Vendredi 1er avril

La visite

Finalement, pour le premier ministre, un réfugié n’est pas forcément un terroriste

Hier, Boïko Borissov s’est entretenu avec Robert Wainwright, directeur de l’office européen de police (Europol) en visite en Bulgarie à l’invitation de Roumiana Batchvarova, vice-première ministre et ministre de l’intérieur. Lors de sa visite, M. Wainwright a participé à une réunion des directeurs généraux de la police des Etats membres du Forum de Salzbourg, du Groupe des amis de Balkans occidentaux et d’autres partenaires européens de la région.

Dans une conférence de presse conjointe, à l’issue de cet entretien, M. Wainwright s’est dit impressionné par les résultats de la Bulgarie dans la lutte contre la contrebande pour l’année 2015. Europol y avait pris sa part. Il a promis de l’aide à la Bulgarie en matière de lutte contre la corruption afin qu’elle puisse répondre aux exigences du mécanisme de vérification et de coopération (MCV) qui devaient être satisfaites. Selon M. Wainwright, la Bulgarie faisait face à deux défis : la lutte contre le terrorisme et le trafic d’êtres humains au sein de l’UE. Le centre européen de la lutte contre le terrorisme, mis en place au mois de janvier par Europol, coordonnaient les efforts en la matière au niveau européen.

Pour sa part, Boïko Borissov s’est félicité de la décision de nommer deux officiers bulgares à des postes de direction dans les centres d’Europol de lutte contre le terrorisme, en cours de mise en place. « Cela récompense un bon travail des services bulgares qui ont pu arrêter 200 passeurs de migrants clandestins », a-t-il précisé.

« Les importants efforts que nous consentons pour protéger notre pays ne restent pas inaperçus et nous sommes devenu ainsi un partenaire désiré. La Bulgarie fait face à la crise migratoire mieux que les autres pays. Nous prélevons des empreintes digitales et soumettons aux règles européennes ceux qui veulent entrer dans le pays. Je ne vois pas en quoi protéger sa frontière serait inhumain pour qu’on nous accuse de conditions inhumaines. Bien que pauvres, nous avons contribué au financement des camps en Turquie. C’est ça l’humanité. L’humanité, c’est une chose mais la lutte contre le terrorisme en est une autre. Tout réfugié n’est pas forcément un terroriste et on ne doit pas l’appréhender ainsi. Cela implique qu’on soit humains dans la mesure du possible mais en même temps vigilants. », a déclaré le premier ministre.

Enfin, le premier ministre a saisi cette occasion pour jurer que « nous n’aurons pas merci de qui que ce soit lorsqu’il est question de corruption en rappelant que bien que le chef de l’Agence exécutive de l’administration automobile soit un membre du GERB, il a été arrêté (voir la rubrique ci-dessous). (Tous journaux)

La corruption

Coup de filet contre un réseau de délivrance de permis de conduire de complaisance

« 129 morts et 1390 blessés dus aux accidents de la route, telle est la statistique noire pour le premier trimestre de 2016. 708 personnes ont perdu la vie sur les routes de Bulgarie en 2015, 661 en 2014 et 601 en 2012 et 2013 », précise, en introduction à une analyse consacrée à la « Corruption qui crée des tueurs » Beltcho Tsanev, journaliste, analyste spécialisée dans le domaine des transports et de l’énergie. Sa thèse : « le marché noir des permis de conduire contribue à l’augmentation des victimes des accidents de la route ».

Les données citées sont révélateurs d’une tendance à l’augmentation du nombre de décès sur les routes de Bulgarie ces deux dernières années. Qu’est-ce qui conditionne cette tendance, étant donné que le nombre de caméras fixes et embarquées augmente, que la présence policière s’est renforcée et que le montant des amendes a augmenté ?, se demande M. Tsanev.

Le rideau a été levé il y a deux jours lorsque dans le cadre d’une opération conjointe de l’Agence d’Etat de la sécurité nationale (DANS), de la direction générale de lutte contre la criminalité organisée (GDBOP) et du parquet, 18 personnes ont été arrêtées dont le directeur de l’Agence exécutive de l’administration automobile (IAAA) Tsvetelin Tsvetanov, des fonctionnaires de cette agence et la propriétaire d’une auto-école. M. Tsvetanov, les chefs des directions régionales de l’IAAA à Gabrovo et à Pleven, un inspecteur de Vidin, la propriétaire d’une auto-école à Vidin et deux anciens fonctionnaires de l’IAAA seront accusés d’avoir participé à une association de malfaiteurs qui avait mis en place une organisation élaborée pour l’obtention de permis de conduire, de licences, d’autorisations (notamment de transport de marchandises dangereuses par voie terrestre et de reconnaissance de la capacité de diriger une société de transports) contre des dessous-de-table ainsi que des « taxes tranquillité » permettant d’éviter les contrôles.

Ainsi, les rumeurs insistantes selon lesquelles il n’y a pas de « conducteurs/chauffeurs » ni d’« inspecteurs/contrôleurs » en Bulgarie mais des acheteurs et des vendeurs ont été officiellement confirmées : les permis de conduire se vendent aux prix de 1500 à 4000 leva à des Bulgares et étrangers illettrés ; passer l’examen théorique coûte 1500 leva et l’examen pratique à partir de 500 leva ; des forfaits, couvrant toute la procédure ainsi que l’hébergement à l’hôtel, pour un coût de 2500 à 4000 leva, sont proposées à des étrangers. Les auto-écoles coopèrent avec l’IAAA afin que l’examen soit réussi « du premier coup ». Les caméras dans les lieux de passation des examens et le tirage au sort électronique des personnels qui font passer l’examen sur ordinateur n’empêchent rien. Le système le tirage au sort des examinateurs de permis de conduire a été centralisé au niveau du siège de l’IAAA à Sofia, loin des yeux de ceux qui ne sont pas impliqués dans cette économie souterraine.

Indignés par ces faits de corruption, les fonctionnaires honnêtes de l’Agence ont adressé des signalements depuis des années au procureur général, à des ministères et institutions, à quelques ambassades de pays membres de l’Union européenne ainsi qu’à la Commission européenne. Alerter les autres pays membres se justifiait dans la mesure où les conducteurs et chauffeurs achetant leurs permis ont le droit de conduire dans tout l’espace européen et menace ainsi la vie et la santé de tous les citoyens européens. Le dernier signalement relatif à ce « commerce de permis de conduire » a été adressé à l’ambassade d’Allemagne le 25 février dernier. Selon des sources bien renseignées, ce signalement a été transmis à la Chancellerie fédérale à Berlin. Une enquête menée par les autorités allemandes pourrait être à l’origine de l’enquête ouverte par la DANS, spécule l’analyste.
En conclusion de son analyse, M. Tsanev appellent à « mettre fin à ce commerce qui fait des citoyens bulgares et étrangers des tueurs potentiels ». (Tous journaux)

Le projet

Malgré l’arrêt du projet, compagnie South Stream Bulgarie continue d’acquérir des terrains le long du tracé du gazoduc

Dans son dernier numéro, l’hebdomadaire Ikonomist se penche sur l’éventualité d’un retour du projet de construction du gazoduc South Stream dont les médias, mais aussi des hommes politiques en Bulgarie et en Russie ne cessent de parler.

En Bulgarie, le travail sur le projet South Stream ne s’est jamais arrêté malgré les diverses appellations sous lesquelles il se déroule : hub gazier, interconnexion avec la Grèce, memorandum entre la Russie, l’Italie et la Grèce sur la construction d’un gazoduc.

La société mixte South Stream Bulgarie, détenue à 50% par Gazprom et la Holding énergétique bulgare, continue à fonctionner malgré l’arrêt officiellement annoncé par le président russe (voir nos revues du 2 et 12 décembre 2014). Elle continue d’acheter des terrains situés le long du tracé de South Stream, tel qu’il était conçu. Fin janvier 2016, son directeur exécutif Kiril Gogov a même déclaré que la compagnie avait ouvert des procédures de rachat de droits de servitude dans trente-sept communes et qu’il n’était plus possible d’arrêter le mouvement. Après le départ de M. Gogov de la compagnie, celle-ci se refuse à tout commentaire sur ces procédures, indique Ikonomist.

Les opérations immobilières portant sur des terrains situés sur le tracé du futur projet South Stream ont commencé des années avant le lancement du projet, rappelle l’hebdomadaire. Ainsi par exemple, le premier terrain acquis à un endroit clé (Pacha déré, au nord de Varna, 16,5 ha, lieu de la jonction entre la partie maritime et la partie terrestre du tuyau), avait été acquis via un prêt hypothécaire octroyé par First Investment Bank. Plus tard, après la venue au pouvoir du gouvernement Orecharski et l’hypothèque de 5,11 millions de leva n’ayant pas été remboursée, la banque avait acquis le terrain pour le revendre à la société chargée de la construction du tuyau (South Stream Transport) au prix de 100 millions de leva.

En février 2014, South Stream Bulgarie s’était portée acquéreuse d’un terrain privé (ancien champ) situé à Rassovo (région de Montana), à l’endroit où devait être construite une des stations de compression. Impossible d’expliquer comment des mois avant cette date, en septembre 2013, la commission sur les terres agricoles avait déjà autorisé le changement du statut de cette terre agricole en terrain à bâtir, observe Ikonomist.

Quelques jours à peine avant sa démission en juillet 2014, le gouvernement Orecharski a cédé à South Stream Bulgaria 35,8 ha de terrains boisés à proximité de Pacha déré à un prix huit fois inférieur à celui obtenu par la First Investment Bank. Le statut de tous ces terrains, initialement des terres agricoles ou des forêts, a été changé depuis en vue de la construction d’un gazoduc.

Plusieurs hauts fonctionnaires russes, dont l’ambassadeur auprès de l’UE, le ministre de l’énergie, le porte-parole du Kremlin, etc., ne cessent d’avancer qu’il est possible de faire renaître l’idée de construire un gazoduc depuis la Russie vers l’Europe méridionale et centrale. Lundi dernier, dans une interview pour l’agence russe Interfax, l’ambassadrice grecque à Moscou, Danai-Magdalini Koumanakou (ancienne ambassadrice à Sofia), invitée à commenter des propos en ce sens du porte-parole Dmitrii Peskov, a affirmé que le projet South Stream était viable et que la Grèce était favorable à la réalisation, sur son territoire, de tout projet susceptible d’encourager la diversification des approvisionnements en gaz.

Entre-temps, le gouvernement bulgare continue à travailler sur l’idée de construction d’un centre de distribution de gaz (« hub gazier ») sur son territoire. La variante définitive de ce projet doit être prête d’ici un mois et demi, a indiqué le vice-premier ministre Tomislav Dontchev lors de la rencontre traditionnelle de l’AmCham avec le gouvernement, la semaine dernière. Selon lui, le projet de faisabilité est élaboré conjointement avec la Commission européenne et tous les éléments techniques, économiques et juridiques sont méticuleusement examinés. Sitôt finalisé, le projet sera présenté aux investisseurs. (Ikonomist)

Dernière modification : 01/04/2016

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