Vendredi 10 février

Le turn-over

Les nouvelles équipes très politiques du gouvernement intérimaire : plus ça change et plus c’est la même chose

Plusieurs remaniements sont intervenus dans des institutions clés pendant les dix premiers jours du gouvernement intérimaire. Certains ont été impliqués par le changement du gouvernement comme les démissions de Zornitsa Roussinova, ancienne ministre du travail et de la politique sociale, d’Adam Persenski et de Filip Kirev (porches du GERB et de l’UFD) du Conseil de surveillance de l’Institut national de sécurité sociale, ou celle d’Ivanka Krasteva, sous-gouverneur de la Caisse nationale d’assurance maladie, proche de l’ancien ministre de la santé Moskov, et de Roumen Porojanov, directeur exécutif du Fonds agriculture. D’autres ont visé l’amélioration de la gestion et la stabilisation de la situation financière d’entreprises publiques clés comme Bulgargaz, la centrale nucléaire de Kozlodouï et la Compagnie nationale d’électricité ou encore le holding des chemins de fer bulgares et la compagnie nationale de l’infrastructure ferroviaire (voir nos revues des 8 et 9 février).

« Les gouverneurs dont l’intégrité soulève des doutes seront remplacés par des personnes à qui l’actuel gouvernement peut faire confiance pour la tenue d’élections honnêtes », avait averti Ognian Guerdjikov lors de sa prise de fonction le 31 janvier. Chose dite, chose faite : huit jours plus tard, quatorze des vingt-huit gouverneurs nommés par Boïko Borissov ont été remplacés par des cadres du PSB et du Mouvement national Siméon II (MNSII), selon la presse. 4 346 747 des 7 153 784 habitants résident dans ces quatorze régions, souligne Panayot Angarev de Sega.

Un « mouvement préfectoral » qui fait par ailleurs la part belle à des revenants des gouvernements Orecharski et Siméon Saxe-Cobourg-Gotha, ainsi qu’à des élus locaux dans les chefs-lieux de région. Revue de détail : les régions de Sofia et de Sofia-ville seront gouvernées par Sofia Topalova et Diana Tonova, toutes deux vice-gouverneurs de ces deux régions sous Orecharski. Celle de Silistra par Petko Dobrev, gouverneur sous Siméon. Celles de Blagoevgrad, de Yambol et de Lovetch, par Valeri Sarandev, Gueorgui Tchalakov (conseiller municipal PSB) et Penka Nikovlova, maires adjoints de leurs chefs-lieux respectifs depuis 2015. Celle de Haskovo par Minko Anguelov, maire adjoint du chef-lieu de 2012 à 2014, conseiller du ministre de la politique régionale du MNSII. Celle de Vratsa par Momtchil Mladenov, maire adjoint du chef-lieu de 2003 à 2007, membre actif du MNSII. Celle de Choumen par Valentin Aleksandrov, ancien directeur régional au ministère de l’intérieur. Celles de Varna, de Veliko Tarnovo et de Kardjali par Todor Yotov, Nikolaï Yotzov et Natcho Kovatchev, diplômés d’écoles militaires. Celles, enfin, de Kioustendil et de Targovichte par Yordan Tatarski et Valeri Simeonov, économistes.

Selon Capital, le ministère de l’intérieur est l’institution la plus profondément bouleversée, jusqu’aux étages inférieurs de la pyramide, à chaque fois que le ministre change. Les chefs de police et leurs cohortes d’affidés intègrent des cabinets politiques, retournent dans le secteur privé pour réintégrer le ministère à la suite d’une alternance en tant que chefs de services opérationnels ou membres d’un cabinet politique. Chaque alternance donne lieu à des confrontations entre des lobbies professionnels et politiques.

Plusieurs premières nominations au ministère de l’intérieur témoignent du retour en force de protégés de Tsvetlin Yovtchev, qui dirigea l’Agence d’Etat de sécurité nationale (DANS) avant de devenir le ministre de l’intérieur de Plamen Orecharski :

- Le ministre lui-même, Plamen Ouzounov, avait été nommé à son précédent poste, la direction régionale du ministère del ‘intérieur de Plovdiv, par Tsvetlin Yovtchev.
- Professeur de propriété intellectuelle et directeur de la coordination de l’information et de l’analyse au ministère de l’intérieur (2013-2014), Nikolaï Krouchkov devient directeur de cabinet du ministre.
- Marinela Beleva, ancienne collaboratrice de M. Yovtchev à la DANS, puis nommée directrice du budget au ministère de l’intérieur par le même Tsvetlin Yovtchev, est de retour au ministère de l’intérieur comme vice-ministre.
- Emil Stoïnev, ancien chef de l’Inspection des services de police, nommé à ce poste par M. Yovtchev, conseillera le ministre de l’intérieur intérimaire.
Cette tendance de retour d’anciens est observée dans d’autres ministères. Lazar Lazarov, vice-ministre du travail et de la politique sociale, Gueorgui Todorov, vice-ministre des transports et Maya Todorova, vice-ministre de la jeunesse et du sport, ont déjà occupé ces postes dans le gouvernement Orecharski.

Selon mediapool.bg toutes ces nominations laissent l’impression d’une certaine réhabilitation du gouvernement Orecharski qui avait dû donner sa démission à la suite de manifestations de plus d’un an. (Mediapool.bg, Sega, Capital)

La prévision

Campagne électorale acharnée et opposition bipolaire GERB/PSB, prédisent les politologues

Quel sera le principal enjeu dans cette campagne électorale et comment se positionneront les principaux acteurs politiques après les élections ? Voici les réponses qu’apportent plusieurs politologues ou sociologues dans les pages d’Ikonomist.

A en juger par les données des sondages, il est impossible de prédire avec certitude le nom du vainqueur, estime Boris Popivanov de l’Institut Ivan Hadjiiski. Les thèmes conservateurs et nationaux domineront la campagne. La confrontation sera exacerbée entre le PSB et le GERB. Le comportement de ce dernier étant en train d’évoluer, son impact sur tout le paysage politique sera inévitable. Hier encore, le GERB avait l’assurance d’un « parti unique », le seul qui se préoccupe de la stabilité et cherche à se concilier les formations plus petites que lui. Mais les temps ont changé : à présent, la formation de M. Borissov agit comme un parti devant lutter contre un adversaire de taille, d’où une rhétorique anticommuniste appuyée. D’autre part, ajoute M. Popivanov, il y a un vrai risque de déligitimation des élections, avec, comme repoussoir, le référendum sur le scrutin majoritaire, qui permettra aux petits partis perdants d’avoir des prétentions. Autrement dit, il ne faut pas exclure un scénario à la macédonienne : une situation de pat et des chantages.

Pour Parvan Simeonov de Gallup, on assiste au retour de la perception d’un sentiment d’espace politique partagé frontalement entre deux blocs. Sur le plan psychologique, l’inertie de la victoire électorale du président Roumen Radev a permis au PSB d’arriver à faire jeu égal avec le GERB dans les sondages. Mais il y a trois grandes inconnues dont il faut observer attentivement les développements : les réformateurs entreront-ils au parlement ? arrivera-t-on à semer la zizanie au sein des patriotes, avant ou après le scrutin ? et que deviendra Marechki ? En principe, moins de partis il y aura dans la prochaine législature, plus difficile sera la formation d’un gouvernement. Mais dans tous les cas, la clé pour le prochain gouvernement est entre les mains de Krassimir Krakatchanov.

Le sociologue Tchavdar Naïdenov prend le pouls des partis en lice : d’un côté, un GERB qui sort du pouvoir grevé de problèmes et doit essayer de limiter les pertes par des attaques bien ciblées ; de l’autre, Mme Ninova, MM. Marechki et Karakatchanov en position ascendante, laquelle est habituellement le signe annonciateur d’une bonne finale. Pour le reste, rien ne promet un bon spectacle politique : l’électorat de masse s’intéresse de plus en plus à des problèmes « de gauche », alors que l’ensemble spectre politique lui prescrit des remèdes « de droite ». Il y a bien sûr des sujets importants, comme la protection de l’industrie nationale, la fiscalité des grandes entreprises, etc., mais l’électeur est le plus souvent mal informé sur ces problématiques et sur les solutions que les partis lui proposent.

Il est évident que le prochain gouvernement sera un gouvernement de coalition, souligne d’emblée l’expert en communication Arman Babikian. Ce qui promet une lutte acharnée pour moins d’un pour cent des suffrages, parce que ce sera l’écart qui départagera les deux forces arrivées en tête. La coalition la plus probable semble être celle entre le GERB, les formations patriotiques et M. Marechki. Pour ce qui est du secteur de la droite dite traditionnelle, il faut s’attendre à beaucoup de déceptions et de désillusions. Oui Bulgarie peut surprendre, parce que ce parti est porteur d’énergie, mais tout dépendra de l’équilibre entre cette énergie et l’absence d’expérience, conclut M. Babikian. (Ikonomist)

Le positionnement

Le GERB et le PSB : guerre à couteaux tirés ou simulacre ?

Même si la campagne électorale n’a pas été encore officiellement lancée, les deux principaux concurrents, le GERB et le PSB, ont présenté les points principaux de leur programme. Leurs représentants ont aussi eu l’occasion d’opposer leurs positions respectives lors d’une série d’émissions télévisées. Selon Sega, « le bon sens est la première victime dans le guerre » entre ces deux partis qui rivalisent de démagogie, faisant « non pas des kilogrammes, mais des tonnes de promesses ». « Le programme électoral de Boïko Borissov pourrait être résumé ainsi : qu’est-ce que je promets et pour quelle raison est-ce que je le promets à nouveau, alors que j’aurais déjà dû le réaliser ? ». Quant au principal message des socialistes, le journal le résume ainsi : « Huit millions de Bulgares en cinq ans et pas un seul pauvre ».

Mais cette « guerre », dont parle Sega est en réalité une « fausse compétition » pour Ivan Bedrov, journaliste à ClubZ. Dans un texte repris par Capital Daily, il soutient que les deux partis « font semblant d’être en conflit » et alimentent les médias en informations pour faire accroire le contraire. « Nous observons actuellement une des plus grandes fraudes de ces dernières années » qui a pour but de dissimuler les grands cas de corruption dans le pays. Le journaliste donne deux exemples : d’abord, tous les grands marchés publics sont toujours gagnés par un cercle restreint de sociétés, indépendamment de qui est au pouvoir, et ensuite, la grande affaire de la KTB. « Sous le gouvernement de l’un des partis, la banque a fait faillite ; après quoi l’autre a effacé les traces », écrit M. Bedrov en faisant allusion aux gouvernements Orecharski et Borissov II. Les deux partis peuvent bien essayer de se présenter comme concurrents, ils ne sont, selon M. Bedrov, que « les deux ailes générationnelles de la bande qui a fait de la Bulgarie un territoire où la loi n’est pas respectée, où il n’y a ni institutions, ni liberté, ni compétition, ni avenir ».

Pendant ce temps, les Patriotes unis (ORIM, Front national pour le salut de la Bulgarie et Ataka) sont vu par les politologues et les médias comme le partenaire de coalition potentiel préféré du GERB et des socialistes. 24 tchassa voit dans la décision du PSB, prise lors du congrès du parti le weekend dernier, de diminuer le nombre des composantes de sa coalition électorale en excluant les partis roms, un signe de préparation d’une éventuelle coalition avec les Patriotes après les élections. Autre signal dans ce sens : bien que les socialistes se soient prononcés en faveur de la réouverture du projet Belene à plusieurs reprises, cette idée n’est pas explicitement notée dans le programme électoral du parti. Selon 24 tchassa, cette décision pourrait également être vue comme une révérence envers les Patriotes vu le fait que l’un de leurs co-présidents, Valeri Simeonov, s’oppose catégoriquement au projet.

Selon le dernier sondage du Centre d’analyses et de marketing, une grande coalition entre GERB et le PSB serait la meilleure formule de gouvernement pour seulement 3% des sondés. Une majorité relative (23,5%) considère une coalition entre GERB et d’autres partis de la droite comme étant la meilleure option en l’état actuel des choses, 16,8 % préfèreraient une coalition du PSB et d’autres partis politiques, et 9,7% une coalition entre le GERB et les Patriotes unis. (tous médias)

Dernière modification : 02/05/2017

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