Vendredi 17 juin

L’arbitrage

La Bulgarie condamnée à payer à la Russie l’équipement fabriqué pour le projet abandonné de centrale nucléaire à Belene

A Paris, la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale a condamné la Bulgarie à payer à la Russie 550 millions d’euros (ou 620 millions d’euros y compris intérêts et frais et dépens, selon la partie russe) pour avoir arrêté en 2012 le projet de construction d’une centrale nucléaire à Belene (Nord). Selon la décision de la cour, la Bulgarie doit dédommager le fabricant russe Atomstroyexport de l’équipement fabriqué.

En juillet 2012, comme la partie russe réclamait un dédommagement de 1,2 milliard d’euros, la Bulgarie avait introduit un contre-recours devant la même cour. Joignant les deux dossiers, la cour a finalement écarté les prétentions du fabricant russe relatives à des manques à gagner, des indemnisations, une majoration des montants dépensés et des amendes et n’a donné raison qu’à sa plainte concernant l’équipement produit.

Hier, les deux parties se sont dites satisfaites de la décision d’arbitrage, la Bulgarie se disant en outre prête à chercher une solution mutuellement acceptable avec la Russie en vue de réduire le montant dû. La partie bulgare ne profitera pas du délai de 30 jours qui lui est imparti pour faire appel, informe Mediapool en se référant à des sources gouvernementales.

Selon la ministre de l’énergie, Temenoujka Petkova, la décision de la cour est objective : « Il est logique qu’on paye ce qu’on a commandé ». Telle est aussi la position du premier ministre Borissov qui a annoncé : « Personnellement, je suis très content de l’objectivité de l’arbitrage ». Deux options sont possibles à partir de maintenant pour la partie bulgare, a-t-il résumé : soit payer les réacteurs et les exploiter, soit les céder à des tiers. Mais pour cette seconde option la partie bulgare, en l’occurrence la Compagnie nationale d’électricité (NEK), aura besoin de l’aval du fabricant russe, Atomstroyexport.

Mediapool observe que l’issue de l’arbitrage était connue dans les grandes lignes dès le mois d’avril et se demande si « la bruyante démonstration prorusse » faite par M. Borissov hier à propos de la proposition d’un pays voisin (voir notre revue d’hier) n’y était pas pour quelque chose.

La décision d’arbitrage sera bientôt notifiée à la NEK selon la procédure officielle et le gouvernement devra décider de la suite à donner. Toutefois, des voix se font entendre dès maintenant appelant à…la renaissance du projet de Belene, abandonné à l’époque par le premier gouvernement Borissov faute d’argent. Il y a deux jours, Valentin Nikolov, député du GERB et ancien directeur exécutif de la centrale nucléaire de Kozlodouï, a indiqué devant les médias qu’il est possible de faire renaître par une décision politique le projet d’une deuxième centrale nucléaire en Bulgarie, mais que cela devrait être fait selon les principes de marché, aux risques et périls d’un investisseur privé, sans garanties d’Etat et sans engagement à long terme de la part de l’Etat de racheter l’électricité produite.

Selon Bogomil Mantchev de Risk Engineering, sous-traitant du maître-d’œuvre du projet abandonné, la Russie peut être intéressée à investir dans un projet privé. Une autre possibilité serait brader le réacteur à l’Inde, à l’Iran ou à la Jordanie, où la Russie est en train de construire des centrales nucléaires.

Ivaïlo Kalfine, vice-président d’ABC, a souligné hier sur Nova TV qu’un projet comme celui de Belene, dans lequel l’Etat bulgare a investi des milliards depuis son premier lancement en 1981, peut et doit être achevé. Précisant qu’il s’agit d’une centrale à réacteur à eau pressurisée de dernière génération, il a rappelé que son parti reste entièrement favorable à la reprise du projet. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

L’équivoque

Contorsions géopolitiques bulgares en mer Noire

La tentative maladroite de la Bulgarie de faire preuve de neutralité dans le conflit entre la Russie, la Turquie et l’OTAN pour le contrôle de la mer Noire a une fois de plus démontré l’absence de communication entre le premier ministre, le président de la République et les ministres compétents sur des questions clé pour la politique étrangère de la Bulgarie, considère la presse bulgare. En 24 heures, le gouvernement a changé trois fois de position concernant les plans de la Roumanie relatifs à la création d’une flotte de l’OTAN dans la mer Noire avec la participation de la Turquie et de la Bulgarie (voir notre revue du 16 juin).

A quoi le brusque changement de position du premier ministre est-il dû ?, se demande Sega. Selon le journaliste Panaïot Angarev, l’une des explications consisterait à dire que la Bulgarie répugne à prendre à la prise de parti dans le conflit entre la Russie et la Turquie pour le contrôle de la mer Noire. A la mi-mai, Ankara et Moscou ont échangé des amabilités au sujet de la mer Noire. « Puisque vous êtes absents de la mer Noire, celle-ci s’est transformée en lac russe », avait déclaré à cette époque le président turc Recep Tayyip Erdoğan (cité par l’agence russe d’informations RIA Novosti) en s’adressant au secrétaire général de l’OTAN. « Nous consentirons tous nos efforts afin de neutraliser toute menace possible et tentative de pression sur la Russie en provenance du Sud », avait rétorqué Alexandre Grouchko, représentant russe à l’OTAN, faisant clairement comprendre que la mer Noire ne deviendrait jamais « un lac de l’OTAN », rappelle le journaliste.

Selon une deuxième hypothèse, Borissov se serait rendu compte que la Bulgarie ne gagnera rien à la création d’une flotte commune entre les trois pays. Ognian Mintchev estime qu’il ne s’agit pas d’une flotte de l’OTAN mais de l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à la marine turque. Celle-ci ne bénéficie plus de l’hégémonie qu’elle avait pendant les années 1990 et la première décennie du 21ème siècle dans la mesure où la Russie a dû moderniser sa flotte après l’occupation de la Crimée. L’accord de la Bulgarie pourrait être interprété par la Russie comme une prise de parti dans le conflit entre la Russie et la Turquie en Syrie, considère le politologue.

S’opposer à l’hégémonie russe en mer Noire (six sous-marins porteurs de missiles d’une portée de 1500 km) implique la présence des alliés les plus puissants au sein de l’OTAN dans la mer Noire, considèrent Ognian Mintchev et Solomon Passy, ancien ministre des affaires étrangères et président du Club Atlantique.
« Le président, le premier ministre et le ministre de la défense ont clairement déclaré que la Bulgarie ne participera pas à des initiatives en solo mais suivra la politique des alliés qui sera déclarée à Varsovie les 8 et 9 juillet. Les décisions sont prises au sein de l’OTAN et ne sont pas directement liées avec le flux des réfugiés et la crise qui est une priorité de l’Union européenne », a déclaré sur sa page Facebook Solomon Passy.

Selon Vladimir Tchoukov, spécialiste du monde arabo-musulman, la Turquie commettrait une grande erreur si elle suspendait l’accord de réadmission (comme certains médias l’ont annoncé hier, voir notre revue d’hier, ce que l’ambassade de Turquie a démentie). Le passage de flux de réfugiés par la Bulgarie à la veille des élections présidentielles renforcerait les partis politiques ennemis d’Ankara. Par de tels revirements de position, la Turquie ne peut que changer le statu quo à son détriment. D’autant plus que la Turquie ne se leurre pas concernant la levée des visas. A titre d’exemple, bien que la Géorgie ait satisfait aux fameux 72 critères il y a bien longtemps, la France, l’Allemagne et l’Italie s’opposent toujours à la levée des visas pour les citoyens de ce pays. Les opposants sont beaucoup plus nombreux dans le cas de la Turquie et Ankara se rend compte que la situation ne peut dorénavant que s’aggraver, conclut M. Tchoukov. (tous journaux)

La marche

A la veille de la 9e Sofia Pride, la cause homosexuelle dérange toujours autant en Bulgarie

La traditionnelle marche des fiertés (LGBTI), qui cette année sera organisée le 18 juin, se heurte à des oppositions tranchées. « La Sofia Pride et ses ennemis manifesteront en même temps et sur le même trajet » titre Dnevnik. Le journal soulève un point abondamment commenté : la mairie de Sofia a autorisé une contre-marche (traditionnellement organisée par des mouvements d’extrême droite, nationalistes, xénophobes et de supporters de football) qui risque de voir ses itinéraires et horaires se superposer à celle des personnes LGBTI et de leurs sympathisants.

La police de Sofia a décidé de réagir et de régler ce problème. Résultat : « la police a demandé aux organisateurs de la Sofia Pride de changer l’heure de début de leur marche pour corriger l’erreur commise par la mairie de Sofia », écrit Dnevnik.

Le site publie la lettre des organisateurs de la marche dans laquelle ils soulignent avoir prévenu la mairie de l’organisation de leur manifestation dès le 14 mai. Le 13 juin, donc beaucoup plus tard, la mairie a autorisé la contre-marche. « C’est un fait publiquement connu que ces gens sont des hooligans agressifs de football » (sic), s’indignent les organisateurs dans une lettre ouverte.

Les organisateurs de la marche soulignent qu’ils continuent de n’avoir aucun soutien de la part des partis et des politiciens bulgares. Leur seul appui consiste dans la (traditionnelle) déclaration des ambassadeurs, souligne la lettre. Seize diplomates, y compris Xavier Lapeyre de Cabanes, ambassadeur de France en Bulgarie, ont signé cette déclaration cette année. Le texte encourage notamment « tous les citoyens à accueillir les personnes LGBTI en tant que citoyens égaux, sans préjugé ni discrimination, et à promouvoir les droits des LGBTI ».

L’Eglise orthodoxe bulgare a également publié une déclaration qui est lue de manière très divergente par les médias. Selon Troud, le patriarche Neofit a déploré la gay pride. Le journal met l’accent sur le fait que l’homosexualité est considérée comme un pêché par l’Eglise qui condamne la coïncidence de la Sofia Pride avec le Jour des morts.

Mediapool de son côté lit le message de cette déclaration positivement. Le site d’information souligne la phrase dans laquelle le patriarche parle avec « amour et de la sollicitude pastorale » des homosexuels. Pour la première fois, une telle phrase figure dans une déclaration officielle de l’Eglise, souligne Mediapool. Selon le site, cette « détente » du discours peut être observée après la nomination de Neofit à la tête de l’église orthodoxe bulgare. La déclaration continue de condamner l’homosexualité en tant que « pêché », mais pour la première fois elle n’appelle pas à l’interdiction de la marche des fiertés, ajoute le site. (tous journaux)

Dernière modification : 17/06/2016

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