock et leader du parti « Voix du peuple », lié à des anciens de la Sûreté d’Etat.

Dans ce contexte l’agence sociologique Market Links (dont l’ancienne propriétaire est Roumiana Batchvarova, vice-première ministre et ministre de l’intérieur) publie les résultats d’un sondage commandé par bTV. Si les sondés avaient à se prononcer aujourd’hui, 19,8 % soutiendrait Tsetska Tsatcheva, 14,9 % Roumen Radev, 7,9 % Krassimir Karakatchanov, 5, 4 % Ivaïlo Kalfin, 4,5 % Traïtcho Traïkov, 3,7% Tatiana Dontcheva, 2,7 % Svetoslav Vitkov, 1,1% Plamen Orecharski. Sur la base de ces résultats, les sociologues prévoient un rude ballotage.70% des sondés affirment leur volonté de participer à l’élection présidentielle et 66% au référendum.

Le même sondage réserve les sièges du prochain parlement à seulement quatre partis, à savoir le GERB (26,7 %), le PSB (13,8 %), le Front patriotique (7,4 %) et le Bloc réformateur (5,7 %). АBC (3,7 %), le MDL (3,5 %) et Ataka (2,6 %) n’atteindraient pas le seuil d’éligibilité de 4%.

Pour sa part, le sociologue Antreï Raïtchev prédit les trois meilleurs scores à la présidentielle au GERB, au PSB et au groupe des patriotes. « Je crains qu’ABC ne puisse même pas accéder à la quatrième place qui reviendra à Marechki (Ndr. : homme d’affaires possédant une chaîne de pharmacies et de stations-service vendant des carburants moins chers). N’oubliez pas que Marechki est arrivé deuxième à Varna (aux élections municipales en 2014). Le Mouvement 21 (de Tatiana Dontcheva), le Bloc réformateur et ABC et tout au plus trois autres des 23 tandems pourront passer le seuil de 1%. La grande question consiste à savoir si l’électorat du MDL votera pour M. Orecharski dans la mesure où cette donne est susceptible de bouleverser le classement », a commenté M. Raïtchev.

Interrogé aujourd’hui sur sa consigne de vote, Moustafa Karadaïa s’est borné à répondre que « le MDL assumera la responsabilité du rôle décisif pour l’élection du prochain président bulgare ».

Mais tout porte à croire que M. Orecharski est le candidat caché du MDL, affirme Dimitar Ganev, politologue du Centre Trend qui y voit « une logique politique d’acier ». Comme l’a déjà été sa candidature, le score de M. Orecharski risque de faire la surprise. Son évaluation échappera jusqu’au dernier moment aux sociologues. Tout dépendra de la mobilisation de l’électorat du MDL qui compte plus de 500 000 personnes. Le résultat de l’ancien premier ministre ne sera pas bien sûr à ce niveau mais permettra au MDL d’augmenter sa mise pour le ballottage. (mediapool.bg, dnevnik.bg, Sega, Capital)

Le cadeau

Annonce électoraliste de hausse des salaires des enseignants : les experts déplorent le manque de réformes dans le système éducatif

« Les professeurs rendus heureux » titre sobrement Standart en une. Comme tous les autres titres, ce quotidien s’attarde sur la décision du premier ministre d’octroyer 223 millions de leva supplémentaires à l’éducation dans le budget de 2017, 100 millions desquels assureront une hausse des salaires (entre 8 et 10%). Les liens entre ce geste et l’approche de l’élection présidentielle n’échappent pas aux journalistes : Capital Daily titre en une « Borissov a donné de manière électoraliste 223 millions de leva pour l’éducation » et Sega ajoute « Borissov a « réchauffé » les élections avec une hausse des salaires des professeurs ».

Pour Sega, le premier ministre a sorti son premier atout dans cette campagne électorale tout juste d’être officiellement lancée. Le journal rappelle que la hausse des salaires de 10% a déjà été promise par la ministre de l’éducation. Mais lors de l’annonce de la bonne nouvelle hier, Meglena Kouneva n’était pas présente. A côté du premier ministre se tenaient le ministre des finances et les représentants des syndicats. Selon Sega, il s’agit fort probablement d’une punition pour Mme Kouneva qui « s’est permis de faire une telle promesse de sa propre initiative ». [Lors d’un rassemblement géant qui avait réuni le 19 juin à Sofia 12 000 enseignants de tout le pays, organisé à l’initiative de Mme Kouneva, celle-ci avait promis une hausse des salaires. Mais le lendemain, M. Borissov avait expliqué aux journalistes que ni lui, ni le ministre des finances, n’étaient au courant. Avant cela, M. Borissov avait pris ses distances vis-à-vis de l’événement et avait décliné l’invitation d’y assister, voir notre revue du 21 juin].

Pour le système de l’éducation il est très important d’avoir des investissements à long terme ; le minimum étant une décennie, mais pour pouvoir calculer les véritables effets sur l’économie, il faudrait même travailler et planifier sur des périodes de 20-30 ans, analyse Boïan Zahariev, directeur de la programmation de l’Open Society Institute. Dans un texte publié dans 24 tchassa, il souligne que même si le décalage entre le budget pour l’éducation en Bulgarie (4.1% du PIB pour 2014) et la moyenne européenne (4,8-4,9%) n’est pas si important, la Bulgarie est marquée par un historique préoccupant. La crise de 2009 a pesé sur l’éducation et, par exemple, en 2011 et 2012 l’argent investi était de 3,4% du PIB. Le principe suivi par la plupart des Etats européens de ne pas toucher au montant des investissements publics dans l’éducation en temps de crise n’a pas été respecté en Bulgarie ce principe, s’alarme M. Zahariev qui prévient que l’effet négatif de ces coupes budgétaires est loin d’être épuisé.

Il est également important de voir « comment le système travaille », car il y a d’autres pays européens avec des budgets pour l’éducation du même ordre qui parviennent à des résultats différents, ajoute dans une analyse pour 24 tchassa Latchezar Bogdanov. L’économiste d’Industry Watch souligne
que la vraie question est de quelle manière les dépenses publiques supplémentaires vont profiter à la qualité de l’éducation et à donner des résultats concrets et mesurables.

M. Bogdanov donne comme exemple le lien entre les résultats de l’éducation et le marché de travail. Si, par exemple le taux des diplômés universitaires employés est de plus de 85%, le taux des salariés sans éducation ou avec éducation primaire est de 18%, ce qui est alarmant. Il est donc crucial de voir de quelle manière le financement supplémentaire sera investi pour motiver les enseignants et les directeurs pour qu’ils travaillent à garder le taux de scolarisation au plus haut niveau possible.

Un autre problème, souligné par l’économiste, est l’âge des enseignants. Selon Eurostat, la Bulgarie se range en deuxième position en Europe par le nombre des enseignants âgés de 50 ans ou plus. Un signe éloquent de ce que la profession a perdu son attractivité et ses perspectives, ce qui montre qu’il serait très difficile de trouver les gens qui seront prêts à s’investir et œuvrer pour de vrais résultats dans le système, conclut M. Bogdanov. (tous journaux)

Le dossier

Mythes et réalités de la présence russe en Bulgarie : immobilier, tourisme et pénétration de l’économie

Dans un dossier détaillé consacré à la présence de la Russie en Bulgarie, Mediapool examine le processus d’installation progressive de ressortissants russes dans le pays et l’entrée de capitaux russes dans l’économie bulgare. Pour en conclure que l’« invasion » dans l’immobilier est en train de céder la place à un appétit de plus en plus prononcé pour l’acquisition de positions économiques dans des secteurs clé.

Les achats de biens immobiliers et les visites de touristes russes en Bulgarie déclinent. D’après les données de l’Agence des enregistrements, depuis vingt ans (de 1996 au 30 septembre 2016), 75 266 ressortissants et 30 sociétés russes ont acquis des biens dans le pays. Selon les statistiques de la Banque nationale de Bulgarie, les Russes ont investi 1,1 d’euros dans l’immobilier.

D’après l’Institut national des statistiques, en 2015, la Russie n’a occupé que la 6e position par le nombre de ses touristes en Bulgarie (devancée par la Roumanie, la Turquie, la Grèce, l’Allemagne et l’ARYM). Selon la même source, depuis 2013, la tendance à la baisse du nombre des touristes russes se maintient (696 000 personnes en 2013 ; 494 000 en 2015). Malgré cela, de nombreux sites en ligne russes continuent à vanter les avantages de la Bulgarie, affirmant que plus de 300 000 Russes ont acheté plus de 500 000 biens immobiliers en Bulgarie évalués de 4 à 5 milliards de dollars. Des chiffres fortement exagérés, estime Mediapool.

Dans nombre de classements russes, la Bulgarie est régulièrement plébiscitée comme la destination préférée d’acquisition de résidences secondaires par les Russes, devançant de 45% la 2e grande destination, l’Espagne.

Mais l’effondrement de l’économie russe et la dépréciation du rouble ont fait chuter plus de trois fois le nombre des acquisitions immobilières russes en Bulgarie. Les restrictions imposées par le gouvernement russe aux agents publics concernant les achats d’immobilier à l’étranger ont également ralenti ce processus (12 724 acquisitions en 2012, 1 652 en 2015, source : Agence des enregistrements). Malgré cette baisse spectaculaire, les Russes restent les plus grands acheteurs parmi les étrangers sur le marché immobilier bulgare, bien qu’avec des budgets relativement modestes (40 000 euros environ).

D’après les agences immobilières, les Russes achètent le plus souvent des résidences secondaires. Mais leur intérêt est en train de se déplacer des stations balnéaires vers les villes et les stations de montagne. En réalité, ils achètent désormais partout en Bulgarie. Parmi les régions bulgares les plus convoitées se rangent celles de Bourgas (58 240 acquisitions immobilières), Varna (9 628), Blagoevgrad (2 702), Dobritch (1 692), etc., Sofia ne venant qu’en sixième position (365). Dans deux régions, Lovetch et Kardjali, aucune vente immobilière n’a été réalisée.

L’acquéreur russe est le plus souvent un militaire retraité ou un indépendant pouvant travailler à distance. Selon le Russe Mikhaïl Kisselev, propriétaire d’une agence immobilière, les acheteurs sont le plus souvent originaires de Moscou ou de Saint-Petersbourg, mais il y a également des gens de Vladivostok. Ce qui les attire en Bulgarie : le climat, les prix abordables de l’immobilier et l’appartenance du pays à l’UE. D’autres Russes déjà installés en Bulgarie mettent en avant les possibilités de faire des affaires ou d’obtenir une éducation européenne, voire le faible niveau de la criminalité.

A part des représentants de la classe moyenne, on remarque la présence parmi les acheteurs de gens proches du président Poutine. Se référant à une publication dans Dnevnik, Mediapool cite les noms de Dmitriï Kozak, vice premier ministre (depuis 2008), et de Vladimir Pliguine, président de la commission de droit constitutionnel à la Douma (2003-2016). Après avoir créé en 2008 des sociétés en Bulgarie et acquis des biens immobiliers, ils les ont cédés en 2013 à leurs enfants. Deux anciens ambassadeurs russes en Bulgarie possèdent des maisons à Sapareva Bania (Sud-Ouest), une petite ville touristique où le Fonds public russe « Charité », près le ministère de la Justice, a investi 30 millions d’euros dans un centre luxueux de remise en forme.

Sur le plan des investissements directs, la Russie se range au septième rang parmi les investisseurs étrangers dans le pays (2,06 milliards d’euros). Les plus grands placements ont été réalisés par Lukoil (1 milliard d’euros investis ; raffinerie de pétrole et de dérivés du pétrole, ainsi qu’une chaîne de stations-service) et par Gazprom (présent sur le marché bulgare depuis deux ans avec une chaîne de 35 stations-service ; 75 millions d’euros investis). Depuis quelques années, la présence de Vnechtorgbank (VTB, souvent appelée « la banque de Poutine ») devient de plus en plus prégnante : détentrice au début de 9,99% dans la KTB, cette banque publique russe a participé en août dernier avec 330 millions d’euros à l’acquisition de la compagnie de télécommunications BTK. Dans l’énergie, la société Gunvor International du très influent homme d’affaires russo-arméno-finlandais Guennadiï Timtchenko possède depuis 2012 une licence de vente d’énergie électrique en Bulgarie.

La semaine dernière, les villes de Plovdiv et Bansko ont accueilli des délégations d’hommes d’affaires russes, représentant de petites et moyennes entreprises, intéressés à investir dans ces communes. La Bulgarie deviendra-t-elle un jour la cinquième colonne de Moscou ? Mediapool répond à cette question par le célèbre adage russe « Qui vivra, verra ». (mediapool.bg)

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Dernière modification : 05/10/2016

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