Vendredi 2 septembre

Le messager

Avant-poste de l’Union européenne, la Bulgarie œuvre pour des relations sereines avec la Turquie

« C’est à l’Union européenne de juger clairement jusqu’à quand la Turquie arrêtera les réfugiés si l’accord adopté entre elle et notre voisine du sud n’entre pas en vigueur », a déclaré Boïko Borissov, premier ministre bulgare, dans une conférence de presse, à l’issue de son entretien de deux heures avec Binali Yıldırım, premier ministre turc, à Ankara, vendredi dernier (voir notre revue du 26 août).

Selon la presse bulgare, lors de cette prise de parole, M. Borissov a appelé à plusieurs reprises au respect de l’accord conclu entre l’UE et la Turquie « où figurent la réadmission et la levée des visas pour les citoyens turcs ». Pour sa part, M. Yıldırım a averti que « si les accords de réadmission et de libéralisation du régime des visas n’entrent pas en vigueur d’ici la fin d’octobre, l’Europe encourra un très grand risque ». Il a précisé avoir clarifié le détail de ce message à « son ami Boïko » et exprimé son assurance que M. Borissov communiquera la position de la Turquie à ses partenaires européens. M. Borissov a confirmé avoir pris bonne note des nombreux messages à faire passer auprès de ses partenaires européens et a avoué n’avoir pas été rassuré par cet entretien, bien que « nos relations soient excellentes » (allusion à l’interview donnée par M. Borissov la veille de sa visite en Turquie à la Frankfurter Allgemeine Zeitung où il exprime sa crainte de conséquences fatales pour la Bulgarie si Erdoğan décide de ne pas respecter l’accord).

« J’espère que nous, tous ensemble, forts de la volonté de l’UE et de la Turquie, pourrons nous sortir de cette situation sans issue ou de non-respect de l’accord. Bon ou mauvais, celui-ci diminue à l’heure actuelle largement la pression sur l’Europe. Nous nous sommes engagés et nous nous devons, tels Etats de droit, de respecter ce que nous avons adopté. Mettre en avant la lutte contre les migrants comme une cause politique est très convenable pour les politiciens européens mais j’ai du mal à m’imaginer comment nous à Sofia, on commencera à accueillir des milliers de migrants renvoyés en Bulgarie par les autres pays européens. Je n’accepterai pas non plus que la Bulgarie devienne une zone tampon entre l’UE et la Turquie. Un accord bilatéral [bulgaro-turc] ne fera pas l’affaire. La solution est dans la responsabilité solidaire. La Bulgarie ne veut pas résoudre son problème au détriment de la Grèce ni bénéficier de l’unité européenne pour le compte de la Turquie », a-t-il expliqué en exprimant sa conviction que l’Europe et la Turquie rendront l’Europe plus stable.

Selon le service de presse du Conseil des ministres, M. Borissov a réaffirmé lors de son entretien à huis clos avec le président Recep Tayyip Erdoğan que jouer cavalier seul face à la crise des réfugiés est une mauvaise démarche de la part de certains pays européens. Il a remercié le président turc pour son engagement à diminuer la pression migratoire sur la Bulgarie. Les grands projets énergétiques ont également été discutés.

Ces messages ont été dûment portés par le premier ministre bulgare lors du dîner de travail qu’il a eu Berlin avec la chancelière Merkel et ses homologues autrichien, croate et slovène, le jour suivant à la résidence gouvernementale au château de Mezerberg.

Le non-respect de l’accord UE-Turquie peut se transformer en une menace directe pour la Bulgarie et la Grèce. Pour la presse bulgare, livrée à elle-même face au problème des migrants, la Bulgarie se doit d’entretenir des relations diplomatiques sereines avec la Turquie et d’assurer ainsi une situation relativement calme à la frontière extérieure de l’UE. La Bulgarie tient à ses bonnes relations avec ses voisins et compte sur la solidarité de tous les Etats membres pour faire face à ce problème.

De retour de sa visite en Allemagne, M. Borissov a souligné avoir saisi l’occasion pour évoquer l’entrée de la Bulgarie dans l’antichambre de la zone euro et dans la zone Schengen « bien que ce ne soit pas le bon moment pour y adhérer ». Schengen ne profiterait pas à la Bulgarie « bien qu’on ait rempli tous les critères et qu’on soit meilleur que beaucoup d’autres pays ». Le premier ministre a également exprimé le souhait de la Bulgarie d’obtenir plus de fonds, d’équipements et de ressources humaines pour renforcer la protection de sa frontière, plaidant pour que la Bulgarie soit traitée sur un même pied d’égalité que la Grèce et l’Italie. (tous journaux)

Le service après-vente

Le premier ministre justifie sa visite en Turquie et se pose en leader européen

La crainte de voir la Bulgarie submergée par une vague de réfugiés au cas où l’Union européenne et la Turquie ne parviendraient pas à un accord a semblé paralyser les plus hauts échelons de l’appareil de l’Etat. Hanté par ce cauchemar, le premier ministre l’a mis au cœur de ses entretiens « prévus de longue date » avec son homologue turc et avec la chancelière Merkel la semaine dernière (voir la rubrique précédente) mais dont l’écho se fait toujours entendre.

Accusé d’être le coursier, le pigeon voyageur, le porte-parole d’Erdoğan (par la présidente du PSB Kornelia Ninova) ou de servir les intérêts étrangers (Ognian Mintchev, selon les propos de M. Borissov ), le premier ministre a expliqué la raison d’être de sa navette de la semaine dernière dans une longue interview à la télévision nationale.

« Il faut vraiment être un idiot pour me traiter de messager. Mes opposants ne supportent pas qu’au plus haut niveau en Europe, en Amérique et partout dans le monde, on me tutoie et que les positions que je défends deviennent des décisions de toute l’Europe comme par exemple la fermeture de la route des Balkans, qui a été ma proposition que j’ai défendue corps et âme. Je ne peux que leur souhaiter d’être convoqués dans toutes les capitales du monde et que les médias de ces capitales les citent après et apprécient leur démarche. L’Autriche et l’Allemagne [après le déjeuner de travail à Berlin samedi dernier] ont changé de positions et ont admis qu’il faut travailler avec la Turquie car l’accord est salvateur pour l’Europe », a-t-il précisé en introduction.

« La Turquie est notre voisine (on ne choisit pas ses voisins : je veux bien avoir des voisins comme l’Autriche, l’Allemagne et la France), et bien que je sois moi aussi contre la politique de la Turquie comme 100% des gens à qui on posera cette question, je me dois d’entretenir de bonnes relations. D’autant plus que pour les collègues turcs, la prise en charge de ces trois millions de réfugiés devient de plus en plus difficile dans la mesure où l’Europe qui se veut solidaire ne leur donne que des miettes. Il est donc normal qu’ils voient en moi l’un des leaders du Conseil européen. Tusk, hier au téléphone, m’a demandé les priorités que je veux voir figurer dans l’ordre du jour du prochain sommet de Bratislava. La diplomatie mondiale doit s’impliquer afin qu’on évite le collapsus de notre voisine du sud qui aura des conséquences historiques », a souligné M. Borissov

« Certes, l’adhésion de la Turquie à l’UE et la levée des visas sont actuellement impossibles mais d’autres soulagements comme les passeports de fonction que la Bulgarie délivrait à l’époque du socialisme aux fonctionnaires d’Etat turcs et à leurs hommes d’affaires peuvent être envisagés », a-t-il observé.

Enfin, il a précisé que le sommet de Bratislava du 16 septembre (la réunion du Conseil européen à 27) constitue une chance unique pour la Bulgarie qui a du mal à gérer la frontière grecque par laquelle passe la plupart des migrants clandestins qui « mentent après être venus de Turquie » avec laquelle la Bulgarie n’a pas d’accord de réadmission. « De l’argent, des équipements et des ressources humaines, c’est ce dont la Bulgarie a besoin aujourd’hui ».

Selon Capital qui attire l’attention sur la prédominance du thème de la Turquie dans l’agenda du premier ministre (l’expulsion d’Abdullah Büyük, les entretiens avec son homologue turc et le président de ce pays.) au détriment d’autres priorités importantes, cette préoccupation du premier ministre pour une crise future n’est qu’une excuse convenable pour l’inaction de l’Etat. La Bulgarie est en dehors de la zone euro et de Schengen à cause de la corruption de masse et de l’interpénétration entre la criminalité organisée et l’Etat. Le gouvernement Borissov II n’a réalisé aucun progrès dans ce domaine : les tentatives de réformes se sont noyées dans les marécages de la responsabilité vague de la coalition au pouvoir. Or, la réforme du système judiciaire aurait pu contribuer à l’adhésion à Schengen et même à la zone euro, soutient le journal

Dans un contexte où l’UE est à la recherche de son identité après la crise et le Brexit, la Bulgarie, incapable de réaliser les réformes indispensables et encourant ainsi le risque de se retrouver dans la périphérie de cette nouvelle Europe, semble tenter sa dernière chance de convaincre ses partenaires européens de son rôle stratégique dans la région afin d’obtenir leur bienveillance. Non pas parce que Schengen permettra de gérer la crise des réfugiés mais parce qu’il permettra à la Bulgarie qui se sent seule dans l’océan européen de devenir membre à part entière du club. Un tel rapprochement du noyau de l’Europe lui permettra également d’avoir des alliés convenables, comme la Grèce et la Roumanie au lieu du groupe de Visegrád, désormais boudé par Borissov à cause de son opposition à l’initiative allemande. L’alliance tellement souhaitée avec Allemagne, fidèle à la France et jouant le rôle d’arbitre de l’UE, reste impossible malgré les efforts du premier ministre.

Boïko Borissov a besoin d’une coalition, de nouveaux partenaires, du soutien de Mme Merkel et d’un rapprochement le plus étroit possible avec le cercle intérieur de l’UE. Et le plus rapidement possible s’il s’extraire de la périphérie porteuse d’instabilité et d’impopularité. (tous journaux, btv.bg, mediapool.bg, dnevnik.bg)

La rentrée

Les forces parlementaires se positionnent en vue de l’élection présidentielle, en attendant la désignation de candidats

A la veille d’une élection présidentielle qui doit se tenir le 6 novembre prochain, la rentrée politique s’est ouverte, le 31 août. Une fois n’est pas coutume, cette première session parlementaire, ne suscite guère d’intérêt, dans la mesure où la campagne présidentielle qui doit commencer le 4 octobre, va suspendre pendant un mois les travaux parlementaires afin que les partis puissent promouvoir leurs candidats.

Dans ce contexte, les leaders des partis parlementaires ont saisi l’occasion de leurs déclarations traditionnelles de la tribune de l’Assemblée nationale pour ouvrir cette campagne présidentielle qualifiée d’ « anonyme », les candidats de la plupart des partis restant inconnus.

Tsvetan Tsvetanov, président du groupe parlementaire du GERB a souhaité beaucoup de chance à tous les participants à la compétition et a appelé à « une approche positive à l’égard des opposants ». Le GERB dont le candidat ne sera finalement annoncé que le 2 octobre (selon la décision de la commission exécutive de ce parti) ne recourra à des démarches négatives pour compromettre les candidats des autres partis et souhaiterait que ceux-ci à leur tour ne tirent pas de dividendes politiques en critiquant le gouvernement dans un contexte international tendu et une situation régionale instable. En introduction de son discours, M. Tsvetanov a mentionné les résultats du dernier sondage d’opinion de Market Links selon lesquels le premier ministre est l’homme politique qui bénéficie du taux de confiance (46,7%) le plus important.

Valeri Simeonov, coprésident du Front patriotique, a promis que son parti n’exploitera pas les défis que la Bulgarie affronte dans cette situation géopolitique complexe pour « faire de la propagande partisane à bon marché » au vue de la prochaine élection présidentielle. Il a tout de même déclaré qu’ « écarter le MDL et sa ramification DOST non seulement du pouvoir mais de la vie politique bulgare reste une priorité pour la coalition FNSB-ORIM ».
Pour rappel, le candidat du FP à la présidence de la République, Krassimir Karakatchanov, président de l’ORIM et coprésident du FP, a été le premier à être désigné candidat à la présidentielle avant même les vacances parlementaires. Selon le même sondage de Market Links, il talonne M. Borissov avec un taux de confiance de 41,7%.

Le Bloc réformateur lors de cette première session parlementaire a une fois de plus fait étalage de la discorde qui règne en son sein. A peine après avoir déclaré au nom du Bloc ne pas soutenir la politique des négociations bilatérales avec la Turquie et la Russie sur des questions concernant la politique européenne commune, Radan Kanev a été démenti par le secrétaire général du groupe parlementaire, Dimitar Deltchev. Celui-ci qui a souligné que la majorité du Bloc prend ses distances par rapport aux déclarations de Radan Kanev et apprécie les efforts de réforme de ce gouvernement dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’économie et d’autres secteurs importants. M. Deltchev a annoncé l’imminence de la désignation du candidat du Bloc réformateur à la présidentielle.

Le lendemain, le conseil des présidents du BR a rendu publique sa décision de soumettre à la commission exécutive la candidature de Traïtcho Traïkov (ancien ministre de l’énergie du premier gouvernement Borissov). Cette annonce a provoqué la colère de Bojidar Loukarski, ministre de l’économie et président de l’UDF, qualifiée plus tard d’ « émotion » par le vice-président de l’UDF.

Pour le PSB, la nouvelle session parlementaire sera celle d’une voie alternative pour le développement de la Bulgarie sur le plan de la politique intérieure et extérieure, a déclaré Kornelia Ninova, présidente du parti, qui a proféré des critiques à l’égard du GERB « symbolisant le statu quo ». Elle a appelé à ce que les partis s’unissent contre les manipulations électorales et le vote acheté. En outre, Mme Ninova a demandé que l’Assemblée nationale évalue le mandat de l’actuel chef d’Etat.

Le 17 août, les socialistes avaient décidé de soutenir la candidature du général Roumen Radev, ancien chef des forces aériennes. Après l’échec des négociations avec ABC leur parti a décidé de mettre en place un comité d’initiative chargé d’épauler la candidature du général afin d’obtenir le soutien d’autres organisations.

Enfin, le MDL a insisté pour que des élections législatives anticipées soient organisées à l’issue de l’élection présidentielle afin de former une majorité stable et un nouveau gouvernement. Moustafa Karadaïa, président du parti, a considéré l’élection présidentielle « comme faisant partie du reformatage de la configuration politique et de la stabilisation des institutions. Nos objectifs sont l’unité et la stabilité et c’est à la lumière de ces objectifs que nous jugerons de la candidature à soutenir lors de cette élection », a-t-il conclu. (tous journaux)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.

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Dernière modification : 06/09/2016

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