Vendredi 1er juillet

La visite

Sofia soutient la levée des visas pour les Ukrainiens

Le président ukrainien s’est rendu en visite officielle à Sofia ; les propos tenus par Petro Porochenko et son homologue bulgare lors de leur conférence de presse conjointe sont dans tous les journaux.

Nous observons dans la région de la mer Noire « une arc de triomphe d’instabilité et de conflits gelés », a déclaré Rossen Plevneliev. Il a également souligné que l’équilibre dans la région est détruit. « Il n’y a pas de tel [équilibre] et il dépend de nous tous de chercher des garanties pour notre sécurité dans le cadre d’un équilibre violé et la génération de menaces provenant de conflits gelés ; nous sommes de plus témoins d’une agression brutale comme celle de l’occupation d’un Etat indépendant, comme dans le cas de ce qui se passe en Ukraine et en Crimée », a ajouté le président de la République.

M. Porochenko a de son côté signalé que lors de sa visite en Roumanie, lui-même et son homologue roumain ont exprimé leur soutien pour la création d’une flottille en mer Noire (voir les revues des 16, 17 et 21 juin). « Nous soutenons cette initiative mais il s’agit également de la création d’un [projet semblable] à ce qui a été créé conjointement avec nos partenaires lituaniens et polonais » [la Lituanie, la Pologne et l’Ukraine ont signé en septembre 2014 un accord sur la création d’une force militaire commune, la Lithuanian-Polish-Ukrainian Brigade (LitPolUkrbrig) censée notamment renforcer la coopération militaire dans la région]. La Bulgarie ne participera pas à des initiatives régionales en mer Noire, si ce n’est dans le cadre de l’OTAN, a précisé de son côté le président de la République bulgare [M. Plevneliev a souligné devant les journalistes qu’il voulait être bien compris dans sa position et pour cela a répété trois fois « l’OTAN »].

M. Plevneliev a de nouveau souligné que la Bulgarie ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas l’annexion de la Crimée. « Pour nous la Crimée est Ukraine et l’Ukraine est Europe », a rappelé le président de la République (cf son discours au Parlement européen, voir la revue du 9 juin).

M. Plevneliev a réaffirmé le soutien ferme de la Bulgarie à l’avenir européen de l’Ukraine. M. Porochenko s’est refusé à voir dans le Brexit un phénomène destructif. La sortie de la Grande-Bretagne de l’UE n’arrêtera pas l’élan de l’Ukraine vers son adhésion à l’Union. « Après le Brexit, l’UE deviendra plus mobilisée et plus forte et trouvera une réponse digne aux thèses des populistes », a-t-il ajouté.

L’introduction de visas de long terme gratuits pour les Ukrainiens qui veulent étudier ou travailler en Bulgarie a été discutée lors de l’entretien entre les deux présidents. Lors de son entretien avec le premier ministre, le chef de l’Etat ukrainien a également reçu de Boïko Borissov le soutien de la Bulgarie pour la levée du régime des visas pour les Ukrainiens. (tous journaux)

La persévérance

Pour sa troisième tentative le projet de loi de lutte contre la corruption de Meglena Kouneva recueille une majorité à l’Assemblée nationale, malgré les critiques persistantes

Neuf mois après le rejet par l’Assemblée nationale de la première mouture du projet de loi de lutte contre la corruption aux échelons élevés du pouvoir (voir nos revues dеs 7 août 2015, 8 et 21 mars 2016), suivie par une refonte et un nouveau rejet il y a cinq mois, la dernière version de ce projet a été adopté hier en première lecture par le Parlement.

Communément appelé « la loi Kouneva » en raison de l’implication majeure de la vice-première ministre et de son équipe dans sa rédaction, le projet de loi sur la prévention de la corruption et la confiscation de biens illégalement acquis a été soutenu par 130 députés du GERB, du Bloc réformateur, du MDL, du Front patriotique et du Centre démocratique bulgare. Le PSB et Ataka ont voté contre et les députés d’ABC se sont abstenus.

Une partie des formations politiques s’est ralliée tout en maintenant leurs critiques contre les signalements anonymes et le renversement de la charge de la preuve.
Pour rappel, le projet de loi prévoit que la personne contrôlée apporte la preuve de l’origine de ses revenus au lieu d’attribuer la charge de la preuve au Bureau national pour la prévention de la corruption et la confiscation de biens illégalement acquis.

Selon le Front patriotique, à l’origine de l’échec de l’adoption de la loi en septembre dernier, cette disposition qui « nous fait revenir à l’époque de la Russie de Staline », porterait atteinte à la présomption d’innocence. Le MDL tire la sonnette d’alarme sur le danger des signalements anonymes. Et selon le PSB, la mise en place de ces signalements signifie « le retour de l’époque de Vychinski ».

« Bien que très controversés politiquement et professionnellement, ces textes passeront dans la mesure où leur adoption est le prix à payer pour la survie de la coalition au pouvoir », a estimé Kiril Dobrev du PSB.

Volen Siderov, leader d’Ataka, a qualifié cette nouvelle super-autorité, de « Gestapo » qui pourra se retourner même contre ses créateurs lorsqu’ils ne seront plus au pouvoir.

En réponse à ces critiques, Metodi Andreev, du GERB, a expliqué que dans un contexte où la corruption a pris de l’ampleur au point de menacer la sécurité nationale, la Bulgarie a besoin de mesures extraordinaires de lutte contre ce fléau. Cependant, il s’est rallié aux critiques du renversement de la charge de la preuve.

Ivan Ivanov, vice-président (Bloc réformateur) de l’Assemblée nationale, a souligné l’efficacité des signalements anonymes dans d’autres Etats membres tout en précisant que leur bon usage en Bulgarie dépendra du professionnalisme des fonctionnaires chargés de leur traitement. En revanche, il a considéré que l’indépendance absolue de la nouvelle super-autorité constitue un risque d’arbitraire

Garantir l’indépendance de la nouvelle institution est absolument indispensable, selon Meglena Kouneva, vice-première ministre et porteur de ce projet de loi. Elle a appelé à ce qu’un groupe de travail réunissant des députés et des experts soit constitué entre la première et la deuxième lecture afin de prévoir des garanties légales pour assurer l’indépendance de l’institution créée par la loi.

La presse rappelle que les critiques soulevées par les députés ont déjà été pointées par la Cour suprême de cassation qui a souligné dans un avis que « ces lacunes peuvent donner lieu à l’arbitraire, au populisme et à des attaques politiques ». (tous journaux, mediapool.bg)

Le Brexit

Les conséquences du départ de la Grande-Bretagne de l’UE pour la Bulgarie

Le referendum britannique continue à défrayer la chronique. Des analystes et politologues cherchent à savoir quelles seront les répercussions pour l’Europe des 27 en général et pour la Bulgarie en particulier.

Dans un dossier consacré au sujet, l’hebdomadaire Ikonomist fait le point. En absence d’une position arrêtée du gouvernement bulgare, les commentaires vont bon train. Si les uns se réjouissent, d’autres, tel un ancien ministre dont le nom n’est pas cité, déplorent le départ de la Grande-Bretagne, le seul Etat membre qui « faisait tout pour stopper les aspirations de l’Allemagne et de la France d’aller vers de plus en plus de centralisation et de réglementation ». C’est ce qui explique la hâte avec laquelle on invite aujourd’hui Londres à activer l’art. 50 du traité de Lisbonne, dit cet ancien ministre.

Sur le plan économique, la Grande-Bretagne reste le quatrième plus grand investisseur en Bulgarie : avec quelque 2,4 milliards d’euros investis de 1996 à 2014. En outre, de nombreux Bulgares travaillent et étudient outre-Manche. Dans un premier temps, selon les déclarations officielles de responsables britanniques, il n’y aura pas de changement dans leur statut. Mais le problème de l’accès d’autres Bulgares au marché de travail britannique se posera.

L’universitaire Gueorgui Dimitrov, de la chaire des études européennes à l’Université de Sofia, estime qu’il ne faut pas trop dramatiser la situation. Les thèses selon lesquelles le départ de la Grande-Bretagne aurait de graves conséquences sur l’UE sont le fruit de l’ignorance. La motivation d’unification des nations européennes remonte loin dans le temps et reste dictée par le besoin de faire face à la concurrence globale. « L’UE n’est pas fonction de la participation de la Grande-Bretagne. Le départ de cette dernière ne changera en aucune manière l’organisation, le sens, l’utilité des instruments de l’UE. Toutefois, l’Europe a besoin de réformes, structurelles er fonctionnelles, voire d’une refonte des valeurs. Un nouveau type de politiques d’intégration susceptibles de réduire l’influence des populistes. Les avantages pour la Bulgarie ? Difficile de le dire face à un événement sans précédent. Peut-être valoriser un peu plus sa loyauté vis-à-vis du moteur franco-allemand de l’intégration européenne, indique M. Dimitrov.

En revanche, dans Capital Daily, Simeon Diankov, professeur à London School of Economics et ancien ministre des finances (2009-2013), estime que le Brexit aura des effets à moyen terme beaucoup plus négatifs pour la Bulgarie qu’on ne le dit. D’abord, parce que Bruxelles sera submergé par le sujet Brexit et n’aura plus le temps ni les moyens d’appuyer avec la même force les réformes engagées et la lutte contre la corruption en Bulgarie. Ensuite, parce qu’il était prévu que certains de ses voisins puissent adhérer à l’UE d’ici cinq ans. Une telle intégration supplémentaire dans les Balkans aurait été bénéfique pour la Bulgarie (investissements, infrastructure, etc.). Enfin, il faut reconnaître que la Grande-Bretagne était le plus grand moteur au sein de l’Union du point de vue des grandes réformes à effectuer : marché unique des capitaux, marché numérique unique et politique européenne commune de l’énergie. En l’absence des Britanniques, ces débats seront ajournés sine die, souligne M. Diankov.

Selon lui, les effets négatifs pour l’Europe orientale seront également importants. Avec la Grande-Bretagne les pays est-européens perdent un défenseur farouche des faibles taux d’imposition, de la non-introduction d’une base d’imposition commune pour tous les Etats membres, de l’allègement de la charge administrative pesant sur les entreprises. Le fait également que, dans les cinq à six prochaines années, l’économie européenne fonctionnera au ralenti frappera de façon particulièrement forte l’Europe orientale.

On comprendra très vite que non seulement la Grande-Bretagne a besoin de l’UE, mais que l’UE aussi a besoin de la Grande-Bretagne et cela fera baisser le ton des commentaires dédaigneux. Par exemple, on sera amené à constater qu’en ce qui concerne les services financiers, le marché britannique est beaucoup plus développé que celui dans les autres pays et qu’il ne sera pas facile pour les grandes sociétés de quitter Londres pour Paris ou Francfort. Pour toutes ces raisons, il est très probable que les relations entre les deux parties prendront une forme similaire aux relations qui existent entre l’UE et la Norvège, conclut M. Diankov. (Ikonomist, Capital Daily)

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Dernière modification : 05/07/2016

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