Vendredi 11 septembre

Le lien

Deux vice-premiers ministres s’opposent sur l’opportunité de lier l’accueil de réfugiés à l’adhésion à Schengen

Roumiana Batchvarova et Meglena Kouneva, toutes les deux adjointes au premier ministre, ont affiché hier deux positions diamétralement opposées sur la crise des réfugiés et l’adhésion de la Bulgarie à l’espace Schengen.

La Bulgarie ne va pas lier la question de son adhésion à Schengen à l’admission de demandeurs d’asile, a déclaré hier à Sofia Mme Batchvarova, vice-premier ministre et ministre de l’intérieur, lors de l’ouverture d’une conférence internationale consacrée aux problèmes de la sécurité en Europe du Sud-Est. La Bulgarie mérite et a le droit de rallier l’espace Schengen puisqu’elle a rempli tous les critères techniques. Si elle assure et garantit aux nouveaux venus le droit de se déplacer librement, comment peut-on refuser aux Bulgares le droit à la libre circulation dès lors que le pays exécute ses engagements européens ?, a-t-elle demandé.

« C’est la raison pour laquelle nous n’allons pas faire le commerce de notre adhésion et de l’admission de réfugiés. Ce sont deux problèmes à part. Schengen est un engagement de nos partenaires européens. Les réfugiés sont un engagement de notre Etat envers l’UE. Les lier signifierait minimiser la position bulgare sur ces deux questions », a-t-elle indiqué (cité d’après Mediapool).

Un peu plus tard dans la journée, en visite dans les directions régionales de la police à Plovdiv et Kardjali, Mme Batchvarova a répété ces propos tout en constatant que les mesures d’endiguement des flux de migrants pris par le gouvernement bulgare donnent des résultats : les étrangers empruntent d’autres chemins parce qu’ils se rendent compte qu’en passant par la Bulgarie, ils n’auront que peu de chances à aboutir à la destination voulue.

Toujours hier, de passage à Bruxelles, la vice-premier ministre Meglena Kouneva a fait savoir que « l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’espace Schengen fait partie de la solution du problème des réfugiés, à plus forte raison maintenant lorsque des modifications de la protection des frontières de l’UE sont débattues » (cité d’après Mediapool). Etant à la fois un avant-poste et un trajet pour les flux migratoires, la Bulgarie est profondément intéressée par la politique de d’immigration commune de l’UE et l’adhésion à Schengen.

Ce point de vue de Mme Kouneva, venu après l’annonce des positions officielles de la Bulgarie sur les quotas d’admission de demandeurs d’asile définis par la Commission européenne (voir notre revue du 8 septembre) reproduit dans une certaine mesure celui du premier ministre roumain, Victor Ponta, qui avait établi un lien direct entre Schengen et les quotas d’admission. Dans un entretien téléphonique avec son homologue bulgare, Boïko Borissov, M. Ponta avait abordé le thème des réfugiés (Troud).

Hier, le premier ministre Borissov s’est entretenu par téléphone avec son homologue serbe, Aleksandar Vučić. D’après le service de presse gouvernemental, les deux hommes politiques ont examiné la crise des réfugiés en Europe, ses répercussions sur les pays balkaniques et les possibilités de coopération entre les gouvernements de la région en vue de maîtriser les conséquences. Ils ont prévu de se rencontrer tout de suite après le sommet des Nations unies à New York (29 septembre). A cette rencontre sera également invité M. Ponta, dans un format connu sous le nom de « la troïka de Craiova », créé en avril dernier à l’image du groupe de Visegrád (voir notre revue du 27 avril). (mediapool.bg, tous journaux)

L’apologie

Solomon Passy : l’immigration, une opportunité pour la Bulgarie

Dans une interview, accordée à 24 tchassa, Solomon Passy, ancien ministre des affaires étrangères (2001-2005), fondateur et président du Club atlantique, livre son analyse de la crise migratoire qui bouleverse la situation internationale et divise les opinions publiques.

La Russie cherche à augmenter sa présence en Syrie tout en livrant des armes au régime de Bachar el-Assad ainsi qu’aux autres groupes qui se partageront initialement le pouvoir avec l’actuel président syrien avant de l’approprier. C’est ainsi que Moscou obtiendra la garantie de son influence à long terme sur les processus en Syrie et au Proche-Orient. M. Passy évoque des éléments selon lesquels la grande question consiste à savoir qui pourvoira à l’armement de ceux qui gouverneront le pays après Assad. La Russie est ainsi une fois de plus opposée à l’Occident. Il est à voir si les informations selon lesquelles la France s’apprêterait à assumer ce rôle se confirmeront, souligne M. Passy.

Par ailleurs, M. Passy considère que la migration constitue le comportement humain le plus naturel. C’est un processus bénéfique à l’homme qui ne peut être arrêté. Tout dépend de la sagesse des gouvernants d’un pays qui pourront interpréter la présence des immigrants comme un avantage ou comme une charge. Tout est dans la capacité et l’intelligence d’attirer les groupes qui s’adaptent le plus facilement ainsi que d’impliquer les différentes couches sociales dans le gouvernement et dans l’économie du pays.

La Bulgarie doit se préparer à affronter la vague migratoire à long terme car celle-ci atteindra pendant les 10-15 ans à venir entre 250 et 500 millions de personnes rien qu’en provenance d’Afrique. Le calcul est simple à faire : un migrant pour deux européens signifie qu’en Bulgarie il devrait y avoir entre 2 et 3 millions de migrants pour une population de 6-7 millions de Bulgares. Il faut positiver et espérer que cette vague amène en Bulgarie un petit Syrien où se sera réincarné l’esprit de Steve Jobs, également descendant d’immigrés syriens.

Plus sérieusement, calmer la situation migratoire signifierait de revenir aux objectifs du millénaire pour le développement adoptés en 2000 par les dirigeants du monde : la lutte contre les maladies, l’analphabétisme, l’ignorance, la pauvreté, la pénurie d’eau etc. Si ces objectifs avaient été accomplis comme l’agenda de l’ONU le prévoyait, la situation aurait été différente aujourd’hui. L’Union européenne a pour sa part également dépensé des milliards d’euros au titre de l’aide au développement sans que les résultats soient à la hauteur. Or, l’Union est tenue de combattre « la misère » et ne doit pas craindre les migrants dans la mesure où l’élargissement a démontré que les immigrants développent l’économie du pays d’accueil.
Enfin, il ne faut pas oublier que l’Etat bulgare a été fondé grâce à la migration et que son fondateur, le khan Asparouch, est l’un des premiers immigrants. Il ne faut donc pas craindre un phénomène qui existe depuis déjà 50 000 ans : l’humanité qui circule dans tous les sens du monde. (24 Tchassa)

L’analyse

Ognian Mintchev : Après les municipales, tous les partis politiques vont se poser en vainqueur

Ognyan Mintchev a été interviewé par la section bulgare de la Deutsche Welle sur les municipales et le référendum à venir. Selon le politologue, le but de la propagande de tous les partis politiques sera de présenter les résultats obtenus aux élections municipales du 25 octobre comme une victoire importante, voir majeure. Des centaines de maires et de conseillers municipaux seront élus, ce qui permettra à tout le monde de présenter les résultats d’une manière qui lui soit favorable.

M. Mintchev n’attend pas de virage important sur la scène politique bulgare, même si tout le monde essayera de lire les résultats exactement dans cet esprit. Le GERB obtiendra le principal résultat, suivi du MDL, ou du MDL et du PSB qui peuvent encore obtenir un résultat proche (le PSB conserve la possibilité de ménager des surprises, selon le politologue).

Le MDL poursuivra sa stratégie visant à élargir son électorat grâce à la minorité rom, dit M. Mintchev, qui rappelle que lors des élections anticipées de 2014, le parti a obtenu 52-53% du vote rom. Le problème de cette stratégie est qu’elle repose sur l’achat de vote ou le vote contrôlé.

Quant au PSB, il vit une crise profonde. Sous la gouvernance de son président Mihaïl Mikov le parti s’est orienté plus radicalement vers la gauche. Reste à voir si cette stratégie lui rendra une partie des voix qu’il s’est vu « voler » par Ataka.

Mais le danger principal qui se présente consiste dans le fait que le vote décentralisé favorise le vote acheté et contrôlé sur place, prévient M. Mintchev. Les tentatives de concentration du vote ethnique (rom, turc) cachent aussi de graves risques. L’aggravation du vote contrôlé pourrait conduire à des tentatives de manipulation des relations interethniques par les mécanismes de la représentation politique.

Quant au referendum sur le vote électronique, qui sera organisé conjointement aux élections municipales, le message qu’envoient tous le partis et politiciens (à l’exception du président de la République) peut être déchiffré comme un manque d’intérêt. Les risques techniques pour la sécurité et le secret du vote doivent être bien analysés et débatus. Mais en dehors de ceux-ci, le vote à distance est l’unique possibilité d’engager les presque deux millions de Bulgares à l’étranger plus activement dans la vie politique de leur pays d’origine et de mobiliser ainsi leur activité civique. Malheureusement, conclut Ognian Mintchev, la chance de franchir le seuil nécessaire de participation requis pour la validation du référendum (revue de presse du 22 juillet) est presque nulle. Le seul espoir est dans la mobilisation des Bulgares à l’étranger qui enverront de cette manière un fort signal aux milieux politiques. (dw.com/bg)

PDF - 235.2 ko
(PDF - 235.2 ko)

Dernière modification : 11/09/2015

Haut de page