Mercredi 9 décembre

Le dénouement

Réforme judiciaire : le ministre de la justice jette l’éponge et des réformateurs quittent la majorité parlementaire

La deuxième lecture du projet d’amendements constitutionnels a eu lieu aujourd’hui en session plénière. Au terme de huit heures de débats, un projet a été adopté à la majorité constitutionnelle des trois quarts. Nous reviendrons sur son contenu. Il implique d’ores et déjà des conséquences politiques majeures.

« La question relative à la répartition des quotas relève du système de valeurs que nous défendons. L’indépendance du siège constitue-t-elle une valeur et pouvons-nous la rendre dépendante d’autres valeurs ? L’Etat de droit et les fondements de la démocratie n’érigent-ils l’indépendance du siège au rang d’une valeur ? », a déclaré Christo Ivanov, ministre de la justice en appelant à ce que les parlementaires soutiennent la répartition des quotas au sein des deux chambres spécialisées du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) retenue dans le projet d’amendements constitutionnels adopté en première lecture.

Une heure plus tard, M. Ivanov a dû reprendre les mêmes propos pour annoncer sa décision de démissionner à la suite du vote de la répartition des quotas, proposée par ABC et adoptée déjà au sein de la commission parlementaire ad hoc, vendredi dernier (voir notre revue du 4 décembre).

« Malheureusement, nous avons fait passer le message que l’indépendance du siège n’est pas suffisamment appréciée en Bulgarie et nous avons ainsi érigé en valeur la suprématie du procureur général. C’est avec beaucoup de soulagement que je peux donc me retirer de mon poste », a-t-il ajouté. Plus tard, le premier ministre a accepté sa démission.

A son tour, Radan Kanev, leader de la mouvance Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF) et coprésident du Bloc réformateur, a affirmé retirer son soutien personnel au gouvernement et rejoindre l’opposition. Une décision sera prise pendant les jours à venir concernant la position du DBF.

Grozdan Karadjov, parlementaire du Bloc réformateur et président de la commission des transports et des technologies informatiques et des communications, a déclaré sur sa page Facebook retirer son soutien au gouvernement et donner sa démission en tant que président de la commission parlementaire en promettant d’assumer ses fonctions de parlementaire de l’opposition.

Capital, se référant à des informations officieuses prédit la démission de Petar Moskov, ministre de la santé, et de Nikolaï Nentchev, ministre de la défense.

En cas de scission au sein du groupe parlementaire du Bloc réformateur, il est attendu qu’entre 10 et 13 députés sur 23 soutiennent la décision que le DBF se retire du gouvernement. Hypothétiquement, il est possible que les deux autres grandes mouvances au sein du Bloc, notamment l’Union des forces démocratiques et Mouvement Bulgarie aux citoyens, se retirent également du gouvernement.

La deuxième lecture du projet d’amendements constitutionnels se poursuit au Parlement. (dnevnik.bg)

La reprise

La banque Victoria, reliquat de l’empire KTB, est annoncée à la vente

La banque Victoria, dont l’acquisition par le groupe KTB avait été finalisée à la veille de l’effondrement de la banque KTB (à un prix entre 2 et 4 millions de leva, selon Capital Daily), est annoncée à la vente. La décision a été prise lundi dernier par le Fonds pour la garantie des dépôts bancaires, sur proposition des liquidateurs judiciaires.

Cet établissement, dont il ne reste qu’un agrément bancaire, un siège et un portefeuille de prêts (à hauteur de 67,9 millions de leva), devrait être le plus rapidement vendu, son capital fondant comme neige au soleil. Fin septembre, Victoria avait enregistré 7,4 millions de leva de pertes depuis le début de l’année en résultat de son activité. Ce montant s’ajoute aux 72 millions de leva de pertes déjà accumulées, réduisant ainsi les capitaux propres à 12,8 millions de leva. Selon la loi sur les établissements de crédit, en cas de décapitalisation de la banque, la banque centrale sera obligée de retirer son agrément de services bancaires. Mais même avant la réalisation d’une telle hypothèse, le régulateur sera tenu d’infliger des mesures d’assainissement en cas d’une inadéquation entre le capital et les exigences réglementaires.

D’où la décision d’une vente dans les meilleurs délais. Il est précisé dans l’annonce, publiée sur le site de la banque, que la procédure porte sur l’acquisition de 100% du capital de Victoria et de l’ensemble de ses dettes envers la société-mère (la banque KTB) qui s’élèvent à 115 millions de leva. Selon des sources de Capital Daily, il n’est pas exclu que cette dernière condition, concernant les créances de la KTB, soit revue à la baisse pour ne pas décourager le candidat potentiel si un tel est retenu.

Jusqu’à présent, les liquidateurs ont terminé l’évaluation des actifs de Victoria et choisi un cabinet qui interviendra comme consultant pour la vente. Des invitations à participer à l’appel d’offres seront envoyées à un très grand nombre de banques et de cabinets de conseil, le but étant de recevoir d’ici la fin de janvier au moins deux propositions.

Pour l’instant, il n’y a pas de repreneur pressenti, écrit Capital Daily. Toutefois, selon ce même journal, des rumeurs courent sur un certain intérêt témoigné par l’opérateur de téléphonie mobile Telenor (opérant sur le marché bulgare depuis avril 2013, repreneur de Globul et désireux de développer dans le pays le secteur des services financiers mobiles), par la compagnie d’assurance Lev Ins (ayant parmi ses fondateurs Alexeï Petrov, le principal accusé dans l’affaire dite « La pieuvre » et victime d’un récent attentat au lance-roquettes, voir notre revue du 30 octobre), par le député MDL Delian Peevski et par la banque russe Rossiïskiï Kredit.

Il est possible que d’autres entreprises opérant sur le marché local s’intéressent à la vente de Victoria. Mais à en juger par l’offre rejetée du groupe Doverie, candidat à l’acquisition de Tokuda Bank l’été dernier, la banque centrale a clairement signalé qu’elle n’était pas adepte de la pratique permettant à des groupes industriels d’ajouter des banques à leurs portefeuilles, souligne Capital Daily.

Quant à l’espoir de voir se remplir la masse d’insolvabilité à partir de laquelle les liquidateurs devront rembourser les créanciers de la KTB et de sa filiale Victoria, il est pratiquement inexistant. Du fait des capitaux propres extrêmement réduits de Victoria et de son portefeuille de prêts très médiocre (constitué majoritairement de crédits douteux après la vente de sa partie la plus lucrative en septembre 2014), il est tout à fait possible que la banque soit écoulée à un prix symbolique, conclut Capital Daily. (Capital Daily)

L’analyse

Le succès du Front national en France, un signe avant-coureur d’autres progrès

Dans une analyse, Standart revient sur les résultats des élections régionales en France. La montée du parti de Marine Le Pen est le début de la vague d’eau trouble qui va submerger l’Europe, selon le journal. Les élections en France se sont déroulées dans une atmosphère de deuil, de peur et de colère après les attentats sinistres de Paris et les blocages policiers dans tout le pays qui les ont suivis.

Selon Rouslan Iordanov qui signe l’article, le Front national a gagné la sympathie des électeurs avec une campagne centrée sur deux sujets principaux : le flux migratoire et l’islam radical. Marine Le Pen a réussi à « tirer avantage des omissions faites par deux gouvernements consécutifs qui ont négligé la hausse de la menace jusqu’à ce qu’elle a cristallisé en une petite armée de 10 000 djihadistes potentiels de passeports français. L’administration de François Hollande s’est réveillée uniquement après le dernier carnage, mais à part le tapis de bombe qu’elle a étalé sur la capitale de Daech Raqqa et l’instauration d’un état d’urgence permanent dans le pays, un manque total de stratégie pour faire face à cette menace stratégique est observé », estime le journal.

Dans une situation d’extrême inquiétude, le Front national est apparu avec une plateforme qui prévoit l’interruption des flux migratoires, la liquidation des réseaux islamistes en France et la restauration des frontières nationales. « Certaines de ces décisions sont inévitables pour faire face aux défis de long terme, mais l’establishment libéral de gauche qui est au pouvoir à Bruxelles n’est pas encore assez mûr pour les adopter », écrit Standart.

L’extrême droite européenne a laissé sous-entendre qu’elle se prépare pour une victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2017, mais avant que cela arrive, ces partis connaîtront sans doute une montée importante dans d’autres pays d’Europe occidentale : aux Pays-Bas, en Suède, en Autriche, en Italie. Les partis anti-migrants et isolationnistes se sont activés il y a 15 ans avec l’élargissement de l’UE et la venue les migrants de l’Europe orientale. Les actes terroristes et les réseaux islamistes en Europe ont renforcé leur influence. La crise économique et les mesures d’austérité ont également contribué à leur montée.

Les tenants du statu quo à Bruxelles n’ont pas beaucoup de temps pour improviser avant d’être balayés par les nationalistes. Les derniers rêvent de liquider le monstre bureaucratique qu’est l’UE à leurs yeux, d’entamer une politique dure envers les minorités musulmanes, de restaurer leurs monnaies et frontières nationales. Si les politiciens modérés de la droite, du centre et de la gauche ne répondent pas très vite aux inquiétudes et à la panique des citoyens européens, ils seront remplacés par des acteurs belliqueux et xénophobes qui non seulement vont causer une escalade des relations interethniques, mais mèneront également l’UE vers une direction difficile à prévoir. (Standart)

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Dernière modification : 09/12/2015

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