Vendredi 21 octobre

Le duel

Débat électoral Tsatcheva-Radev : un départ plutôt raté pour la candidate du GERB

Tsetska Tsatcheva et Roumen Radev, à qui les agences sociologiques réservent les deux premières places à l’issue de l’élection présidentielle du 6 novembre, se sont affrontés dans un débat public organisé par la chaîne de télévision bTV.

Le thème de « la Bulgarie, membre actif de l’OTAN et ami de la Russie », est le point de rapprochement le plus important des vues des deux candidats. Tous deux ont souligné que le choix de la Bulgarie d’adhérer à l’OTAN et à l’UE n’a pas d’alternative et se sont convenus que cela ne signifie pas « la russophobie ». Mme Tsatcheva a même déclaré qu’elle envisageait d’insister auprès de la diplomatie bulgare pour qu’une position commune soit élaborée afin que les sanctions économiques contre la Russie soient levées et que les Etats victimes de ces sanctions soient indemnisés. Cette déclaration a été applaudie par son opposant. [Ndt. Plus tard dans la journée, Boïko Borissov, premier ministre a déclaré en marge du Conseil européen que la Bulgarie soutiendrait des sanctions contre la Russie si cela pouvait faire revenir toutes les parties prenantes autour de la table des négociations.]

Bien que les deux candidats aient déclaré préférer être des diplomates plutôt que des faucons, leurs points de vue au sujet de la Russie ont divergé. Selon Mme Tsatcheva, « l’annexion de la Crimée constitue une violation grave des engagements obtenus après la Seconde guerre mondiale et la Crimée est en Ukraine », alors que selon M. Radev, « elle l’est de jure mais de facto c’est le drapeau russe qui y est érigé et son avenir dépend du peuple ».

La protection de la frontière nationale a été un autre point de divergence entre les deux candidats. Roumen Radev a argué que « seule la frontière serbe était protégée » en annonçant « une augmentation de 50% des migrants arrêtés, ayant donc pénétré sur le territoire national ». Tsetska Tsatcheva a taclé « la méconnaissance de la part de M. Radev du mécanisme » permettant aux migrants d’entrer sur le territoire national et a demandé à son adversaire « comment il pensait y faire face ». « En convoquant le Conseil consultatif de sécurité nationale », a-t-il répondu.

La remise de citoyens turcs à la Turquie (voir notre revue du 19 octobre) a également opposé les deux candidats. « L’intérêt national prime devant certains droits lorsque la loi est violée », a déclaré Mme Tsatcheva en précisant que « la loi évite normalement le conflit entre les droits et l’intérêt de l’Etat ». Pour sa part, M. Radev s’est opposé à « l’extradition silencieuse » en expliquant que « personne ne se presse de remettre à leur Etat d’origine des gens qui encourent le risque de la torture ». « De tels actes créent l’impression que nous sommes dépendants d’Erdoğan », a-t-il ajouté.

Enfin, l’appartenance passée de Mme Tsatcheva au parti communiste bulgare lui étant reprochée, elle a souligné n’en tirer ni honte, ni fierté dans la mesure où « c’était une question de jeunesse et d’engouement. Mais je me permettrais de reformuler George Bernard Shaw selon qui celui qui n’a pas été socialiste à l’âge de vingt ans n’a pas de cœur et celui qui l’est toujours à quarante n’a pas de tête ». « Alors comment allez-vous unir la nation puisque vous venez de traiter d’imbéciles tous les socialistes en Bulgarie ? », a vivement réagi Roumen Radev.

Après ce débat, Traïtcho Traïkov, candidat réformateur à la présidentielle, Kristian Takov, consieller juridique du président de la République et Radan Kanev, président des DBF, ont accusé Mme Tsatcheva de mépriser les droits de l’homme. « Tsatcheva a effacé deux cents ans de patriotisme bulgare reposant sur le besoin d’un Etat bulgare indépendant qui puisse protéger notre liberté et nos droits humains », a écrit sur sa page Facebook Radan Kanev.

Selon Daniel Smilov, politologue, le GERB, en évitant un débat plus large incluant le représentant de la droite Traïtcho Traïkov, a offert une victoire d’office à Roumen Radev à qui il a ainsi reconnu le statut de seul opposant. Sur sa page Faecbook, Ilian Vassilev, ancien ambassadeur de Bulgarie en Russie, commente : « En désignant Tsetska Tsatcheva comme candidat du GERB à la présidentielle, Borissov a perdu cette élection. M. Borissov ne doit pas s’attendre à ce que les électeurs de droite, ni même les électeurs instruits normaux votent pour son candidat. Une partie choisira le vote de protestation pour Radev et le reste ne se déplacera même pas pour aller aux urnes. A titre d’information, je rappellerai à Mme Tsatcheva qu’une sécurité nationale qui méprise les droits de l’individu relève de la doctrine soviétique ». (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

La stratégie

Présidentielle : le MDL et DOST abattent tous deux leur carte

Hier les deux partis se disputant les voix des électeurs turcs, le MDL et DOST, ont presque simultanément annoncé quel candidat à l’élection présidentielle ils soutiennent. Le MDL a choisi l’ancien premier ministre Plamen Orecharski, dont la candidature a été lancée par un comité d’initiative, tandis que DOST a opté pour Tsetska Tsatcheva, la candidate du GERB.

M. Orecharski a réagi à cette nouvelle sur son compte Twitter. Il a remercié le parti, qui selon lui, possède beaucoup d’expérience et des professionnels exceptionnels. Le GERB, par contre, a eu une réaction plus nuancée. Le premier ministre Boïko Borissov a déclaré : « Nous n’avons pas demandé son soutien, mais nous ne le refusons pas ». Mais Krassimir Veltchev, vice-président du groupe parlementaire du GERB, s’est interrogé : « Quelqu’un a-t-il appelé Mestan ; quelqu’un a-t-il demandé son aide ? Je n’ai pas d’explication », laissant entendre qu’il voit d’ « autres intentions » dans cette décision, sans préciser lesquelles. « DOST donne un soutien non-demandé à Tsatcheva. Le GERB répond : Non, merci ! », résume 24 tchassa.

On sait désormais qui l’électorat dur du MDL soutiendra au premier tour. Mais, souligne Mediapool, la question encore plus importante qui se pose à présent est de savoir vers qui iront ces voix au second tour, alors que les sondages annoncent un ballottage très serré entre Mme Tsatcheva et le candidat soutenu par le PSB, le général Roumen Radev (voir la revue du 18 octobre). Le site d’information rappelle un sondage de Gallup International selon lequel le MDL est en mesure de mobiliser 6% des électeurs, ce qui lui donne une des clés du scrutin. Interrogé sur le prix du soutien du MDL lors du ballottage, Moustafa Karadaya, président du parti, a commencé par dire : « Le prix du MDL entre le premier et le deuxième tour pourrait s’avérer très considérable » (cité par Mediapool). Pour ensuite se reprendre : « Si on ne réussit pas au premier tour, au deuxième nous feront sans doute élire Plamen Orecharski président » (cité par Capital Daily).

Plusieurs journaux rappellent que M. Orecharski était à la tête d’un gouvernement dit d’« experts », soutenu par le PSB et le MDL, qui a dû démissionner après 405 jours de protestations déclenchées par la nomination du député MDL Delian Peevski à la tête de la DANS. Le MDL est au moins honnête vis-à-vis d’Orecharski, tandis que le PSB, qui l’applaudissait, l’a ensuite trahi, a affirmé M. Borissov en réaction à la décision du parti de M. Karadaya.

Les médias soulignent également qu’en annonçant son appui à M. Orecharski, M. Karadaya a de nouveau appelé à des élections législatives anticipées. Il s’est prononcé pour une « reformulation de la configuration du pouvoir » dans laquelle le MDL compte apparemment jouer un rôle, commente Mediapool.

Dnevnik a sollicité le commentaire de trois politologues. Selon Evgenii Daïnov, il s’agit d’un mouvement tactique intelligent de la part du MDL. Personne ne votera pour M . Orecharski sauf l’électorat dur du MDL. Ainsi, après le premier tour, le parti pourra déclarer : « voilà, ce sont nos voix ; Mestan n’a pas réussi à nous en piquer. Alors pour le second tour, vous serez obligés de négocier directement avec nous ». Quant à la tactique de M. Mestan, elle consisterait à dire : pensez à moi, je continue à exister, précise M. Daïnov. Ognian Mintchev ajoute que, dès l’annonce de la candidature de M. Orecharski, il était clair qu’il était le choix du MDL. Le politologue soutient également qu’il s’agit d’une mobilisation de l’électorat du parti pour préparer « le marchandage » avant le ballottage. Le politologue souligne que la désignation même de la candidature de M. Orecharski pourrait être lue comme une annonce que le vote MDL ira au deuxième tour pour le candidat du PSB, M. Radev. Selon Parvan Simeonov, l’appel à des élections législatives anticipées de M. Karadaya est une revendication de plus de pouvoir. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

L’entretien

Boris Popivanov : M. Borissov perd le contrôle sur la situation

Le politologue Boris Popivanov, affilié à l’Institut de sociologie Ivan Hadjiiski, aborde dans une interview pour Douma plusieurs sujets de l’actualité politique.

Après avoir décidé de partir en vacances, les députés, rabroués par le premier ministre, sont revenus sur leur décision (voir notre revue du 17 octobre dernier). Le sens de l’intervention du M. Borissov, estime le politologue, était de démontrer qu’il est le chef, celui qui décide. Sa réprimande était orientée vers ses partenaires de coalition qui, une fois la peur passée, ont commencé à s’expliquer et à parler de principes. Mais en réalité, M. Borissov a puni ses propres députés qui avaient naïvement pensé avoir le dernier mot sur ce qui se passe à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas la première fois qu’ils reviennent sur leurs décisions, mais le fait que le leader du parti se voit contraint de plus en plus souvent d’intervenir est un signe net qu’il perd progressivement le contrôle sur la situation.

Quant aux partis du Bloc réformateur, il apparaît qu’ils sont prêts à toujours plus de compromis qu’on ne le suppose. Pendant la première année de la législature, ils parlaient de « compromis historiques », mais ces prétentions ont fait place à des justifications impuissantes. Leurs principes, qu’on pensait d’acier, se sont avérés de caoutchouc. En outre, les ministres du Bloc tantôt soutiennent le gouvernement, tantôt non. Au parlement, les Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF) de Radan Kanev, une des composantes du BR, exécutent une danse politique très compliquée où les moments de rapprochement avec M. Borissov alternent avec des coups bas contre lui.

Depuis un an, les DBF s’efforcent de réfuter la logique classique d’Aristote selon laquelle une proposition et sa négation logique ne peuvent pas être vraies à la fois. Le parti de M. Kanev se considère à la fois au pouvoir et dans l’opposition, ce qui met M. Borissov dans une situation où il doit tolérer les cadres des DBF et leur absence de responsabilité. Il y est obligé, parce que les DBF sont le partenaire de M. Borissov en politique étrangère, celui qui soutient la ligne géopolitique pro-occidentale. L’alliance entre MM. Kanev et Borissov sur ce point tient toujours, mais à un prix très élevé pour le premier ministre, d’où ses plaintes qu’il les aurait écartés volontiers du pouvoir s’il le pouvait.

Le pouvoir du premier ministre fait eau de toute part : majorité en pleine désintégration, contrôle de plus en plus défaillant sur le groupe parlementaire du GERB, soutien international en chute libre, situation économique et sociale dépérissante (deux tiers des communes sont littéralement en faillite, les programmes opérationnels tirent à leur fin, les PME sont étranglées par les monopoles, etc.). Tout peut s’effondrer.

En ce qui concerne l’élection présidentielle, la révision du Code électoral au tout dernier moment ne fait qu’augmenter le sentiment de dégoût envers la politique et les politiciens parmi les citoyens. Il est absolument inadmissible qu’on change les règles à un moment où la Commission électorale centrale (CEC) organise la formation des commissions régionales et des bureaux de vote. On dirait même que les gouvernants préparent un chaos pour le scrutin afin de pouvoir en profiter.

S’agissant des deux candidats pressentis comme probables adversaires d’un second tour, Tsetska Tsatcheva (GERB) et Roumen Radev (soutenu par le PSB), la question est d’abord de savoir si l’on aura ou non un scrutin équitable et transparent, souligne M. Popivanov. On ne peut soupeser les chances des candidats que dans une franche compétition. Le PSB a su sortir du piège tendu par les multiples candidatures de gauche et le général Radev est désormais donné comme l’adversaire du candidat du GERB et non d’Ivaïlo Kalfine (ABC) ou de Tatiana Dontcheva (Mouvement 21). S’il ne commet pas de grosse erreur, ses chances de tourner le vote sont réelles. Quant à Mme Tsatcheva, elle subit les aspects négatifs du gouvernement des derniers mois et sa propre faible cote de confiance auprès de l’électorat.

Quel sera le rôle du MDL dans cette élection présidentielle ? Le MDL affirme qu’il veut des élections législatives anticipées. A ce stade, cela signifie que le candidat du GERB doit perdre l’élection. Il est vrai que récemment, le gouvernement a versé des subsides généreuses à plusieurs communes administrées par des maires MDL. Mais il est encore plus vrai que, sur le long terme, l’aspiration du GERB à la toute-puissance resserrera la corde autour du cou des entreprises et des communes inféodées au MDL. L’intérêt économique et tactique immédiat du MDL le rapproche du GERB, mais, du point de vue stratégique, il n’a pas besoin d’un GERB devenu parti-Etat. La décision du MDL sur qui il choisira de soutenir au second tour va visiblement tenir compte de ces considérations.

Mais quel que soit le prochain président de la République, le modèle politique établi en 2014 ne pourra tenir que très difficilement. Il se désagrège. Même s’il ne faut pas exclure que son agonie s’éternise, conclut le politologue. (Douma)


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Dernière modification : 21/10/2016

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