Vendredi 18 novembre

Le sprint

Présidence bulgare de l’UE, formation d’un nouveau gouvernement, convocation du Conseil consultatif pour la sécurité nationale : en fin de mandat, le président Plevneliev s’emploie à conjurer les risques d’enlisement politique

Le président de la République s’est rendu hier en visite à Malte, pays qui succédera à la Slovaquie à la fin de l’année pour exercer la présidence du Conseil de l’Union européenne, un an avant la Bulgarie. Son entretien avec son homologue maltaise Marie-Louise Coleiro Preca a principalement porté sur la présidence du Conseil par les deux pays, a annoncé dans un communiqué de presse le cabinet de Rossen Plevneliev. Les deux présidents se sont mis d’accord sur la nécessité d’aligner les programmes des deux présidences afin d’assurer des résultats tangibles. La crise migratoire, la protection des frontières extérieures de l’UE et les questions de sécurité devront être les priorités de l’Union lors des présidences bulgare et maltaise, selon M. Plevneliev et Mme Coleiro Preca. Les deux homologues ont également souligné que les Etats européens devront être solidaires dans la gestion des défis migratoires. « Les crises de l’Europe n’ont qu’une seule solution possible : la solution paneuropéenne », a déclaré le chef de l’Etat bulgare.

En Bulgarie, M. Plevneliev a lancé une série de consultations avec les partis représentés au parlement après la démission du gouvernement Borissov II. Sega résume leur but : évaluer la possibilité de trouver une nouvelle assise pour former un gouvernement dans le cadre de l’actuelle législature ; identifier les dates pour organiser les élections législatives anticipées qui pourraient convenir à toutes les forces politiques ; définir les priorités de la législature avant sa plausible dissolution. Hier M. Plevneliev a reçu les représentants de GERB, aujourd’hui ceux du PSB et la semaine prochaine il rencontrera les autres groupes parlementaires.

Standart relève que cette série de consultations reportera d’au moins dix jours le début de la procédure de remise de mandat de formation d’un gouvernement au groupe parlementaire le plus nombreux (en l’occurrence, le GERB). En cas d’échec, le président devra confier ce mandat à la deuxième principale force politique du parlement (le PSB), puis si nécessaire à une troisième, cette fois-ci laissée à sa discrétion. En cas de triple échec, il lui reviendra de désigner un gouvernement intérimaire. Troud avance que M. Plevneliev reportera de deux mois la formation de ce gouvernement intérimaire. Aujourd’hui, la conseillère de M. Plevneliev Roumiana Kolarova a contredit cette allégation en affirmant pour BTV que le nouveau gouvernement sera prêt avant Noël.

Dans une interview pour la BNT, M. Plevneliev a motivé sa décision d’organiser ces consultations par la nécessité d’éviter que « l’actuelle crise politique qui a été déclenchée par la démission du gouvernement ne devienne une crise parlementaire ». Il a également précisé qu’il convoquera le Conseil consultatif
pour la sécurité nationale avant d’activer la procédure de remise de mandat. Au-delà de l’examen de la situation politique présente, cette instance placée auprès du président sera chargée de vérifier s’il existe à l’Assemblée nationale un consensus nécessaire pour la réforme du mode de scrutin. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, le GERB et le PSB se sont prononcés en faveur des résultats du référendum, même si le seuil pour valider celui-ci n’a pas été franchi [Ndr : les trois questions portaient sur le scrutin majoritaire à deux tours à la majorité absolue, l’établissement du vote obligatoire et la réduction de la subvention publique octroyée pour le financement des partis et des coalitions de onze leva à un lev par suffrage, voir nos rubrique des 10 et 14 novembre]. Le GERB soutient toujours l’idée, tandis que le PSB a précisé hier que la meilleure option serait de faire des amendements minimaux et de laisser au prochain parlement de réformer le mode de scrutin, une fois que des spécialistes en matière électorale auront été embauchés pour élaborer les textes qui devront définir un nouveau système. (tous journaux, btv.bg)

L’incurie

Nouvelles inculpations d’anciens ministres dans l’affaire du projet de centrale de Belene

L’enquête du Parquet sur le projet avorté de construction d’une centrale nucléaire à Belene, ouverte il y a quatre ans, close par un non-lieu et récemment rouverte (voir notre revue du 19 octobre dernier), a abouti hier, douze jours avant l’expiration du délai de prescription des faits, à l’inculpation de l’ancien ministre socialiste de l’économie et de l’énergie (2005-2007) Roumen Ovtcharov. Et aujourd’hui, l’un de ses successeurs à ce poste, Delian Dobrev (GERB, 2012-2013) a été officiellement mis en examen à son tour après la levée de son immunité de député, (voir notre revue du 25 octobre dernier).

Selon les chefs d’inculpation retenus contre eux, ils n’ont pas exercé le contrôle, qui leur incombait en tant que ministres de tutelle, sur les actes des deux anciens directeurs de la Compagnie nationale d’électricité (NEK) déjà mis en examen (voir les revues précitées), faisant preuve ainsi d’une coupable incurie et occasionnant des dommages à hauteur de 4,5 millions d’euros à la NEK.

Ainsi, le nombre des ministres inculpés dans l’affaire Belene est désormais porté à trois, si l’on compte le premier mis en examen, Peter Dimitrov (2007-2009). L’actuelle ministre démissionnaire de l’énergie, Temenoujka Gueorguieva, auteure en 2013 d’un rapport de l’Agence pour l’inspection financière publique qu’elle présidait alors, a été auditionnée comme témoin. Le seul ministre ayant été en charge du projet Belene à ne pas avoir été encore été inquiété est Traïtcho Traïkov [candidat du Bloc réformateur lors de la dernière élection présidentielle]. Mais selon la porte-parole du Parquet, toutes les personnes concernées feront l’objet d’une enquête.

Le site en ligne Legal World annonce par ailleurs, en se référant à des sources propres, que le ministre démissionnaire de la santé, Peter Moskov, a été convoqué par le Parquet lundi dernier. Selon la publication, son nom figure dans une enquête sur l’importation de vaccins de Turquie en Bulgarie. Les procureurs enquêtent sur la pertinence économique de l’opération, qui avait consisté en un troc de 100 000 vaccins turcs Pentaxim contre 5 millions vaccins BCG. (tous journaux, legalworld.bg)

L’élu

Roumen Radev : profil de droite, soutien de gauche, ambitions d’un indépendant

Dans son dernier numéro, Ikonomist publie un portrait du président de la République nouvellement élu, Roumen Radev, cherchant à saisir l’insaisissable : qui se cache derrière ce novice en politique ?

Une position sur la réforme judiciaire, exprimée par M. Radev lors de son dernier débat électoral, avait surpris plus d’un socialiste. Se démarquant du parti qui avait présenté sa candidature, il avait estimé que des réformes radicales en justice, à la manière roumaine, s’imposaient. Aussitôt Kornelia Ninova, présidente du PSB, l’avait désavoué mezzo voce, déclarant qu’il n’y avait pas de problème si le candidat avait des opinions divergentes de celles du parti.

Aujourd’hui, les socialistes sont en train de perdre leurs illusions sur un autre point également. Ce ne sont pas les gourous du parti qui vont constituer son équipe. « On en parlera, je chercherai à avoir des avis sur les meilleurs, sans me fier à leur appartenance politique », répond immuablement M. Radev quand on lui pose la question. D’anciens collègues à lui assurent qu’il sait s’entourer d’experts responsables et dignes de confiance.

Le cliché de « président prorusse » que lui ont collé les médias occidentaux, non sans l’aide de la presse russe qui l’avait reconnu tout de suite comme un des siens, ne correspond pas tout à fait à la réalité, souligne Ikonomist. Selon son homonyme britannique The Economist, l’orientation géopolitique du pays ne changera pas après l’entrée en fonctions de M. Radev. L’hebdomadaire de référence britannique cite le politologue Dimiter Betchev qui estime que la Bulgarie est devant la chance rare d’arriver à ménager la chèvre et le chou en gardant sa loyauté envers l’UE et l’OTAN et en tendant, dans le même temps, la main à la Russie. Et quand il est interrogé sur sa propre orientation géopolitique, le futur président aime répondre : « Encore récemment, je pilotais un avion de chasse russe, je suis diplômé d’un collège de défense américain, mais je suis un général bulgare ».

Qui est le nouveau président ? Après de brillantes études à l’école supérieure des forces aériennes, à Dolna Mitropolia, où il termine major de sa promotion, il est envoyé en 2003 à Air War College, à la base aérienne américaine de Maxwell, Montgomery, Alabama (Maxwell College). Suivent plusieurs années de service dans des régiments de chasse, dont cinq ans comme adjoint au chef d’état-major et trois ans comme chef d’état-major de l’armée de l’air. Il maîtrise trois langues, anglais, allemand et russe, et a inscrit à son actif 1 400 heures de vol. En 2014, lors d’un spectacle de voltige aérienne, il a exécuté en MiG-29 les figures avancées du cobra et de la cloche.

Il y a trois mois, le général Radev a été mis à la retraite à sa demande à la suite d’un conflit avec le ministre de la défense. Il n’était pas d’accord et considérait comme une « humiliation nationale » le fait que la protection de l’air serait confiée à des avions de l’OTAN contre rémunération. A ce moment déjà, le général était contacté en vue de devenir le candidat de la gauche.

Ses anciens collègues le décrivent comme un homme ambitieux, nourrissant un sens de la mission. Lui-même se considère comme quelqu’un de responsable, capable de prendre des décisions de façon autonome. Avec le recul, les mentions qui figurent dans son diplôme délivré par Maxwell College prennent une lueur prophétique : « se distingue par une mentalité non traditionnelle et stratégique », un « futur leader stratégique », « soldat du XXIe siècle prêt à gagner et à influer au niveau stratégique ».

Roumen Radev est auteur d’une thèse sur le perfectionnement du combat aérien et l’introduction dans l’armée de l’air bulgare des pratiques occidentales les plus avancées. Il a joué un rôle essentiel dans l’organisation et le déroulement d’exercices militaires conjoints avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui avaient pour but de former les pilotes bulgares aux normes de l’OTAN. Et il n’a jamais mis les pieds en Russie… ce qui ne l’empêche pas d’être une personne pragmatique, disent ses amis. (Ikonomist)

Rubrique France

Sega et Standart reprennent une brève de La lettre de l’expansion sur les plans de l’opérateur français Orange qui poursuit sa stratégie de consolidation européenne. Selon l’information, Orange est intéressé par l’achat de l’opérateur bulgare Vivacom.

Dernière modification : 18/11/2016

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