Vendredi 09 janvier

LA POSITION
KHRISTO KOMARNITSKI : LA CARICATURE ET LES LIMITES DE LA LIBERTE

Khristo Komarnitski, dessinateur de presse au quotidien Sega, avait réagi à l’assassinat de ses collègues français de Charlie Hebdo en publiant sur sa page Facebook une feuille blanche encadrée d’une ligne au crayon. Dnevnik est allé à sa rencontre pour parler des limites de la liberté, l’autocensure, l’art de sublimer l’actualité en un coup de crayon.
« La feuille blanche peut avoir plusieurs interprétations… Certains peuvent y lire même la peur, l’esquive, la dérobade. Mais il me fallait du temps pour surmonter la consternation. Parce que je le connais cet esprit, l’esprit des caricaturistes français. Wolinski, l’un des tués, est une légende, un octogénaire qui continuait à travailler malgré son âge », souligne le dessinateur.
« Ce que je sais, c’est que ces gens-là, les caricaturistes français, remplissent très fidèlement l’idée et la mission [que sont les leurs] et parler ici de valeurs esthétiques ou de goûts serait absolument déplacé. Ce sont des gens qui repoussent les limites de la liberté d’expression au sein de leur société, ils évoluent constamment sur le fil du rasoir. Un travail précieux. Et une société saine. De tels dessins seraient impensables aux Etats-Unis. Mais pas en France ».
Selon le caricaturiste bulgare, l’action des agresseurs a échoué. Le monde n’est pas paralysé par la peur. Mais c’est le cœur, le for intérieur de la France et du monde occidental qui a été secoué. Le problème de ce monde est de savoir comment ne pas se retourner contre les sociétés musulmanes dans leur ensemble. Les auteurs de l’attentat ne visaient-ils pas cela ?
« Il est naturel que l’humour soit la première cible. L’image agit plus fort, elle est plus rapide et atteint même l’homme inculte. Une image vaut mille mots ».
Peut-il y avoir un dessin satirique politiquement correct ? « Non. J’affirme que la liberté d’expression doit être inconditionnelle. Soit on fait tomber tous les faux tabous, racistes, homophobes ou autres, soit on s’enfonce dans l’hypocrisie », estime M. Komarnitski.
Et la Bulgarie dans ce débat de la liberté d’expression ? « Il n’y a pas de tel débat en Bulgarie. Ou bien, s’il y en un, ce n’est qu’en principe. Ici, les choses sont simples : Peevski entre à la rédaction et c’est tout. Nous ne faisons pas partie de ce débat ». (dnevnik.bg)

L’ANALYSE
DES DEMONS DERRIERE LE MASQUE DE L’ISLAM

Dans les pages de Standart, Tsvetan Teofanov, professeur de langue et de civilisation arabes à l’Université de Sofia, exprime son point de vue sur les causes qui ont conduit, mercredi dernier, aux événements tragiques dans les locaux du journal satirique français Charlie Hebdo.
Les véritables musulmans s’indignent toujours lorsqu’on parle de terrorisme « islamiste » parce que l’islam est une doctrine qui n’encourage pas de tels actes et les condamne. Il devient de plus en plus clair que sous le masque de l’islam se cachent toutes sortes de démons poursuivant des objectifs différents – politiques, économiques, anarchistes, voire utopiques et idéalistes évoquant de la création d’un nouvel ordre mondial. Le démon est sorti de la bouteille et à l’étape actuelle il serait difficile de rétablir le statu quo. L’Occident a raté depuis longtemps le moment de prendre les bonnes décisions et la confrontation a atteint son point d’ébullition. C’est le prix de l’indécision. La ligne de front politique se transforme en ligne de front entre civilisations, estime M. Teofanov.
Les islamistes s’intéressent avant tout au rapport des forces au Proche-Orient. Même lorsque leurs actions dépassent ce cadre régional, elles devraient être analysées dans ce contexte. Les événements tragiques en France de ces jours-ci sont le signal clair d’un nouveau type d’offensive : à la différence des kamikazes qui meurent dans des lieux publics, cette fois l’attaque était dirigée contre une entité et des personnes nommément citées – une vengeance pour l’opprobre jeté sur le prophète Mahomet. La tactique ne consiste plus en des actes isolés, mais vise à semer la peur et l’insécurité à grande échelle. Les auteurs de l’attentat ne cherchent plus une mort glorieuse et se dérobent honteusement.
Il ne faut surtout pas appréhender ce conflit comme un conflit opposant les fidèles de l’islam à ceux de toute autre religion. C’est une guerre politique de domination du Proche-Orient par des cercles instrumentalisant l’islam et la rhétorique islamique à la manière des récents dictateurs arabes. Le vide créé au niveau du pouvoir dans les pays arabes, la crise en Syrie, la tension en Iraq, les événements au Liban, mais aussi bien la faiblesse de l’Occident, ont contribué à l’escalade de ce conflit. Il n’y a pas d’autre moyen de réponse que la force. Les ressources des outils de réponse civilisée sont épuisées. L’escalade ne peut pas se résoudre d’elle-même, souligne l’expert.
La guerre actuelle n’est pas entre chrétiens et musulmans puisque ces deux religions reposent sur des dogmes et des valeurs qu’elles ont en partage. Mais la religion est un champ propice aux manipulations, exploité avec succès par les inspirateurs de l’organisation Etat islamique. Ce n’est plus du fondamentalisme, qui est le respect rigoureux et à la lettre de la doctrine, mais de l’extrémisme. Tous les pays sont déjà menacés, conclut M. Teofanov. (Standart)

LA JUSTICE
LE CSM DECIDE DE CONTROLER LA FAÇON DONT EST DIRIGEE LE TGI DE SOFIA

A sa première réunion pour l’année, tenue hier, le Conseil supérieur de la magistrature a décidé d’effectuer une vérification détaillée de la direction du Tribunal de grande instance de Sofia qui est la plus grande juridiction parmi les TGI dans le pays.
La décision a été prise à l’issue de plus de trois heures d’auditions de magistrats relevant de ce tribunal. Ceux-ci ont parlé de pratiques alarmantes et préoccupantes et ont dénoncé tout particulièrement le style de direction de la présidente Vladimira Yaneva et de deux de ses adjoints, notamment Petia Krantcheva et Bogdana Jeliavska. Des procédures disciplinaires peuvent être ouvertes contre les trois.
Les juges ont évoqué des cas de répartition inéquitable de la charge de travail au sein de cette institution, d’absence de règles de remplacement de juges absents, de comportement brutal vis-à-vis des magistrats, de non-convocation d’assemblées générales, de non-respect des règles de détachement des magistrats. Plusieurs d’entre eux ont affirmé que pendant des années ils ont été réduits à la situation d’observateurs de la gestion autoritaire de Mme Yaneva et de ses adjointes.
L’audition des juges par le CSM a eu lieu après l’envoi en décembre dernier d’une pétition des magistrats du TGI de Sofia demandant la démission des chefs administratifs de cette juridiction. Des juges d’autres instances, notamment le TI de Sofia et la Cour d’appel de Sofia, se sont ralliés aux protestations de leurs confrères, rappelle la presse. (tous journaux)

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Dernière modification : 09/01/2015

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