Vendredi 13 novembre

Le sommet

A La Valette Borissov appelle à une limitation du flux migratoire

La presse bulgare se penche sur la réunion des chefs d’Etat et de gouvernements africains et européens à La Valette sur la migration et le sommet européen qui l’a suivie sur les discussions en cours avec la Turquie, autre pays clé dans la stratégie européenne visant à gérer la crise des réfugiés.

Un fonds fiduciaire de 1,8 milliard d’euros a été lancé pour financer des projets de développement et de gestion de la migration en Afrique. La Bulgarie y contribuera avec 50 000 euros, a annoncé le premier ministre bulgare. Après avoir été surnommé par certains journaux bulgares « le porte-parole de la Turquie devant le Conseil européen » (voir nos revues du 15 octobre et du 24 septembre), Boïko Borissov a manifesté à nouveau son soutien aux revendications turques. La Turquie a adopté « un comportement assez européen et aide l’Union européenne qui de son côté pourrait, au-delà des seuls aspects financiers, l’aider avec certaines concessions et tolérer son bon comportement », a déclaré M. Borissov devant des journalistes avant le sommet. Il a soutenu la demande turque de libéralisation du régime des visas.

« Borissov : fermons l’Europe », titre Troud. Le journal se réfère au post du premier ministre sur son profil Facebook à la veille du sommet à La Valette : « j’essayerai de convaincre mes collègues qu’il est vital d’arrêter le flux migratoire ». La thèse du premier ministre bulgare est que l’Union européenne devrait d’abord intégrer les migrants se trouvant à présent sur son territoire et seulement après penser « à un autre ordre technologique pour accueillir un nombre de personnes précis ». C’est une approche honnête envers les migrants, car en venant ici ils s’attendent à une meilleure vie, mais à cet instant précis nous ne pouvons leur proposer rien de sûr et de certain, a-t-il argumenté. Si l’Allemagne décide d’appliquer à nouveau le règlement de Dublin et de renvoyer des migrants vers le premier pays dans lequel ils ont demandé asile, ce « processus deviendra incontrôlable », car nous ne pouvons pas retenir ces gens de force, a prévenu M. Borissov.

L’administration bulgare a la capacité de trouver du travail aux réfugiés en Bulgarie et des entretiens avec les milieux d’affaires ont déjà eu lieu en ce sens. Malgré le chômage, certains secteurs manquent de main d’œuvre et si le pays est en capacité de choisir les migrants qu’il doit accueillir, s’ils sont des gens qualifiés, les employeurs les accueilleront. « Mais nous ne pouvons pas forcer qui que ce soit de venir dans le pays », a souligné M. Borissov. (tous journaux)

Les écoutes

« Yaneva Gate » : un nouveau scandale d’écoutes téléphoniques secoue la Bulgarie

Depuis dix jours, des enregistrements non autorisées d’entretiens téléphoniques entre deux magistrates circulent dans les médias. D’abord publiés par le site en ligne Bivol, ils ont été vite repris par la presse écrite. Aux deux bouts de la ligne, l’ancienne présidente du tribunal de grande instance de Sofia, Vladimira Yaneva, accusée dans l’affaire « les Vers » d’avoir autorisé des écoutes téléphoniques en violation des procédures légales (voir nos revues des 12 et 25 février), et Roumiana Tchenalova, ancienne juge au même tribunal, impliquée dans des affaires de corruption et suspendue de ses fonctions (voir notre revue du 27 avril).

Dans ces entretiens, Mme Yaneva, terrorisée par la perspective de se voir révoquée et poursuivie en justice, explique, en citant des noms et moult détails, à quelles portes elle a frappé et quelles promesses elle a reçues. Elle mentionne comme l’ayant assurée de leur soutien le procureur général, Sotir Tsatsarov, le président de la Cour administrative suprême Gueorgui Kolev, des membres du Conseil supérieur de la magistrature (Yassen Todorov, Dimiter Ouzounov et Milka Itova : les deux premiers sont appelés par Yaneva « ceux qui tiennent le CSM et les deux lobbies gravitant autour »). Elle mêle également le nom du premier ministre Borissov qui aurait d’abord « ordonné » au procureur général qu’« on la lui vire », mais qui, ensuite, lui aurait fait savoir par personne interposée qu’elle ne sera pas inquiétée. Mme Tchenalova pour sa part ne fait qu’orienter la conversation par ses questions. On entend également de façon intermittente deux autres voix : ceux d’un homme et d’un… chien.

Hier, le procureur général s’est exprimé pour la première fois sur cette affaire appelée dans les médias « Yaneva Gate ». Niant résolument une prétendue pression sur lui de la part du premier ministre, il a expliqué qu’il s’agit d’enregistrements non autorisés et que le Parquet va vérifier uniquement la façon dont ils ont été effectués, sans enquêter sur le contenu. « Sur les enregistrements, en entend deux femmes, un homme et un chien. Ce dernier me semble le participant le plus bienveillant. Yaneva expose des faits, Tchenalova est avare de paroles. Je n’ai pas le sentiment que les enregistrements aient été faits par Yaneva ou par le chien », a souligné M. Tsatsarov tout en laissant entendre que ceux qui les ont fait visent apparemment beaucoup plus haut que Mme Yaneva.

A sa réunion d’hier, le Conseil supérieur de la magistrature a rejeté la proposition du président de la Cour suprême de cassation Lozan Panov de créer une commission ad hoc pour enquêter sur cette affaire. Le président de la commission d’éthique Yassen Todorov s’y est opposé vivement. Le ministre de la justice Hristo Ivanov a appelé le CSM à vérifier de façon adéquate les faits pour ne pas faire accroire qu’il cherche à balayer quelque chose sous le tapis.

La seule décision que les membres du CSM ont finalement prise est d’inviter le premier ministre Borissov, lundi prochain, à s’expliquer devant la commission d’éthique. (tous journaux)

L’analyse

Un phénomène nouveau : la relative érosion du MDL dans les bastions « ethniques »

« Combien de maires de communes ? Combien de maires de mairies ? Combien de voix pour les maires et les conseillers municipaux ? Combien de villes régionales ? » : telles ont été les questions qui ont le plus souvent préoccupé les partis politiques à l’issue des dernières élections municipales ayant abouti à une victoire convaincante du GERB. Des calculs qui ont raison d’être car ils permettent aux partis politiques de justifier leur existence sur la scène politique bulgare, selon Boris Popivanov de l’Institut Ivan Hadjiiski qui analyse les résultats du MDL dans un article intitulé que publie Sega.
Malgré des résultats mitigés (33 communes au lieu de 40 et aucun siège au conseil municipal de la ville de Sofia), le MDL a fait passer des messages optimises dans une série de conférences de presse données par Lioutvi Mestan. « Sur la base de beaucoup de critères, on peut dire que le MDL est la deuxième force politique, voire la première. Les résultats du Bloc réformateur sont faibles, des démissions sont nécessaires ! Il y a une nouvelle réalité politique dans le pays. », a déclaré M. Mestan.
Ce décalage entre la réalité des chiffres et l’optimisme des déclarations postélectorales a donné lieu à toutes sortes d’interprétations. Selon une première lecture, le MDL a dû ménager ses efforts et s’est exprès limité à ce nombre modeste de voix pour laisser le sentiment de faire partie de l’opposition et pour souligner la victoire formelle du GERB. Une deuxième hypothèse consisterait à dire que le Mouvement a fait un don de voix au GERB afin de renforcer l’union tacite entre les deux forces [Ndr. selon les instituts de sondages les candidats du GERB ont remporté la plupart des ballotages avec le soutien de l’électorat du MDL].
A en croire toutes ces hypothèses, on dirait que le MDL évolue comme une force politique étrange : aspirer à moins de voix possible aux échéances électorales et se complaire de sa place dans l’opposition. Or, la conclusion est plus simple : c’est tout simplement son capital électoral réel que ces résultats reflètent
Il faut tout de même rappeler que le vote local manque d’un enjeu national : unir nos électeurs pour s’opposer aux autres. La formule nationale du « nous contre les autres » se heurte à la formule locale moins importante du « nous contre nous-mêmes ». Des éminences d’affaires locales influentes se dressent l’un contre l’autre. Le corps électoral est divisé. Le MDL perd le plus non pas contre l’électorat du Bloc réformateur mais contre un représentant de sa communauté ethnique présentielle au sein de la même commune. Les représentants de l’un des exclus du MDL ont pu remporter la victoire dans deux communes. Le contrôle que le pouvoir local assure est préservé à tout prix, quitte à un changement de camp politique. M. Mestan se rend parfaitement compte de cette situation mais il sait également que la meilleure défense passe par l’attaque. Au lieu de nourrir des réflexions relatives à la défaite, il préfère se féliciter des résultats. Et on l’a cru. On ne parle plus du MDL mais d’une éventuelle démission de Radan Kanev. L’attention est détournée et le MDL poursuit sa stratégie de rapprochement progressif avec le GERB. C’est aux réformateurs de s’expliquer.
Ainsi, le MDL a remporté la victoire. Le flair pour le moment politique favorable et pour la faiblesse des opposants rapporte plus que les suffrages dans les urnes. (Sega)

Dernière modification : 25/11/2016

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