Mercredi 6 janvier

L’élection

Petite revue des candidats possibles et impossibles à la Présidence de la République

L’élection présidentielle prévue pour octobre promet une compétition serrée. Depuis que celle-ci est à l’ordre du jour, on n’arrête pas de reprendre deux clichés, souligne Borislav Zioumbioulev, rédacteur de 24 tchassa, en introduction d’un éditorial, intitulé « Président, président… ».

Le premier cliché consiste à dire que Boïko Borissov convoite le poste de président de la République car c’est le seul poste qu’il n’a pas encore eu. Or, défendre cette thèse impliquerait de le sous-estimer. M. Borissov est trop pragmatique pour consacrer sa vie et sa carrière à des ambitions qui constituent une fin en soi même si cela n’exclut pas la possibilité de se présenter et de remporter la compétition. L’exercice d’un pouvoir réel reste primordial pour lui. Pourquoi ?

Parti populaire, groupement d’intérêt d’importants groupes au sein de la société bulgare, le GERB existe pour être au pouvoir. Le règlement de comptes historiques qui préoccupait l’UDF, ou le maintien des privilèges, important pour le PSB ou encore la protection d’une minorité, raison d’être pour le MDL, ne figurent pas parmi les objectifs de ce parti. Hommes d’affaires, employés, professeurs, agriculteurs, sont réunis par leur niveau de vie, leurs origines ou l’idée que la vie se passe ici et maintenant, qu’il faut saisir le moment pour la consommer rapidement. Ils sont actifs et participatifs. C’est le parti des réalistes pragmatiques qui, après avoir compris que la démocratie n’est pas en mesure de résoudre les problèmes, se sont mis au travail. La stabilité de la cote de popularité, l’assurance et le charme de Borissov reposent sur son pragmatisme, son sens du réalisme et sur sa réactivité. Ce sont ces caractéristiques qui le dissuadent de se présenter à la présidentielle. La complexe coalition qu’il gère ne tient qu’à son charisme. Privé de l’avatar de Borissov, le gouvernement risque de perdre sa stabilité au point de chuter. Passer dans l’opposition impliquerait une perte d’électorat.

En outre, la situation géopolitique incitera les forces pro-russes à rassembler toutes leurs énergies pour obtenir à tout prix le pouvoir présidentiel, afin que la Bulgarie, membre de l’UE émette des signaux ambigus en matière de politique extérieure. Par conséquent, on peut s’attendre à ce qu’une coalition pro-russe se réunisse autour d’un candidat suffisamment fort pour prendre le dessus contre un candidat soutenu par la partie pro-occidentale de la classe politique bulgare. Boïko Borissov oserait-il affronter un candidat pro-Kremlin tout en courant le risque d’élections parlementaires anticipées ? Il est fort probable qu’il ne se présente pas dans ces conditions. Mais comme le cliché est stable, on attend une réponse. Il n’arrête pas de nier qu’il ira et il ne ment jamais.

Le deuxième cliché consiste à dire que Rossen Plevneliev se retirera. Il est difficile d’y croire. Malgré sa tragédie personnelle (N.B. il a perdu son fils l’année dernière), aucun motif personnel important ne justifierait une telle décision qui reviendrait, premièrement, à avouer qu’il n’a pas été un bon président et deuxièmement, à renoncer à ce rôle spécial qui lui est réservé dans l’histoire bulgare à être le seul bastion contre la pression russe. Il gardera le silence sur sa décision jusqu’au printemps. Mais il ne serait pas fondé d’affirmer de manière argumentée qu’il ne briguera pas un deuxième mandat. Sera-t-il alors soutenu par le GERB ou pas ? Dans l’hypothèse où M. Borissov ne se présente pas, il est plus probable que le GERB le soutienne car M. Pleveneliev, apprécié tant par les partenaires étrangers que par les hommes d’affaires, a été et sera toujours loyal à l’égard de M. Borissov. L’idée de le remplacer par un autre membre du GERB comme Yordanka Fandakova, Roumiana Batchvarova ou Tsvetan Tsvetanov est irrationnelle. D’autant plus qu’après la démission de Christo Ivanov, le rôle du président Plevneliev monte en puissance à cause de la confiance qui lui est faite par les pays occidentaux et l’Allemagne en particulier.

En dehors de ces deux clichés, la Bulgarie, peut-elle avoir un président avec des tatouages ? Qu’en est-il de Slavi Trifonov, animateur d’une émission de variété, artiste, chanteur, musicien, tous les soirs à l’écran depuis 1992 ? Il prend une position politique depuis plus d’un an et anime des discussions autour des sujets politiques à l’ordre du jour. Après son dernier concert qui a réuni plus de 70 000 personnes et la parution de son deuxième livre, des sources bien renseignées font part d’une étude sociologique qui lui réserverait la deuxième place au premier tour de la compétition présidentielle. Quant à son intention de participer à l’épreuve, il garde le silence. Une analyse des avantages et des inconvénients d’une telle aventure permettrait d’affirmer qu’il est très peu probable qu’il se présente dans la mesure où il risque de devoir faire face au deuxième tour à une coalition contre lui en tant que candidat « antisystème ».

Le candidat du PSB et la compétition pour le secrétariat général de l’ONU constituent un autre aspect intéressant de cette élection présidentielle. Si la candidature de Mme Bokova pour ce haut poste international n’était pas soutenue par le gouvernement au profit de Kristalina Gueorguieva, de Rossen Plevneliev, de Stefan Tafrov ou encore de Nikolaï Mladenov, elle serait la candidate parfaite, en pleine forme, pour se lancer dans la compétion présidentielle. Une hypothèse, certes, exotique, dans la mesure où Mme Bokova a toutes les chances d’obtenir le soutien nécessaire pour devenir secrétaire général de l’ONU.

Enfin, Radan Kanev, « bleu foncé » jusqu’aux bouts des doigts, et pouvant compter sur les intellectuels citadins, ceux qui n’aiment ni Boïko Borissov, ni le MDL, ni le procureur général, a presque annoncé le début de sa campagne en rejoignant l’opposition. Le problème relève de la nature des intellectuels citadins, protestataires et capables de renverser des gouvernements mais faibles lorsqu’ils doivent participer à des événements organisés et bien ciblés.

Quant aux autres candidats potentiels comme Stefan Vodenitcharov, président de l’Académie de sciences, Margarita Popova, vice-présidente de la République et les autres, ils s’inscrivent dans l’exotisme naturel de chaque échéance et auront tout simplement détourné l’attention des électeurs. Mais sait-on jamais ? (24 tchassa)

Le festin

Peevski avale quatre entreprises : le charme économique de la stabilité politique

Delian Peevski, parlementaire du MDL, a acquis quatre nouvelles sociétés pendant les derniers mois de 2015 selon les déclarations d’intérêt privé, qu’il a déposées au registre parlementaire en vertu de la Loi sur la prévention et l’établissement des conflits d’intérêt. Selon cette loi, les personnes occupant des postes publics, y compris les députés, sont tenus de déclarer leur participation à des sociétés commerciales. Le 27 novembre 2015, M. Peevski a informé le Parlement de l’acquisition de 100% du capital de trois sociétés étrangères, Intrust Ltd., Redwood Capital Ltd et Uno de Senso Group Ltd. Par une autre déclaration du 4 janvier, il a fait part de l’acquisition de Richi International Ltd. Le registre parlementaire ne permet pas d’établir les Etats dans lesquels sont immatriculées les sociétés acquises, ni leur objet social ou leurs participations dans d’autres groupes, mais selon la loi sur la publicité du patrimoine des hautes personnalités, les députés sont dans l’obligation de déclarer d’ici le 30 avril les biens acquis pendant l’année précédente en précisant les fondements juridiques et l’origine des fonds.

Selon Capital Daily, les quatre acquisitions déclarées par Peevski n’ont été publiées sur le site de l’Assemblée nationale que lorsque la Commission pour la protection de la concurrence a révélé, hier, dans un communiqué, les intentions de prise de contrôle de Technomarket Bulgaria (par l’achat de 50% des actions) par la société NSN Investment, possédée par Delian Peevski (90%) et sa mère Irena Krasteva (10%). Ce média suppose en se référant à deux sources indépendantes que le vendeur de la part sociale de 50% est Edouardo Miroglio (l’un des plus importants déposants à la KTB ayant acquis cette part sociale par la technique des cessions/compensations). En outre, tous les petits actionnaires ont nié d’avoir vendu leurs parts.

Les médias rappellent que cette première transaction pour la nouvelle année s’inscrit dans le prolongement d’un processus de légalisation de la propriété du député, commencé en août 2015 lorsque celui-ci a acquis par don (de la part de sa mère) les 90% de la NSN Investment (par laquelle il a acquis ultérieurement 5% du holding Bulgartabac ) et 50% des parts sociales possédées par sa mère dans les sociétés Balkan Media Company, SA, Bio Water SARL et Bio Water Investment.

Sega et Capital Daily attirent l’attention sur l’origine occulte des fonds ayant permis ces acquisitions en soulignant que les fonds à l’origine de l’augmentation du capital de la NSN Investment, en novembre dernier, d’un million de leva dont 900 000 de leva inscrits par Peevski, n’apparaissent pas dans les déclarations de patrimoine de celui-ci déposée à la Cour des comptes.

Sega rappelle le signalement faisant état de la constitution d’un groupe criminel autour du député Délian Peevski, déposé au Parquet par le Réseau de protestation en février 2014 (voir notre revue de presse du 26 février 2014).Un an plus tard, la procureure Boriana Betsova avait rendu une ordonnance de non-lieu (voir notre revue du 14 janvier 2015), précisant entre autres qu’ « il n’y a pas d’écarts constatés entre le train de vie du député et ses propres revenues et ceux de sa famille ».

Dans ce contexte, Ilian Vassilev, ancien ambassadeur de Bulgarie en Russie et spécialiste des questions énergétiques, commente avec une ironie grinçante ces prises de contrôle sur sa page Facebook : « Peevski acquiert de manière stable des actifs stables dans un Etat stable. Acquérir l’économie remédie à son incapacité de devenir ministre de l’économie. Pour sa part, Boïko Borissov observe, de manière stable, du haut de sa position stable. Quant au Parquet, lui, il détourne le regard de manière stable sans porter un quelconque intérêt à l’origine des fonds permettant les procédures de faillite et d’acquisition. Je me demande quel document vont nous sortir le GERB et le Bloc réformateur le 20 janvier (allusion à la législation anti-corruption) dans la mesure où celui-ci n’aura aucun impact sur la stabilité de Peevski. Mais de quelle réforme parle-t-on ? » (Sega, Capital Daily)

Le commentaire

Le déclin de Schengen marque la fin de la « la carotte » pour les réformes en Bulgarie

Troud réfléchit sur les conséquences de la décision du Danemark, de la Suède, la France, l’Autriche et la Norvège, tous membres de l’espace Schengen, de rétablir à divers degrés les contrôles à leurs frontières. Pour la première fois depuis un demi-siècle, la Suède impose désormais la présentation d’une pièce d’identité à toutes les personnes en provenance du Danemark, pays voisin qui lui a aussitôt emboîté le pas en instaurant des contrôles à la frontière allemande. Tout ceci est vu comme un déclin de Schengen par le journal.

Ces décisions de rétablir le contrôle à certaines de leurs frontières pour lutter contre la « menace de l’Est » (réfugiés, terrorisme) trahissent un manque de confiance de la part des pays de l’Europe du Nord et de l’Ouest dans la capacité des politique européenne communes (ou dans la solidarité). Ce repli de l’Europe occidentale sur elle-même rappelle la Guerre froide. Traversant une période de « Grande Peur », l’UE commence à réserver sa confiance uniquement à ses membres les plus proches et les plus fidèles, écrit le journal.

Troud souligne la position du ministre allemand des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier selon lequel de telles mesures mettent en dangers certains principes européens fondamentaux comme la liberté de la circulation et, corrélativement, l’architecture même de l’UE. Mais selon le journal, le gel unilatéral de l’accord de Schengen n’est que le premier reflet d’une nouvelle réalité européenne. La peur des citoyens et le manque de confiance envers les voisins continueront de s’étendre, selon le journal.

Dans cette configuration, où en est la Bulgarie ? L’époque de la carotte est révolue, écrit le journal en allusion à l’utilisation de la perspective d’une éventuelle adhésion de Sofia à l’espace Schengen comme motivation pour la conduite des réformes dans le pays. L’Europe de la liberté de la circulation (la carotte) est en déclin. Le stimulus pour effectuer des réformes en Bulgarie dans le but d’un approfondissement de l’intégration dans la structure européenne commune ne fonctionne plus. Le pays est à nouveau abandonné à lui-même, conclut le journal. (Troud)

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Dernière modification : 08/01/2016

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