Vendredi 25 novembre

La cocotte-minute

Emeute de migrants énergiquement réprimée à Harmanli

Des migrants du plus grand centre en Bulgarie, situé près de la frontière turque à Harmanli (selon les données de l’Agence pour les réfugiés de la semaine dernière, 3 000 personnes sont accueillies dans ce centre) se sont révoltés hier contre les interdictions de sortie qui leur ont été imposées. Cette mesure de confinement avait été prise en réponse à la manifestation des habitants de la ville qui avaient exprimé ce week-end leur préoccupation devant la situation sanitaire du centre (voir notre revue du 21 novembre).

Hier vers midi, des migrants, principalement des Afghans, ont commencé à mettre le feu à des pneus, à briser des vitres et à casser du matériel dans le centre. Par la suite, ils ont lancé des pierres contre les policiers et les gendarmes arrivés sur place. Vers 14h00, la police et la gendarmerie ont réussi à maîtriser la situation. Mais vers 20h00, l’émeute a repris : cette fois, les forces de l’ordre ont utilisé un canon à eau et ont tiré des cartouches à blanc et des balles en caoutchouc contre les migrants. A présent la situation est sous contrôle, a souligné aujourd’hui devant le Parlement la ministre de l’intérieur démissionnaire Roumiana Batchvarova. 600 enfants et entre 400 et 500 femmes sont accueillis dans le centre. Petia Parvanova, directrice de l’Agence pour les réfugiés a souligné que leur sécurité est garantie.

Selon les données de la police, 24 policiers ont été légèrement blessés ; le ministère de l’intérieur mentionne également des migrants blessés, mais ne donne pas des chiffres. Mediapool cite ses propres sources selon lesquelles ils se compteraient par centaines. Pendant la nuit, des photos de migrants battus et grièvement blessées ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, ajoute le site. 400 personnes ont été arrêtées et se trouvent à présent dans des postes de police dans toute la région de Haskovo. Le Parquet a ouvert une enquête contre les organisateurs des émeutes. La DANS de son côté enquête des membres potentiels de « cellules dormantes » au sein du centre d’accueil. Selon Mme Batchvarova, la DANS aurait déjà établi l’appartenance à une telle cellule d’un migrant du centre.

Le premier ministre s’est rendu hier et aujourd’hui sur place, renonçant à un déplacement prévu en Hongrie. Il a établi un lien entre les émeutes et une menace terroriste potentielle. « Généralement, là où de telles émeutes éclatent, il s’ensuit des attaques terroristes ; les cellules dormantes s’activent », a déclaré le premier ministre devant des journalistes. Mme Parvanova, de son côté, a lié les émeutes en Bulgarie et à l’étranger : « Quand des migrants ont commencé à incendier Calais, il y a eu une manifestation à Harmanli ; quand il y a eu un incident en Allemagne, ici s’est produit une protestation. Hier l’île de Lesbos [île grecque en face du littoral turque et principal point d’entrée des migrants moyen-orientaux dans l’Union européenne] a été incendiée, il s’en est suivi l’émeute [à Harmanli]. Il est évident qu’ils [les migrants en Europe] sont en contact ». Mme Batchvarova a ajouté qu’hier il y a eu également des problèmes dans un centre en Italie et à Calais.

Le premier ministre a annoncé que le gouvernement lancera une extradition massive d’Afghans au mois de décembre. « Nous avons un accord de réadmission avec l’Afghanistan ; le premier vol sera effectué en décembre et les premiers qui seront à bord seront les organisateurs de l’émeute », a tranché M. Borissov. En attendant, ces migrants seront installés dans des centres de type fermé. M. Borissov a précisé que le vol est organisé par les autorités bulgares en coordination avec le Corps européen de garde-frontières et de garde-côtes. Cinq personnes parmi les migrants arrêtés lors des émeutes « seront extradés tout de suite au titre de [la protection] de la sécurité nationale. » (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg, nova.bg, bnt.bg, focus-news.bg)

Le communisme

Un quart de siècle après la chute du Mur de Berlin, faire entrer les crimes du communisme dans les manuels d’histoire reste une question politique âprement controversée en Bulgarie

Hier, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture un projet d’amendement à la loi sur la criminalisation du régime communiste en Bulgarie [Ndr : adoptée en 2000]. Proposés par les députés Metodi Andreev du GERB et Martin Dimitrov, Peter Slavov et Vili Lilkov du quota civil du Bloc réformateur, les nouvelles dispositions ont recueilli 104 voix « pour » (GERB, BR, MDL, DOST, FP) et 46 voix « contre » (PSB, ABC, FP). Trois députés se sont abstenus.

Selon le projet d’amendement, les crimes du communisme doivent entrer dans les manuels d’histoire. La loi engage le ministère de l’Education et de la Science et les écoles à faire le nécessaire pour que ce régime trouve une « couverture correcte et objective » dans le processus éducatif, au sens de la loi sur la criminalisation du communisme.

Il est prévu également que tous les symboles, slogans, photographies, inscriptions, insignes ou objets, créés pendant les années du régime communiste en apologie de son idéologie et du Parti communiste bulgare, soient retirés des lieux publics. Dans le même temps, le projet de loi interdit la pose dans les endroits accessibles au public d’objets, plaques, sculptures ou symboles « reproduisant de manière fausse la période allant du 9 septembre 1944 au 10 novembre 1989 ou faisant l’éloge de l’activité et/ou de l’histoire du PCB, de ses prédécesseurs et de ses dirigeants ». Toutefois, des exceptions à ces règles seront tolérées si les objets (les monuments) sont accompagnés d’inscriptions indiquant que le régime communiste a été érigé en crime par le parlement bulgare.

Les sanctions prévues vont de 200 leva pour les particuliers à 2 000 leva pour les personnes morales. L’application de la loi est confiée aux autorités publiques et aux collectivités locales qui sont tenues d’enlever de leur territoire les symboles rappelant le communisme, avec la possibilité de les envoyer au Musée des arts du socialisme.

Le PSB, se considérant comme le successeur direct du parti créé en 1891, qui a adopté en 1919 le nom de Parti communiste bulgare, a vivement protesté contre ces « textes qui divisent la société ». « En vingt-sept ans, vous n’avez pas réussi à tourner le dos au passé. Vous faites la guerre aux symboles et aux monuments. Mais que ferez-vous avec les livres et les films créés pendant cette époque ? », a demandé le député Tasko Ermenkov lors du débat qui a précédé le vote.

Tchetin Kazak (MDL) a accusé de visées mesquines les auteurs des amendements, bien que son parti ait soutenu le projet. « A chaque fois que le GERB sent le pouvoir lui échapper, il trouve un projet de loi pour attiser les passions et nous conduire à l’affrontement », a-t-il protesté.

Par ailleurs, par une décision du Conseil des ministres adoptée hier à l’initiative de l’Union des victimes des répressions communistes, il est proposé au président de la République d’attribuer à titre posthume l’Ordre du mérite civil à trente commandants et combattants du mouvement des goriani (les « hommes de la forêt ») qui a opposé une résistance farouche au régime communiste et à la bolchévisation du pays pendant la période 1944-1956. A son apogée en 1952-1953, l’armée des goriani comptait quelque 3 130 hommes, organisés en 160 détachements. Dans la hiérarchie des ordres et des médailles bulgares, cet ordre récompensant le mérite civil ou militaire se range tout de suite après l’ordre de Stara planina et l’ordre du Cavalier de Madara. (Sega, Standart, 24 Tchassa, dnevnik.bg)

Les orientations

Roumen Radev accorde sa première longue interview depuis son élection à la présidence de la République

Dans un entretien très attendu pour la radio nationale (BNR), le président élu Roumen Radev lève le voile sur ses intentions et aborde plusieurs questions d’actualité parmi lesquelles le mode de scrutin uninominal proposé par le dernier référendum, les relations avec la Russie, le rôle du président de la République, la lutte contre la corruption, etc.

Il est clair pour tout le monde, relève d’emblée M. Radev, qu’il existe dans le pays une nouvelle situation politique créée en résultat de la « décision étrange » du premier ministre de lier sa démission au revers électoral de son parti. Une réaction née peut-être de la confusion entre institution présidentielle et élections législatives, ou bien fruit d’émotions personnelles. Dans ce nouveau contexte, la formation d’un nouveau gouvernement sera extrêmement difficile, voire impossible, d’où la responsabilité du président sortant de garantir la stabilité du pays. La Constitution confère explicitement au président de la République en poste le droit et l’obligation de former un gouvernement intérimaire si l’Assemblée nationale n’arrive pas à le faire. « Et je pense qu’émietter les responsabilités ne serait pas une bonne solution. Nous avons un très bon dialogue avec M. Plevneliev, mais il est question ici de responsabilité », souligne M. Radev en faisant allusion à la proposition de l’actuel chef de l’Etat de se consulter avec son successeur sur la composition d’un tel gouvernement.

Concernant le suffrage uninominal à deux tours, prôné par les organisateurs du dernier référendum, M. Radev indique qu’il reste lui-même résolument partisan de ce type de scrutin, mais pas dans sa forme absolue qui pourrait faire exploser le modèle politique dans le pays et fausser à un grand degré le vote des électeurs. La meilleure solution, estime-t-il, serait d’opter pour un scrutin mixte à la mode allemande. Mais une telle refonte du Code électoral serait au-dessus des forces d’un parlement en fin de mandat. Cela étant selon le président élu, le référendum a puni les politiciens pour leur morgue. « Ceux-ci ne pensaient même pas qu’une chose pareille pourrait leur arriver, que les gens puissent vouloir voir au parlement des personnages identifiables, aux positions claires et non des joueurs fictifs cachés derrière le paravent des listes de parti ».

Abordant le thème de la lutte contre la corruption, M. Radev annonce qu’il cherchera d’abord à connaître les agents de l’administration anti-corruption en situation au niveau national, directement engagés dans cette activité on ne peut plus difficile, ainsi que les bonnes pratiques européennes – les pays scandinaves, l’Allemagne, etc. Toutefois, il juge qu’il ne sera pas possible d’importer un modèle clé en main, par exemple le modèle roumain, ni de s’attendre à ce qu’il fonctionne parfaitement en Bulgarie. Il faut introduire des principes susceptibles de garantir l’efficacité de la lutte contre la corruption, indique M. Radev sans donner plus de précisions. La réforme judiciaire, quant à elle, n’est pas une responsabilité du président de la République. Toutefois, celui-ci doit en avoir une idée claire et M. Radev s’engage à initier des réunions et des consultations avec le Parquet, le parlement et des représentants de l’Etat.

Interrogé sur les relations de la Bulgarie avec la Russie, M. Radev déplore « le journalisme incompétent » qui lui a collé des étiquettes prorusses pendant la campagne électorale. « Certains cercles ont essayé d’accaparer le thème de la Bulgarie au sein de l’UE et de l’OTAN et de dire que tous les autres sont contre une telle politique. […] Ce qui était très incorrect ». Selon M. Radev, la Bulgarie reste membre à part entière de l’UE et de l’OTAN. Mais elle doit chercher à améliorer la confiance et le dialogue, à réduire la tension dans les relations avec la Russie. Il n’y a qu’en agissant de manière conjointe avec la Russie qu’on peut résoudre les menaces venant du terrorisme et du fondamentalisme islamiste. Personne ne croit que le conflit en Syrie puisse être résolu en l’absence d’une entente entre la Russie, les Etats-Unis et l’UE. Le chemin de la confrontation ne mène pas à des solutions, il n’est pas la solution », dit-il.

Enfin, M. Radev assure qu’il saura former une équipe professionnelle forte à la présidence de la République. « J’ai de l’expérience dans le travail avec des gens. Mes succès de commandant à différents niveaux étaient dus au fait d’avoir réussi à bâtir une bonne équipe. Mais être un bon professionnel ne suffit pas pour ce type d’emploi, il faut savoir agir au nom des intérêts de la patrie et ce sera mon critère. Je vais chercher mes collaborateurs dans tous les domaines », conclut-il… sans citer de noms. (tous journaux, mediapool.bg)

Rubrique France

Sega annonce dans une brève la décision du gouvernement français de verser 2 500 euros, au titre de l’aide au retour, aux migrants acceptant de rentrer volontairement dans leur pays d’origine.

Dernière modification : 25/11/2016

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