Vendredi 17 février

L’audit

Gestion des fonds européens au ministère de l’Education : l’heure des règlements de compte

Capital consacre un commentaire aux sérieux problèmes de gestion du programme opérationnel « Science et éducation pour une croissance intelligente » après un audit de la Commission européenne.

Très probablement, la Commission va suspendre les versements dans le cadre du programme Science. Une lettre de Bruxelles en ce sens a paru la semaine dernière d’abord sur le site Bivol, avant d’être reprise par tous les médias et confirmée par le ministre intérimaire de l’éducation Nikolaï Denkov. Les paiements intermédiaires vont être gelés après la sortie du rapport d’audit. Ensuite, la Bulgarie disposera de deux mois pour informer la Commission des mesures qu’elle envisage de prendre. Si celles-ci ne donnent pas de résultats en six mois, le programme sera bloqué.

Les problèmes du programme Science, qui gère un budget de 1,3 milliard de leva, étant connus depuis quelques mois, la réaction de la Commission était attendue, estime Capital. L’audit réalisé fin octobre a mis à jour des défaillances systémiques des dispositifs de gestion et de contrôle du programme. Des erreurs ont été constatées pour presque tous les versements effectués. Et si les résultats de l’audit éclatent aujourd’hui avec un certain retard, c’est peut-être dû aux visites réitérées de la précédente ministre de l’éducation à Bruxelles dans une tentative d’ajourner leur publication, écrit le journal en se référant à deux sources différentes.

Parmi les principales irrégularités pointées par la Commission figurent l’opacité des procédures d’évaluation des projets, l’absence d’une piste d’audit claire (infraction particulièrement grave), la mauvaise organisation des départements chargés de la mise en œuvre des projets, l’absence d’appels d’offres pour le choix d’experts externes, le choix non pertinent d’indicateurs de fraude, etc. Dans bien des cas, les auditeurs relèvent également un autre défaut majeur : les fonds sont versés par une autorité relevant du ministère et dépensés par les directions de celui-ci chargées de les mettre en œuvre. En juillet 2016, après un premier scandale, la ministre de l’éducation Meglena Kouneva avait déclaré prendre sous son contrôle personnel l’ensemble du programme Science.

« Je ne suis pas surpris des constatations et de la tonalité critique de la lettre [de la Commission]. C’est logique, vu la façon dont le programme était géré depuis un an », a souligné le nouveau ministre lors d’une conférence de presse organisée sur ce sujet. En avril 2016, il avait démissionné de son poste de vice-ministre de l’éducation chargé du programme Science à cause notamment de son désaccord avec le changement d’approche dans la gestion du programme après la nomination de Mme Kouneva à la tête du ministère (voir notre revue du revue du 6 avril 2016). A cette époque, la nouvelle ministre avait nommé un autre vice-ministre et lui avait confié le programme Science, après avoir mis au placard M. Denkov. La démission de celui-ci a été suivie par celle du chef de la direction des fonds structurels et par la venue à ce poste de Tsvetana Guerdjikova. « Je considère Mme Guerdjikova comme directement responsable d’une partie de ces problèmes et j’attends sa démission », a souligné la semaine dernière le ministre intérimaire devant les journalistes.

En décembre dernier, l’ancien vice-premier ministre Tomislav Dontchev, chargé des fonds européens, avait attiré l’attention sur les problèmes graves de ce programme dans une lettre adressée à Mme Kouneva. Revenant à la charge il y a quelques jours, il l’a accusée d’avoir « contrôlé d’une main et dépensé de l’autre ».

Les résultats de la mauvaise gestion du programme pendant l’année dernière sont également visibles dans les chiffres : 2,8% à peine de versements au 31 janvier sur la totalité du budget du programme et 24% à peine de fonds contractés au début de sa troisième année ». En outre, la procédure de choix de projets a perdu en transparence : la liste des bénéficiaires de financement n’est plus publiée sur le site du ministère.

Pendant la période de programmation précédente, deux autres programmes opérationnels s’étaient retrouvés dans la même situation, rappelle Capital. En 2014, sous le gouvernement Orecharski, la Commission avait suspendu les versements pour le programme Environnement et le programme Développement régional. Finalement, ceux-ci ont été débloqués après l’application de corrections financières. C’est très probablement le sort qui attend le programme Science, conclut le journal. (Capital, capital.bg)

L’interview

Parvan Simeonov : après les élections législatives anticipées, des alliances farfelues ne sont pas exclues

Standart publie un entretien avec Parvan Simeonov, politologue et directeur exécutif de Gallup International Bulgarie, sur la campagne électorale et les éventuelles coalitions après les élections législatives anticipées.

La radicalisation de la politique est à la mode dans le monde entier : le national-populisme est en hausse en Europe centrale et orientale, en Europe occidentale, sans parler du modèle isolationniste, conservateur et protectionniste des Etats-Unis de Donald Trump. La Bulgarie ne fait pas exception, souligne le politologue. La situation actuelle, la peur d’une éventuelle « vague migratoire », le discours identitaire : tout cela constitue un terrain fertile pour le nationalisme, le populisme et la russophilie. Il y a quelques années, le discours de l’ancien président de la République Rossen Plevneliev était considéré comme parfaitement normal ; actuellement, de tels propos sont qualifiés de « discours extrême qui divise la nation ». Le système de coordonnées de la société bulgare a bougé un peu vers l’Est et encore plus vers le nationalisme. En 2011, Krassimir Karakatchanov, président de l’ORIM, s’était présenté à l’élection présidentielle et avait obtenu 30 000 voix ; cinq ans plus tard, candidat des Patriotes unis, il en a récolté 570 000. Et ce n’est pas lui qui a changé : il parle toujours les mêmes choses, souligne M. Parvanov.

« Je me suis permis à plusieurs reprises de parler avec une ironie historique du national-socialisme, car c’est exactement ce que l’on observe dans cette campagne : beaucoup de nationalisme et beaucoup de promesses sociales », observe M. Parvanov, qui souligne toutefois qu’il serait hors de propos de parler de fascisme en Bulgarie. Il y a deux axes d’interprétation de toutes les promesses que font actuellement les partis. D’abord, elles rapprochent les partis des attentes de leur électorat. Ensuite, elles rapprochent les partis l’un de l’autre : le PSB adopte de plus en plus un discours nationaliste, tandis que les Patriotes unis parlent de plus en plus des problèmes sociaux. Une coalition PSB-Patriotes unis devient ainsi tout aussi envisageable qu’une coalition GERB-Patriotes unis.

En dehors de ces coalitions, un grand nombre d’autres options sont également possibles, y compris « des gouvernements-experts, des gouvernements basés sur un programme commun, etc. », estime le politologue. Il souligne trois grands dangers après ces élections. Leur légitimité pourrait être mise en cause à la suite d’échec éventuel du gouvernement dans le déploiement de machines pour tous les bureaux de vote. Vient ensuite le référendum : actuellement le GERB se montre prêt « à jouer le jeu du mode de scrutin majoritaire ». Enfin et surtout, les résultats des élections peuvent produire « une grave impasse politique, qui donnera naissance à différents compromis et à des options qui ne seront pas du tout jolies ». Un gouvernement minoritaire est également envisageable, selon M.Parvanov.

Il y encore beaucoup de réformes à faire en Bulgarie, mais l’économie se porte bien, les gens ont l’air d’accepter le gouvernement intérimaire et soutiennent largement le président de la République. Il n’y a pas de crise. Inciter les gens à protester et créer des tensions à des fins politiques, c’est jouer avec le feu. « Dans notre région nous sommes le seul pays calme. Nous serions fous de mettre en péril cette situation », prévient l’expert. (Standart)

Le déclin

La crise démographique, et comment la combattre

Dans trois numéros consécutifs, Standart tire la sonnette d’alarme sur la crise démographique que subit la Bulgarie et qui risque, si des mesures adéquates ne sont pas prises, de réduire la population de moitié d’ici la fin du siècle. Telle est à la conclusion sur laquelle, en se référant aux chiffres de l’Institut national de la statistique, de la CIA et de l’ONU, se rejoignent Iskren Vesselinov de l’ONG Centre pour la politique démographique, le professeur Ivan Anguelov de l’Académie des sciences bulgare et les journalistes du quotidien.

Selon l’Institut national de la statistique (INS), en 2015, la population de la Bulgarie a diminué de 48 414 personnes par rapport à 2014, ce qui représente 136 individus par jour et 6 personnes par heure. Selon Iskren Vesselinov, il s’agirait même de 8 personnes par heure (et donc entre 70 000 et 80 000 par an), dans la mesure où l’INS effectue ce calcul sans prendre en compte le solde migratoire négatif qui est selon lui de – 30/00 (le solde migratoire net selon INS est de -10/00, ce qui correspond à – 4247 personnes).

A l’origine de ce désastre démographique : le solde naturel négatif de 6,20/00, dû à un taux de mortalité s’élevant à 15,30/00, le pire au monde (14,90/00 selon la CIA qui réserve la deuxième place à la Bulgarie dans un classement de 226 pays), à un très faible taux de natalité de 9,20/00 (212e place dans le classement de la CIA) et à la très grande émigration. Sur 1 000 habitants, 14,5 meurent et seulement 8,8 naissent. L’espérance de vie, de 74,9 ans, est l’une des plus faibles en Union européenne par rapport à une moyenne de 80,6 ans. Le taux de fécondité est de 1,48 enfant, en-deça d’une moyenne européenne déjà peu enviable de 1,55. Le processus de vieillissement de la population se poursuit : à la fin de 2015, le nombre des plus de 65 ans s’élève à 1 461 786 et constitue 20% de la population. Ce chiffre représente une augmentation de 0,4 % par rapport à 2014 et de 3,5% par rapport à 2001. Le vieillissement est plus prononcé chez les femmes (23,7% de femme de plus de 65 ans par rapport à 17% d’hommes). L’âge moyen de la population est passé de 40,4 ans en 2001 à 41,2 en 2005 pour atteindre 43,3 ans à la fin de 2015. Le nombre d’actifs s’élève au 31 décembre 2015 à 4 349 000 (60,8%) dont 2 284 000 de femmes et 2 065 000 d’hommes : une diminution de 54 000 (1,2%) en 2015 par rapport à 2014.

73,1% (5 227 182) de la population vit dans les villes et 26,9% (1 926 602) dans les villages. Ce déséquilibre dû à une politique régionale qui continue à concentrer la population à Sofia et dans quelques autres localités au Sud de la Bulgarie conduit à une perte de potentiel démographique : l’exode rural a un impact négatif sur la prospérité de ceux qu’il draine vers la ville et ne leur permet pas d’avoir plus d’un enfant.

Les analystes considèrent que les bas revenus sont à l’origine de cette catastrophe démographique et conditionnent tant la mortalité élevée que la faible natalité. Selon le rapport de la Confédération nationale des syndicats indépendants de Bulgarie, présenté à l’occasion du dixième anniversaire de l’adhésion de la Bulgarie à l’UE, le coût de la vie a augmenté de 36% en dix ans. 2,2 millions de Bulgares vivent au-dessous du seuil de pauvreté (fixé à 297 leva par mois par personne). Les ouvriers dont les salaires se situent entre 491 et 704 leva constituent 30% des actifs. 78% des ménages vivent avec les revenus d’un membre de la famille dont le montant par personne est inférieur aux moyens de subsistance nécessaires (558 leva).

Maîtriser cette crise démographique nécessiterait d’agir vite : en la matière, les mesures prises ne donnent pas de résultats tangibles avant 20 ou 25 ans. Son approfondissement la rendrait irréversible.

Parmi les mesures d’urgence préconisées par le professeur Anguelov figurent : augmenter la durée des congés de maternité, les montants des allocations familiales et rendre leur octroi indépendant des revenus des familles mais conditionné par le respect de l’obligation scolaire ; supprimer les frais d’inscription dans les crèches et les écoles publiques ; octroyer des bourses d’excellence aux étudiants ; diminuer la TVA sur les médicaments de 20 à 5 % ; permettre à des jeunes familles d’obtenir des prêts dont le taux d’intérêt couvert par l’Etat varierait en fonction du nombre d’enfants. Ces mesures rendraient les conditions de vie plus attrayantes pour les jeunes familles parties à l’étranger ou pour les membres des communautés bulgares vivant en ARYM, en Serbie ou dans d’autres Etats. Selon Iskren Vesselinov, la Bulgarie doit mettre en œuvre une politique qui lui permettrait d’attirer des habitants d’autres nationalités et de la main d’œuvre étrangère. (nsi.bg, cia.gouv, Standart, 24 tchassa)

Dernière modification : 02/05/2017

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