Vendredi 20 juin

LE SINISTRE

LES PLUIES TORRENTIELLES FONT DES VICTIMES A VARNA ET DOBRITCH

Les pluies torrentielles qui s’abattent depuis une semaine sur tout le pays ont tourné au désastre. Jeudi, tard dans la soirée, un déluge de boue a balayé le quartier d’Asparoukhovo, à Varna. Il a causé dix décès, dont deux enfants. A Dobritch, deux corps ont été retrouvés dans les rues transformés en rivières.
Des équipes de 150 secouristes se sont rendues sur place. Deux hélicoptères militaires survolent la région pour évaluer l’ampleur de la catastrophe.
L’eau a emporté les rampes en métal de l’escalier menant au Jardin maritime à Varna. La boue dans cette partie du jardin est infranchissable. L’allée longeant la plage est bloquée par l’éboulement de masses de terre et des arbres déracinés.
Dans les localités sinistrées, des équipes sont en train de réparer les dommages occasionnés au réseau électrique. Le réseau de distribution de gaz n’a pas été affecté.
Les routes Dobritch- Baltchik, Kavarna-Baltchik et Varna-Baltchik sont impraticables Des pans entiers en sont inondés. Le canal navigable reliant le lac à la mer est fermé à la navigation. Des voitures y flottent et on s’attend à y découvrir les corps d’autres victimes.
Le premier ministre Plamen Orecharski, accompagné par les ministres de la Défense, de l’Intérieur, des Transports et de l’Environnement et de l’Eau, s’est rendu sur les lieux sinistrés. Il a ordonné la prise de mesures urgentes pour drainer l’eau des habitations et des rues et pour prévenir une nouvelle crue des eaux.
La situation est non moins désastreuse dans les régions de Veliko Tarnovo et Gabrovo. A Kilifarevo, non loin de Veliko Tarnovo, la rivière sortie de son lit a noyé des centaines d’animaux et a englouti des maisons. L’eau a emporté des véhicules et l’asphalte des routes.
Maisons inondées, rues obstruées par la boue, systèmes d’assainissement et infrastructures routières hors d’usage : telle est la situation à plusieurs endroits dans les Rhodopes. Des champs de tabac, maïs, pommes de terre sont sous l’eau. Les maires des villages sont en train d’évaluer les dégâts pour demander de l’aide à l’Etat. (mediapool.bg, dnevnik.bg)

L’IMPLOSION

LE PARLEMENT SECOUÉ PAR DE VIVES ALTERCATIONS ; YANAKI STOILOV DONNE SA DEMISSION DU POSTE DE VICE-PRESIDENT DU GROUPE PARLEMENTAIRE DU PSB

Le parlement a rejeté hier le véto opposé par le président de la République à la loi sur le ministère de l’Intérieur (voir notre revue du 10 juin) et a procédé à la nomination d’un nouveau ministre de l’Environnement et de l’Eau en remplacement d’Iskra Mikhaïlova, élue députée européenne.
Le véto présidentiel a été inscrit à l’ordre du jour et rejeté avec les voix du PSB, MDL et Ataka, bien que mercredi dernier son examen avait été reporté pour la semaine prochaine.
En signe de protestation, le leader Boïko Borissov a annoncé que son parti boycottera les consultations entre les forces parlementaires, qui doivent démarrer mardi prochain pour fixer la date des élections législatives anticipées et les priorités pour le parlement avant sa dissolution.
Ensuite, le MDL, soutenu par le GERB, a proposé que les députés approuvent un amendement au Code pénal visant la suppression de la prescription pour les crimes politiques, sous-entendu les crimes commis à l’époque du processus de changement forcé des noms musulmans et leur remplacement par des noms bulgares (années 1980). La proposition a été rejetée, mais elle avait déjà fait monter la tension entre le MDL et le PSB. Les socialistes ont demandé une suspension de séance et le vice-président du groupe parlementaire, Yanaki Stoïlov, leur a demandé de ne pas soutenir la nomination du ministre de l’Environnement et de l’Eau, une candidature MDL, tant que celui-ci « joue le jeu du GERB » (cité d’après Standard). Une vive altercation émaillée d’invectives grossières ayant éclaté entre les députés socialistes séparés en deux camps opposés, Yanaki Stoïlov, monté peu de temps après à la tribune, a annoncé sa démission du poste de vice-président du groupe parlementaire.
« Je considère que le PSB doit mieux préserver sa dignité politique, se comporter comme le parti avec le mandat duquel a été formé le gouvernement. […] Si nous tenons à avoir des priorités, il faut que ce soit des priorités partagées par nous et tous les autres et non tolérer la formation, sur certaines questions, de coalitions MDL-GERB et, sur d’autres, demander au PSB de soutenir un problème qui arrange autrui », s’explique-t-il dans les pages de Standart.
Finalement, la candidature de Stanislav Anastassov au poste de ministre de l’Environnement et de l’Eau a été approuvée sans débat avec les voix du MDL et du PSB.
Le nouveau ministre a 31 ans et tout son parcours professionnel a eu lieu dans les structures de parti du MDL, indique Capital Daily.
« La ‘fission’ du pouvoir est la plus visible au parlement, écrit Capital Daily, où les partis sont en train de se regrouper en configurations très variées pour soutenir ou rejeter une décision, en fonction de leurs intérêts ». (tous journaux)

L’OPINION

LE GOUVERNEMENT ORECHARSKI TRAVAILLE POUR LA RUSSIE, CONTRE L’INTERET NATIONAL ET CELUI DE L’UE

Dans un texte publié le 18 juin sur son blog, le politologue Antoniï Galabov examine la situation politique présente et souligne la nécessité d’une dissolution rapide de l’Assemblée nationale. En voici de larges extraits.
Le refus du gouvernement de démissionner risque de bloquer le fonctionnement des institutions, étant donné que le cabinet Orecharski a entièrement perdu sa légitimité politique à la suite de la récente collision au sein de la majorité au pouvoir. D’autre part, les résultats des élections européennes ont clairement témoigné de l’absence d’un quelconque soutien politique au gouvernement.
Après que Mikhaïl Mikov et le premier ministre ont émis des déclarations [contradictoires] à propos du projet South Stream, il n’y a plus aucun doute que le destin du gouvernement n’est déterminé ni par les institutions bulgares, ni par les citoyens. Il est certain que le parlement et le gouvernement souhaitent poursuivre leur travail jusqu’à ce qu’ils garantissent l’« irréversibilité » du projet gazier, comme l’a bien précisé le ministre Stoïnev en Chine. La majorité dirigeante entend faire tout son possible pour satisfaire aux demandes de ses donateurs et seulement ensuite, réfléchir à la possibilité de tenir des législatives anticipées.
Le report de la démission du gouvernement, sous prétexte que le GERB ne soutiendrait pas de législatives en juillet, n’est qu’une attaque voilée du PSB contre le président de la République. N’ayant toutefois pas réussi à déstabiliser l’institution présidentielle et à la soumettre à leur ambition d’occupation totale du pouvoir, les dirigeants actuels feront tout pour compromettre les démarches du chef de l’Etat en vue d’atteindre un consensus.
Le principal problème réside dans le fait qu’après l’échec de la motion de censure contre le gouvernement sur la question de l’état financier du pays, il n’y ait pas d’autre moyen institutionnel légal qui l’oblige à démissionner.
Le scandale croissant relatif à l’attitude du gouvernement bulgare par rapport au projet South Stream n’explique que partiellement le problème. Il n’y a plus aucun doute que depuis le 31 octobre 2013, quelques heures après l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation énergétique européenne, jusqu’à présent, le gouvernement Orecharski s’est mis entièrement à la disposition et au service de la Russie, sous-estimant sciemment aussi bien les intérêts bulgares que les principes de l’Union européenne.
Le gouvernement et l’actuelle majorité au pouvoir ont agi ouvertement contre les intérêts bulgares et ceux de l’Union européenne, ce qui, dans d’autres pays, signifierait qu’il existe des raisons suffisantes pour qu’une procédure pénale soit engagée à leur encontre.
La voie vers des législatives anticipées n’est donc pas ouverte tant que le gouvernement ne démissionne pas. Le PSB fera tout son possible pour reporter au maximum le moment où la gestion de la crise politique dans le pays devra être assumée par le président. Formellement, rien ne fait obstacle à ce que l’agonie se poursuive.
Il convient de souligner cependant qu’à la différence des électeurs dans beaucoup d’autres pays, les citoyens bulgares ont envoyé aux dernières élections un signal clair d’adhésion aux principes et aux valeurs de l’Europe. Toute tentative de sous-estimer ce vote au profit d’intérêts corporatifs ou partisans représente une trahison des intérêts nationaux. Le gouvernement et l’actuelle majorité au pouvoir essaient de se positionner entre la Bulgarie et l’Union européenne, en bloquant ainsi les perspectives stratégiques pour le développement de la Bulgarie. Il est cependant sûr que plus ce gouvernement se prolonge, plus la crise politique s’approfondit, plus le prix social que les citoyens bulgares devront payer augmente. Il n’y a pas à l’heure actuelle de but politique plus important que d’aboutir à un consensus national minimal qui mènerait vers des législatives anticipées. Les élections sont loin d’être un moyen magique qui permettrait de régler tous les problèmes existants, mais elles constituent l’unique issue possible de la crise.

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Dernière modification : 20/06/2014

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