Vendredi 16 juin

Le voisin

La visite de Boïko Borissov à Ankara contribuera-t-elle à relancer les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE ?

La visite du premier ministre à Ankara et ses entretiens avec Recep Tayyip Erdoğan et Binali Yıldırım, respectivement président de la République et premier ministre turcs, ont été largement couverts par les médias bulgares, qui pour plusieurs d’entre eux ont fait leur une sur photos de Boïko Borissov avec son homologue turc.

Le principal message retenu par les médias a été le soutien « demandé par la Turquie » pour son adhésion à l’Union européenne, comme avait titré 24 tchassa. Dans un commentaire qui paraît aujourd’hui, Ikonomist souligne que, malgré les menaces constantes de la part de la Turquie et de certains Etats membres de l’UE selon lesquelles « la route d’Ankara vers l’Union est suspendue », la Turquie a fermement déclaré devant M. Borissov son souhait de continuer les négociations pour son adhésion. Ankara a souligné l’importance qu’elle accorde à la présidence bulgare du Conseil de l’UE (PBUE) et M. Yıldırım a déclaré que son pays souhaitait « voir lors de la PBUE un pas franchi vers la clôture des négociations ».

La revendication principale d’Ankara est la levée rapide des visas pour ses citoyens. Le premier ministre bulgare a déclaré sa volonté de travailler au rapprochement entre Bruxelles et Ankara pendant la PBUE, sans toutefois omettre de préciser qu’en ce qui concerne « l’adhésion à l’UE, tout dépend de la Turquie elle-même ». Il a également souligné que les liens économiques profonds entre l’UE et la Turquie étaient l’argument principal pour une relance des relations turco-européennes.

Contrairement à son homologue bulgare, Süleyman Gökçe, ambassadeur de Turquie à Sofia, ne figurait pas dans la délégation turque lors des entretiens de MM. Erdoğan et Yıldırım avec le premier ministre bulgare. La presse y voit un indice du souhait de la part de la Turquie de calmer la tension créée entre les deux pays lors de la campagne électorale en Bulgarie [Ndr : Au mois de mars, lors de la campagne pour les élections législatives anticipées, M. Gökçe apparaissait dans un vidéo-clip électoral de DOST et était présent à un des rassemblements de l’alliance, ce qui avait été considéré par le gouvernement intérimaire comme étant une ingérence dans la politique intérieure bulgare]. M. Yıldırım a également tenu à souligner les bonnes relations bilatérales en évoquant la tentative de coup d’Etat du 15 juillet dernier : « L’Europe avait préféré de garder le silence, tandis que la Bulgarie a soutenu le peuple, le gouvernement et le président de la Turquie. M. Borissov a été le premier haut responsable européen à visiter le pays après la tentative de coup d’Etat ».

La crise migratoire a également figuré au menu des entretiens de M. Borissov en Turquie. Le premier ministre a souligné que la Bulgarie ne pouvait pas se permettre de ne pas entretenir de bonnes relations avec son voisin, sur le territoire duquel se trouvent plus de deux millions de migrants. En cas d’absence d’accord entre Ankara et l’UE sur la réadmission des migrants clandestins entrés en Europe via la Turquie, Sofia et Ankara signeront un accord bilatéral sur ce sujet, a ajouté M. Borissov. On voit mal pourquoi il serait nécessaire de signer un nouvel accord, après qu’un document semblable a déjà été signé le 5 mai dernier et est entré en vigueur le 22 juin dernier, commente toutefois 24 tchassa.

Résolument placée par les deux parties sous le signe du consensus et du bon voisinage, la visite du premier ministre bulgare en Turquie a été loin des grandes ambitions déclarées. Mais le renforcement des relations bilatérales suffit déjà à en faire une réussite, commente Ikonomist. Seul le temps pourra montrer si elle produira également des résultats concrets, conclut le magazine. (tous médias)

Le gazoduc

La Bulgarie a du mal à se séparer de Gazprom

Le refus de la Bulgarie de se joindre à la Pologne et aux pays baltes, qui insistent pour que l’Union européenne inflige une amende à Gazprom et n’acceptent pas la proposition du géant russe d’une nouvelle démarche à l’égard du marché européen lui permettant d’éviter l’action en justice pour abus de position dominante, a pris forme à la suite de l’entretien de la ministre de l’énergie, Temenoujka Petkova, avec le président du Conseil d’administration de Gazprom, Alekseï Miller, en marge du forum économique international à Saint-Pétersbourg.

Le premier ministre a précisé le message contenu dans le communiqué général, qui proclame que « la Bulgarie et la Russie ont signé une feuille de route pour le développement de l’infrastructure de transport de gaz sur le territoire de la Bulgarie ». Selon M. Borissov, l’objectif est de relier au tuyau de Turkish Stream à Varna un tuyau d’une capacité de 15,7 milliards de mètres cube de gaz russe par an afin d’alimenter la Serbie, la Grèce, l’ARYM et la Roumanie et par conséquent les pays de l’Europe centrale. Il est prévu que ce gazoduc commence à fonctionner en 2020. La Bulgarie insistera pour l’augmentation de la capacité du tuyau sous la mer Noire et pour la révision des taxes de transit qui, selon des experts, sont parmi les plus basses au monde mais représentent tout de même 60 % des recettes annuelles de l’entreprise publique Bulgartransgaz. « Notre objectif, c’est de continuer à percevoir les taxes de transit et de remplir de gaz les tuyaux. Sinon, le gaz passera par la Turquie, la Grèce et l’Italie et au Nord par Nord Stream 1 et 2 et la Bulgarie ne sera qu’un client. C’est pourquoi nous avons signé la feuille de route », a conclu M. Borissov. Cependant Capital précise que l’accès à ce document lui a été refusé par le ministère de l’énergie au prétexte que celui-ci ne dispose pas de l’accord de Gazprom pour le rendre public.

En effet, le lendemain des déclarations du premier ministre bulgare, Aleksandr Medvedev, vice-président du Conseil d’administration, a fait diffuser par l’agence TASS un démenti selon lequel « nous n’avons pas discuté avec la Bulgarie de la réouverture du projet South Stream et ce pays ne nous a pas été demandé 15 milliards de mètres cube supplémentaires de gaz. Le seul thème discuté a été celui du réseau bulgare de transport de gaz ».

Le ministère de l’énergie bulgare a cependant assuré Ikonomist que la quantité de 15,7 milliards de mètres cube de gaz a bien été évoquée lors de cet entretien bilatéral comme une livraison devant alimenter le Hub Balkan. Les sources de Capital confirment également qu’une telle quantité est bien inscrite dans la feuille de route, de même que les délais, relativement courts, dans lesquels la Bulgarie s’engage à assurer l’infrastructure nécessaire.

Capital rappelle que les 15,7 milliards de mètres cube de gaz correspondent aussi à la capacité de Turkish Stream, dont l’objectif est pour l’instant d’alimenter le marché turc, mais dont l’éventuel prolongement vers les marchés grec et italien pourrait porter atteinte aux intérêts de la Bulgarie. Celle-ci dispose d’un gazoduc vers la Turquie d’une capacité de 15 milliards de mètres cube de gaz dont il suffirait d’inverser le cours pour que le gaz vienne en Bulgarie et soit ensuite acheminé vers l’Europe centrale. Mais, toujours selon Capitals le géant gazier russe a suffisamment de raisons pour mettre en place un nouveau gazoduc sous la mer Noire jusqu’à Varna pour raccourcir les trajets jusqu’à l’Europe centrale et payer moins de taxes de transit. D’abord, il est lié jusqu’en 2030 avec Bulgartransgaz par un contrat de transit d’environ 15 milliards de mètres cubes de gaz par an comportant une clause « take or pay » qui oblige la Russie à payer les taxes de transit négociées (plus d’un milliards d’euro en dix ans) même si elle décide de ne pas utiliser le réseau. Ensuite, la Hongrie et la Serbie n’acceptent pas que leurs livraisons de gaz leur parviennent par la mer du Nord ou par l’Italie. Et enfin, il y a déjà un projet élaboré et une grande partie des travaux préparatifs a déjà été achevée dans le cadre du projet South Stream.

« La construction d’un gazoduc sous-marin est la meilleur solution pour la Bulgarie, qui ainsi deviendra la première destination de transit après la Russie et n’aura pas à compter sur des livraisons incertaines de gaz en provenance d’un pays instable politiquement comme la Turquie », observe Ivan Hinovski, président du Forum énergétique bulgare. Dans ce contexte, l’aspiration de la Bulgarie à maintenir sa place sur la carte géographique de Gazprom est explicable. Le problème, c’est que cela passe par le renforcement du monopole de la Russie, à travers Gazprom qui reste le seul fournisseur. De fait, Sofia a changé de position au sujet du projet relatif à la construction d’un terminal flottant de gaz naturel liquéfié (GNL) à Alexandroúpoli (Grèce, près de la frontière terrestre avec la Turquie) auquel le deuxième gouvernement Borissov avait eu l’intention de participer : l’actuel gouvernement n’enverra pas de représentant à la prochaine rencontre prévue pour faire avancer ce projet. Une volte-face qui met en cause la pertinence de l’interconnexion Komotiní-Stara Zagora entre la Bulgarie et Grèce qui serait indépendante des itinéraires russes et permettrait non seulement la diversification mais la réexportation de ce combustible, conclut Ikonomist. (Capital, Ikonomist)

Dernière modification : 16/06/2017

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