Vendredi 4 septembre

La tension

Le ministre des affaires étrangères demande des explications à l’ambassadeur de Bulgarie à Moscou à propos d’une publication de RIA Novosti

Le 2 septembre dernier, en visite à Samara (Russie) à l’occasion de l’ouverture d’un festival international du cinéma contre la guerre, l’ambassadeur bulgare à Moscou, Boïko Kotsev, répond à des questions de l’agence russe RIA Novosti. Ses réponses donnent lieu à deux brefs articles sur le site en ligne de celle-ci.
Le premier, intitulé « L’ambassadeur de Bulgarie : il faut faire des efforts en vue de lever les sanctions contre la Russie », cite des propos de l’ambassadeur bulgare selon lesquels il ne faut pas ménager les efforts pour que ces sanctions, « des mesures qui ne sont nécessaires à personne », « une pathologie des relations internationales » soient levées le plus tôt possible. La Bulgarie subit de sérieuses pertes du fait de ces sanctions, mais aussi du fait des contre-sanctions mises en place par la Russie. Plus loin, M. Kotsev souligne qu’il ne faut pas considérer les sanctions comme une fin en soi, leur objectif étant d’accélérer la recherche d’une solution de paix à la situation en Ukraine du Sud-Est.
Sous le titre « L’ambassadeur de Bulgarie : la Bulgarie espère qu’un hub gazier sera créé avec la Russie », le deuxième article rappelle qu’en juin dernier, la Bulgarie avait présenté à la partie russe son idée de construire sur le territoire bulgare un hub gazier, alimenté, entre autres sources, avec du gaz russe. Les négociations sur ce projet se poursuivent, affirme M. Kotsev devant RIA Novosti. « Laissons nos experts des deux côtés faire leur travail. Je suis optimiste et je suis convaincu que cela aboutira », ajoute-t-il. A propos du projet South Stream, il déclare : « Je n’ai aucun doute que les deux parties trouveront la bonne solution. J’en suis sûr ».
Comme certaines de ces déclarations s’écartent des positions officielles bulgares, la réaction du ministère bulgare des affaires étrangères n’a pas tardé. « J’ai demandé des explications à l’ambassadeur Kotsev. Je ne pourrai faire des commentaires qu’après l’avoir entendu », déclarait hier devant des journalistes le ministre Daniel Mitov.
Hier, l’agence bulgare BTA a diffusé un communiqué de l’ambassade de Bulgarie à Moscou : « Les propos de l’ambassadeur bulgare concernant les sanctions contre la Russie ont été mal interprétés par l’agence RIA Novosti et ont été sortis de leur contexte. Malheureusement, ce n’est pas un cas isolé de détournement du sens des messages diplomatiques de la part de certains médias russes. […] La Bulgarie a pris une position claire et catégorique à l’égard des sanctions contre la Russie. Cette position est à l’unisson des décisions de l’UE en la matière. […] S’agissant des conditions de levée des sanctions, elles ont été clairement définies par les leaders européens et restent liées à la mise en œuvre des accords de Minsk. »
Par ailleurs, la presse annonce la nomination de Vladimir Pissantchev au poste de consul général de Bulgarie à Thessalonique, Grèce. Ancien président de l’Agence d’Etat pour la sécurité nationale (Ndr : nommé à ce poste en juin 2013, en pleines protestations de rue contre la candidature de Delian Peevski), son mandat a coïncidé avec des manifestations antigouvernementales massives.
Interrogé par Sega sur les compétences professionnelles de M. Pissantchev à occuper un tel poste diplomatique, le ministre des affaires étrangères s’est borné à répondre : « Les décisions relatives à la nomination d’ambassadeurs et de consuls généraux sont prises à huis clos par le gouvernement et cela devient de plus en plus une pratique courante. M. Pissantchev peut être utile au renforcement des relations bilatérales avec la Grèce dans le contexte d’une pression migratoire de plus en plus forte ». (Standart, Sega, http://ria.ru/economy/20150902/1224838738.html#ixzz3kl071MQP, http://ria.ru/economy/20150902/1225167702.html#ixzz3kl0qNWIa, http://www.bta.bg/bg/c/OF/id/1155872)

La citadelle

Elections municipales : le MDL veut des sièges à Sofia

Le MDL, jusqu’à présent non représenté au sein de la mairie de Sofia et de son conseil municipal, se prépare pour y faire sa première percée. Objectif : obtenir au moins un, voire deux sièges de conseillers municipaux.
Le parti présentera pour la deuxième fois de son histoire (la première, en 2003) une candidature au poste de maire. D’après Dnevnik, il s’agit d’Andreï Gueorguiev, ancien gouverneur régional adjoint de Sofia-ville (2013-2014). La décision définitive en ce sens sera prise par la direction nationale du MDL la semaine prochaine.
La candidature de M. Gueorguiev est soutenue par 23 des 24 organisations d’arrondissement du parti à Sofia. Capital Daily rappelle à ce titre qu’à la différence des législatives, le MDL a depuis longtemps admis comme principe pour les élections municipales de laisser aux structures locales la désignation des candidats, tenant ensuite ces dernières directement responsables en cas d’échec.
Il reste à savoir si le candidat à la mairie de Sofia sera soutenu par le seul MDL ou en coalition avec le Mouvement national pour la stabilité et le progrès comme l’avait récemment suggéré Dnevnik (voir notre revue d’hier).
Concernant la liste des conseillers municipaux, les intentions du MDL sont très ambitieuses. Aux dernières élections municipales (2011), le parti avait participé à Sofia avec une liste conjointe avec le parti Lider de l’homme d’affaires Khristo Kovatchki. Avec un résultat plutôt piteux : 2 475 voix réunis alors qu’il leur fallait au moins 7 557 voix pour obtenir un siège.
Les ambitions du MDL ne seraient pas vaines. D’après les rumeurs, il y aurait déjà des ententes secrètes passées avec le GERB. Le parti de M. Borissov aurait garanti à M. Mestan deux sièges au conseil municipal de Sofia. Le mécanisme, déjà rodée aux dernières législatives pour assurer l’entrée d’ABC à l’Assemblée nationale, dit-on, consisterait à augmenter le nombre des bulletins invalides afin de baisser le nombre de voix requis par siège. Sans oublier d’autres pratiques qui ont fait leur preuve : vote acheté, pressions de la part d’un employeur sur ses salariés (le candidat Andreï Gueorgiev est un homme d’affaires influent, affirme Capital Daily), etc.
Pour être sûr d’avoir deux représentants au futur conseil municipal de Sofia, le MDL devra obtenir de 10 000 à 12 000 voix. (Capital Daily)

Le djihad

La lutte contre la menace du terrorisme islamique n’en est encore qu’à ses balbutiements

Le 26 août, quatre Kosovars ont été arrêtés près du village de Kamenichka Skakavitsa (Sud-Ouest) après avoir traversé clandestinement la frontière terrestre entre la Bulgarie et Macédoine. Un cinquième, également arrêté, les attendait pour les emmener en voiture jusqu’à la frontière turque. Bien que des photos de têtes coupées aient été trouvées dans leurs téléphones portables, leur appartenance au djihad n’a pas pu être établie par le tribunal d’arrondissement de Kioustendil. Condamnés à un an de privation de liberté avec sursis et à une amende de 100 leva, à l’issue d’une procédure en référé, ils ont été libérés.
Panayot Angarev rappelle dans Sega que cette entrée clandestine a eu lieu le jour où la Bulgarie avait renforcé sa présence militaire et policière à la frontière bulgaro-macédonienne et avait envoyé des détachements de gendarmerie à la frontière avec la Turquie. M. Angarev pose les questions suivantes : combien d’autres personnes radicalisées ont traversé inaperçues la Bulgarie pour aller lutter en Syrie et ensuite revenir en Europe ou dans les Balkans occidentaux ? Pourquoi les autorités bulgares restent-elles aveugles devant ce phénomène alors que la Bulgarie est de plus en plus souvent pointée par l’Europe et les Etats-Unis comme un pays de transit de combattants étrangers ?
Quelques mois seulement après la mise en œuvre de contrôles rigoureux des avions de ligne partant pour la Turquie et aux frontières terrestres avec la Turquie et la Serbie, les services de sécurité ont constaté un doublement du nombre des étrangers représentant un danger pour la sécurité nationale qui sont entrés en Bulgarie et dont les noms ont été enregistrés dans le Système d’information Schengen (SIS).
Et qu’en est-il de ceux qui ne figurent pas dans les bases de données des personnes recherchées mais qui font l’objet de soupçons ? N’a-t-on pas à cause d’eux amendé d’urgence le Code pénal afin qu’on puisse les arrêter lorsque des soupçons de liens avec des organisations terroristes existent ? Les services de sécurités seront-ils en mesure d’identifier dorénavant des terroristes comme ceux qui ont effectué l’attentat à l’aéroport de Sarafovo (2012) ?
C’est ici que trouve toute sa place le centre de lutte contre le terrorisme auprès de l’Agence d’Etat de sécurité nationale (DANS), dont la mise en place a commencé l’an dernier et qui a du mal à fonctionner. « La mise en place de nouvelles capacités dans ce domaine qui est nouveau pour la Bulgarie implique du temps. Les fonctionnaires de ce centre doivent être formés et ensuite habilités à accéder aux bases de données des services partenaires le temps qu’ils créent leurs propres bases. », a expliqué le général Chavdar Chervenkov, ancien directeur des renseignements militaires et expert en chef au Centre d’études de la démocratie. En outre, ceux-ci auront à gagner la confiance des services partenaires sans l’aide desquels les services bulgares n’auraient pas pu arrêter à la frontière bulgaro-turque les trois djihadistes en route pour la Syrie (et extradés ensuite en Espagne) et un français, soupçonné de liens avec les terroristes de Charlie hebdo en janvier dernier.
Les problèmes de fonctionnement de ce centre ont conduit le gouvernement à le restructurer en juin dernier. Il est prévu qu’on élabore une méthodologie permettant d’optimiser la réception, le traitement et l’échange d’informations. L’unité chargée du traitement des données relatives aux étrangers entrant en Bulgarie ne disposent pas des équipements nécessaires pour accéder aux bases de données du ministère de l’intérieur, à celles des deux services de renseignement et des services partenaires. Les appels d’offres publiés démontrent que la DANS envisage d’acheter des logiciels (Oracle Web Logic Server Enterprise Edition), des configurations informatiques et des postes de haute performance de calcul. Le temps que ces services spécialisés se mettent en branle, la Bulgarie ne pourra que déployer de manière théâtrale des militaires armés à ces postes-frontières et agir à l’aveuglette, conclut M. Angarev. (Sega, dnes.bg)

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Dernière modification : 09/09/2015

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