Vendredi 16 septembre

La présidentielle

ABC et six petits partis politiques décident de présenter la candidature d’Ivaïlo Kalfine à la présidence de la République

Une nouvelle alliance électorale, née à l’initiative du leader d’ABC, Gueorgui Parvanov, a décidé hier de présenter à l’élection présidentielle la candidature d’Ivaïlo Kalfine. La nouvelle formation, portant le nom « Kalfine président », rassemble sept forces politiques : ABC et six petits partis (Bloc unifié du travail « Travaillistes bulgares » ; Parti bulgare des libéraux ; Fédération « Société civile active » ; Guerguiovden ; Parti des Verts et Alliance civile pour la démocratie réelle (GORD)). Une « alliance intéressante, sympathique et pleine d’avenir », a indiqué M. Parvanov tout en soulignant que les partis y participent sur un pied d’égalité et qu’ils entendent se présenter dans le même format aux prochaines élections législatives.

Ivaïlo Kalfine (né en 1964), est le troisième candidat issu de la gauche, à côté du général Roumen Radev (PSB) et de Tatiana Dontcheva (Mouvement 21). Mais, selon M. Parvanov, « il est le candidat qui s’inscrit le mieux dans l’idée que nous nous faisons d’un chef de l’Etat ». Comme le souligne Mediapool, M. Kalfine est un des politiciens les plus populaires en Bulgarie et sa candidature peut diviser en effet les électeurs de gauche.

Il y a trois mois à peine, M. Kalfine était encore vice-premier ministre et ministre du travail et de la politique sociale dans le gouvernement actuel. Sa longue carrière politique inclut également les postes de ministre des affaires étrangers (2005-2009), de député européen (2009-2014) et de député national (37e, 38e, 40e et 43e assemblées nationales). En outre, cela sera sa deuxième campagne présidentielle : en 2011, soutenu par le PSB, il était arrivé au second tour et avait réalisé un score honorable contre le candidat du GERB, Rossen Plevneliev (47,42% contre 52,58% des votes).

A son actif figurent également son rôle clé dans le processus de ratification du traité d’adhésion de la Bulgarie à l’UE, l’adoption de la loi sur la fonction diplomatique, ses efforts pour faire passer au parlement la réforme des retraites, sa position de vice-président de la commission des budgets au Parlement européen. « Une autorité incontestable en matière de finances européennes et un homme à vision stratégique de longue portée », selon Gueorgui Parvanov.

Dans cette compétition présidentielle, ABC et ses six alliés voient le GERВ comme un « concurrent » et les autres forces politiques comme de simples « adversaires », a affirmé le leader d’ABC. Mais le fonds de la campagne électorale portera sur le « modèle Plevneliev » qu’il faut changer.

Selon M. Kalfine, le président de la République doit représenter l’ensemble des Bulgares et non pas seulement les plus beaux ou les plus talentueux. Dans le même temps, personne n’attend de lui qu’il soit en guerre ou en paix avec les gouvernants. L’institution présidentielle doit aider les autres institutions publiques à travailler ensemble dans l’intérêt des citoyens. « Les citoyens bulgares ont besoin d’un peu de calme et d’une perspective de long terme. La situation internationale autour du pays est très tendue. Dans sa politique étrangère, la Bulgarie doit se faire des amis. Ce sont les pays de l’UE, mais aussi ceux de notre région, les Balkans et la région de la mer Noire », a-t-il souligné.

L’alliance « Kalfine président » annoncera le nom de son candidat à la vice-présidence de la République d’ici dix jours. (tous journaux, mediapool.bg)

La tension

La ministre de l’intérieur suggère qu’il y a un lien entre les attaques contre les migrants à Sofia et la campagne électorale

Des représentants de mouvements et partis nationalistes organisent ce soir une protestation contre le centre de réfugiés dans le quartier Ovtcha koupel (Sofia). La police érige des points de passage pour éviter le port d’armes ou d’alcool. Un renfort policier et de gendarmes est déployé autour du centre depuis quelques jours après la montée de la tension et les attaques perpétrées contre des migrants (voir notre revue d’hier). La maire de Sofia a précisé qu’il y a un renfort de la présence policière dans tous les quartiers de Sofia où se trouvent des centres de réfugiés. « Nous observons une certaine tension ces derniers jours. Des groupes de jeunes provoquent de manière organisée. Les habitants du quartier ont raison d’avoir peur », a ajouté Yordanka Fandakova.

La ministre de l’intérieur a précisé : « Mon information est qu’il ne s’agit pas de tension à l’intérieur du centre, mais d’une tension créé par des groupes, dont les membres ne sont même pas des habitants du quartier. Il y des gens qui recherchent une sorte d’expression avec telle sorte de comportement, qui sont plus radicaux envers les réfugiés ; la campagne électorale approche et apparemment elle échauffe les esprits ». Roumiana Batchvarova a fermement affirmé que pour l’instant, l’Etat ne peut pas fermer les centres de réfugiés. L’ORIM, organisateur principal de la manifestation de ce soir (et qui fait partie de la coalition nationaliste parlementaire du Front patriotique), avait envoyé il y quelques jours une lettre ouverte au Conseil des ministres et au ministère de l’intérieur avec une telle revendication.

Les partis politiques profitent habilement de la peur des gens et créent une tension avec des revendications irréalistes de fermetures des centres de réfugiés, commente Sega. A présent la capacité des centres à Sofia est atteinte à 96% et celle des centres de rétention de la direction des migrations à 174%.

Dans un reportage consacré aux centres de réfugiés à Sofia, le journal explique que, dans le but d’éviter des conflits, le gouvernement a décidé de répartir les migrants selon leur pays d’origine. Ainsi dans le centre de Voenna rampa sont accueillis surtout des jeunes hommes de Pakistan et d’Afghanistan, mais « l’Agence pour les réfugiés préfère ne pas les montrer aux journalistes », commente le journal qui ajoute que parfois des conflits éclatent entre les migrants dans ce centre.

Le centre de Vrajdebna est réservé à des ressortissants syriens et irakiens, principalement des hommes seuls, même s’il y a également quelques femmes et enfants. Celui d’Ovtcha Koupel accueille lui aussi des gens de Syrie et d’Irak, mais plutôt des familles. Une grande partie des 700 enfants réfugiés qui se trouvent à Sofia vivent dans ce centre, souligne Sega qui exprime son indignation de voir les attaques organisées précisément contre ce centre.

Parmi les enfants réfugiés, seuls trente sont scolarisés et poursuivront leurs études dans l’école du quartier. Sega évoque également le sort de quatre enfants accueillis à Ovtcha Koupel qui ont perdu leurs parents en début d’année. Ils « ont trouvé la mort à la frontière bulgaro-turque dans un de ces incidents dont la police bulgare n’aime pas et ne veut pas parler », écrit le journal. L’oncle des quatre enfants, qui vit depuis 14 ans en Grande-Bretagne est arrivé en Bulgarie pour emmener ce 23 septembre les enfants de son frère. (tous journaux, dnevnik.bg, mediapool.bg)

Le chiffre

Onze lampistes croupissent en prison dans le pays le plus corrompu de l’UE

La proposition du ministère de la justice visant à confier aux juridictions spécialisées les affaires de corruption impliquant les plus hauts échelons du pouvoir (relevant actuellement de la compétence du TGI de Sofia), se heurte d’ores et déjà à l’opposition de plusieurs représentants du système judiciaire. En outre, une enquête réalisée auprès des représentants des différents groupes parlementaires démontre que ce projet sera également boudé par les députés.

Hier, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a qualifié cette proposition de « conjoncturelle » et de « non motivée ». « Par cet amendement qui ne repose sur aucune analyse de l’efficacité des tribunaux spécialisés existants, le porteur de projet a admis de facto que les affaires ne sont pas traitées efficacement par le TGI de Sofia », a expliqué Kalin Kalpaktchiev qui est le rapporteur de la commission des affaires juridiques du CSM sur le projet de loi d’amendement au Code de procédure pénale. Il a rappelé qu’une proposition analogue avait été rejetée en 2010 avec l’argument qu’une telle compétence d’exception d’un tribunal serait contraire à la constitution. « Selon un arrêt de la Cour constitutionnelle, la compétence repose sur le principe de l’aptitude à agir dans un domaine (rationae materiae) comme par exemple la criminalité organisée et non pas sur le principe de l’aptitude à agir contre un groupe donné de personnes ». Actuellement, c’est le TGI qui est compétent pour connaître des affaires contre des personnes jouissant d’une immunité.

« Il me semble que c’est une tentative de contourner le TGI », a déclaré également Lozan Panov, président de la Cour de cassation, également réticent à cette proposition. Sonia Naïdenova, membre du CSM, a attiré l’attention sur le caractère d’exception de la disposition proposée, qui ne résulte d’aucun document stratégique. La prise d’une telle décision politique alourdirait la charge du tribunal pénal spécialisé qui est le deuxième le plus chargé après le TGI de Sofia et aurait forcément un impact négatif sur la qualité du traitement des affaires. L’avis du Parquet sera annoncé le 19 septembre lors de la réunion du Conseil sur la réforme judiciaire au ministère de la justice.

Dans ce contexte, Mediapool publie une étude consacrée à l’aboutissement des affaires contre des auteurs d’ « infractions classiques de corruption ». Selon cette étude, qui repose sur des données fournies par la Direction générale de l’application des peines ou puisées dans les rapports du parquet et des articles de presse, seules 11 personnes, soit 0,15% de tous les prisonniers en Bulgarie (7 302), purgent des peines infligées pour d’insignifiants dessous-de-table. L’administration pénitentiaire refusant de révéler leur identité précise tout de même que parmi ces onze détenus il n’y a pas de « gros poissons ». Le croisement de différents types d’informations permet de supposer que parmi ces 11 personnes figure Mithat Tabakov (député MDL à la 41ème législature, ancien maire de la petite ville de Doulovo) qui depuis février 2014 purge dans la prison de Varna une peine de 3 ans de corruption pour un dessous-de-table. Le 2 juin 2015, il a été condamné à 4 ans de prison par le TGI de Sofia. Deux magistrats, Slavtcho Petkov, ancien juge au TGI de Veliko Tarnovo, et Roumen Penev, ex-procureur au parquet d’arrondissement de Choumen, purgent des peines respectivement de 4 et de 3 ans de prison. Ivan Petkov, agent de police à Dobritch, devrait également purger une peine pour avoir accepté un dessous-de-table de 200 leva. Les sept autres détenus purgent des peines pour de petites infractions, selon la note d’information fournie par la direction de l’application des peines.

Les rapports du ministère public se limitent au nombre total des personnes condamnées en 2015 pour toute sorte d’infraction. 20 960 personnes, dont un tiers (6 863 personnes) sont condamnées à la privation de liberté. Cependant, le ministère public rend compte de 312 personnes condamnées pour « des infractions de corruption » dont seulement 13 (4% des condamnées pour un fait de corruption) sont en prison, selon les données de l’administration pénitentiaire, pour des « infractions classiques de corruption » : les onze citées ci-dessus pour dessous-de-table, une personne pour abus de fonction et une autre pour obstruction à la justice. Sotir Tsatsarov, procureur général, accuse souvent le ministère de l’intérieur et le siège pour ces déplorables statistiques. Il y a quelques mois, il a déclaré que la Direction générale de lutte contre la criminalité organisée (GDBOP) n’enquête pratiquement pas sur des faits de corruption. Et il a raison concernant l’inaction du ministère de l’intérieur qui depuis quelques années est « plongé dans un coma artificiel », souligne Mediapool. Cependant, il est à préciser que les irrégularités commises par le siège et la police relèvent de la responsabilité du parquet que M. Tsatsarov dirige.

Le chiffre des 312 personnes punies pour des « infractions de corruptions » signifie tout de même que l’existence du phénomène est prise en compte. Le problème c’est que cette prise en compte ne va pas jusqu’aux échelons les plus élevés de l’Etat et que les faits les plus graves de corruption lui échappent, conclut Krassen Nikovlov de Mediapool.

Cette agence d’information rappelle à titre de comparaison que le travail du parquet anticorruption en Roumanie a donné lieu à 274 condamnations à prison ferme pour corruption en 2013 et à 374 en 2014. La plupart des personnes condamnées relèvent des plus hauts échelons de l’Etat. En 2015, le nombre d’affaires de corruption ouvertes a augmenté même si des peines de privation de liberté n’aient pas été infligées. A la fin de l’année dernière, 61% des Roumains déclarent faire confiance aux procureurs de ce parquet spécialisé alors que la confiance accordée par la société bulgare au ministère public et au siège ne dépasse pas les 10% et reste inférieure même à la confiance accordée au Parlement.

Garantir l’indépendance des autorités de justice et du ministère de l’intérieur ainsi que le contrôle de la société sur leur action serait indispensable pour résoudre le problème, indique le journaliste. (Mediapool.bg, Ikonomist)

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Dernière modification : 24/11/2016

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