Vendredi 13 janvier

Le pilote

Quels passagers dans le nouvel avion de l’ex-général Radev ?

Les premiers pas de Roumen Radev sur la scène politique bulgare ne seront pas ceux d’un président mais d’un premier ministre. Dans le contexte actuel, confectionner un gouvernement intérimaire est une tâche aussi complexe que réaliser un décollage vertical.

Désigné comme candidat à la présidence de la République par le PSB mais soutenu au deuxième tour de l’élection présidentielle également par des milliers d’électeurs d’autres partis, Roumen Radev, devenu symbole du renouveau, doit trouver le juste équilibre pour former un gouvernement à la fois évocateur, fédérateur et suffisamment éloigné du PSB afin de ne pas rappeler la projection de la Coalition tripartite (2005-2009), le cabinet Orecharski (2013-2014) ou encore l’équipe de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha (2001-2005).

La durée de vie de ce gouvernement est un deuxième facteur qui complique la tâche de M. Radev, dans la mesure où les résultats des élections anticipées lui augurent une vie plus longue que celle des précédents gouvernements intérimaires. Selon certains analystes, l’absence de clarté au sujet de la nouvelle formule politique de la majorité au parlement constituerait un troisième facteur défavorable qui dissuaderait beaucoup d’experts de relever ce défi sans la certitude de participer ensuite au gouvernement politique.

Si le nouveau président parvenait à marcher sur cette corde raide, il accumulerait beaucoup de potentiel politique dès les premiers mois de son mandat à la tête de la République, ce qui lui permettrait d’investir dans son propre projet, de fédérer les Bulgares et de devenir un homme politique du centre, conclut Parvan Simeonov.

A la veille de la prestation de serment du nouveau président, plusieurs médias s’efforcent de prédire la composition de son cabinet. Selon Standart, qui se réfère à des sources du proche entourage de de M. Radev, il y aura une continuité entre l’actuel gouvernement et le gouvernement intérimaire. Des experts émérites ayant servi plusieurs cabinets, quelques vice-ministres démissionnaires (moins de cinq) assurant la mise en œuvre de programmes opérationnels clés (transport, développement des zones rurales, compétitivité) seraient invités à rejoindre le gouvernement intérimaire. Le ministère des finances pourrait ainsi être confié à Kiril Ananiev, actuel vice-ministre des finances et ancien vice-ministres des finances sous les gouvernements Kostov (1997-2001), Saxe-Cobourg-Gotha (2001-2005) et Stanichev (2005-2009).

Ognian Guerdjikov, président de l’Assemblée nationale sous le gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha, pressenti pour diriger le gouvernement, confirme avoir eu des entretiens à ce sujet. Les professeurs Atanas Guerdjikov et Ivan Iltchev, respectivement actuel et ancien recteur de l’Université de Sofia, sont également évoqués à ce poste.

Margarita Popova, vice-présidente de la République et ancienne ministre de la justice dans le premier gouvernement GERB, deviendrait selon 24 tchassa vice-première ministre et ministre de la justice. Revenant sur ses efforts du mois dernier pour gérer la situation politique, le président Plevneliev a avoué dans sa dernière interview hier soir à la chaîne Nova qu’il lui aurait été difficile de valider une telle proposition si M. Radev la lui avait faite.

Cité comme éventuel ministre des affaires étrangères, Lioubomir Kioutchoukov, ancien vice-premier ministre de Sergueï Stanichev, ancien ambassadeur à Londres, ancien conseiller du président Parvanov, actuellement directeur de l’Institut d’économie et de relations internationales, a refusé de commenter les rumeurs à son sujet. D’autres sources ont évoqué, pour diriger la diplomatie, Solomon Passy, qui a occupé le poste dans le gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha, ou son épouse Gergana Passy, ministre des affaires européennes sous la coalition tripartite. Mais tous deux ont démenti ces spéculations sur Facebook.

Les noms de Yavor Guetchev, ancien vice-ministre de l’agriculture, et de Tania Andreeva, ancienne ministre de la Santé, anciens membres du gouvernement Orecharski, ont été évoqués dans la presse pour reprendre leurs anciens portefeuilles, mes ces nominations semblent très peu probables. Selon Standart, Ilko Semerdjiev, ancien vice-ministre de la santé dans les gouvernements de Liouben Berov (1992-1994), de Stefan Sofianski (février-mai 1997) et d’Ivan Kostov (1997-2001) serait le plus probable ministre de la santé. L’agriculture pourrait être confiée à Gueorgui Kostov, vice-ministre de l’agriculture démissionnaire.

S’agissant de l’éducation et de la science, selon les dernières informations de Standart, deux personnes se sont vues proposer ce portefeuille : Stanislav Stanilov, député d’Ataka, et Nikolaï Denkov, ancien vice-ministre ayant donné sa démission à l’arrivée de Meglena Kouneva au ministère.

Le ministère de l’intérieur serait accordé à un juriste émérite, diplômé de l’Académie militaire, qui se ferait également attribuer le poste de vice-premier ministre, mais qui n’est pas nommé.

La politique régionale sera confiée à Nikolaï Koprinkov, maire du village de Troud, membre du Comité d’initiative de Roumen Radev.

Miho Mihov, président ABV de la commission parlementaire de la défense, ancien chef de l’armée de l’air et ancien chef des armées, Nikolai Tsonev, ancien ministre de la défense ou encore Ilia Milouchev, ancien pilote de guerre et collègue du président Radev sont évoqués comme potentiels ministre de la défense dans le futur gouvernement intérimaire.

Enfin le proche entourage du président Radev comprendra Ivo Hristov, juriste, journaliste et animateurs d’émissions de télévision, au poste de directeur de cabinet, Elena Yontcheva, journaliste, au poste de conseillère de presse, Denitsa Zlateva, chargée des relations internationales au PSB, au poste de conseillère en matière d’affaires européennes. En outre, Emilia Droumeva, juge constitutionnelle, et Alexandre Marinov, journaliste, sociologue et ancien député du PSB, devraient conseiller selon certaines sources le président en matière de justice et d’affaires intérieures.

Dans une interview pour Dnevnik, Boriana Dimitrova, sociologue à la tête de l’institut de sondage Alfa Research, a dit « à la fois s’attendre à ce que et craindre que Radev et son équipe ne forment leur propre centre de pouvoir ». (tous journaux, Ikonomist mediapool.bg, dnevnik.bg, epicenter.bg, btv.bg)

Le procès

Affaire EVN Bulgaria : de quoi sont accusés Simeon Diankov, Traïtcho Traïkov et Ivo Prokopiev ?

En l’espace de deux semaines, le Parquet de la ville de Sofia a mis en accusation Simeon Diankov, ancien vice-premier ministre et ministre des Finances du premier gouvernement GERB, Traïtcho Traïkov, ancien ministre de l’énergie, de l’économie et du tourisme du premier gouvernement GERB, candidat du Bloc réformateur à la dernière présidentielle, et Ivo Prokopiev, propriétaire d’Economedia et de l’intermédiaire d’investissement Bulbrokers EAD, dans le cadre de la privatisation des parts sociales de l’Etat dans les sociétés de distribution d’électricité CEZ Bulgaria, EVN Bulgaria et E.ON Bulgaria. Le Parquet s’attaque à la procédure ayant abouti à la vente des parts détenues par l’Etat dans la société de distribution d’électricité EVN Bulgarie Elektrorazpredelenie SA.

Selon les faits établis par le Parquet, en 2011 l’Etat bulgare, détenteur de 33% du capital d’EVN Bulgaria, décide de vendre sa part sociale. A cette fin, le directeur de l’Agence de privatisation est enjoint par les ministres Traïkov et Diankov de confier l’analyse permettant de définir la valeur des actions à la société Bulbrokers EAD, en violation de l’ordonnance sur les analyses des opérations de privatisation, qui stipule que « les analyses de privatisations sont effectuées par des évaluateurs indépendants ».

Bulbrokers EAD fixe un prix unitaire de 1 373,92 leva, inférieur au prix minimal de vente de l’action, qui s’élevait alors, selon les experts, à 1 777,48 leva. En outre, Bulbrokers EAD mentionne dans son analyse que la société autrichienne EVN AG, ayant acquis en 2004 67% du capital d’EVN Bulgarie, n’envisage pas de participer à la vente des 33% appartenant à l’Etat. Toutefois, c’est bien cette dernière qui acquiert alors les parts de l’Etat.

Le Parquet a établi que deux des membres du Conseil d’administration d’EVN Autriche avaient étudié avec Bulbrokers EAD la participation de leur société à l’opération boursière afin de racheter la part de l’Etat. Ainsi, en violation de l’art. 25, al.1 de la loi sur la privatisation et le suivi post-privatisation, Bulbrokers EAD a participé à la fois en tant qu’intermédiaire de l’Etat et d’EVN Autriche dans l’opération de vente, réalisant au passage un profit d’un million de leva.

Cette opération boursière s’effectue dans le cadre d’une vente aux enchères mixte de type fermé, un système russe d’échanges de titres qui permet des manipulations : son serveur se situe dans le bâtiment de la Bourse des valeurs et l’accès des agents de la Bourse aux marchés en temps réel est possible. Un choix discutable, puisque la plateforme d’échanges de titres financiers XETRA (« Exchange Electronic Trading »), dont l’opérateur est la Deutsche Börse, est en place depuis 2008 à la Bourse des valeurs bulgare. Une décision prise en 2011 prévoit que les opérations de privatisation continuent à être effectuées selon le système russe d’échanges de titres.

Ainsi, 98,86% des actions sont vendu à EVN Autriche aux prix de 1373,92 pendant la première journée de l’opération boursière et 1,14% au prix de 1632,56 pendant la deuxième journée. Cette vente constitue pour la puissance publique un préjudice de 20 829 200 leva selon le Parquet, qui en impute la responsabilité au ministre Diankov, qualifié d’auteur ayant abusé de son pouvoir, et à Ivo Prokopiev, propriétaire de Bulbrokers EAD, qualifié de complice-instigateur. Simeon Diankov est également mis en examen pour avoir affecté les fonds de la vente des parts sociales de l’Etat dans les trois sociétés de distribution d’électricité (CEZ Bulgaria, EVN Bulgaria et E.ON Bulgaria) au budget de l’Etat au lieu de les affecter au fonds qui assure le financement public de long terme du système des retraites en Bulgarie. Pour sa part, Traïtcho Traïkov, est accusé de prévarication préméditée dans la vente d’actions de la société de distribution d’électricité EVN Bulgarie Elektrorazpredelenie SA à un prix inférieur au prix de marché. Le directeur de Bulbrokers EAD, Radoslav Ratchev, a été le premier à être mise en examen dans le cadre de cette affaire pour abus de confiance en mai 2016.

Alors que les accusés crient à la machination politique, le parquet a annoncé aujourd’hui disposer de suffisamment d’éléments de preuve lui permettant de déférer prochainement devant le tribunal les accusés et d’obtenir des condamnations. (prb.bg, tous journaux, mediapool.bg)

L’entretien

Gueorgui Lozanov : les fausses nouvelles risquent de devenir le problème politique principal du XXIe siècle

24 tchassa publie une interview avec Gueorgui Lozanov, expert médiatique et ancien président du Conseil pour les médias électroniques, dans laquelle il revient sur le problèmes des fausses nouvelles.

2016 a été marquée non pas par la naissance de ce phénomène, car celui-ci existe depuis longtemps, mais par la prise de conscience et la sensibilisation des sociétés à l’égard des dangers qu’il cache en soi. Les citoyens vivant dans les démocraties occidentales se sont rendus
compte à quel point les faits et la vérité ont perdu leur valeur. La Bulgarie a l’expérience d’une telle réalité et celle-ci date du temps du socialisme, quand « les gens lisaient seulement la dernière page des journaux, contenant la météo et le programme de la télévision, car ils étaient conscients que toute autre information représentait des fantasmagories idéologiques… un changement des faits ». Malheureusement, ajoute M. Lozanov, nous pensions que cette réalité était restée dans le passé avec la chute du mur du Berlin.

Ce que nous observons, « c’est une campagne de manipulation bien organisée ayant pour but d’enfumer l’orientation des gens de l’Ouest et de mener à la perte de leurs propres valeurs ». L’expérience des « grands mensonges publiques » que possèdent des pays comme la Bulgarie nous a appris que derrière de telles attaques se cache toujours « une autorité totalitaire souhaitant pénétrer dans l’esprit des gens et les priver de leur choix ». « Le jeu ne consiste pas dans la falsification totale des faits, mais plutôt dans la falsification de leurs interprétations », commente M. Lozanov. Exemple : « la polémique réanimée entre russophiles et russophobes en Bulgarie ». C’est un faux débat ; en réalité une telle lutte n’existe pas, car il n’y a pas de russophobes en Bulgarie, commente-t-il. « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui nie la qualité des œuvres de Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov, Boulgakov, Rakhmaninov ou de Tarkovski ; qui n’aime pas le caviar ou la vodka. Par contre, j’ai rencontré beaucoup de gens qui sont contre la politique anti-européenne de Poutine ». Mais, selon M. Lozanov, cette position témoigne plutôt de leur russophilie, car quelqu’un qui aime la culture russe ne peut souscrire à une politique qui « oppose la Russie à l’Europe, qui la lance vers l’Asie et la voue à un isolationnisme mystique ».

Concernant la lutte contre les fausses informations, M. Lozanov exprime son désaccord avec la Commission européenne, qui envisage d’ouvrir une enquête sur l’utilisation des algorithmes par les entreprises de médias sociaux pour faire apparaître des publications liées aux intérêts des utilisateurs. Selon lui, « il serait très difficile de mettre fin aux mensonges par des moyens techniques ». Une solution politique devrait plutôt être élaborée et formulée par la Commission. L’autre axe de lutte contre les fausses nouvelles est journalistique et passe par la mobilisation des médias de qualité afin de « répondre aux fausses informations avec davantage d’informations de bonne qualité ». (24 tchassa)

Dernière modification : 13/01/2017

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