Vendredi 12 mai

La France

Les défis qui attendent Emmanuel Macron

La « comète Macron » parviendra-t-elle à rallumer le moteur français éteint de l’Europe ? Telle est la question que se posent la plupart des analystes bulgares qui voient à l’origine de sa victoire l’alliage d’un projet politique innovant, d’un immense talent politique, de beaucoup d’ambition et de chance (Anna Krasteva, professeur de sciences politiques à la NUB), la vivacité de « l’ordre libéral européen » (Parvan Simeonov, politologue et directeur de Gallup International) et le choix de l’arme de l’Europe à un moment où tous pensaient que ce n’était pas une carte maîtresse (Ivaïlo Ditchev, anthropologue et professeur à l’Université de Sofia).

Sa victoire constitue une bouffée d’air frais pour l’UE et pour l’approfondissement et l’élargissement de l’intégration européenne. L’élection renforcera l’axe franco-allemand et la France deviendra le cœur des processus européens dans le contexte de la nouvelle conception de l’Europe à plusieurs vitesses. La Bulgarie, l’un des Etats membres les plus euro-optimistes, doit se réjouir du choix des Français qui conforte sa perspective européenne, estime Parvan Simeonov. Mais Sofia doit aussi tenir compte de ce nouveau projet français pour l’Europe et anticiper ses évolutions, met en garde Ivaïlo Ditchev.

Et celles-ci risquent d’être très rapides : le nouveau président français se rend parfaitement compte qu’il doit prendre en considération les menaces évoquées par ceux qui ont voté pour le Front national, explique Capital. Il s’attaquera d’abord au dumping social et fiscal. Cela implique que la France milite pour la limitation de la circulation des personnes et l’harmonisation de la fiscalité au sein de l’UE. Ces deux évolutions auront un impact direct sur la Bulgarie. La fameuse Europe à plusieurs vitesses qui est devenue le cauchemar de Sofia depuis quelques années deviendra tangible lorsque le nouveau président français aura actionné ses plans de mise en œuvre d’une défense européenne. Selon l’un des conseillers de M. Macron interviewé par Capital, « on perd en général deux ou trois ans à essayer d’associer d’autres Etats membres mais on réalise finalement que c’est toujours le partenariat franco-allemand qui constitue la base. Ces deux Etats sont unanimes que s’il faut faire quelque chose dans le domaine de la défense, on ne peut pas attendre que les 27 autres soient prêts ».

Dans cet esprit d’entente, l’Allemagne, bien que réticente, pourrait céder à certaines des idées d’Emmanuel Macron relatives à l’avenir de la zone euro, notamment sa gestion par un ministre des finances, la création d’un budget de la zone et le partage du risque, à la condition que le nouveau président parvienne à concrétiser les réformes dont sa campagne a été porteuse.

Cependant, réformer impliquera de faire face au talent contestataire des français, prévient Ivaïlo Ditchev, rejoint sur ce point par Boïko Vassilev, journaliste et animateur de l’émission politique Panorama sur la BNT. Et il est sûr que les Français s’opposeront aux idées de leur nouveau chef d’Etat relatives au temps de travail, aux différents régimes de départ à la retraite, aux réductions des postes dans la fonction publique afin de pouvoir recruter plus d’enseignants et de policiers. Et pour parvenir à ses fins, M. Macron devra d’abord constituer un gouvernement, et surtout gagner les élections législatives de juin, ce qui ne sera pas chose aisée à partir d’un mouvement politique neuf qui ne dispose pas d’un seul député sortant et compte tenu des réticences des Républicains à coopérer avec le nouvel exécutif. « Le centre de l’échiquier politique est en général une chose difficile en France, pays qui n’a pas la culture allemande en matière de coalition », explique Ivaïlo Ditchev.

Gagner contre Marine Le Pen et l’actuel système politique français était une chose ; réformer la France et changer l’Europe en sera une autre. Emmanuel Macron a su apporter la preuve de sa chance et de son talent d’orateur. Il lui reste à apporter celle de ses autres talents, concluent unanimement la plupart des analystes bulgares.(tous médias)

La fracture

Open Society : une ligne de démarcation dangereuse s’ouvre entre les Balkans et les autres pays européens

La presse rend compte du classement annuel d’Open Society basé sur l’indice de rattrapage (Catch-Up Index). Le rapport, qui vise à évaluer la progression des pays d’Europe centrale et orientale par rapport aux autres pays de l’UE, mesure la performance globale de 35 pays européens, dont la Bulgarie, selon quatre catégories (l’économie, la qualité de la vie, la démocratie et la gouvernance) et sur la base de 47 indicateurs. Dans le classement pour l’année 2016, la Bulgarie se place en 29e position parmi les 35 pays étudiés (position relativement stable depuis 2011). Les données concernant la Bulgarie ont été présentés à la presse par Marin Lessenski qui a réalisé la recherche concernant le pays.

Les résultats obtenus en 2016 montrent qu’un rattrapage est en marche mais qu’il est inégalement réparti. Il met cependant en évidence que les pays membres de l’UE réussissent mieux que ceux qui n’en font pas partie. Si le clivage Est-Ouest avait tendance à être remplacé par le clivage Nord-Sud à la suite de la crise financière de 2008, ces résultats révèlent l’apparition d’une nouvelle fracture dangereuse entre les Balkans et les autres pays européens.

Le rapport s’appuie sur une analyse en clusters qui consiste à répartir les pays étudiés en six catégories hiérarchisées en fonction de leur score. Globalement, les pays des Balkans se retrouvent dans les deux dernières catégories et la Bulgarie est classée dans le cluster 5 avec la Roumanie, la Serbie, la Grèce, le Monténégro. La une de Sega met l’accent sur ce clivage : « La Bulgarie et la Roumanie restent le ghetto balkanique de l’UE ».

Concernant les indicateurs économiques, les pays du Sud-Est de l’Europe constituent les deux derniers clusters, à l’exception de la Roumanie qui a réalisé de meilleures performances économiques que ses voisins. La Bulgarie est classée dans le cluster 5 avec la Turquie, la Croatie et la Macédoine, et s’en sort globalement mieux que les autres pays des Balkans et que la Grèce. Plus spécifiquement, l’indicateur de la dette publique place la Bulgarie en deuxième position, derrière l’Estonie.

Par rapport à l’évaluation de la qualité de la vie, la Bulgarie est classée dans le cluster 5 avec la Turquie, la Serbie, la Roumanie et le Monténégro, alors que la Grèce a réussi à préserver une bonne qualité de vie et se hisse dans le même groupe que la Pologne, le Portugal, la Slovaquie et Lituanie, le cluster 3. Pour ce qui est de la consommation, la Bulgarie se retrouve en queue du classement aux côtés de la Roumanie et de la Croatie.

La presse met surtout l’accent sur la partie du rapport qui propose une évaluation de l’état de la démocratie. La répartition des pays selon cet indicateur révèle une fracture entre la région des Balkans élargie (qui comprend la Hongrie) et le reste de l’UE. La Bulgarie est classée dans le cluster 4 avec la plupart de ses voisins des Balkans, à savoir la Grèce, la Serbie, la Roumanie, la Croatie et la Hongrie, alors que l’ARYM, la Bosnie-Herzégovine et la Turquie sont reléguées dans le dernier cluster 6. Les résultats des indicateurs mettent en avant que les citoyens bulgares comptent parmi les moins satisfaits de l’état de la démocratie dans leur pays. La Bulgarie se place également en fin de classement en matière de liberté de la presse, et figure, aux côtés de la Hongrie et de la Roumanie, parmi les pays dont le niveau de démocratie est jugé le plus bas.

La lecture du rapport faite par Sega montre du doigt la mauvaise gouvernance, les dysfonctionnements des institutions et la corruption comme les facteurs principaux pour le mauvais classement du pays. Les résultats de l’étude mettent en évidence une région des Balkans à la traîne par rapport au reste de l’Europe. En termes de gouvernance, la Bulgarie est classée dans le cluster 5 avec l’ARYM, la Grèce, le Monténégro, la Roumanie et la Serbie ; alors que l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine et la Turquie sont classées dans le dernier cluster 6. En ce qui concerne l’Etat de droit, la Bulgarie et la Roumanie ont des scores très bas, bien que la Roumanie ait un score plus élevé et soit plus proche du niveau de la Croatie. Pour ce qui est des conflits internes et de la criminalité, la Roumanie et la Bulgarie font partie des pays qui s’en sortent le mieux, alors que les pays baltes se retrouvent en bas du classement. (Sega, 24 tchassa, Capital Daily, http://www.thecatchupindex.eu)

Dernière modification : 12/05/2017

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