Mercredi 9 septembre

L’accrochage

La Bulgarie traitée de vassal par la Russie après son refus d’autoriser le survol de son espace aérien

Hier, le Bulgarie a affirmé avoir interdit son espace aérien à des avions russes devant rejoindre la Syrie. « Les avions étaient censés transporter de l’aide humanitaire, mais nous avions des informations dignes de confiance selon lesquelles le chargement déclaré n’était pas celui qu’il y avait en réalité », a déclaré la porte-parole du ministère bulgare des Affaires étrangères, Betina Joteva

La décision a été prise à la fin de la semaine dernière, a ajouté la porte-parole, sans préciser le nombre d’avions concerné. La Russie avait demandé de survoler l’espace aérien bulgare pendant la période du 1er au 24 septembre 2015. La Bulgarie a agi de façon indépendante, sans avoir été soumise à des pressions de la part de partenaires de l’OTAN, a souligné la porte-parole.

Selon Dimitar Kumurdjiev, vice-ministre de la défense, le ministère des affaires étrangères bulgare avait pris cette décision sur la base d’informations fournis par différents services de renseignements, le ministère de la défense et par d’autres canaux diplomatiques.

Selon Sega, cette décision fait suite à des affirmations des autorités grecques lundi selon lesquelles les Etats-Unis (craignant que les avions du ministère russe des situations d’urgence ne transportent des armements, des formateurs militaires et du personnel en soutien au président syrien Bachar el-Assad) ont demandé à la Grèce de ne pas autoriser les avions russes d’emprunter son espace aérien.

« Si quelqu’un, en l’occurrence nos partenaires grecs et bulgares, a des doutes, il convient qu’il nous explique en quoi consiste le problème », a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères et envoyé spécial de la Russie pour le Proche-Orient et l’Afrique, Mikhaïl Bogdanov, cité par l’agence de presse russe Interfax. « S’il est avéré qu’ils prennent des mesures restrictives ou d’interdiction à la demande des Américains, alors cela soulève des questions sur leur droit souverain à prendre des décisions sur le passage par leur espace aérien d’avions d’autres pays, comme la Russie", a noté M. Bodganov.

Plus tôt, Vladimir Djabarov, vice-président du comité pour les affaires étrangères du Conseil de la Fédération russe (chambre haute du Parlement), s’en était pris à la Bulgarie, accusée de se comporter « en vassal » des Etats-Unis : « Le fait que les Bulgares ont été les premiers à s’exécuter, ils l’auront sur leur conscience ». Il a affirmé à l’agence de presse TASS que le Russie ne transportait en Syrie que des « cargaisons humanitaires », car « il n’était pas rentable de transporter des armes par avion ». M. Djabarov a par ailleurs relativisé l’importance de l’espace aérien bulgare pour les avions russes à destination de Syrie, rappelant que la majeure partie d’entre eux passent par le Caucase et l’Iran.

Selon Frantz Klintsevitch, membre de la commission parlementaire de défense, la Bulgarie « a pris cette décision sous l’influence des Etats-Unis ». Enfin, le vice-président de la Douma, Nikolaï Levitchev, a averti que « la Russie trouvera une réponse adéquate à la décision bulgare ».

Aujourd’hui, Daniel Mitov, chef de la diplomatie bulgare a annoncé que « l’Etat bulgare est prêt à autoriser le survol de son espace aérien aux avions russes pour des livraisons d’aide humanitaire russe en Syrie, si Moscou accepte de nous laisser inspecter leur cargaison ». M. Mitov a expliqué que « conformément à la législation européenne, il existe des restrictions concernant la livraison de certains biens et services destinés au régime du président syrien. Chaque Etat membre est tenu de respecter les règles et de faire preuve de vigilance lorsqu’on peut supposer l’existence d’un décalage entre le but déclaré des vols et le chargement réel qu’il transporte, comme dans le cas d’espèce, qui a en effet motivé notre refus. », a déclaré le ministre des Affaires étrangères bulgare Daniel Mitov, cité par l’agence mediapool.bg.

Solomon Passy, ancien ministre des affaires étrangères et président du Club atlantique, a considéré dans une interview à la BNT que cette demande russe de survol de l’espace aérien bulgare relève de la propagande de la Russie. Selon lui, il y a d’autres corridors aériens beaucoup plus convenables (par l’Azerbaïdjan, la mer Caspienne) ainsi que le transport par la mer Noire. Cette demande qui n’a aucune valeur logistique n’a visé qu’à aboutir à un refus. L’Occident a besoin de la Russie et veut collaborer avec ce pays sur différents dossiers mais la coopération implique la confiance, conclut-il. (tous journaux)

Le commentaire

Roms, constructions illégales et petits jeux électoraux

Dans un commentaire, Standart revient aujourd’hui sur la décision des autorités chargées de la supervision de la construction qui ont repris la démolition de maisons illégales dans le quartier rom de Garmen. Des dizaines de policiers et des gendarmes étaient sur place pour assurer l’ordre (revue de presse d’hier).

Le spectacle de la démolition de maisons illégales commence à tourner à l’émission de télé-réalité. Mais en réalité chaque nouvel épisode démontre uniquement l’incapacité des autorités à résoudre un problème qui s’aggrave de plus en plus à cause de ces mesures « partielles », écrit le journal. La première question qui se pose logiquement est : est-ce que la loi est valable pour tous et si oui, pourquoi de telles mesures n’ont-elles jamais été entreprises contre les « châteaux des oligarques » ?

Cette réponse évasive au problème consiste à détruire tous les quelques mois quelques maisons ne provoque que le mécontentement des deux camps : celui des Roms, qui vivent dans l’incertitude et la peur, et ne vont certainement pas envoyer leurs enfants à l’école à la rentrée ; et celui de la majorité, qui attend un règlement définitif du problème des constructions illégales.

La situation s’aggrave en raison de la proximité des élections municipales qui pousse beaucoup de partis à abuser du problème. Dans leur désir de manipuler le vote, surtout celui des Roms, certains promettent de légaliser leurs maisons s’ils obtiennent leur voix. Réciproquement, les menaces de démolition au cas où leurs adversaires politiques gagneraient, sont également très fréquentes, écrit le journal.

Le conflit à Garmen s’approfondit aussi du fait de l’opposition entre deux responsables locaux du MDL (Minka Kapitanova, la maire actuelle de Garmen, et Ahmed Bachev son prédécesseur) et des intérêts qui les soutiennent. (NB : le MDL, qui montre souvent dans ses actions son désir d’élargir son électorat vers la minorité rom et adopte alors un discours de défense des droits de celle-ci n’a pas pris de position claire cette fois-ci.)

Il est temps que le problème avec les constructions illégales soit réglé, assène Standart. Il est temps aussi d’assurer des options de logement pour ceux qui ont perdu leur abri ainsi que la possibilité de construire de manière légale leurs maisons (ou de légaliser celles qui sont conformes aux normes architecturales). Mais le plus important consiste dans la question que les politiciens doivent se poser : jusqu’où la montée de l’opposition qu’ils provoquent délibérément entre les différents groupes ethniques en Bulgarie mènera le pays. (Standart)

L’entretien

Khristo Ivanov : on ne peut reporter davantage la réforme de la justice

L’amendement de la Constitution et les louvoiements politiques, le rejet de la loi contre la corruption par les députés et le calendrier de la réforme judiciaire sont au cœur de l’entretien accordé par le ministre de la justice Khristo Ivanov à Mediapool.

La question de la répartition des quotas par métiers (juges et procureurs) au sein du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) peut paraître technique, mais ne l’est pas. Ne pas voir cela, c’est sous-estimer la réforme, affirme le ministre qui déplore le fait que des députés ABC se sont opposés en commission au projet de révision de la Constitution au motif de leur désaccord avec le principe des quotas. « N’oublions pas, ajoute-t-il, que le 31 mars dernier, ABC avait présenté, lors d’un débat spécial organisé au parlement et présidé par son leader Gueorgui Parvanov, un projet d’amendement à la loi sur le pouvoir judiciaire proposant une répartition du quota parlementaire au sein du CSM équivalente à celle actuellement proposée avec la révision de la Constitution. […] Autrement dit, à un certain moment, ABC avait considéré la proposition actuelle comme tout à fait acceptable. Si des objections sont apparues depuis, la position constructive serait de les examiner entre la première et la seconde lecture. J’ai demandé à rencontrer les députés d’ABC afin de chercher une solution avec eux, dans le dialogue, indique M. Ivanov.

Interrogé sur les propos récents du premier ministre Boïko Borissov selon lesquels la réforme de la justice sera laissée « pour après [le mandat du procureur général] Sotir Tsatsarov », le ministre indique que les délais de la réforme sont très importants, vu la « tolérance » accordée à la Bulgarie par la Commission européenne dans son dernier rapport concernant la réforme structurelle de l’administration de la justice, la consolidation de la politique anti-corruption et la mise en place de capacités d’enquête sur les cas de corruption aux étages élevés du pouvoir. « Les deux projets, celui de la révision constitutionnelle et celui de la refonte de la loi sur le pouvoir judiciaire, prévoient une réorganisation sérieuse de l’administration de la justice, la mise en place de mesures orientées vers l’élimination des facteurs générant des dépendances, le renforcement de la responsabilité et la création d’outils performants de nettoyage du système des ‘pommes pourries’ ».

Quant au projet de loi de lutte contre la corruption, tout récemment rejeté par le parlement en première lecture (voir notre revue du3 septembre), il répond à une recommandation de la Commission européenne relative à la création d’une autorité anti-corruption spécialisée aux compétences renforcées. Il ne s’agit pas là d’une politique du gouvernement ou de la majorité, mais de l’Etat dans son tout. Il est clair qu’après la tolérance accordée par la Commission en janvier dernier, le prochain rapport [attendu en janvier 2016] sera particulièrement exigeant sur le plan de la lutte contre la corruption et de l’Etat de droit. Mais à côté des attentes de la Commission, il y a aussi celles de l’opinion publique, impatiente de voir comment les réformes décisives apporteront la réponse à d’importantes questions.

Toutefois, tout cela relève de la première phase, la phase structurelle de la réforme, que le gouvernement devrait mettre en œuvre d’ici la fin de l’année. Et il est temps d’entamer un débat soutenu sur l’efficacité des ressources utilisées dans le système de la justice – ressources humaines, financières ou autres. Le moment le plus opportun pour un tel débat est l’examen du budget 2016. « Il faut prévoir, dans le cadre du prochain exercice, un plan de réorganisation de la répartition géographique des autorités judiciaires, élaborer une sorte de « carte judiciaire » qui nous permettra de maîtriser les déséquilibres provoquées par la charge des magistrats.

Parallèlement, nous aurons à mettre en place la justice électronique, à réformer la formation des juristes, à faire aboutir la réforme pénitentiaire, à moderniser la justice des mineurs, à apporter des réponses aux problèmes de la justice en matière commerciale. On ne peut reporter davantage les réformes systématiques et la modernisation des autorités de la justice, conclut le ministre. (mediapool.bg)

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Dernière modification : 10/09/2015

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