Vendredi 22 janvier

Le bilan

Conférence de presse du président de la République et de son adjointe à l’occasion du quatrième anniversaire de leur entrée en fonctions

Le président de la République Rossen Plevneliev et la vice-présidente Margarita Popova ont dressé hier leur bilan de l’année écoulée et ont répondu à des questions lors de leur conférence de presse annuelle.

A l’issue de la quatrième année de son mandat, le chef de l’Etat a souligné les grands enjeux auxquels l’institution présidentielle a dû faire face en 2015 : l’instabilité et les crises extérieures, la faible confiance des citoyens dans les institutions nationales qui favorise l’ascension de partis politiques démagogiques et antisystème, les protestations citoyennes en faveur du changement, l’accélération de la modernisation du pays, la préservation de l’indépendance de l’institution.

Celle-ci, malgré les attaques permanentes, politiques ou médiatiques, est restée une des rares institutions jouissant d’un taux de confiance suffisant auprès de l’opinion publique, a souligné M. Plevneliev.

Relevant les nombreuses tensions ayant marqué la politique internationale en 2015 – violations brutales des règles de l’ordre juridique international, Etats faillis, guerres conventionnelles ou hybrides, terrorisme, vagues migratoires, M. Plevneliev a indiqué que la Bulgarie doit lancer de nouveaux ambitieux projets d’intégration européenne (adhésion au dispositif monétaire MCE II, à l’Union bancaire européenne, au mécanisme de surveillance unique, entrée dans Schengen, accélération de la mise en œuvre d’une Union européenne de l’énergie, etc.), si elle ne veut pas se trouver isolée à la périphérie par une UE à plusieurs vitesses.

Les frontières dans les Balkans doivent disparaître et non être déplacées, a indiqué le président. L’UE ne devrait en aucun cas tolérer le désir de la Russie de retour à des politiques dépassées restaurant les notions de grandes puissances et de sphères d’influence. Pendant l’année écoulée, la Bulgarie est restée un facteur de stabilité dans les Balkans, un membre responsable de l’UE et de l’OTAN, le seul pays en Europe centrale et du Sud-Est à respecter les règles de Dublin et de Schengen. Mais également un facteur incontournable dont la politique étrangère a été hautement appréciée sur des thèmes clés comme les relations entre l’Occident et la Russie, la mise en place de corridors énergétiques, les vagues de réfugiés, le changement de l’équilibre géopolitique et stratégique dans la mer Noire et les Balkans, la tension entre la Russie et la Turquie.

Sur le plan économique, l’année 2015 a vu plusieurs indicateurs s’améliorer. Des transferts record de fonds européens vers la Bulgarie ont été effectués. L’orientation du secteur de l’énergie a été définitivement changée : le « grand chelem » des trois projets russes a été remplacé par trois priorités sensées, à savoir l’efficacité énergétique, la diversification des sources et la libéralisation du marché de l’énergie. En agriculture, la solidarité européenne (un accroissement des fonds européens de 280 millions de leva en 2009 à 3,3 milliards de leva en 2015) et les politiques ciblées de l’Etat ont conduit à la modernisation des exploitations et à la réduction drastique des terres incultes. Parlant des nouvelles technologies, le chef de l’Etat a tout spécialement souligné son apport personnel à la transformation de la Bulgarie en centre régional des entreprises innovantes et à la création du premier parc des sciences et des technologies dans les Balkans.

Le chef de l’Etat a déploré l’absence de résultats visibles de l’enquête sur l’effondrement de la banque KTB et le caractère inachevé de la réforme constitutionnelle qui a laissé l’impression d’absence de courage et de volonté politique à réformer la justice.

Enfin, M. Plevneliev a voulu rappeler qu’il restait parmi les rares hommes politiques qui continuent d’entretenir le débat sur le passé communiste de la Bulgarie.

Prenant le contre-pied du président de la République, la vice-présidente a appelé à descendre des « nuages roses » pour mieux voir la ruine du projet d’Etat social et d’Etat de droit, inscrit dans la première Constitution démocratique de 1991, l’absence de sécurité et de cohésion sociale, la pauvreté et l’exclusion sociale, la commercialisation de l’éducation et de la santé, la crise des valeurs sous-tendant toutes les autres crises. Toutes ces élites, qui pendant de longues années ont atteint des sommets de démagogie, de cynisme politique et de corruption, doivent s’en aller et laisser place à ceux qui savent ce qu’est la gouvernance sociale et les causes nationales, a indiqué Mme Popova.

Interrogé sur ses intentions pour les élections présidentielles, M. Plevneliev a décliné la question. Mme Popova, quant à elle, n’a rien exclu. Aujourd’hui, sur la chaîne de télévision Kanal 3, elle a fait un pas de plus en se disant prête à briguer le poste de chef de l’Etat. (president.bg, tous journaux, mediapool.bg)

Le rapport

La Banque mondiale pointe les défis économiques posés par le déclin démographique et l’insuffisance de main d’œuvre qualifiée en Bulgarie

La Bulgarie fait face à la fois à une rapide transition démographique et à des mutations structurelles économiques importantes, écrit la Banque nationale dans son rapport sur les compétences et le marché de travail du pays, réalisé avec le soutien d’Open Society-Bulgarie. L’étude met l’accent sur quelques tendances : le vieillissement de la population, la restructuration de l’économie et de la demande sur le marché de travail, l’insuffisance de main d’œuvre qualifiée et le manque de politique d’intégration surtout de la minorité rom.

Le déclin de la population active bulgare est l’un des plus importants dans le monde entier. Depuis 1985 la population active s’est réduite à 5 millions de travailleurs et en 2050 on prévoit qu’elle connaîtra une diminution d’encore 50% jusqu’à 2,5 millions d’actifs (selon l’Institut national de statistique, la population du pays est en constant déclin et en 2014 elle était de 7,2 millions de personnes). Les deux facteurs principaux de cette situation sont le faible taux de nativité et l’émigration des jeunes, surtout vers les Etats membres de l’UE. 17% de la baisse de la population bulgare depuis 1990 sont dus à l’émigration, souligne le rapport. Cette tendance a pour conséquences économiques la hausse des dépenses pour la santé, des frais de soins de longue durée et du volume des pensions. Les simulations effectuées montrent qu’à cause de ces défis économiques et démographiques sur le marché du travail et l’économie en général, d’ici 2050 la croissance annuelle du PIB risque de ne pas dépasser 0,7%, rapporte la Banque mondiale.
La restructuration de l’économie bulgare représente également un défi sérieux. La période entre 2000 et 2008 a été marquée par une croissance économique importante et une baisse de la pauvreté dans le pays. Mais cette tendance, ainsi que la hausse des emplois, étaient dues aux secteurs peu qualifiés comme la construction et le transport. La crise de 2008 a tout particulièrement touché ces secteurs et les jeunes peu qualifiés. Ainsi le taux de chômage est passé de 5,1% en 2008 à 13,2% en 2013, touchant de manière prononcée les actifs entre 15 et 24 ans.

La crise des secteurs peu qualifiés est survenue presque simultanément avec le développement des secteurs hautement qualifiés comme les hautes technologies, les communications, les services financiers. Mais l’éducation inadéquate et de médiocre qualité, l’exclusion des certaines minorités comme les Roms, l’émigration de jeunes bien éduqués ont engendré un déficit de main d’œuvre qualifiée. Le rapport met en question la possibilité de faire face à ce problème vu l’analphabétisme et l’incompétence en arithmétique de 40% des jeunes de l’âge de 15 ans.

La Banque mondiale voit un « potentiel significatif » de faire face au défi démographique en se mobilisant pour améliorer l’éducation, la qualification et l’inclusion dans le marché du travail des jeunes Roms. D’autant que la majorité des membres de cette communauté ne peut pas trouver d’emploi décent, pénalisée par son niveau d’instruction et de compétences ou occupe des postes informels précaires et moins bien rémunérés, signe de la persistance d’obstacles quasi infranchissables pour décrocher un emploi de qualité pour cette population. Investir dans la population rom, jeune et en plein essor signifierait profiter de toutes ses potentialités. (www.worldbank.org, Troud)

L’analyse

Quel jeu jouent les membres du CSM qui ont propulsé au premier plan M. Ouzounov ?

Le « coup de force » par lequel une partie des membres du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a imposé de manière directive et non transparente Dimitar Ouzounov au poste de représentant et de porte-parole du collège en destituant Sonia Naïdenova (voir la revue du 21 janvier) suscite une grande polémique dans la presse bulgare qui cherche à comprendre ce qui se passe au CSM.

L’élection de Dimitar Ouzounov (qualifié comme « l’homme de Borissov » dans les fuites d’enregistrements de conversations entre magistrats impliqués dans l’affaire « Yaneva Gate »), et sa nomination à la place de Sonia Naïdenova (qui n’avait pas exclu à la suite du « sms gate » que le CSM formalise des décisions prises par un cercle d’influence) n’est rien d’autre qu’une provocation à l’égard de l’opinion publique, s’indigne la journaliste Petia Vladimirova dans dnevnik.bg. Une provocation à laquelle participent le procureur général Sotir Tsatsarov, et le président de la Cour administrative suprême (CAS), Gueorgui Kolev, membres de droit du CSM. Mais quel est le but poursuivi ? Mme Vladimirova retient deux hypothèses.

Une première hypothèse consisterait à dire que cet acte vise à assurer la maîtrise absolue du CSM ainsi que sa consolidation afin qu’une réforme ne soit plus possible dans aucune autre juridiction après la perte de contrôle sur le TGI de Sofia que les « putschistes » regrettent toujours. Cette hypothèse serait, selon la journaliste, corroborée par les prises de paroles fréquentes à la télévision par Yané Yanev, conseiller du premier ministre, afin de dénigrer Lozan Panov, président de la Cour suprême de cassation, tancé par le premier ministre devant les hiérarques du CSM. Dans cette hypothèse, les forces motrices du « putsch » sont liées au premier ministre et accomplissent sa volonté au détriment de la séparation des pouvoirs.

Selon une deuxième hypothèse, plus complexe, les membres du collège qui se sont mis au garde-à-vous devant le premier ministre lors de sa visite inattendue (voir notre revue du 15 janvier 2016) se sont sentis pousser des ailes et ont marqué un but … contre le premier ministre en attirant l’attention publique sur Dimitar Ouzounov, « son informateur » au CSM. 

La raison de cette témérité pourrait être la KTB : si ces opposants à la réforme perdaient le contrôle sur la Cour d’appel (depuis plus d’un an sans président après quatre tentatives vaines d’un élire un) et ne parvenaient pas à maîtriser la Cour de cassation, le pillage des actifs de la KTB, actuellement en cours, risquerait d’être mis au grand jour.

La principale force motrice de la faillite criminelle de la KTB, avance la journaliste, est le Parquet. Gueorgui Kolev y a également contribué en rendant possible la faillite : une formation de la CAS présidée par lui s’est prononcée en dernière instance contre la demande des actionnaires de la banque de pouvoir s’opposer au retrait de la licence de celle-ci par la Banque nationale de Bulgarie. Mais cet arrêt est fragilisé par la demande de la Cour de cassation adressée la semaine dernière à la Cour constitutionnelle de se prononcer sur les deux dispositions de la loi sur l’insolvabilité des banques qui l’ont motivé. Dans cette hypothèse, neutraliser et même destituer Lozan Panov serait désormais urgent. Il est devenu trop dangereux pour la mafia qui, facilitée par l’absence d’opposition, amende les lois au gré de ses intérêts. En outre, son comportement révolutionnaire encourage les juges à rendre justice la tête haute. Une telle hérésie est à proscrire : il est inconcevable que la réforme prônée par Borissov puisse garantir l’indépendance du siège. Il faut donc impliquer le premier ministre et le convaincre que la résistance de la part de certains membres au CSM vise à déstabiliser son pouvoir. Il peut y mettre le holà : s’il veut vraiment une réforme libre à lui de se distancier de ses propres alliés au sommet du pouvoir judiciaire et de toutes ces personnes de confiance au sein du CSM avec qui il a échangé des textos et qui lui ont léché les pieds. En effet, leurs intérêts occultes pourraient cesser de coïncider, les siens, quand bien même, ils ne sont pas non plus très limpides. Ne comprend-il pas qu’il peut se retrouvera pris dans l’étreinte mortelle d’une « stabilité » trompeuse ?

Christo Ivanov, ancien ministre de la justice, reprend cette hypothèse et fait un pas de plus. Il s’agit de compromettre le CSM pour provoquer sa démission afin de s’assurer une chambre des juges plus conciliante, impliquer le premier ministre et le CSM dans un scandale afin de détourner l’attention de la responsabilité du procureur général et sauver son image dans le contexte de la prochaine publication du rapport de la Commission européenne. (dnevnik.bg, mediapool.bg, legalworld.bg, tous journaux)

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Dernière modification : 22/01/2016

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