Vendredi 23 octobre

Le contrat

La Bulgarie a signé avec la Pologne le contrat relatif à la réparation des avions de chasse de fabrication russe en service dans l’armée bulgare

Nikolaï Nentchev et Tomasz Siemoniak, ministres de la défense de la Bulgarie et de la Pologne, ont signé hier le contrat relatif à la réparation des chasseurs russes MiG 29 en service dans les forces aériennes bulgares, mettant ainsi un point final à une longue dépendance de celles-ci vis-à-vis de la Russie (voir nos revues du 2 septembre et du 2 octobre 2015).

Aux termes de ce contrat, la Pologne va réparer six moteurs pour un montant total de 6,138 millions d’euros et une garantie après réparation de 24 mois ou 200 heures de vol. Cette remise en état prolongera les capacités de vol des moteurs de 350 heures ou de 8 ans. La réparation des six moteurs se fera en deux étapes consécutives : pour les quatre premiers moteurs elle durera six mois et pour les deux derniers quatre mois. Pendant les travaux, les avions de combat bulgares ne resteront pas cloués au sol mais pourront voler avec des moteurs polonais.

« C’est un choix géostratégique de la Bulgarie, un engagement en faveur de son intégration encore plus étroite au sein de l’UE et de l’OTAN. Nous avons obtenu tout ce que nous avions demandé à la Pologne », a déclaré le ministre bulgare à l’issue de la cérémonie officielle de signature. Son homologue polonais a salué pour sa part « la décision intrépide du ministre Nentchev et la démarche courageuse des deux gouvernements ». La Pologne mettra en œuvre tous ses efforts pour remplir son contrat correctement, à temps et de façon compétente », a-t-il assuré.
Selon l’agence TASS, le fabricant russe des avions MiG, se considérant lésé dans ses droits sur la marque, envisagerait à attaquer le contrat. « L’accord passé entre la Bulgarie et la Pologne non seulement contredit les normes du droit international et la pratique établie dans l’aviation militaire, mais compromet aussi les principes garantissant la sécurité des vols », déclare le groupe russe dans un communiqué officiel. Selon sa position, la Pologne ne détient pas d’agrément susceptible de lui permettre d’assurer des réparations demandées par des pays tiers. Alors que les Polonais estiment qu’ils n’ont pas besoin d’autorisation russe puisque la remise en état sera effectuée conformément à leur propre documentation technique et que la garantie offerte sera identique à celle qui s’applique aux avions militaires polonais.

Qualifiant la réaction russe de « trop émotionnelle », le ministre de la défense bulgare a relevé que le contrat signé avec la Pologne permettra à la Bulgarie d’économiser quelque 24 millions de leva, 20% de TVA et 3% de droits de douane. Les frais logistiques seront entièrement assumés par la partie polonaise.

Pour entrer en vigueur, le contrat doit être ratifié par l’Assemblée nationale. Mais en raison des réactions russes, les députés du PSB, d’ABC et d’Ataka se montrent réticents. La non ratification serait un acte trop irresponsable, a prévenu le ministre Nentchev.

Selon des informations du ministère bulgare de la défense, les négociations avec la Pologne continueront en vue de la mise en œuvre des autres éléments de l’accord bilatéral de coopération dans le domaine de la défense signé le 28 août dernier avec la Pologne, à savoir la maintenance complète des chasseurs MiG 29 et la mise en conformité de l’aviation bulgare avec les normes de l’OTAN. (mediapool.bg, Sega, 24-Tchassa)

La caisse

Le nouveau fonds public appelé à centraliser la gestion des fonds européens en Bulgarie prend corps

La nouvelle autorité qui assurera la gestion de tous les instruments financiers relevant des programmes opérationnels européens pour la période 2014-2020 a été officiellement présentée hier par le vice-premier ministre Tomislav Dontchev.

Dénommé « Fonds gestionnaire des instruments financiers » et créé il y a trois mois par décret du Conseil des ministres, il gèrera 777,2 millions d’euros dans le cadre de quatre programmes : « Compétitivité et innovations », « Régions en croissance », « Environnement » et « Développement des ressources humaines ». Une partie du Programme pour le développement des zones rurales y sera également rattachée pour assumer les fonctions d’ingénierie jusqu’à là exercées par le Fonds européen d’investissement (FEI), la Banque européenne d’investissement (BEI) et des fonds ou banques privés, notamment l’élaboration de montages financiers et de plans de crédit qui seront mis en œuvre par des établissements de crédit et autres institutions financières choisis par voie de concours.

Le but poursuivi avec la création de ce « fonds des fonds » est qu’il développe ses propres capacités afin de pouvoir gérer de façon autonome les instruments financiers européens, sans dépendre du FEI et de la BEI. Il ne sera pas une institution financière et ne réalisera pas d’opérations financières.

D’après Tomislav Dontchev, la Bulgarie n’a pas été tenue de coordonner avec l’UE sa décision de créer un tel instrument. « Il s’agit d’un acte souverain et notre tâche sera désormais de convaincre les partenaires européens que nous sommes à la hauteur ». Pour dissiper les doutes de Bruxelles quant à la capacité de la Bulgarie de gérer un tel fonds, des négociations ont eu lieu avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement et la BEI. Ces trois institutions vont accompagner les premiers pas du fonds des fonds. « Le fait pour la Bulgarie de vouloir gérer elle-même les fonds européens est un signe de confiance en soi. Beaucoup d’autres Etats n’ont pas voulu le faire », a indiqué M. Dontchev.

Le fonds sera dirigé par un trio masculin. Valeri Beltchev, au poste de président du conseil d’administration, possède quinze ans d’expérience en matière d’instruments financiers. Il a travaillé pour CCF HSBC, Crédit agricole Indosuez, Fortis et la Société générale avant de devenir, en 2013, partenaire exclusif de Rothschild et Cie en Bulgarie et de rallier, en 2014, la Banque bulgare pour le développement.

Ivan Dankov, vice-président du conseil d’administration, a fait sa carrière dans la MKB Unionbank, alors que Martin Danovski, membre du conseil d’administration, a dirigé l’antenne dans les Balkans du groupe de marketing Havas Worldwide et a été directeur associé de Balkan Expert Holding. Avant d’être nommé au sein du conseil d’administration, il a été conseiller économique du vice-premier ministre Dontchev.

Le nouveau fonds devrait se doter, d’ici quelque mois, d’un système de gestion et de contrôle, de procédures, d’un organigramme, d’un plan de sélection du personnel, d’une stratégie d’investissement, etc. Il emploiera quelque 30 personnes. D’après le ministère des finances, il devrait devenir opérationnel vers le mois de février 2016. (Capital Daily, 24 Tchassa)

Le témoignage

Selon les Syriens en Serbie : « en Bulgarie, c’est very bad »

Stoyan Nechev de Troud cherche à comprendre pourquoi la Bulgarie est boudée par les migrants syriens qui préfèrent la traverser clandestinement plutôt que d’y rester. Il présente dans un article intitulé voir titre (en anglais dans le texte bulgare) les témoignages recueillis lors de la visite d’une équipe de Troud dans le centre d’enregistrement de migrants à Dimitrovgrad, en Serbie.

Ali et une vingtaine de Syriens se sont enfuis d’Alep. Après avoir traversé clandestinement la frontière turco-bulgare au poste-frontière de Svilengrad avec l’aide de trois passeurs, ils se sont retrouvés en Serbie où ils se sont rendus à la police serbe.

Est-il facile de traverser clandestinement la frontière bulgare ? Même s’il a été mordu par le chiens des gardes-frontière, Ali a pu s’enfuir et arriver au rendez-vous avec le passeur qui attendait son groupe aux alentours de Svilengrad pour le conduire contre 350 euros jusqu’à la frontière bulgaro-serbe/ Là, ils ont été accueillis par deux autres trafiquants que les migrants ont payés 400 euros chacun pour leur montrer un sentier dans la région de Dimitrovgrad.

Pourquoi n’ont-ils pas souhaité rester vivre en Bulgarie ? « Mes amis m’ont raconté avoir été battus par les policiers bulgares. Ils auraient vécu des horreurs ! On te prend tout, le smartphone, l’argent, tout… C’est pourquoi nous les cachons dans les doublures des vestes ou dans les chaussures. Si on t’arrêtait en Bulgarie, tu aurais du mal à t’en sortir. », précise le jeune Steven.

La procédure bulgare étant trop lourde (démarches pour établir l’identité d’un migrant sans papiers, prise d’empreintes, interrogatoires et placement dans le centre de tri de la direction de la migration du ministère de l’intérieur, puis transfert dans un des centres de l’Agence des réfugiés), Steven a préféré se rendre aux autorités serbes après avoir traversé clandestinement la Bulgarie. Alors que la Serbie propose deux possibilités aux migrants : les inscrire dans le centre d’enregistrement le plus proche et leur délivrer un papier leur permettant de quitter le territoire du pays s’ils le souhaitent, ou bien les envoyer dans un camp de réfugiés, s’ils décident de demander l’asile. Tout cela explique « qu’il vaut mieux payer les trafiquants bulgares pour traverser le pays au lieu de pourrir dans un lieu de détention là-bas. En Serbie, on s’occupe mieux de nous. » (Troud)

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Dernière modification : 23/10/2015

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