Vendredi 18 septembre

La crise

La Bulgarie reconnaît officiellement être un pays de transit pour les réfugiés et dénonce à mots couverts le récent « appel d’air » effectué par l’Allemagne

Dnevnik résume les propos du vice-ministre de l’intérieur tenus lors d’une conférence consacrée à la crise des réfugiés sans précédent : la Bulgarie est un pays de transit pour les migrants et le flux qui passe par son territoire se dirige directement vers les pays de l’Europe occidentale. « Les migrants quittent le pays sans même avoir demandé l’asile. Dans les années précédentes ces gens non seulement déposaient leurs demandes de statut, mais restaient vivre dans le pays jusqu’à l’attribution officielle de celui-ci. En un mois, la situation a changé complètement et cela met en question tout le système européen de protection des frontières extérieures de l’Union et de l’asile », a déclaré Filip Gounev. Selon lui sur les presque 19 000 migrants entrés dans le pays cette année, quelques centaines seulement choisiront d’y rester.

Dans une interview pour Standart, Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, précise les chiffres : depuis le début de l’année jusqu’au 20 août 15 046 personnes ont traversé les frontières de la Bulgarie. La pression la plus importante reste sur la frontière avec la Turquie : elle a même doublé par rapport à la même période de l’année dernière. « Une hausse drastique des tentatives de passage de la frontière est observée cette semaine », dit le ministre. Selon la police, 660 migrants ont essayé de traverser la frontière avec la Turquie hier. Ils sont volontairement retournés sur leurs pas « en voyant qu’elle est bien protégée », affirme le secrétaire général de la police Georgi Kostov.

M. Mitov souligne que, par rapport à son PIB, le pays a déjà accueilli suffisamment de réfugiés et n’a pas la capacité d’en accueillir davantage. De plus, le pays ne peut pas garantir que ces gens resteront ici. En commentant les raisons pour cette croissance de la pression migratoire, M. Mitov dit : « Au sein de l’Union européenne, il y avait des pays qui ont littéralement invité des gens à venir. Quand ce message s’est répandu publiquement, la pression sur les frontières extérieures de l’UE a augmenté. C’est pour cela que l’on parle de « non-stimulation » des flux de migrants, car l’Europe ne pourra pas faire face à cette situation si elle est stimulée ».

Nikolaï Nentchev, ministre de la défense revient dans une interview pour 24 tchassa sur la menace terroriste potentielle induite par ces flux. Les services de renseignement sont avertis de ce que des djihadistes de Daech peuvent s’infiltrer parmi les demandeurs d’asile. Le ministère de la défense et ses services de renseignement aideront la police aux frontières à les identifier, a dit M. Nentchev. Il a confirmé que l’armée est prête à aider la police en affectant à cette tâche jusqu’à 1 000 militaires. (tous journaux)

Le nil obstat

La Cour constitutionnelle a refusé de se prononcer sur les amendements constitutionnels avant leur adoption

La Cour constitutionnelle (CC) a déclaré irrecevable la demande d’interprétation relative aux amendements constitutionnels en vue de la réforme judiciaire, déposée le 29 juillet par 144 députés du GERB, du MDL, du Bloc réformateur, d’ABC, du Front patriotique et du Centre démocratique bulgare (voir notre Revue du 30 juillet).

Pour rappel les deux questions posées étaient ainsi résumées par le site legalworld.bg : « 1. Est-ce que la séparation du CSM en deux chambres spécialisées constitue un changement de la forme de gouvernement de l’Etat impliquant la décision d’une Assemblée nationale constituante ? (En effet, l’art. 158 point 3 de la loi fondamentale prévoit que « l’Assemblée nationale constituante se prononce sur les questions relatives aux changements de la forme d’organisation de l’État et de gouvernement de l’État » .)2. Est-il est admissible que le nombre des membres du quota politique et du quota parlementaire au sein de l’une des deux chambres soient égal et cela ne constitue-t-il pas une condition pour des pressions politiques ? »

Les dix juges constitutionnels ayant soutenu la décision rédigée par le juge rapporteur, Roumen Nenkov, motivent leur refus par le fait que « la Cour constitutionnelle ne se prononce que sur la constitutionnalité des textes définitivement adoptés par le Parlement. C’est aux parlementaires d’assumer la responsabilité relative à la rédaction des lois, y compris concernant les amendements constitutionnels, sans compter sur une intervention de la part de la Cour constitutionnelle. Le déroulement d’une procédure parallèle d’évaluation des initiatives législatives auprès d’une autorité d’Etat différente de l’Assemblée nationale impliquerait en effet la participation d’acteurs supplémentaires dans le processus législatif sans que cela soit prévu dans la loi fondamentale ». Deux membres de la CC (Plamen Kirov et Boris Veltechev) ont toutefois exprimé des réserves et voté « contre » la décision d’irrecevabilité.

Ainsi, la Cour constitutionnelle donne le feu vert au Parlement afin que celui-ci lance la procédure d’adoption des amendements constitutionnels. Une réponse positive à la première question posée aurait imposé la convocation d’une assemblée constituante.

« Le MDL soutiendra les amendements constitutionnels indépendamment de l’irrecevabilité déclarée », a affirmé Lioutvi Mestan. Krassimir Karakatchanov a promis le soutien du Front patriotique lors de la première lecture, en se réservant le droit de décider d’un éventuel soutien à la deuxième lecture en fonction des modifications qui interviendront entre les deux lectures. ABC a réitéré son refus de soutenir le projet d’amendements constitutionnels. Danaïl Kirilov (GERB), président de la commission des affaires juridiques, n’exclut pas la possibilité qu’on réexamine la répartition des deux quotas au sein de la chambre des procureurs afin de gagner les voix d’ABC. Pour sa part, Radan Kanev a espéré que « la disposition clé des quotas ne sera pas révisée ». (24 tchassa, Capital Daily, legalworld.bg, mediapool.bg)

L’analyse

La crise démographique est le plus grand défi pour l’économie bulgare

La Banque mondiale a présenté une analyse de l’économie bulgare lors d’une conférence sur le développement de la Bulgarie, organisée par l’Ecole supérieure d’assurances et de finance, présentée par Capital Daily. Selon les experts de la banque, l’économie du pays a fait preuve de stabilité face aux crises en Grèce, en Ukraine, en Russie et en Syrie, mais le véritable défi qui créera de sérieux problèmes dans les années à venir est la crise démographique.

Si la hausse moyenne de la productivité ne franchit pas les 3%, à cause de la croissance négative de la population, le pays ne sera pas capable d’atteindre le standard de vie moyen européen lors de cette génération. Il faudrait un rythme de croissance d’au moins 4-5% par an pour atteindre le niveau européen dans les futures 23-24 années. Cela n’a rien d’impossible sur une période plus courte : on observe ce phénomène par exemple en Roumanie, ont souligné les experts. Mais ils se s’ont alarmés qu’après les bons résultats dans la période 2000-2007, la hausse du PIB du pays ne dépasse plus les 2% depuis 2009.

Tony Thompson, le représentant de la banque pour la Bulgarie, a tracé trois axes principaux de réformes nécessaires : gouvernance, qualification et dépenses publiques.

En première place il a mis l’accent sur le besoin de renforcer le cadre institutionnel et légal de la « bonne gouvernance ». Vient, ensuite l’amélioration du savoir-faire, des compétences et de la productivité de la main-d’œuvre. Chaque année une grande partie des 20% des meilleurs élèves qui finissent leurs études partent à l’étranger et la plupart des 80% restant dans le pays sont quasi illettrés, selon M. Thompson. Ceci dit, si le niveau de l’éducation s’améliore, la productivité augmentera très vite, a ajouté le représentant de la Banque mondiale. Le troisième secteur qui nécessite une réforme sérieuse est celui des dépenses publiques. Le besoin de stabilité politique après une série de changements gouvernementaux et après la crise de la KTB a été aussi signalé.

Par ailleurs, la Banque mondiale mentionne un autre défi : l’avenir du secteur énergétique du pays et son endettement financier. L’institution internationale a signalé qu’elle travaillera pour le retour du secteur vers des fondements financiers stables et luttera contre la pauvreté énergétique dans le pays. Les dépenses énergétiques d’une grande partie de la population bulgare sont disproportionnées par rapport à ses revenus, signale la Banque mondiale. (Capital Daily).

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Dernière modification : 18/09/2015

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