Vendredi 23 juin

Le rapprochement

La Bulgarie et l’ARYM annoncent qu’ils signeront un traité bilatéral d’amitié et de coopération le 2 août prochain

La visite du premier ministre macédonien Zoran Zaev en Bulgarie les 20 et 21 juin est largement couverte par les médias bulgares : des reportages dans les émissions télévisées, de longs articles dans la presse et les médias en ligne, des photos en premières pages de la presse. Le message principal, retenus par tous les médias est celui d’un renforcement positif des relations bilatérales.

La signature d’un traité bilatéral d’amitié et de coopération est prévue pour le 2 août prochain, date de la fête nationale macédonienne, qui commémore le début de l’insurrection d’Ilinden (ou Saint-Elie) en 1903. La Bulgarie et l’ARYM sont dans la dernière ligne droite des négociations du texte qui est la principale « pierre d’achoppement » dans leurs relations bilatérales. [Ndr : la signature d’un tel accord, réclamé par la Bulgarie depuis 2009, est un préalable posé par Sofia pour le lancement des négociations d’adhésion de l’ARYM à l’UE ; il est considéré par Sofia comme étant essentiel pour l’ouverture du Chapitre 1, « Elargissement et voisinage ». L’ARYM a obtenu son statut de candidat à l’adhésion en 2005, mais le processus de négociations est bloqué du fait du conflit avec la Grèce sur le nom de l’Etat macédonien].

Des équipes des gouvernements des deux pays travaillent sur le texte de l’accord depuis un an, a précisé Ekaterina Zaharieva, ministre des affaires étrangères. M. Zaev a déclaré de son côté que les principales questions ont été réglées et qu’ils ne restaient que quelques petits détails, dont la commémoration commune de l’insurrection d’Ilinden. Le premier ministre bulgare a déclaré qu’il se rendrait à Skopje pour signer l’accord exactement à cette date comme un signe de bonne volonté et au nom des bonnes relations de voisinage. Il a toutefois souligné qu’il reste « des détails importants » sur lesquels les deux pays doivent se mettre d’accord avant que la signature soit possible. Dnevnik précise, que parmi les « détails » les plus importants figurent la reconnaissance de la langue macédonienne [Ndr : premier Etat à avoir reconnu l’indépendance de la Macédoine, le 15 janvier 1992, la Bulgarie considère néanmoins que les Macédoniens slaves sont d’origine bulgare et ne reconnaît ni minorité macédonienne sur son sol, ni langue macédonienne] et l’approche envers l’histoire partagée par les deux pays. Les deux Etats « se disputent » certaines figures historiques que chacun revendique pour lui-même. On ne voit pas encore très bien ces problèmes dans les relations des deux pays vont être réglés, commente Ikonomist. M. Borissov a souligné que l’accord sera signé dans « les langues officielles des deux pays », en refusant tout de même de parler de « langue macédonienne » et en soulignant que cette décision s’imposait pour ne pas « violer la constitution macédonienne », ajoute le magazine.

Mme Zaharieva a souligné pour la BNT qu’aucun des deux pays n’a intérêt à « faire traîner la signature de l’accord », mais que l’essentiel sera de voir comment celui-ci va être appliqué. Elle a également ajouté que lors de l’entretien entre les deux premiers ministres, la délégation bulgare a appelé l’ARYM à cesser « les déclarations maladroites qui nuisent à la réputation de la Bulgarie » aux yeux des institutions internationales. Mme Zaharieva a insisté pour que soit mis un terme à « la politique anti-bulgare », menée par l’ARYM pendant des années. L’ARYM « ferme un chapitre de nationalisme et de haine et ouvre un chapitre de son avenir européen », a affirmé de son côté M. Zaev.

M. Borissov a souligné que Sofia soutient un Etat macédonien dans son intégrité territoriale et membre de l’UE et de l’OTAN, en précisant tout de même que si l’ARYM « ne faisait pas les efforts nécessaires, personne ne pourrait l’aider ». Le premier ministre bulgare a insisté sur la nécessité de développer les réseaux d’infrastructure liant les deux pays en construisant une connexion ferroviaire et « des autoroutes entre Sofia et Skopje ».
Mme Zaharieva a précisé les deux priorités dans les relations bilatérales qui ont été discutés lors des entretiens : le corridor passant via l’ARYM et l’Albanie et liant la mer Noire avec l’Italie et l’énergie [Ndr la Bulgarie est l’un des principaux fournisseurs d’électricité de l’ARYM]. Le premier ministre bulgare s’est également déclaré prêt « à faire ce qui est indispensable » pour résoudre les problèmes entre Sofia et Skopje et Sofia et Athènes, car une déstabilisation de l’ARYM « signifierait une déstabilisation de nos frontières ».

M. Zaev s’est également entretenu avec Roumen Radev. Le service de presse de la présidence de la République a annoncé dans un communiqué que la Bulgarie soutenait « la perspective euro-atlantique et européenne » de l’ARYM. Il est temps de commencer une nouvelle page dans les relations bilatérales, a souligné M. Radev, qui a également appelé à « une révision de l’approche de la délégation macédonienne auprès du Conseil de l’Europe envers la Bulgarie concernant la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales ». Cette déclaration revient à exiger de l’ARYM qu’elle « renonce aux prétentions que Sofia reconnaisse une minorité macédonienne en Bulgarie », commente 24 tchassa.

M. Zaev a tout de suite été traité de « traître » par certains médias macédoniens et dans de nombreuses publications sur les réseaux sociaux, écrit Standart. Ikonomist ajoute que le premier ministre macédonien sera également soumis à une énorme pression de la part du parti d’opposition VMRO-DPMNE. Mais pour le magazine, cette approche pragmatique de M. Zaev a été dictée par la situation politique et ethnique instable dans le pays qui ne pourrait être améliorée que par la perspective d’une intégration euro-atlantique rapide. Et même si l’adhésion à l’UE reste un horizon encore très lointain, l’adhésion à l’OTAN, à l’exemple de celle toute récente du Monténégro, pourrait être obtenue très prochainement, commente Ikonomist. (tous médias)

Le choix

Modernisation de l’outil militaire bulgare : les options

Dans l’attente de la publication des programmes de modernisation de l’armée et de l’analyse consacrée à la capacité de l’industrie de défense bulgare à participer à cette modernisation suite aux décisions prises lors du dernier Conseil consultatif de sécurité nationale (CCSN), la presse analyse la donne et s’interroge au sujet de la possibilité de trouver le juste équilibre entre les capacités de défense requises et les capacités financières de la Bulgarie.

Selon Simeon Nikolov, expert militaire, le président de la République et le premier ministre ne sont pas à l’unisson au sujet de la démarche de modernisation. Celle du président consisterait à différer les paiements afin de mettre en place parallèlement les trois projets relatifs à l’achat de huit chasseurs, de trois navires patrouilleurs et de 238 blindés. En revanche, le premier ministre souhaiterait reporter le projet d’achat de chasseurs afin d’ériger en priorité celui de l’équipement de l’infanterie de blindés.

Seul le fournisseur suédois Grippen, recommandé par le groupe d’experts du gouvernement intérimaire, propose un échelonnement des paiements très relatif, ne pouvant pas aller au-delà de trois à dix ans. Or, le premier ministre, tout en se montrant partisan de l’achat de chasseurs américains F-16 d’occasion souhaiterait un échelonnement de vingt ans.

Selon des sources gouvernementales citées par 24 tchassa, Krassimir Karakatchanov aurait proposé cette semaine au Conseil des ministres de différer les paiements relatifs à l’achat des chasseurs et des patrouilleurs d’ici 2029 afin de réaffecter des fonds à la modernisation de l’infanterie. Selon Capital ce projet s’élevant à 1,2 milliard de leva devraient permettre d’acheter 238 véhicules blindés (100 véhicules blindés de combat et 138 véhicules spéciaux de soutien, affectés à des tâches de renseignement, défense sol-air, soutien médical, soutien d’ingénieurs et soutien chimique), d’assurer leur entretien pendant leur cycle de vie (20-25 ans) et de se conformer ainsi aux normes de l’OTAN.

Selon Simeon Nikolov, ce projet ambitieux ne pourrait être réalisé que si une partie de l’offset (opération de compensation permettant d’investir dans différents secteur de l’industrie) correspondant à 105% du prix de l’avion que proposent les producteurs de Grippen, était investi dans l’équipement de l’une des usines de l’entreprise publique Terem en vue de la production des blindés en Bulgarie. Mais les chasseurs suédois sont boudés par le gouvernement.

Ainsi, les programmes et les analyses qui seront proposés d’ici le 30 juin impliqueront le plus probablement que le parlement réexamine les paramètres de la modernisation de l’armée. L’analyste avertit que c’est dans l’intérêt de la Bulgarie de se doter de capacités opérationnelles et financières si elle veut participer à la politique de défense européenne et ne pas rester dans la périphérie. A défaut, le pays se retrouverait sur l’un des axes programmés par les Etats-Unis, avec la Turquie, l’ARYM et l’Albanie. En outre, précise-t-il, adhérer au Fonds européen de la défense impliquerait que la Bulgarie s’oriente vers des armements fabriqués en Europe. (tous médias)

Dernière modification : 23/06/2017

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