Vendredi 24 juin

Les réactions

L’Union européenne reste la plus importante avancée depuis la Seconde Guerre mondiale bien que le référendum démontre un besoin de réformes

« Un mauvais jour pour la démocratie européenne, pour l’économie européenne et pour l’UE. Un signe clair de ce qu’on n’a pas appris les leçons du passé. Des populistes et des nationalistes triomphent dans les rues de l’Europe. Une grande puissance comme la Grande-Bretagne, symbole de la démocratie, a décidé de s’isoler à l’intérieur de ses frontières nationales. Mais je suis convaincu qu’avec ou sans la Grande-Bretagne, l’Europe doit aller de l’avant », a réagi Rossen Plevneliev, Président de la République, aux résultats du référendum britannique en présence du président allemand Gauk aux côté de qui il a ouvert un débat sur l’histoire du XXe siècle et les séquelles du communisme.

A l’issue d’une réunion extraordinaire du Conseil des ministres, Boïko Borissov, premier ministre, a observé : « Je respecte la décision du peuple britannique bien que dorénavant celui-ci sera très divisé. Il nous revient dès aujourd’hui de commencer à penser l’Europe sans eux. Des négociations relatives à des statuts spéciaux ou à de pareilles choses ne doivent pas être envisagées dans la mesure où celles-ci risquent de détruire l’Union. » Interrogé sur la possibilité d’un effet domino de la part d’autres pays de l’Union, il a répondu par une boutade : « Seules la Bulgarie, la Roumanie et la Grèce resteront au sein de l’UE. » Selon le premier ministre, l’UE devient plus faible après le départ du Royaume-Uni et cela aura un impact négatif sur la Bulgarie. Il souligne la façon dont les marchés financiers ont réagi. « On aura tous à assumer les conséquences. »

Selon Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, « après la décision des Britanniques de sortir de l’Union européenne, nous ne devons pas donner la chance aux populistes de prendre le dessus. C’est l’idée de l’approfondissement de l’intégration qui doit nous préoccuper dorénavant. L’UE a une chance de sortir plus forte de la crise. Il est important de se protéger contre un effet domino. Le temps des décisions importantes est venu. Il n’y a pas eu jusqu’à maintenant une situation qui nous l’impose. Il faut qu’un leadership naisse en Europe sur la base des idées des fondateurs de l’Europe unie. Il est compréhensible que nos compatriotes en Grande-Bretagne soit inquiets car il y a beaucoup d’inconnues. Cependant, il faut qu’il soit clair que nous ne sommes qu’au début d’un long processus de longues années de pourparlers sur le reformatage des relations ».

Interrogé sur la démission annoncée de David Cameron, M. Mitov a qualifié cette décision de logique dans la mesure où c’était lui qui avait posé la question du référendum. « Cette situation doit nous interpeller concernant la façon dont il faut prendre des décisions. La démocratie représentative implique qu’on prenne des décisions compétentes. Lors d’un référendum, les gens doivent pouvoir prendre des décisions de manière renseignée, et pas comme cela s’est passé en Grande Bretagne, où cela s’est transformé en champ de bataille pour des populistes et des xénophobes. Ainsi, les gens n’ont pas compris pour quoi exactement ils votaient », a-t-il conclu.

Entretemps, sur le site du ministère des affaires étrangères la position suivante a été publiée : « Nous respectons la volonté des citoyens britanniques exprimée lors du référendum et ne pouvons pas ne pas regretter qu’un Etat ayant grandement contribué aux politiques européennes emprunte une autre voie après des décennies d’intégration. Nous espérons que le Royaume-Uni restera partenaire stratégique et allié de l’Europe. Dans la situation actuelle sans précédent, il est plus que jamais nécessaire que l’UE fasse preuve de force, d’unité et de pragmatisme. Il ne faut pas permettre que la désunion et la paralyse des engagements de l’Union à l’égard des autres questions prioritaires à l’ordre du jour. La baisse de confiance des citoyens ne peut être compensée que par des politiques efficaces et des décisions et des politiques orientées vers l’avenir. La Bulgarie sera un participant constructif dans ses processus sur la base des traités en vigueur ».

Meglena Kouneva, vice-première ministre et ministre de l’éducation, a mis en exergue le fait que « les résultats du référendum britannique posent crûment la question relative à la présidence bulgare de l’UE dans la mesure où nous faisons partie du même trio. Les jours à venir seront décisifs afin de pouvoir trouver la bonne solution conjointement avec le Secrétariat du Conseil ». Elle a évoqué les trois possibilités déjà débattues avant la tenue du référendum en cas de décision de sortie de la Grande Bretagne. « La première, qui semblerait de moins en moins probable au regard du signe fort de la volonté de sortie donné aujourd’hui, impliquerait que le Royaume reste au sein du trio. La deuxième serait que Malte assume également la présidence britannique et préside ainsi l’Union pendant 12 mois, un défi important à relever par ce pays. Enfin, l’hypothèse la plus réaliste serait que la présidence estonienne et respectivement bulgare soit avancées dans le temps. Cela ne doit pas inquiéter la Bulgarie qui se prépare depuis longtemps. En revanche, il est urgent qu’on réévalue les priorités du trio, prévues à être mises en place conjointement avec la Grande Bretagne. Beaucoup de détails techniques doivent également être revus ainsi que des documents et le programme de communication », a-t-elle précisé. Selon elle trois conclusions doivent être tirées de la décision du peuple britannique : trouver des modes de communication cohérents au niveau national, européen et international ; ne pas laisser en suspens les autres thèmes prioritaires pour l’Union comme la crise migratoire, la sécurité et la croissance économique ; renforcer l’intégration et le leadership en Europe qui est la seule réponse possible en l’occurrence.

Selon des représentants de différents groupes parlementaires, les résultats du référendum en Grande Bretagne ont démontré que l’Union a besoin d’un changement. Djema Grozdanova, présidente de la commission parlementaire des affaires étrangères a souligné que la sortie de la Grande Bretagne qui avec la France et l’Allemagne est à l’origine de toutes les décisions prises jusqu’à maintenant aura un impact négatif sur l’économie et la sécurité de l’Union. C’est notamment le thème de la sécurité qui a conditionné la décision des Britanniques, a soulevé Mme Grozdanova. Cette décision ne donnera tout de même pas lieu à l’effet boule de neige quant à la Bulgarie dans la mesure où « nous sommes un nouveau membre de l’Union qui n’a pas encore cédé à l’euroscepticisme ».

Kornelia Ninova, présidente du PSB, a qualifié la décision des britanniques de leçon à l’égard d’une Union européenne, noyée dans la technocratie et le formalisme afin qu’elle s’attaque aux vrais problèmes que rencontrent les citoyens, l’économie et la sécurité, tout en tenant compte de l’intérêt national des Etats membres ». Le PSB a insisté pour que le gouvernement prenne des mesures afin de répondre aux conséquences pour la Bulgarie : procéder à une analyse et prévoir en cas de conséquences graves pour l’intérêt national des mesures de compensation.

A l’instar de Mme Ninova, Moustafa Karadaïa, président du MDL, a considéré que les Britanniques ont ainsi donné une leçon à tous les décideurs des Etats membres de l’Union européenne. Il a espéré que cette leçon sera bien lue et que l’Union trouvera des forces pour se renforcer et emprunter la bonne voie de développement. Il a regretté les positions des mouvances nationalistes dans certains Etats membres ayant recommandé que des référendums soient organisés dans leurs pays également.

Volen Siderov, président d’Ataka, a également proposé que les Bulgares se prononcent sur leur avenir européen. « Il faut soumettre à une analyse critique notre adhésion à l’UE afin de voir quels en sont les profits par rapport à la liberté économique que nous pouvons avoir en dehors de l’Union. » Selon M. Siderov les pays de l’Europe de l’Est doivent saisir l’occasion pour s’opposer à l‘existence d’une Europe à deux vitesses.

En réponse à ces commentaires, Marin Dimitrov, député du quota civil du Bloc réformateur, a souligné que l’UE est l’évolution la plus positive depuis la Deuxième guerre mondiale bien que le référendum démontre le besoin de réformes au sein de l’UE. Sur le plan national, ce référendum a permis de voir quels sont ceux en Bulgarie qui adhèrent réellement à l’idée européenne. (tous journaux, president.bg, mfa.bg, mediapool.bg, dnevnik.bg)

Les commentaires

Brexitus letalis

Les politologues ont vite réagi sur les réseaux sociaux avec leurs premiers commentaires sur le résultat du référendum en Grande-Bretagne. Leurs réactions traitent de trois thèmes principaux : le futur vote du Parlement britannique ; la démission du premier ministre David Cameron et le futur de l’Ecosse.

Après le référendum, à présent, c’est au gouvernement britannique de déclencher la procédure et de demander l’activation de l’article 50 en Conseil européen [la procédure de divorce avec la Grande-Bretagne que Bruxelles doit engager est prévue dans l’article 50 du Traité de Lisbonne, appelé « clause de retrait » et qui stipule que « tout Etat membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union ». Jamais, jusqu’à présent aucun pays n’en a fait usage].

« L’intéressant est à venir ; le divorce pourrait ne pas arriver ». Cette phrase optimiste est lancée par Dimitar Betchev, politologue et chercheur à l’Université de Harvard. L’article 50 doit être voté par le parlement britannique et il est fort possible qu’il soit rejeté, ajoute le financier Vladimir Karolev. Selon lui, cette possibilité peut être argumentée par le fait qu’au sein du parlement les députés pro-européens ont une forte majorité. Youlian Popov, journaliste et écrivain, ministre par intérim de l’environnement et des eaux (2013) défend la thèse opposée : la Grande-Bretagne « est une démocratie sérieuse et il n’y a pas de possibilité que le parlement ne respecte pas la décision du référendum ». La seule possibilité pour un tel rejet serait l’initiation d’élections anticipées qui seront gagnées par un parti qui a mené ouvertement une campagne électorale en faveur du non-respect du résultat du référendum. « Une telle possibilité vous semble-t-elle réelle et probable ? », ironise M. Popov.

« La seule bonne nouvelle dans cette histoire c’est la démission de Cameron », commente la politologue Rouja Smilova. Selon Adelina Marini, journaliste et spécialiste des affaires européennes, la démission du premier ministre britannique est politiquement honorable. Mais dans son sens plus profond elle semble dire : « Chérie, j’ai eu un accident et j’ai écrasé notre voiture à un arrêt de bus où il y avait plein de gens ; viens la conduire à ma place, s’il te plaît ». Maintenant il faudrait que la raison reprenne le dessus pour que l’on puisse sauver l’UE, continue-t-elle.

« Royaume-Uni ? Il est fort probable qu’une telle chose n’existera plus dans peu de temps », commente Latchezar Bogdanov, économiste et directeur associé d’Industry Watch. « La Grande-Bretagne indépendante se précipite vers un empire anglo-gallois », ajoute M. Smilova. L’Ecosse a déclaré ouvertement qu’elle souhaite un divorce avec l’Angleterre et ceci est très logique, car « ce serait absurde que les retraités anglais prennent des décisions contredisant la volonté des Ecossais », commente M. Karolev qui fait allusion au fait que les ces derniers ont voté majoritairement contre le Brexit.

La décision de la Grande-Bretagne de quitter l’UE est un coup grave porté contre l’Union. Mais « il est très précipité d’accuser les britanniques d’être des débiles et des idiots qui ne réalisent pas ce qu’ils font ... La première chose qui devrait être faite est de se mettre à réfléchir et à comprendre quelles erreurs nous avons commises à l’égard de cette Union pour conduire la Grande-Bretagne à décider de la quitter », conclut M. Popov.

Quant à l’écrivain Gueorgui Gospodinov, qui avait publié hier un article dans Der Standart sur le Brexit et « l’impossibilité d’être une île », aujourd’hui son commentaire se résume en deux mots : Brexitus letalis. (profils personnels sur Facebook, dnevnik.bg)

L’amendement

A l’initiative du Front patriotique, une nouvelle disposition du Code pénal essaiera de mieux réprimer la propagande en faveur de l’islam radical

Après la loi sur l’interdiction du port de voile intégral (voir notre revue du 16 juin), le Front patriotique continue d’élargir son combat, une fois encore contre l’islam radical. A son initiative, ce terme vient d’être intégré au Code pénal, dans le chapitre portant sur les crimes contre la République.

A l’Assemblée nationale, le nouvel amendement a été adopté hier en première lecture par 106 députés de tous bords (GERB, FP, BR, Centre démocratique bulgare-Union populaire, ABC et Ataka). Le PSB préférant s’abstenir (10 voix), les seuls à s’y opposer étaient trois députés du MDL.

L’insertion du terme d’islam radical à l’art. 108 du Code pénal l’assimile à la propagande en faveur d’une idéologie fasciste ou antidémocratique, ou encore à l’incitation au changement par la force de l’ordre établi au sein de l’Etat. La peine encourue pour les auteurs d’une telle propagande est une privation de liberté allant jusqu’à trois ans ou une amende pouvant aller jusqu’à 5 000 leva.

D’après le texte proposé par le Front patriotique (art. 93, nouveau point 31), seront considérés comme propagande interdite « des propos, des actes, des textes ou des symboles utilisés par une personne en vue de faire de la propagande en faveur de Daech (l’Etat islamique), de la suprématie de la charia sur les lois laïques, de l’introduction par la force de principes et normes de conduite religieuse caractéristiques de l’islam ou de la guerre sainte contre des non-musulmans. » Seront punis également « l’enrôlement de partisans ou la collecte de fonds en soutien à des organisations terroristes dont l’idéologie s’inspire de l’islam, ainsi que la propagande en faveur de telles organisations ».

La semaine dernière, lors de l’examen du projet d’amendement à la commission parlementaire des affaires juridiques, des députés avaient critiqué son imprécision juridique et le fait que les textes proposés sont redondant par rapport à des dispositions déjà existantes dans le Code pénal. Sega estime à ce propos que la démarche du Front patriotique n’est dictée que par des considérations de basse politique puisque la législation prévoit déjà suffisamment de mécanismes de répression de telles infractions. Ainsi par exemple, l’affaire actuellement jugée à Pazardjik à l’encontre de 14 imams, accusés de profession de haine religieuse, s’appuie sur l’art. 164 du Code pénal qui prévoit une peine d’emprisonnement jusqu’à quatre ans et une amende allant de 5 000 à 10 000 leva.

« Un projet de loi vexant pour un sur cinq des citoyens bulgares qui sont musulmans », a commenté le député Aliosman Imamov, vice-président du MDL. (Sega, Troud, parliament.bg)

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Dernière modification : 24/06/2016

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