Mercredi 7 décembre

Le tourniquet

Le président Plevneliev envisage de se tourner vers le bloc réformateur dans sa recherche d’une solution à la crise politique

« Les élections législatives précipitées ne sont pas une bonne solution pour la Bulgarie », a déclaré le président de la République dans une interview qu’il a accordée à l’émission de télévision Panorama vendredi soir, après avoir déclenché plus tôt dans la journée la mise en œuvre de l’article 99 de la Constitution (voir nos revues du 30 novembre et du 1er décembre) en remettant au premier ministre démissionnaire le mandat de constituer un gouvernement politique.

Le mandat remis au GERB lui a été rendu en l’espace de quelques minutes. Devant la perspective d’un refus similaire du PSB, deuxième force parlementaire, Rossen Plevneliev regrette que quatre des partis politiques représentés au parlement, à savoir le GERB, le PSB, le MDL et ABC, ne croient plus dans le potentiel de l’actuelle législature. Dans ce contexte, le président voit dans le respect de la Constitution le garant de la stabilité de la Bulgarie. C’est pourquoi il se tournera vers une troisième force politique le mandat après l’éventuel refus du PSB. Il est prévu que le PSB se fasse remettre le mandat mecredi, 7 décembre.

« Le troisième mandat sera le dernier dans le cadre de mon mandat. Je pourrai le confier à qui aura la possibilité de former un gouvernement, mais pas à qui risquerait de remettre en cause le développement européen de la Bulgarie et son adhésion à l’OTAN. Par conséquent, il est fort probable que je charge le Bloc réformateur de cette grande responsabilité », a-t-il expliqué. Sega voit dans cette position du président Plevneliev l’effet d’une pression de la part du Parti populaire européen (PPE) inquiet à la perspective de voir un gouvernement formé par un parti nationaliste (Ndr. le Front patriotique était la seule force politique à avoir annoncé la semaine dernière son intention de former un gouvernement, voir notre revu du 1er décembre).

Enfin, si ce troisième mandat n’était pas réalisé, le chef de l’Etat formerait un gouvernement intérimaire, le troisième de sa présidence, qui n’aurait pas à préparer les élections compte tenu du fait que son successeur, Roumen Radev, a refusé de partager cette responsabilité avec lui.

Interrogée au sujet de la possibilité que le Bloc réformateur forme un gouvernement, Meglena Kouneva, vice-première ministre et ministre de l’éducation (Bloc réformateur), a observé qu’« en ce moment, tourner le dos à une institution comme celle du président de la République ferait preuve de manque de culture politique et de valeurs humaines ». Bien que les membres de ce parti ne soient pas unanimes à ce sujet, ils étudieraient la possibilité de réaliser le mandat, s’il lui était confié. Elle a précisé qu’il ne serait pas logique que des ministres du gouvernement démissionnaire fassent parti d’un autre gouvernement formé dans le cadre de cette législature du parlement.

Il est prévu que le GERB et le Bloc réformateur, sur proposition de ce dernier, se réunissent cette semaine afin d’étudier la possibilité de la constitution d’un nouveau gouvernement, bien que les deux alliés considèrent qu’une majorité ne puisse être atteinte qu’à l’issue d’élections anticipées. Le Front patriotique soutiendrait un gouvernement formé par le Bloc réformateur à condition que les pensions de retraites soient augmentées et que des mesures soient prises contre les réfugiés.

Etre la première force politique à l’issue d’élections anticipées est la seule hypothèse dans laquelle le GERB se remettrait à la tête d’un gouvernement, a déclaré Boïko Borissov. Roumiana Batchvarova, vice-première ministre et ministre de l’intérieur démissionnaire, a nié la possibilité qu’une coalition entre le GERB et le PSB ou le MDL puisse exister à l’issue des élections anticipées.Selon Sergueï Stanichev, ancien leader du PSB et président du Parti des socialistes européens (PSE), Kornelia Ninova a toutes les chances de devenir le prochain premier ministre de la Bulgarie. (tous journaux, bnt.bg)

Le gouffre

Le prix de la protection de la frontière avec la Turquie : déjà au moins 250 millions de leva en trois ans

Sega consacre aujourd’hui sa une au coût de la protection de la frontière bulgare avec la Turquie. La ministre de l’intérieur a déclaré vendredi dernier au Parlement que 250 millions de leva ont été investis en trois ans pour gérer le flux migratoire. Roumiana Batchvarova a mentionné seulement la construction de la clôture et le financement de l’opération policière à la frontière. Si l’on ajoute les dépenses pour l’équipement de vidéosurveillance, cette somme déjà énorme augmentera davantage, commente le journal. Le journal prévient que les grandes dépenses sont à venir, car en 2017 « les 160 millions d’euros octroyés à la Bulgarie par la Commission européennes devront être alloués à des marchés publics ».

Selon Sega, les dépenses faites jusqu’à présent n’ont pas donné de résultats satisfaisants. Depuis début 2014, le ministère de l’intérieur a dépensé 75 millions de leva ; à cette somme s’ajoutent les 170 millions de leva pour la construction de la clôture. [Ndr : La presse a critiqué à plusieurs reprises le coût de la clôture, qui a même été appelé par certains médias « un gouffre sans fond », voir nos revues du 25 février et du 10 mars]. Le fait que depuis début 2016, 17 977 personnes ont été arrêtées en franchissant la frontière ou à l’intérieur du pays montre que la clôture ne donne pas les résultats attendus. Le ministère de l’intérieur a reconnu à plusieurs reprises que les migrants et les trafiquants réussissent à la franchir. A cela s’ajoute le manque de vidéosurveillance de 200 km de frontière, à cause d’un équipement insuffisant. Le ministère de l’intérieur envisage à régler ce problème en 2017 grâce à l’aide financière européenne.

Sega souligne également que les dépenses principales (58,3 millions de leva pour la période janvier 2014-septembre 2016) ont été effectuées dans le cadre du poste budgétaire « frais d’entretien et dépenses courantes », sans que Mme Batchvarova précise ce qui est inclus et prévus dans ces dépenses. Les coûts du personnel sont de 15,5 millions de leva. Malgré le manque de résultats visibles, le budget du ministère est revu à la hausse chaque année, grince le journal. En 2017, cette tendance sera conservée et la police recevra plus d’un milliard de leva, soit 100 millions de leva davantage par rapport à 2016.

Dans une interview pour Nova TV, l’ancien ministre de la défense Boïko Noev souligne également les problèmes de protection de la frontière. L’augmentation du nombre de migrants en Bulgarie depuis la fermeture de la frontière avec la Serbie montre que ces gens continuent à entrer dans le pays sans problème, commente M. Noev. Il souligne également que l’opération militaire à la frontière n’est pas financée, ce qui la rend inefficace. Concernant la menace du président turc d’ouvrir les frontières de son pays pour laisser passer les migrants vers l’Europe (voir notre revue du 1er décembre), M. Noev a souligné que les autorités bulgares doivent répondre fermement qu’une telle éventualité serait « un acte hostile proche de la déclaration de guerre ». De telles menaces relèvent du concept de « guerre hybride », a ajouté l’ancien ministre. (Sega, nova.bg)

Le casting

Un général russe jette un pavé dans la mare : la candidature de Roumen Radev a été coordonnée avec les Russes

24 Tchassa et le site en ligne Terminal 3 reconstituent la chronologie du choix de la candidature présidentiellle de Roumen Radev, orchestré, paraît-il, par… la Russie.

En juillet 2016, l’Institut russe des études stratégiques, relevant du Kremlin, avait commandé à une agence de sondage bulgare une étude sur les perceptions des Bulgares quant au profil d’un candidat de la gauche à la présidence de la République. Sur la base des réponses fournies par 1 200 personnes interrogées dans le tout le pays, l’agence sociologique avait dressé le « portrait » du futur candidat de la gauche. Il en ressortait que la formule gagnante tournait autour de ceci : plutôt un homme, au-dessous de 60 ans, ayant une carrière réussie dans un domaine autre que la politique, l’entreprenariat, les activités intellectuelles ou la justice ; intègre et non corrompu, ayant fait preuve de hardiesse face à des positions des gouvernants ; connaisseur du dossier de la sécurité nationale et défenseur convaincant des intérêts nationaux ; maîtrisant des langues étrangères. Il était également recommandé que le candidat personnifie l’idée de « changement du statu quo ».

Le PSB, prenant très au sérieux les résultats du sondage, a rapidement trouvé cet oiseau rare : le général des forces aériennes Roumen Radev. Début août, Leonid Rechetnikov, directeur de l’Institut des études stratégiques précité, s’est rendu en Bulgarie. 24 Tchassa indique que le général connaissait bien le pays depuis des années pour y avoir fait des études doctorales en 1971-1974 à l’Université de Sofia, travaillé à l’ambassade de Russie à Sofia au début des années 1990 et suivi de près les évolutions politiques dans le pays en sa qualité de haut fonctionnaire du Service russe du renseignement extérieur de 1976 à 2009.

Pendant sa visite, M. Rechetnikov s’est entretenu avec Kornelia Ninova, présidente du PSB (le 8 août) ; Gueorgui Parvanov, président d’ABC, et Nikolaï Malinov, leader du Mouvement national des russophiles. Chacun de ces trois interlocuteurs entretient des relations spéciales avec la Russie. Fin juin 2016, tous les trois s’étaient déjà rendus à Moscou pour assister au congrès de Russie unie, le parti du président russe Vladimir Poutine. Un lien sur le site en ligne du Mouvement national des russophiles renvoie à l’Institut russe des études stratégiques.

Le 17 août, le PSB a fini par choisir la candidature du général Roumen Radev après en avoir écarté deux autres. Celle-ci était annoncée comme une nomination commune du PSB et d’ABC. Le 23 août, ABC ayant retiré son soutien, Kornelia Ninova l’a avalisée : la candidature sera un peu plus tard officiellement présentée au nom d’un comité d’initiative composé de membres et sympathisants du PSB. Le 25 août une nouvelle rencontre a eu lieu entre Mme Ninova et M. Rechetnikov.

Le 16 novembre, après la victoire de Roumen Radev à l’élection présidentielle, le site en ligne de l’Institut des études stratégiques a publié une interview avec Nikolaï Malinov dans laquelle celui-ci déclarait que la Bulgarie faisait partie de l’Eurasie d’un point de vue culturel, historique et religieux et que le futur président Radev avait donné son accord pour patronner les initiatives du Mouvement national des russophiles. Sur le même site, le général Rechetnikov expliquait pour sa part que la victoire de M. Radev était le résultat de la déception des Bulgares vis-à-vis de l’orientation pro-occidentale de leur pays. Le 24 novembre, une brève sur le site Viaevrazia.com annonçait la rencontre entre M. Radev et des représentants de l’Institut, invités à Sofia. Le lendemain, M. Rechetnikov soulignait dans une nouvelle publication sur le site de son institut, toujours consacrée à l’élection de M. Radev, que les Balkans constituaient une zone traditionnelle pour les intérêts économiques, culturels et spirituels de la Russie et que la Bulgarie, étant une « porte vers les autres pays balkaniques », restait particulièrement importante pour la Russie qui attendait du futur président bulgare qu’il crée « l’atmosphère normale qui fait actuellement défaut aux relations russo-bulgares ».

Après une autre interview, sur une chaîne de télévision russe, dans laquelle il affirmait que la candidature de l’ex-général avait été coordonnée avec lui, M. Rechetnikov s’est vu accusé par Mme Ninova de mensonges et de corruption puisque le PSB avait annoncé sa candidature dès le 2 août. « N’ayez aucun doute : le PSB et Roumen Radev ne changeront pas l’orientation euro-atlantique de la Bulgarie », a-t-elle ajouté.

24 Tchassa indique par ailleurs que M. Rechetnikov a été limogé par le président Poutine et qu’il quittera la direction de l’Institut à la fin du mois. Selon des sources russes, M. Poutine aurait été très mécontent de la politique menée par cette agence gouvernementale d’analyses en général et, plus particulièrement, vis-à-vis de la Bulgarie où la cause du maître du Kremlin était propagée par des extrémistes ou des marginaux.

S’interrogeant sur la raison des révélations inopportunes venant de Russie sur la candidature de M. Radev, 24 Tchassa estime qu’on devrait la chercher quelque part entre la traditionnelle arrogance russe, les intrigues bulgaro-bulgares entre ABC et le PSB ou entre les différentes fractions russophiles (pro-ABC ou pro-PSB) et le désir de rappeler à l’ordre le nouveau président bulgare qui, hier encore, déclare dans une interview pour l’agence autrichienne APA qu’il est un « général de l’OTAN ». (terminal3.bg, 24 Tchassa)

Rubrique France

Dans son dernier numéro, Sega publie un entretien avec le politologue français Thomas Guénolé sur la prochaine élection présidentielle en France, les orientations de la politique étrangère française et certains comportements vis-à-vis de la Russie.

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Dernière modification : 16/12/2016

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