Vendredi 24 février

Le casting

Jeunisme, marketing et éclectisme : les dernières tendances de la scène politique bulgare

A trois jours du début de la campagne électorale, les commentaires sur les listes (4 732 candidats pour les 240 sièges à l’Assemblée nationale) et les stratégies électorales des partis tendent à éclipser la polémique sur l’Accord économique et commercial global (AECG ou CETA), les navires de l’OTAN dans la mer Noire ou encore le deuxième milliard vite englouti par le programme d’amélioration de l’efficacité énergétique des logements.

La classe politique ayant perdu la confiance de la société et par conséquent sa légitimité tente de rétablir son image en se parant de personnes politiquement immaculées. Une stratégie qui a fait ses preuves, comme l’atteste l’élection du président Roumen Radev. Et qui permet aux partis de répondre aux attentes exprimées lors du dernier référendum directement, comme le Centre démocratique bulgare par des listes d’une personne, ou indirectement, par l’attribution de places éligibles à des musiciens, comédiens, militaires ou « nomades politiques ».

« Nous avons dû nous plier aussi à la mode et comme vous l’avez vu, avons inclus des amiraux, des pilotes de chasseurs et des généraux », s’est justifié Boïko Borissov, dont le parti a renouvelé ses listes à 50% en misant essentiellement sur ses anciens ministres (dont les plus prometteurs sont à la tête de deux listes, Ivaïlo Moskovski ayant même évincé Tsetska Tsatcheva de la première place à Pleven) et représentants dans les communes. Selon Capital, les places inéligibles accordées à Roumiana Batchvarova, vice-première ministre et ministre de l’intérieur et à Zornitsa Roussinova, ancienne ministre de la politique sociale, s’inscriraient dans la tendance consistant à écarter les plus « révolutionnaires » au sein du GERB. En revanche, des places éligibles ont été accordées à Gueorgui Markov, ancien agent de la Sûreté d’Etat, ancien militant de l’UDF, ancien juge constitutionnel et aujourd’hui admirateur de Viktor Orbán, à Diana Savateva, journaliste de 24 tchassa, et à Giounaï Hiousmen, ancien député du MDL.

Les listes renouvelées à 40% du PSB augurent de la présence dans le nouveau parlement de porteurs plus radicaux d’idées s’opposant à l’OTAN, à la démocratie occidentale et aux sanctions contre la Russie, tels qu’Elena Yontcheva, journaliste, Toma Tomov, journaliste et ancien de la Sûreté d’Etat, et du sociologue Ivo Hristov.

Les listes des Patriotes unis se caractérise par l’aspiration à exaucer les vœux des trois mouvances qui les constituent. En outre, une place éligible est accordée à Nikolaï Malinov, ancien éditeur du quotidien Douma et ancien député du PSB, actuel président du mouvement des russophiles en Bulgarie. Selon Capital, cela constitue un signal adressé à l’électoral russophile que les patriotes auront à partager avec le PSB. Un autre nomade, Petar Nikolov, ancien secrétaire parlementaire dans le gouvernement de Borissov, ancien responsable du mouvement Bulgarie aux citoyens et ancien membre du DBF, se retrouve lui aussi en situation éligible.

Au MDL, on observe plusieurs tendances : écarter des listes d’anciens députés clés de la direction du parti appartenant à son aile modérée (Toundjer Kardjalievou, Aliosman Imamov, Rouchen Riza) ; renforcer les positions du lobby de Delian Peevski, à la tête de deux listes ; rétablir des personnalités du plus proche entourage d’Ahmed Dogan. Des places éligibles sont aussi accordées à des personnes ayant une grande influence sur les populations roms comme la première place à Montana, laissée à Dimitar Avramov, ancien député du GERB, mis en examen pour corruption, et la deuxième à Lovetch, accordée à l’ancien maire de Teteven Milen Ganev, accusé de détournement d’un million de leva du budget de la commune. L’inclusion dans les listes de Sofia de l’ancien patriote et atakiste Slavi Binev et de l’ex-député d’Ataka Kamen Petkov relève également d’« une marque déposée du MDL », observe Capital. Enfin, le MDL s’est aussi plié à la mode des militaires en confiant la tête de sa liste dans la 24e circonscription de Sofia au général Simeon Simeonov.

Cette tendance des listes du MDL à Sofia semble imitée par la coalition de DOST et le Parti national pour la liberté et la dignité qui ont misé sur Evgueni Mihaïlov et Gueorgui Bozdouganov, figures emblématiques de l’époque de la naissance de l’UDF et fervents anticommunistes. Ces deux nomades ont suscité le plus de critiques et de polémique sur les réseaux sociaux. « Lutter contre les attaques hybrides du régime de Moscou et servir celui d’Ankara est une décision dont la légitimité morale égale zéro », fulmine Ognian Mintchev sur sa page Facebook.

Tout est possible au Bloc réformateur lorsqu’il faut combler le départ des DBF et du Parti national pour la liberté et la dignité : c’est ainsi que Capital justifie l’alliance avec la Voix du peuple (ayant obtenu plus 1% aux dernières élections législatives), le Forum démocratique bulgare et l’Union populaire du nomade Roumen Yontchev, ancien député du PSB et du Centre démocratique bulgare.

Oui Bulgarie qui a dû s’allier avec les Verts et DEOS accorde à plusieurs de ses membres fondateurs des places dans deux listes. En dépit de ses déclarations (« parti qui ne relève ni de la droite, ni de la gauche »), certaines têtes de listes symbolisent la droite authentique comme Stefan Tafrov, ancien ambassadeur en France, au Royaume-Uni, en Italie et à Malte et ancien représentant permanent à l’UNESCO et à l’ONU, candidat aux européennes en 2009 et membre du DBF. Ou encore Velizar Chalamanov, ancien ministre de la défense intérimaire (2014), ancien vice-ministre de la défense au gouvernement d’Ivan Kostov (1997-2002), ou Plamen Daraktchiev, figure emblématique des premiers pas de la démocratie.

Mais tous ne choisissent pas l’éclectisme. Le parti Volonté, dirigé par l’homme d’affaires Vesselin Marechki, récemment fondé à la suite du score important obtenu par celui-ci à l’élection présidentielle, accorde presque toutes ses têtes de listes à des agents des sociétés possédées par Marechki lui-même, et les complète… par des membres de sa famille. (tous médias)

La polémique

La présence militaire de l’OTAN en mer Noire, thème de campagne électorale

Boïko Borissov et Kornelia Ninova, leaders des deux plus grandes forces politiques, ont échangé des propos cinglants sur la question de la présence renforcée dans la mer Noire qui aurait été « négociée » à Bruxelles par le ministre intérimaire de la défense. M. Borissov y a vu des « faucons rouges » qui font pression sur le gouvernement intérimaire pour frayer le chemin à l’arrivée d’une flottille de l’Alliance, alors que Mme Ninova l’a accusé d’être lui-même un faucon faisant semblant d’être un moineau, tout en répétant que son parti s’opposait à ce que la Bulgarie devienne une place d’armes pour des actions militaires.

Intervenant dans la polémique, le président de la République a averti les politiciens que le « thème de la sécurité ne supporte pas d’incompétence et qu’il devrait être abordé de façon extrêmement responsable ». « Les exercices militaires en mer Noire, sur lesquels les Alliés se sont mis d’accord en juillet dernier à Varsovie, n’ont rien à voir avec l’idée d’une quelconque « flottille ». De tels exercices, devenus réguliers depuis des années, n’ont jamais été autorisés ou interdits par aucun politicien parce qu’ils ne constituent aucune menace pour les voiliers, les barques et le tourisme », a rappelé le chef de l’Etat en faisant allusion à certains propos de M. Borissov (voir nos revues des 16, 17 et 21 juin 2016)

Dans les pages de Standart, Valentin Radev (GERB), vice-président de la commission parlementaire de la défense pendant la dernière législature, explique la réaction de son parti. Inquiet de l’absence d’information après la rencontre à Bruxelles des ministres de la défense des pays de l’OTAN, les 15 et 16 février dernier, le GERB a voulu savoir si la Bulgarie était allée plus loin par rapport aux engagements qu’elle avait assumés au sommet de Varsovie, en juillet dernier. « Le secrétaire général Stoltenberg a parlé d’une présence renforcée sur laquelle les Alliés s’étaient mis d’accord et nous ne savions pas ce qui était renforcé. Ce manque de clarté nous a alarmés », indique M. Radev.

L’explication est venue quelques jours plus tard, sous la forme d’une information publiée sur le site en ligne du ministère de la défense : à Bruxelles, le ministre Yanev n’avait fait que réaffirmer la position élaborée par le gouvernement de M. Borissov et présentée à Varsovie. « Et nous avons poussé un ouf de soulagement », dit M. Radev avant de détailler les éléments négociés et réaffirmés. « Il s’agit de trois composantes : présence militaire terrestre, aérienne et navale. Le 18 février dernier se sont terminés des exercices en mer Noire et il y avait des navires de l’OTAN, des opérations conjointes de police aérienne. Mais ce sont des forces participant à des manœuvres négociées par le gouvernement Borissov. […] Notre thèse est qu’on peut avoir une présence renforcée en mer Noire uniquement pour des exercices organisés sous l’égide de l’OTAN. La deuxième condition sur laquelle la Bulgarie s’est mise d’accord est que cela peut se faire uniquement en cas d’afflux de réfugiés », conclut l’ancien député.

Atanas Zafirov, ancien député PSB, explicite la position des socialistes. Selon lui, « la soumission aveugle avec laquelle est accueillie toute initiative émanant des partenaires au sein de l’OTAN risque de faire de la Bulgarie une cible, ce qui est totalement inadmissible ». Le PSB est favorable à une modernisation de l’armée, mais pour qu’on y arrive, il faut tout d’abord se débarrasser « de la tolérance envers certains fournisseurs et des critères rabaissés par rapport aux conditions auxquelles ils doivent répondre ». Dans les commandes, il faut adopter le principe selon lequel on doit utiliser en premier lieu les capacités du complexe militaro-industriel bulgare, souligne M. Zafirov. (mediapool.bg, Standart)

Le rapport

Amnesty International : le climat de xénophobie et d’intolérance en Bulgarie s’est fortement aggravé

Amnesty International a publié son rapport 2016-2017 sur la situation des droits humains dans le monde. Les médias reprennent les conclusions principales concernant la Bulgarie : « le pays suscite l’inquiétude d’Amnesty », souligne la bTV. Selon la lecture du rapport faite par le site d’information Fakti.bg, « en Bulgarie règne un climat xénophobe ».

Le rapport consacre trois pages au pays. Verdict : la Bulgarie n’a pas fourni aux migrants et aux réfugiés tous les services nécessaires et n’a pas répondu aux allégations faisant état de renvois forcés ; en outre, le climat de xénophobie et d’intolérance s’y est fortement aggravé. La situation des Roms et l’adoption de loi contre le terrorisme figurent également parmi les points soulevés par l’organisation de défense des droits de l’homme.

L’organisation rappelle les signalements faits par plusieurs ONG concernant les allégations de « renvois forcés, de brutalités et de vols mettant en cause des membres de la police des frontières ». La majorité des migrants et des réfugiés continuent d’être placés systématiquement en détention administrative, souvent pour une durée dépassant de plusieurs mois la durée légale autorisée. Des migrants et des réfugiés appréhendés alors qu’ils tentaient de quitter la Bulgarie en dehors d’une procédure régulière ont ainsi été poursuivis en justice et incarcérés, dans certains cas pendant plus d’un an.

Amnesty International revient dans son rapport sur la question des migrants mineurs non accompagnés en critiquant les autorités qui « n’avaient toujours pas renoncé à la pratique illégale consistant à placer en détention des mineurs isolés ». Les centres d’accueil ne disposent pas des conditions nécessaires pour accueillir des enfants non accompagnés et ceux-ci n’ont souvent pas accès aux services d’un avocat et d’un traducteur. L’accès aux services de santé, à l’éducation, à un soutien psychologique n’est également pas garanti.

Amnesty International signale la montée de la xénophobie et de l’intolérance vis-à-vis de certains groupes, et notamment des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants, qui restaient particulièrement vulnérables aux actes de violence et de harcèlement. Selon le rapport, « les pouvoirs publics ne faisaient rien pour dénoncer ce climat d’intolérance, et certains représentants de l’État ont tenu à de nombreuses reprises des discours discriminatoires ou xénophobes ».

Les Roms demeurent victimes de l’exclusion et de très fréquentes discriminations. Amnesty cite la position du Comité des droits de l’enfant de l’ONU qui s’est dit préoccupé par le fait que les enfants roms n’avaient toujours qu’un accès limité à l’éducation, aux services de santé et à un logement décent. Pour l’organisation, la nouvelle loi de lutte contre le terrorisme adoptée en décembre dernier permet aux autorités pendant l’état d’urgence d’interdire de manière générale l’ensemble des rassemblements, réunions ou manifestations, « en dehors de tout contrôle effectif et indépendant ». Enfin, la remise aux autorités turques d’Abdullah Büyük (voir notre revue du 19 août 2016) est également pointée : une décision, selon Amnesty International, prise « au mépris du principe de non-refoulement inscrit dans le droit international ». (tous médias)

Dernière modification : 02/05/2017

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