Vendredi 19 juin

LE SONDAGE

ALPHA RESEARCH : SCEPTICISME ET PESSIMISME PREVALENT DANS LES APPRECIATIONS SUR L’EFFICACITE DES INSTITUTIONS

Dans son nouveau sondage national, réalisé du 7 au 13 juin 2015 auprès d’un échantillon de 1 026 citoyens adultes dans tout le pays, Alpha Research mesure le pouls de la société quatre mois avant les élections municipales.
Il n’y a pas de changement au niveau du scepticisme teinté de pessimisme à l’égard des institutions publiques, estiment les sociologues. La justice, la Banque nationale de Bulgarie et le parlement recueillent le plus faible taux de confiance : 8% pour les juges et 6% pour le Parquet, 9% pour la BNB et 10% pour l’Assemblée nationale. Le taux de popularité du président de la République reste inchangé (24%). Les seules institutions publiques qui aient un taux de confiance plus élevé que leur taux de défiance sont la télévision et la radio nationales (BNT 52%, BNR 48%) et l’Eglise (35%).
Toute une série d’événements récents (augmentation projetée des tarifs de l’électricité, débats sur les réformes de la santé, du système des retraites et de la justice, conflits dans les quartiers peuplés de Roms, etc.) augmentent la tension sociale et font douter de l’efficacité de l’exécutif. D’où un taux de confiance dans le gouvernement en baisse : 20% des personnes approuvent son action contre 41% qui la désapprouvent. Toutefois, le taux de popularité du premier ministre reste intact (33%) : Boïko Borissov demeure le politicien le plus plébiscité dans le pays.
Par ailleurs, les sociologues enregistrent une tendance extrêmement rare : l’approbation et le rejet vis-à-vis de l’action de certains ministres porteurs de réformes croissent parallèlement. C’est notamment le cas de Peter Moskov (santé, 27,8% contre 16,1%) et Ivaïlo Kalfine (travail et politique sociale, 25% contre 11,7%). La ministre du développement régional et des travaux publics Liliana Pavlova jouit du taux de confiance le plus élevé (30,7% contre 3,8% de jugements négatifs). Todor Tanev (éducation et recherche, 3,9% de taux de confiance contre 20% de taux de défiance) et Bojidar Loukarski (économie, 3,2% de taux de confiance contre 17,2% de défiance) restent les ministres les plus désapprouvés.
Interrogées sur le referendum initié par le président, 55% des sondés estiment qu’il n’aboutira pas à des changements positifs dans le système électoral. 55,3% se disent prêts à participer au referendum.
Si des élections législatives étaient tenues aujourd’hui, les partis actuellement représentés au parlement conserveraient leurs positions. Toutefois, depuis le début de l’année, le GERB enregistre une petite baisse graduelle tout en restant la première force politique (21,9%). Le PSB remonte à 11,5%. Le MDL campe sur ses positions (7,3%). Le double rôle du Front patriotique et d’ABC au sein de la coalition gouvernementale – à la fois acteurs et critiques du gouvernement – semble leur profiter. Le FP recueille le même taux d’intentions de vote (5,7%) que le Bloc réformateur qui est en recul. ABC (3,5%) devance Ataka (3,2%). En dehors du parlement, le Mouvement 21 de Tatiana Dontcheva enregistre un soutien électoral s’approchant de 2%.
Toutefois, le tableau des élections municipales risque d’être très différent de celui des législatives en raison de certaines spécificités locales, notamment le prestige du parti et de son candidat au niveau communal. Les positions obtenues par les forces politiques au niveau local influeront ensuite sur leur poids national. Selon Alpha Research, 51% des personnes interrogées veulent que leur maire actuel soit réélu, alors que 47% se disent prêts au « changement ».
Le chômage, la dépopulation des régions et le mauvais état de la voirie sont les principaux problèmes auxquels se heurtent les habitants de l’ensemble des communes bulgares à l’exception de ceux de Sofia, Plovdiv, Varna et Bourgas. L’exode de la population active vers les grandes villes et l’émigration changent durablement la physionomie économique des régions, augmentent le taux de la criminalité et les tendances à la ghettoïsation et au vote contrôlé. (tous journaux, http://alpharesearch.bg/userfiles/file/0615_Public_Opinion_Alpha_Research.pdf)

LA GIROUETTE

L’ANCIEN PREMIER MINISTRE GUEORGUI BLIZNACHKI DEVIENT EXPERT DU MDL EN MATIERE DE REFORME JUDICIAIRE

Gueorgui Bliznachki, ancien premier ministre intérimaire (août-novembre 2014) et soutien des manifestations citoyennes de 2013 déclenchées par la nomination du député MDL Delian Peevski à la tête de la DANS, a été désigné hier par le MDL comme expert officiel de ce parti auprès de la commission parlementaire ad hoc chargée de préparer la révision de la Constitution, clé de voûte de la réforme judiciaire soutenue par le gouvernement. D’après les règles d’organisation de cette commission, chaque parti politique y désigne un expert. Mediapool en conclut que chaque parti choisira un conseil susceptible de défendre sa position.
Ces derniers mois, le professeur de droit constitutionnel Bliznachki monte sur ses grands chevaux dès qu’il est question de réforme de la justice. Sa cible préférée est le ministre de la justice Khristo Ivanov, porteur de la réforme au sein du gouvernement : un « amateur qui n’avait pas travaillé un seul jour avant de devenir ministre » (Ndr : d’abord au sein du gouvernement intérimaire de M. Bliznachki !) et qu’on devait « tenir régulièrement en bride » (TV Kanal 3, 12 juin 2015). La réforme proposée par M. Ivanov et soutenue par le premier ministre Borissov qui a été « induit en erreur », n’est que « triomphe de la bêtise », « viol de la Constitution », et vise à dompter la justice (TV Kanal 3).
Dans une interview publiée aujourd’hui dans Troud sous le titre « On selle la justice pour mieux l’enfourcher », M. Bliznachki réduit à trois ses objections contre la réforme. Selon lui, il ne faut pas réduire le mandat actuel de cinq ans du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) parce qu’il garantit l’indépendance de cette institution ; il faut arrêter les tentatives d’imposer un scrutin à main levée au sein du CSM qui trahissent des intentions antidémocratiques et visent à rendre la justice dépendante des grands du jour ; le Parquet doit rester au sein du pouvoir judiciaire. « Tout débat est complètement dépourvu de sens puisque les décisions politiques sont déjà prises. […] A partir de là, la seule chose qui compte est de voir si les textes proposés de révision de la Constitution recueilleront un soutien majoritaire élevé. J’espère bien que ces propositions insensées seront rejetées ».
Si l’opposition du MDL à une réforme de la Constitution est claire – le parti a souvent explicité son opposition au remodelage du CSM et aux mesures visant à réformer le Parquet, la canonnade de M. Bliznachki est plus ou moins surprenante, écrit Mediapool qui rappelle les propos de l’intéressé dans son interview pour TV Kanal 3 : « Je suis de ceux qui ont contribué au retour de Boïko Borissov au pouvoir parce que j’étais un des protestataires les plus actifs [contre le précédent gouvernement, celui de Plamen Orecharski] ». Serait-il déçu du fait que M. Borissov ne l’ait pas engagé comme expert en droit constitutionnel ? « Il n’a jamais été question que je devienne conseiller. Il y avait des spéculations selon lesquelles je devais devenir ministre, ambassadeur, juge à la Cour constitutionnelle, mais j’ai un emploi qui me plaît bien ».
Interrogé sur les attaques de M. Bliznachki, le ministre de la justice a souligné hier sur la bTV : « Elles ne sont ni à cause de la Constitution, ni à cause de mes intentions ou de mes compétences. D’ailleurs, il n’y a jamais eu de conflit entre nous. […] Tout deviendra clair pour ceux qui savent observer ».
Selon le leader du MDL Lioutvi Mestan, son parti « tient en estime le savant, le constitutionnaliste Bliznachki. « Le MDL est un parti suffisamment mûr. Nous avons pu être critiques à l’égard du premier ministre Bliznachki, mais il faut que les arguments du constitutionnaliste Bliznachki soient entendus » (Nova TV).
Sur son site, bTV fait place à un commentaire de Yavor Nikolov intitulé « Bliznachki serait-il le pont entre le GERB et le MDL ? ». « Le fait pour M. Bliznachki de rallier les rangs du MDL et son déballage contre la réforme judiciaire ont une explication simple et émotionnelle. Un homme ayant une très haute estime de lui-même se retrouve inutile pour les gouvernants actuels. Davantage, ces gouvernants s’apprêtent à refaire à coups de hache ce qu’il chérit le plus, « sa » Constitution… […] Mais il est évident qu’on ne devient pas expert de Mestan, Peevski ou Tsonev uniquement à cause d’un orgueil blessé ». Il ne faut pas oublier que c’est le gouvernement intérimaire de Bliznachki qui avait préparé le retour du GERB au pouvoir en restituant à leurs postes des fidèles de ce parti écartés par le gouvernement précédent. Un retour au modèle du statu quo qui a besoin d’une justice à sa mesure. Une justice où l’avancement du magistrat dépend d’une instance centralisée tissée de scandales et de dépendances et où le chef de la juridiction peut tirer les oreilles d’un juge qui n’a pas « bien » jugé une affaire. Un modèle où le Parquet reste fidèle à son image des années 1980. Ceux qui prônent une telle justice peuvent compter sur un allié au parlement : le MDL. Pour les gens de Lioutvi Mestan, la justice doit être réformée mais dans un avenir imprécis. Voilà les nouveaux éléments de langage : une réforme mais pas maintenant, pas avec cette équipe du ministère de la justice. Suivraient des attaques dans certains médias et le premier ministre annoncerait que, faute de consensus, la réforme devrait attendre. Le ministre de la justice démissionnerait et Delian Peevski ne mettrait plus les pieds au parlement et partirait (à l’étranger). Et le MDL deviendrait un parti « normal ». (tous journaux, mediapool.bg, btv.bg)

L’ANALYSE

BORISLAV MAVROV : LE CONSENSUS PRO-EUROPEEN EN BULGARIE NE SERA PEUT-ETRE PAS ETERNEL

Dix ans après la signature du Traité d’adhésion de la Bulgarie à l’UE, le niveau de confiance envers l’Union reste stable et haut (60%). Ce niveau d’attitude positive ou neutre des Bulgares peut être expliqué par le très faible niveau de confiance dans les institutions nationales et la corruption qui mènent les gens à chercher une alternative dans les institutions supranationales, écrit dans une analyse publiée dans Dnevnik Borislav Mavrov, professeur à l’Université de Sofia et directeur des programmes de l’Institut européen.
Mais, selon lui, depuis un certain temps, surtout après la campagne électorale pour les dernières élections européennes, on a vu apparaître dans le débat public des tentatives de délégitimation et la destruction du projet pro-européen du pays. L’auteur cherche l’explication de ce phénomène dans quatre directions : le débat interne bulgare et le rôle corrosif du Kremlin ; l’évolution du projet européen et le concept d’Europe à plusieurs vitesses ; l’image du « méchant Bruxelles » et l’impact de l’adhésion au quotidien.
La sensation que le pays n’a toujours pas fait son choix géostratégique et que celui-ci doit être réaffirmé à chaque instant s’impose de plus en plus. Cela est visible non seulement par la propagande pro-russe et par le faux patriotisme d’Ataka et de certains cercles du PSB et d’ABC, mais aussi par le discours du ministre des affaires étrangères Daniel Mitov qui se voit souvent contraint de souligner et de rappeler que le pays est membre de l’UE et de l’OTAN, écrit M. Mavrov.
L’image de l’UE comme une Europe à plusieurs vitesses risque de son côté d’amener les Etats-membres qui « roulent en première vitesse » à commencer à rouler en marche arrière. La solidarité « partielle » et le rapprochement d’un cercle restreint de pays renforce le sentiment de morcellement politique, économique et social et détériore la confiance dans l’Union.
L’image de Bruxelles en Bulgarie est souvent déformée et la Commission est présentée comme quelque chose d’extérieur, de lointain, qui gourmande et impose des sanctions et des règles sévères avec une administration bien payée. Bruxelles n’a jamais été présenté aux Bulgares comme un mécanisme interieur pour le fonctionnement duquel ils ont une responsabilité personnelle. L’image de Bruxelles comme le « chien méchant » démontre aussi le manque de compréhension des mécanismes de participation et d’élaboration des politiques européennes.
Quant au quotidien - le manque d’amélioration des conditions de vie après 2007, la crise économique, le chômage, la corruption, le système judiciaire faible et dépendant – tout cela empêche les Bulgares de sentir les avantages de l’adhésion.
Mais toutes les tentatives de détruire le consensus pro-européen ne veulent pas dire directement que l’euroscepticisme est présent dans le pays, souligne l’analyste. Le mécontentement en Bulgarie est surtout basé sur le manque de résultats évidents de l’adhésion et sur la manière dont le pays se débrouille en tant qu’Etat membre. Pour cette raison Bruxelles, sous sa forme de « gardien extérieur » est toujours indispensable. Le paradoxe est que la voie vers une vraie critique envers l’UE sera ouverte qu’une fois que le pays aura réussi à gérer ses propres problèmes judiciaires et de corruption et que les avantages de l’adhésion seront ressentis par les gens, conclut l’analyste. (dnevnik.bg)

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Dernière modification : 19/06/2015

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